Nos Frères dEspagne

11/Oct/2010

Le dernier Numéro du Bulletin n'a pu donner qu'un bref aperçu de la situation de nos Frères d'Espagne, telle qu'elle était connue alors, de façon encore confuse.

Maintenant qu'il est possible d'entrer dans quelques détails, le bulletin va consacrer ce Numéro tout entier à donner les nouvelles qu'il a reçues. Ce n'est encore, hélas! qu'une partie du désastre, qui nous est connu, car de plusieurs régions occupées par les communistes, il n'est encore arrivé, depuis quatre mois, ni une lettre, ni le moindre renseignement.

Tout l'Institut sera ému par les détails qu'il va lire aujourd'hui. C'est certainement la plus terrible épreuve qu'il ait traversée, depuis son origine. Aucune des persécutions qu'il a subies, en divers lieux, ne lui avait coûté tant de vies et n'avait si profondément atteint ses membres et ses Œuvres.

 

Bref historique. — Rappelons tout d'abord, bien que sommairement, la suite des événements. L'Espagne, comme on le sait, allait à une déchristianisation lente, depuis quelques années. Des lois antireligieuses et des désordres perpétuels, œuvres de la franc-maçonnerie installée au pouvoir, menaçaient d'une subversion totale ce pays si catholique dans son ensemble. Le malaise gagnait toutes les branches de la vie nationale.

Tout à coup, le 13 juillet, un député en vue, Sotelo, qui avait protesté, à la Chambre, contre les épisodes sanglants et les incendies d'églises qui commençaient terroriser le pays, fut enlevé de son domicile, la nuit, par ordre du gouvernement et exécuté. Ce fut l'étincelle qui mit le feu aux poudres.

Le 16 juillet, le soulèvement du général Franco au Maroc et du général Mola en Navarre retentit comme un coup de tonnerre dans un ciel chargé de nuages et la population réagit aussitôt, diversement suivant les régions.

Les plus grandes villes, où une préparation minutieuse des éléments communistes avait pu s'étendre, se trouvèrent subitement encadrées dans des organisations bolcheviques.

Celles-ci ont leurs chefs, leurs troupes, leur programme et, sans perdre une minute, se mettent à l'œuvre. A Madrid, à Barcelone, par exemple, les troupes régulières sont aussitôt débordées, les braves gens menacés et les communistes s'emparent du pouvoir. Aussitôt, les pillages et incendies d'églises commencent, les couvents sont envahis, des religieux et des prêtres massacrés ou emprisonnés, nombre de citoyens paisibles arrêtés, les troupes elles-mêmes, d'ailleurs peu nombreuses, désarmées.

Dans diverses villes moins importantes, il y a parfois partage entre les deux groupes. Lérida, Saint Sébastien passent ainsi aux mains des communistes, tandis que Grenade, La Corogne, après un peu d'hésitation, restent dans le parti de l'ordre. D'autres villes comme Tolède et Oviedo voient l'élément militaire se grossir de citoyens alarmés et se retrancher dans un quartier pour s'y défendre.

Enfin, en beaucoup d'endroits, c'est l'élément « national » qui a immédiatement le dessus. Ainsi en est-il dans des villes comme Burgos, Pampelune, Séville, Saragosse et tout le pays qui en dépend.

Au bout de quelques jours l'Espagne se trouve répartie en deux camps. On peut dire sommairement, en gros, l'ouest est nationaliste et l'est communiste, de forces sensiblement égales.

Les deux camps sont également déçus. La flotte qui, en grande partie gangrenée par le virus bolchévique, a tué ou enfermé ses officiers, se range en majorité du côté gouvernemental et fait sinon échouer, du moins ralentir le passage des troupes du Maroc, les meilleures d'Espagne, dans la péninsule.

On peut prévoir que la lutte sera longue. Les deux partis vont devoir s'organiser comme pour le temps de guerre.

 

L'œuvre antireligieuse. — Pour en venir à ce qui nous touche de plus près, disons que l'œuvre de suppression brutale de toute religion se fit avec rapidité dans les régions communistes. Les Frères, à peu près par toute l'Espagne, avaient da se transformer en laïques, depuis les lois qui avaient à peu près détruit les Congrégations enseignantes : Vaines mesures ! Tous les établissements étaient repérés avec soin, aussi bien les noviciats légalement autorisés, que les Collèges et Ecoles reconstitués selon les lois laïques. Même le modeste appartement de la rue Serra, à Barcelone, où le C: F. Provincial, le C. F. Visiteur et deux ou trois autres habitaient, aussi bien que l'Editorial L. Vives, où travaillaient quelques Frères et ouvriers dans un local loué étaient désignés d'avance à toutes les fureurs communistes,

D'ailleurs, dans les régions, où les militaires eurent immédiatement la maîtrise, les perquisitions qu'ils opérèrent leur révélèrent les listes tenues à jour, où tout ce qu'il y avait d'honnêtes gens dans le pays était inscrit. Nos Frères tenaient une place honorable, parmi les personnes qui devaient être, suivant le cas, massacrées, torturées, emprisonnées ou saisies comme otages. Et la suite fit bien voir que ce n'était pas de vains préparatifs qui avaient été faits.

Etat de nos établissements. Nous avions en Espagne, à la mi-juillet 1936, un peu plus de cent établissements, formant trois Provinces : la Grande Province d'Espagne, occupant surtout l'est et le centre, celle de Léon, établie au nord-ouest et celle de N.-D. de Lacabane, ramassée autour d'Anzuola, dans les bonnes régions basques, qui, malheureusement, en cette triste affaire, s'étaient tenues en dehors du mouvement national et se trouvaient, par suite, unies aux anarchistes, sous prétexte de régionalisme.

Un coup d'œil sur les cartes des pages 247 et 249 donne immédiatement la situation.

D'un calcul assez exact, il résulte que, sur un millier de Frères, (non compris !es novices) qui étaient en Espagne au mois de juillet, un peu plus de la moitié se trouvaient englobés dans la zone rouge et le reste en sureté et en paix dans la zone nationaliste.

Un petit nombre : ceux de Huelva, de Tuy, de Badajoz, etc. furent délivrés de l'emprise rouge, par les militaires, dans le courant des premières opérations. Un nombre à peu près égal furent, par contre, dans la région basque, pris de force et emmenés en otages, principalement à Bilbao.

 

Burgos – Madrid. — Dans toute la partie de l'Espagne soumise à Burgos, nos Ecoles s'ouvrirent régulièrement, l'enseignement religieux supprimé fut rétabli et ce ne fut qu'un petit nombre de Frères qui furent réclamés par les services militaires.

Dans toute la partie soumise à Madrid, il ne nous resta ni une école, ni même un immeuble, et, c'est le cas de le dire, pas une pierre où reposer sa tête, On peut, à la rigueur, faire exception pour signaler les situations précaires de quelques maisons comme Lérida et Murcia où les Frères, au début, se trouvèrent infirmiers dans leurs maisons réquisitionnées comme hôpitaux. Mais cette situation n'eut rien de rassurant.

 

La guerre. — Il n'entre pas dans le programme du Bulletin de décrire les opérations militaires, que tout le monde a pu suivre dans les journaux. Il n'en citera plus loin qu'un épisode, celui de la résistance héroïque de Tolède, pour montrer quel fut l'état d'âme des vaillants soldats de l'Espagne catholique et la piété ardente qui soutint leur courage dans la lutte pour leur foi.

Après ce petit aperçu d'ensemble, le Bulletin va insérer quelques lettres qui donneront, de façon fragmentaire sans doute, mais tout à fait vivante et authentique: le récit des événements survenus dans diverses maisons, et racontés par les témoins et acteurs eux-mêmes. On peut, semble-t-il, généraliser, pour savoir ce qui s'est passé dans toute la région rouge. Mais, évidemment, ce ne sont là que les moins tragiques des aventures, nos nombreuses victimes n'ayant rien pu raconter.

Personne, sans doute, ne regrettera que, pour cette fois, soient renvoyés à des temps plus tranquilles les récits des divers événements qui se sont passés dans le reste de l'Institut. Il a semblé que rien ne saurait être mis en balance avec ces pages émues que nos héroïques confrères d'Espagne ont écrites, avec leurs larmes, leurs souffrances et leur sang, à la 'gloire éternelle de l'Institut. Celui-ci, en leur personne, a participé à la haine satanique que les impies portent aux serviteurs de Jésus-Christ. Et le courage des confrères tombés sous les coups des méchants sera à jamais, pour tous ses membres, un sujet d'édification et, si Dieu le demande un jour, d'émulation.

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