Nos oeuvres de Mozambique et dAngola

F. J.-B.

26/Oct/2010

Le gouvernement portugais, on s'en souvient, a passé avec le Saint-Siège des accords missionnaires pour régler les activités des Missions dans ses territoires d'Afrique. Ces accords présentent de grands avantages dont nos Frères profitent largement. Aussi bien du côté des évêques que du côté des autorités civiles, nous trouvons une bonne volonté manifeste de nous aider, de faciliter notre tâche, ce qui, en définitive, ne peut que servir au bien spirituel et temporel du pays.

Nos Frères dirigent, en Afrique portugaise, huit établissements : cinq au Mozambique et trois dans l'Angola.

Par l'entremise des autorités religieuses, le gouvernement nous a confié le Collège « Pió XII», à Lourenço Marques, et celui de Gonçalo da Silveira, à Béira. Nous avons reçu aussi la direction des Ecoles Normales pour indigènes à Alvor et à Alto Molocué.

En Angola, nous dirigeons les pensionnats de da Bandeira et de Silva Porto. Dernièrement les autorités de Luanda nous ont fait don d'une propriété de cinq hectares en vue de l'érection prochaine d'un collège.

Les œuvres les plus intéressantes sont certainement les Ecoles Normales Primaires d'Alvor et d'Alto Molocué. Elles jouissent déjà d'une réputation bien méritée. Les élèves-maîtres y font un stage de quatre ans et sortent avec un diplôme d'instituteur. La dernière année est surtout consacrée à des leçons pratiques d'enseignement : sous la direction des Frères, ils s'initient à la direction d'une classe, en appliquant les bons principes pédagogiques, adaptés au milieu particulier aux régions où ils déploieront leur activité.

Ces Ecoles Normales sont fort bien organisées. Bien n'y manque pour assurer la bonne formation de ces futurs pionniers de la civilisation chrétienne. Mais on a veillé à ne pas trop s'écarter des coutumes locales. Ainsi ces élèves continuent à coucher sur des nattes et ne connaissent pas encore le matelas. Ils se livrent aussi à la culture pour compléter leur formation : un verger particulièrement soigné fournit des, fruits succulents si appréciés sous le tropique : bananes, ananas, goyaves…

Une métairie et une basse-cour apportent aussi leur contribution aux besoins culinaires. L'alimentation des natifs du pays est simple. La farine de maïs forme la base du régime alimentaire ; on y ajoute du manioc, des ignames, du poisson sec et l'eau pour boisson.

Les indigènes sont musiciens dans l'âme. Ils aiment chanter et l'exécution de morceaux en parties ne les effraie pas. La chorale d'Alvor a remporté de vrais succès dans les cérémonies religieuses et dans des concerts donnés au théâtre de la ville de Lourenço Marques.

Ces chrétiens tout neufs s'intéressent de toute leur âme, aux actes du culte : pendant la messe, ils ouvrent de grands yeux pour ne rien perdre des gestes du célébrant, répondant en latin aux prières du Saint Sacrifice. Ils aiment à servir la messe, à se former aux fonctions de sacristain. Tous les jours ils assistent pieusement à la sainte messe et font la sainte communion. On se sent vraiment ému à les voir prier avec tant de ferveur.

Les matières des cours de l'école comprennent, outre le catéchisme et l'Histoire Sainte, le portugais, l'arithmétique, l'histoire, la géographie, le dessin, la dactylographie, le chant et l'harmonium.

Leurs études finies, ces jeunes partent animés d'un esprit tout missionnaire. Ils vont rayonner à travers le pays et rapporter cent pour un. Us sont les apôtres de la brousse où, en même temps qu'ils assurent l'instruction des enfants, ils préparent les néophytes au baptême et les chrétiens à la première communion. Les locaux où ils enseignent sont de la plus grande simplicité : une hutte couverte de feuilles de palmier, les parois en terre battue, quelques planches ou troncs d'arbre en guise de bancs, une ardoise par élève pour les travaux scolaires.

Ces maîtres indigènes ont tenu un congrès en janvier dernier, sous la présidence de l'évêque de Quelimane, avec représentation du gouvernement. Les anciens élèves vécurent des heures inoubliables en revoyant les Frères qui assistèrent nombreux au congrès. Ce fut un beau succès et le congrès révéla le bon parti qu'on peut tirer de ces âmes neuves, d'un fonds de richesses inappréciables.

 

Maisons de formation

A quelques kilomètres de Alto Molocué, se trouve notre maison de formation qui reçoit les jeunes, désireux d'embrasser notre genre de vie,. Elle est située dans une vaste propriété de 200 ha, à l'orée de la forêt vierge. La maison, en voie de construction, s'élève sur un terrain conquis de haute lutte sur la végétation exubérante.

Il y a actuellement trois novices, deux postulants et vingt juvénistes, tandis que quatre anciens novices, aujourd'hui profès, travaillent déjà dans l'enseignement.

Pour subvenir aux besoins de la maison, une partie du terrain est cultivée et produit du café en abondance. On y élève des moutons, des chèvres, des poules et des lapins. Le voisinage de la forêt vierge oblige à une attentive surveillance. Les fauves qui hantent le voisinage constituent un danger continuel. Il est déjà arrivé qu'un léopard s'est introduit de nuit dans le poulailler causant le désastre qu'on peut se figurer. Le clapier aurait subi le même sort, quelques jours après, sans une attentive surveillance. Cet élevage forme la seule ressource en viande dans le pays, la présence de la mouche tsé-tsé ne permettant pas celui des bovins. Un jardin potager, cultivé par les Frères, fournit des légumes frais pendant toute l'année et permet de varier le menu. Le verger, de son côté, donne abondamment des bananes, des poires d'avocatier, des goyaves, des mangues, des oranges et autres fruits du pays.

 Voici un mot sur les coutumes des habitants de ces pays : à la mort d'un membre de la famille, on pratique une ouverture dans les parois de la chaumière et on y fait passer le cadavre pour que les mauvais esprits n'entrent pas par la porte. La demeure devient alors déserte ou est brûlée, en signe de deuil. Autrefois, l'homme exerçait un pouvoir souverain et absolu sur la femme dont la condition différait peu de celle de l'esclave. Sur elle retombaient toutes les corvées : cultiver la terre, élever les enfants, faire la cuisine, couper le bois, cueillir les fruits… L'homme restait à la maison, se promenait, allait à la chasse, à la pêche. Le Christianisme est en train de changer, peu à peu, cet état de choses. La femme continue encore à être la cheville ouvrière de la maison, mais l'homme commence à se livrer aux travaux champêtres et aux autres occupations où la force musculaire joue le rôle principal. Nous trouvons aujourd'hui l'homme travaillant dans les fabriques, les mines, les chemins de fer, l'agriculture, sur les routes. Il se place aussi comme domestique des Blancs et fait tous les travaux de la maison.

Les naturels aiment les boissons alcooliques. Ils obtiennent une eau-de-vie en faisant fermenter le cajou, la mangue ou l'ananas. Ils distillent aussi le maïs dans des ustensiles primitifs.

La présence des missions catholiques constitue certainement une garantie de progrès aussi bien matériel que spirituel. Le cœur des indigènes se tournera vers son premier conquérant et adoptera son credo, sa foi et sa loi. De là l'effort gigantesque entrepris par l'Eglise en étroite collaboration avec l'Etat pour étendre le royaume du Christ sous l'étendard de la Mère-Patrie.

Daigne la Vierge du Rosaire de Fatima bénir l'œuvre mariste portugaise d'Afrique, afin que bientôt, là comme ailleurs, il n'y ait qu'un troupeau et qu'un pasteur.

(D'après une relation du F. J.-B.)

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