Nos oeuvres du Congo

F. Henri-Martin

27/Oct/2010

Voici quelques mots recueillis dans «ENTRE-NOUS» de Belgique et qui nous montrent que la situation de nos Frères tend à devenir toujours plus normale.

« Actuellement nous jouissons d'une tranquillité absolue à la Mission. La population reste très sympathique aux missionnaires et en particulier aux Frères Maristes. Tout ce qui a rapport à l'enseignement semble sacré aux yeux des Congolais. Tous les Frères entendent bien se montrer à la hauteur de leur tâche et sont décidés à maintenir bien haut la renommée de nos œuvres.

La rentrée des classes s'annonce populeuse et sérieuse. Le recrutement de nos professeurs laïcs se poursuit activement et nous avons bon espoir qu'il sera couronné de succès.

On peut donc affirmer que le calme renaît au Congo et que l'enseignement continue à voir le vent en poupe grâce au dévouement de nos Frères Missionnaires et de tous nos Confrères Congolais et Ruandais.

A Save, au noviciat, les vêtures et les émissions de vœux se sont déroulées dans le calme le plus absolu et la générosité propre en ces circonstances. Les Grands Exercices de S. Ignace ont précédé l'émission des vœux perpétuels et ont été suivis très saintement par nos Confrères noirs et blancs ».

                                                    F. P. N.

Le C. F. Provincial de Belgique-Congo nous communique un compte-rendu de sa dernière visite au Congo-Ruanda. Nous en publions ces extraits qui ne manqueront pas d'intéresser les lecteurs du Bulletin.

 

Le Congo actuel et nos œuvres.

Les lignes qui suivent n'ont nullement pour but de porter un jugement définitif sur une situation en pleine évolution. Ce qui est vrai aujourd'hui sera dépassé demain. Notre intention se borne à montrer l'un ou l'autre aspect du Congo actuel en rapport avec les œuvres que nous y dirigeons, et capable d'influencer notre apostolat auprès de la jeunesse du pays.

 

I. – La position de l'Eglise.

Depuis un an, les événements politiques ont terriblement secoué les populations du Congo. Celles-ci assistent encore tous les jours à des volte-face des leaders actuellement au pouvoir et à des retournements de la situation.

Au point de vue religieux, les mois qui ont suivi la déclaration de l'Indépendance, furent désastreux pour l'Eglise. Le mouvement de xénophobie que l'on s'est efforcé de répandre parmi les populations du Congo, s'est tourné également contre les Missions catholiques et contre la religion. Les chrétiens, même ceux dont les convictions religieuses ne furent pas ébranlées, n'osaient plus se manifester. Dans certaines régions, particulièrement éprouvées, la pratique religieuse était tombée à néant. Le dimanche, les entrées à l'église étaient étroitement surveillées, tous les gestes et toutes les paroles des missionnaires étaient suspectés.

Cependant après quelques mois de cette situation chaotique, durant lesquels les autorités rivales employèrent les moyens extrêmes pour réussir: promesses alléchantes et irréalisables, menaces intimidantes, force brutale… la population s'est ressaisie et est revenue aussitôt vers l'Eglise, vers ses prêtres et ses missionnaires. Elle a reconnu que le salut et la paix devraient encore venir de l'Eglise. Sans vouloir prédire l'avenir, on peut dire que la pratique religieuse, dans les provinces pacifiées, est actuellement supérieure à ce qu'elle était avant l'indépendance.

Parmi les raisons d'espérer dans l'avenir de l'Eglise au Congo, on peut citer en premier lieu, la belle conduite du clergé congolais. Dans beaucoup d'endroits où l'Eglise fut menacée, les prêtres congolais l'ont défendue… ils se sont efforcés de protéger les missionnaires et se sont souvent exposés aux coups destinés aux prêtres européens.

 

II. – La situation de l'Enseignement.

Dans l'enseignement l'anarchie scolaire continue à se répandre. Elle est surtout menée par certains mouvements de jeunesse, patronnés par des groupements politiques. Ces mouvements composés de jeunes illettrés et jaloux de leurs condisciples qui jouissent du bienfait de l'enseignement, mettent tout en œuvre pour empêcher le bon fonctionnement des écoles secondaires. On casse les carreaux, on vole les objets classiques; des groupes de jeunes vont se plaindre à la police, qui oblige les instituteurs à les accepter parmi leurs élèves, alors qu'ils sont totalement incapables de suivre les cours auxquels ils veulent assister, dans l'intention d'obtenir un diplôme. 

A plusieurs reprises des établissements qui avaient rouvert leurs portes et repris les cours, ont été forcés de suspendre ceux-ci, par suite du mauvais esprit des élèves, qui veulent imposer eux-mêmes des conditions et qui se sentent soutenus par des mouvements politiques.

Cependant dans les endroits où l'autorité est rétablie et respectée, celle-ci met tout en œuvre pour sauvegarder les établissements d'enseignement et pour conserver les professeurs. Partout, en théorie du moins, on veut que les écoles fonctionnent et que les enseignants continuent ou reprennent leur tâche.

Dans ses conditions, il est aisé de comprendre que seules les Ecoles libres (écoles des missions et écoles congréganistes) sont encore ouvertes aux élèves. La plupart des écoles officielles ont dû fermer leurs portes, faute de professeurs.

Dans l'enseignement secondaire, l'existence des internats est d'une nécessité primordiale pour permettre aux enfants de toute la région de poursuivre leurs études dans des conditions normales. C'est pourquoi l'inspection scolaire insiste sans cesse auprès des gouvernements pour la réintroduction d'un subside pour l'internat. En effet les parents ne peuvent pas encore assumer la totalité des frais d'internat, et les directions d'école ont déjà un capital important investi pour les dépenses scolaires 1950-60 et non encore remboursé par le gouvernement; elles se trouvent donc dans l'impossibilité de rouvrir ces internats sans la participation effective du Gouvernement.

A plusieurs reprises, les services de l'Enseignement ont été avertis par l'inspection scolaire, de la nécessité absolue d'un subside pour le matériel scolaire. Le nombre d'enfants augmente dans chaque classe, des livres classiques doivent être remplacés, le matériel courant s'épuise, beaucoup de classes ont été pillées et saccagées… sans matériel scolaire renouvelé, un grand nombre d'écoles ne pourront pas reprendre les cours ou fonctionneront sans rendement effectif.

 

III. – L'état de nos œuvres.

Les Frères Maristes dirigent neuf établissements scolaires dans la république du Congo et 2 au Ruanda. Ces établissements comprennent généralement une ou plusieurs des sections suivantes :

Ecoles primaires;

Ecoles pour Moniteurs:

Ecoles professionnelles;

Humanités Modernes.

A. Ecoles primaires: Elles fonctionnent à côté de chaque complexe scolaire. En général, elles sont très peuplées : soit de 7 à 800 élèves. Ces écoles sont entièrement dirigées par du personnel africain, dont la plupart des moniteurs sont anciens élèves de nos écoles pédagogiques. Toutes ces écoles continuent de fonctionner, malgré certaines difficultés locales ou, par endroits, certaines interruptions temporaires. Les moniteurs sont généralement animés d'un très bon esprit et sont entièrement dévoués aux Frères et à l'école.

Parmi ces écoles primaires, trois d'entre elles sont de régime européen, une à Stanleyville, une à Léopoldville et une à Kimuenza (Lovanium). Elles sont peuplées par des élèves qui comprennent déjà le français en arrivant à l'école, ou dont les parents, africains ou d'autre nationalité, désirent pour leurs enfants un enseignement à programme européen et entièrement en français.

L'école de Kimuenza (Lovanium) est fréquentée palles enfants, noirs ou blancs, du personnel affecté à l'université (enfants des professeurs ou du personnel adjoint).

Dans ces écoles, le mélange des nationalités: belge, américaine, grecque, africaine, loin de nuire au bon fonctionnement de l'école procure de précieux avantages au point de vue de la formation.

En acceptant la direction de l'école de Kimuenza, notre but était d'y créer une maison d'études pour nos jeunes religieux, désireux de suivre les cours à l'université. Ce plan est en voie de réalisation.

B. Ecoles pour Moniteurs: Les Frères dirigent une école pour moniteurs à Bobandana, Kindu, Save, Byimana (durée de 4 ans) et à Nyangezi (durée de 7 ans).

Elles forment de futurs enseignants pour les Ecoles primaires et pour les Ecoles secondaires du cycle inférieur. Un grand nombre de Frères européens et quelques Frères africains enseignent dans ces écoles. Les élèves-moniteurs sont choisis par les Pères inspecteurs des missions, ces élèves une fois diplômés retournent alors dans les missions respectives pour y faire la classe.

 Venant ainsi des missions parfois très éloignées de l'école, les élèves-moniteurs sont tous internes, ce qui a provoqué de graves difficultés au cours de cette année. Si le gouvernement n'intervient pas dans la subsidiation des internats, ceux-ci devront fermer leurs portes, car la plupart des élèves ne sauront payer par eux-mêmes, les frais de l'internat et des études. Le gouvernement promet d'intervenir pour 50% des frais…

Toutes nos écoles pour moniteurs continuent de fonctionner et le personnel a été rétribué par le gouvernement. A certains endroits le nombre d'élèves a fortement diminué à cause des difficultés de déplacement. Le paiement irrégulier et avec retard du personnel enseignant a également entravé la bonne marche de ces Ecoles.

Grâce au calme relatif qui a régné dans le pays durant les derniers mois de l'année scolaire, on a pu procéder partout aux examens de sortie et une bonne centaine d'élèves-moniteurs ont été diplômés dans nos écoles durant le mois de juin.

C. Ecoles Professionnelles: Les Frères dirigent une Ecole professionnelle à Stanleyville, à Buta, à Bukavu et à Kalima (Ecole: Mines et Travaux).

Ce genre d'écoles comprend un grand nombre de sections: mécanique générale, section automobile, électricité, section de soudure, maçonnerie, menuiserie… Pour fournir des professeurs à toutes ces sections nous avions engagé un grand nombre de professeurs laïcs européens, dont le gouvernement payait le traitement. Par suite de l'insécurité dans laquelle ces professeurs ont vécu durant l'année scolaire écoulée et des vexations qu'ils ont subies de la part des soldats et des autorités, la plupart de ces professeurs sont rentrés en Europe ou se disposent à quitter définitivement le Congo. On s'est donc vu forcé de diminuer le nombre des sections de ces Ecoles et de proportionner les cours au nombre de professeurs dont l'école disposait. En sorte que, si nos Ecoles professionnelles ont continué de fonctionner, c'est au ralenti, avec un nombre réduit d'élèves et avec un personnel enseignant fort incomplet.

C'est surtout dans l'enseignement professionnel que l'UNESCO se propose d'intervenir en envoyant un bon nombre de techniciens étrangers au Congo et en prenant à sa charge le paiement de ces techniciens et une partie des frais que cet enseignement, extrêmement coûteux d'ailleurs, ne manquera pas d'entraîner pour le gouvernement local.

Si nous devions maintenir ces Ecoles avec le seul personnel religieux dont nous disposons, nous serions obligés de réduire au minimum le nombre de sections de chaque école professionnelle. Le danger de devoir recourir à cet expédient pour la prochaine année scolaire existe toujours et dès à présent, nous devons envisager les mesures à prendre pour maintenir ces écoles.

D. Humanités modernes: Nous dirigeons au Congo quatre sections d'humanités modernes, dont plusieurs sont encore incomplètes. Elles sont établies à Stanleyville, à Buta, à Kindu et à Nyangezi.

C'est le genre d'écoles actuellement le plus demandé par les élèves, parce que ceux-ci désirent généralement poursuivre leurs études et que les sections d'Humanités, donnent accès à l'université.

C'est également ce genre d'études que le gouvernement tâche de favoriser le plus possible par des bourses d'études. Inutile de faire remarquer, que seuls les élèves qui jouissent d'une bourse d'études, peuvent se permettre de fréquenter les sections d'Humanités.

D'abord parce que pour ce genre d'études les élèves doivent être internes, sinon ils ne se trouvent pas dans les conditions favorables à un travail intellectuel sérieux, ensuite parce que le coût des livres et des effets classiques dépasse leurs moyens financiers.

Cela nous obligera à reconsidérer, à la lumière des événements et de l'évolution politique, les sections d'enseignement existant actuellement dans l'un ou l'autre de nos complexes scolaires, et de les adapter, d'une part, au personnel dont nous disposons et d'autre part aux aspirations d'une jeune nation, qui veut conquérir sa place dans le monde.

Nous pouvons dire en guise de conclusion, que toutes nos écoles du Congo ont continué de fonctionner, malgré certaines vexations et de multiples difficultés — nulle part, les Frères n'ont été chassés et nulle part ils n'ont subi de sévices. Partout ils sont restés sur place et ont continué leur travail en véritables ouvriers apostoliques. Nous les félicitons de tout cœur et nous les remercions de ce bel exemple d'abnégation et de fidélité dans l'épreuve.

Que Notre-Dame du Congo et le Bienheureux Fondateur continuent de protéger nos Frères et de bénir leurs œuvres.

F. Henri-Martin, Provincial F.M.S.

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