Nos oeuvres en Nouvelle ZĂ©lande

25/Feb/2010

Comme l'annonçait la Circulaire du Révérend Frère Supérieur, à la date du 2 janvier dernier, nos établissements de la Nouvelle Zélande, jusqu'ici rattachés à la province d'Australie, viennent d'en être disjoints, pour former, avec ceux de Samoa et de Fidji, une province à part : la province de la Nouvelle Zélande, qui est la vingt-deuxième de l'Institut. Cela donne à tout ce qui la touche un caractère d'actualité qui en augmente l'intérêt ; et, comme le Bulletin n'en a encore dit que peu de chose, le moment nous a paru bien choisi pour lui consacrer dans ce numéro les quelques pages qui vont suivre. Malheureusement nos renseignements, par suite de la lenteur et de la difficulté actuelles des communications, ne sont pas de première fraîcheur, mais ils pourront du moins, nous l'espérons, donner une idée exacte de la situation, de l'origine, des progrès et de la physionomie générale de nos œuvres dans ce pays ; et, dans l'attente de détails plus circonstanciés, que, s'il plaît à Dieu, nous ferons connaître un peu plus tard, c'est le but essentiel que nous nous proposons aujourd'hui.

Situé à l'E. de l'Australie, presque aux antipodes de la France, l'archipel de la Nouvelle Zélande a une étendue à peu près égale à celle de l'Italie, dont il rappelle vaguement la forme, malgré son orientation différente. Il se compose de deux grandes terres dont la plus septentrionale, quatre fois grande comme l'Irlande, est appelée Ile du Nord, tandis que l'autre, un peu plus étendue, porte le nom d'Ile du Sud. Elles sont séparées par le détroit de Cook, et avoisinées par un certain nombre d'autres îles beaucoup plus petites qui leur servent comme de satellites.

L'une et l'autre ont un sol, montagneux et si pittoresque qu'il peut soutenir la comparaison, sous ce rapport, avec les régions les plus renommées du massif alpestre. ‘’Tout ce qui peut captiver les yeux avides de beaux et rares spectacles, dit un des voyageurs qui l'ont le mieux connu, on l'y rencontre à profusion. Il a ses Alpes couronnées de glaciers, ses golfes semés d'iles avec leur bleue et calme beauté ; ses lacs chauds et froids encadrés de superbes montagnes, ses geysers, ses gorges sauvages avec leurs effrayants précipices, ses grottes splendides, ses sommets géants, ses cratères éteints ou en pleine ignition, et même ses fjords profonds et étroits qui rappellent ceux de la Scandinavie’’.

Les plus beaux lacs : Taupo, Rotomahana, Tarawera, etc. …, de même que les volcans les plus remarquables : Ruapehu, Tangariro, Tarawera, etc. …, sont situés dans l'Ile du Nord. Ce dernier de temps immémorial n'avait donné aucun signe d'activité et on le croyait à jamais éteint lorsque tout à coup, le 10 juin 1886, son sommet fit explosion ; d'immenses tourbillons de fumée noire firent la nuit en plein jour et une pluie de cendres couvrit le pays d'alentour sur une superficie d'au moins 15.000 kilomètres carrés, tandis que d'épouvantables commotions bouleversaient toute la contrée.

Les fiords et les plus hautes montagnes appartiennent à l'Ile du Sud, où le mont Cook, situé vers le milieu de la chaîne qui borde la côte ouest sur toute sa longueur atteint une hauteur de près de 4.000 mètres.

Les différences considérables de latitude et d'altitude déterminent dans le pays une grande variété de climats. Tandis que ces régions septentrionales de l'Ile du Nord rappellent, sous ce rapport, l'Italie ou la Grèce, les extrémités opposées, au midi de l'Ile du Sud, font penser aux pays scandinaves.

Partout les changements sont brusques ; mais l'absence de brouillards donne à ces terres australes une remarquable salubrité.

Politiquement, l'archipel est une colonie autonome sous la souveraineté de l'Angleterre. Il est peuplé d'environ 1 million d'habitants, dont 970.000 sont d'origine européenne et 40.000 indigènes.

Les Européens, en grande majorité, descendent d'Anglais, d'Ecossais et en moindre proportion d'Irlandais, ce qui explique que les catholiques ne forment qu'environ un huitième de la population totale, soit de 125 à 130.000.

Les indigènes portent le nom de Maoris. Ils appartiennent à la race polynésienne et sont probablement venus, il y a cinq ou six cents ans, des îles Samoa en passant par Tonga. Ils sont d'un teint bronzé clair et les traits de leur visage sont assez réguliers. On retrouve chez eux l'intelligence, la fierté, la bravoure, et les mœurs hospitalières des Samoans, leurs frères d'origine. Ils ont su se faire respecter des Européens, dont un bon nombre ont adopté la civilisation ; mais en grande majorité ils se sont retirés dans la partie centrale de l'Ile du Nord, où ils continuent à vivre conformément à leurs vieilles traditions. Il y a un siècle, ils étaient tous païens. De 1836 1845, les missionnaires de la Société de Marie, à qui le Saint Siège en avait confié l'évangélisation, réussirent en dépit des mille obstacles que leur suscita la haine des Protestants qui les avaient précédés, à créer de florissantes chrétientés à Hokianga, à la Baie-des-îles, à Wangaroa, à Mangakala, à Auckland, à Taonranga, à Rotoroua, etc. … Plusieurs autres moins avancées donnaient cependant de belles espérances et notre Sainte Religion comptait parmi les Maoris plus de 5.000 néophytes, dont la piété naïve et la ferveur faisaient la consolation des missionnaires, et de vingt à vingt-cinq mille catéchumènes étaient en voie plus ou moins probable de conversion.

Malheureusement lés guerres opiniâtres que les Maoris soutinrent contre les troupes britanniques durant les vingt années qui suivirent ; le départ des Pères Maristes du diocèse d'Auckland, après l'établissement de la hiérarchie catholique dans l'archipel, la disette d'ouvriers apostoliques qui s'en suivit, et l'effrayante diminution de la population, qui, du chiffre de 120.000 âmes auquel elle était évaluée en 1820 se trouvait réduite soixante ans plus tard à 40.000, furent autant de causes qui vinrent paralyser ce beau mouvement.

Depuis, l'évangélisation des Maoris a été reprise, surtout dans le diocèse de Wellington, et grâce à Dieu elle a porté de très heureux fruits, quoiqu'il reste encore beaucoup à faire pour les amener tous à la vraie foi. Il y a actuellement parmi eux environ 10.000 catholiques.

Dieu fit la grâce à bon nombre de nos premiers Frères de participer à cette œuvre de conversion dans la modeste mesure où leur condition le permettait. On sait que le Vénérable Père Champagnat fut vivement pressé du désir d'aller consacrer les efforts de son zèle à la conversion des insulaires de l'Océanie, mais que l'obéissance ne lui permit pas de contenter cette généreuse ambition. Il s'en dédommagea, d'accord avec le V. Père Colin, en donnant pour compagnons et pour aides à ceux de ses confrères, objet de sa sainte envie, qui partaient pour ces lointains rivages, des Frères qu'il avait formés et auxquels il avait su .communiquer sa soif d'apostolat. Les demandes étaient en si grand nombre que les deux vénérables Supérieurs n'avaient que l'embarras du choix.

La Nouvelle Zélande eut sa bonne part dans leur destination, et, grâce à Dieu, la plupart de ceux qui y furent envoyés : Frères Michel, Elie-Régis, Florentin, Claude-Marie, Pierre-Marie, Emery, Basile, Déodat, Euloge, etc. …, y firent une œuvre excellente, dont le R. P. Monfat, de la Société de Marie, a rendu ce beau témoignage dans ses Origines de la Foi catholique. en Nouvelle Zélande :

“A la suite des Pères, émules de leurs vertus et auxiliaires industrieux de leurs travaux, il faut ajouter le nom de plusieurs Frères coadjuteurs très méritants. Tous avaient fait leur profession non à Belley, mais à l'Hermitage, où fut le berceau de la société des Petits Frères de Marie, aujourd'hui si magnifiquement bénie de Dieu Forgerons, ou menuisiers, ou tailleurs, ou cordonniers, mais tous à l'occasion catéchistes, ils débarrassaient les missionnaires des tracas, qui entravent le plus lourdement le ministère des âmes, et ils y intervenaient directement à leurs heures

Si les bornes de notre cadre nous permettaient de donner des extraits de leurs lettres, — ajoute le même auteur après avoir rappelé les excellents services du Frère Attale aux îles Tonga et du Frère Jacques aux Samoa, — on verrait qu'ils sont bien de la même famille. Mêmes filiales ouvertures aux Supérieurs de France, même empressement aux travaux les plus divers et les plus rudes ; même respect, même confiance envers les Pères dont ils sont les aides, promptitude à voler au premier signal, à travers les périls et les privations de toute espèce, auprès d'un enfant qui va mourir sans baptême. Dans leur extrême indigence, c'est le souvenir de Jésus pauvre qui les soutient. On sent des larmes dans leurs cœurs quand ils expriment les douceurs qu'ils goûtent dans la Sainte Eucharistie''.

Leurs lettres au Vénérable Père Champagnat, au R. F. François, aux Frères de l'Hermitage et quelques-unes au V. Père Colin, outre qu'elles nous permettent de les entrevoir de loin en loin dans leur vie de dévouement et de sacrifice nous font entrer en confidence de quelques-uns de leurs sentiments, qui sont en effet en pleine harmonie avec l'élogieux témoignage qu'on vient de lire.

Du malheureux Frère Michel, que par ordre de date nous rencontrons en tête de cette généreuse phalange, nous ne parlerons que pour mémoire. Né dans le département de l'Isère, aux environs de La Côte St André en 1812, il avait pris le saint habit à N. D. de l'Hermitage en 1831 ; puis, après avoir fait sa profession perpétuelle au mois d'octobre 1836, il s'était joint, avec les Frères Marie-Nizier et Joseph-Xavier, au premier groupe de Pères Maristes qui partirent pour l'Océanie avec Mgr. Pompallier. On sait comment, après avoir laissé à Wallis le Père Bataillon et le Frère Joseph-Xavier, et à Futuna le B. Père Chanel avec le Frère Marie-Nizier, Mgr. Pompallier, en compagnie du Père Servant et du Frère Michel, fit voile pour la Nouvelle Zélande. Le 10 janvier 1838, ils abordaient à Hokianga, vers l'extrémité nord-occidentale de l'Ile du Nord, où, sur la recommandation de Mgr. Polding, évêque de Sydney, un industriel catholique irlandais, mit à leur disposition une demeure provisoire et l'on se mit aussitôt à l'œuvre. Tandis que Monseigneur et le Père Servant travaillaient à la conquête des âmes, c'était principalement sur le Frère Michel que reposait le soin des affaires temporelles, et il rendit sur ce point de précieux services. Actif, industrieux, plein d'initiative, il joua un rôle considérable dans l'organisation des premiers établissements des Missionnaires, d'abord à Hokianga, puis à Kororaréka, sur la côte sud de la Baie des Iles, où Mgr. Pompallier avait fixé sa résidence épiscopale et la procure de la mission. Bon religieux aussi dans les débuts, il se trouvait heureux dans sa vocation et en 1840, en écrivant au V. Père Champagnat, il le remerciait avec effusion de l'avoir choisi pour une mission si belle, et faisait preuve des meilleurs sentiments. Malheureusement, peu de temps après, il fut infidèle à la grâce, se dégoûta et finit par abandonner sa vocation. Il fut ainsi, pour la mission de la Nouvelle Zélande, ce qu'avait été le Frère Jean-Marie pour l'Institut, mais, pas plus qu'au premier, sa désertion ne lui porta bonheur. La main de Dieu, au contraire, sembla s'appesantir sur lui ; et le bruit a couru qu'il périt misérablement.

Le Frère Elie-Régis, appelé dans le monde Etienne Marin, naquit aux Hayes, dans le canton de Condrieu (Rhône), en 1809. Déjà âgé de 26 ans, il prit, en 1835, le saint habita N. D. de l'Hermitage où il fit profession en 1837. L'année suivante, au mois de septembre 1838, il s'embarquait pour la Nouvelle Zélande. Il fut successivement placé à Hokianga, avec le Père Baty ; puis, comme il était un peu charpentier, il fut appelé à Kororaréka pour travailler à la construction de la maison et de la chapelle, qui parut une merveille aux yeux des naturels, surtout lorsque Monseigneur officiait en habits pontificaux ; puis à Wangaroa, nouvelle station que les Pères Epalle et Petitjean allaient fonder plus au nord de l'île. Là, il fallait tout d'abord construire aussi une demeure et c'est sur lui que pesa la plus grande part de l'ouvrage. On dut penser ensuite à cultiver un jardin, à semer du blé, du maïs, des pommes de terre, à planter une vigne etc. Tandis que les deux missionnaires prodiguent sans compter leurs fatigues et leurs sueurs pour faire naître et fructifier la foi dans les âmes, lui, avec des instruments primitifs, fait reculer la brousse et force la terre à donner les produits nécessaires à la subsistance de chaque jour et à la célébration du saint sacrifice de la messe.

Tous trois ont bientôt la consolation de voir les insulaires ouvrir leurs cœurs aux influences de la divine parole ; mais à peine la petite chrétienté commence-t-elle à s'organiser et à grandir, que les Pères Epalle et Petitjean sont successivement obligés de partir pour répondre à l'appel de l'obéissance, qui les appelle sur d'autres points.

Pendant de longs mois, en attendant leur retour ou leur remplacement, le petit troupeau reste confié à la seule garde du Frère Elie-Régis, qui, en plus du très pénible isolement auquel il se voit ainsi condamné, doit suffire à une tâche écrasante, partagée seulement par un petit domestique du pays. Charpentier, menuisier, cultivateur, tailleur, lavandier, cuisinier, il est tour à tour tout cela et d'autres choses encore. Mais naturellement, avant et par dessus tout, il est catéchiste. Apprend-il qu'il y a quelque part un malade, il laisse tout pour aller le voir, l'instruire, le baptiser au besoin. Chaque jour, matin et soir, il fait la prière aux néophytes les plus rapprochés, et, le plus souvent qu'il peut, il se rend aussi dans les tribus éloignées, pour instruise les catéchumènes, encore fort ignorants quoique pleins de bonne volonté. C'est d'autant plus nécessaire que les ministres protestants usent de toutes sortes de moyens pour semer dans ces âmes neuves des préventions et des préjugés contre notre sainte religion.

Mais ils trouvent à qui s'en prendre, et le zélé catéchiste a de saintes audaces quand il s'agit de défendre le petit troupeau contre la voracité des loups. Dans une lettre aux Frères de l'Hermitage, il a longuement raconté comment une fois il provoqua à une conférence publique un ministre wesleyen, le réduisit, par la grâce de Dieu, à no savoir que dire et à s'en retourner tête basse, à la grande joie des néophytes que ses accusations calomnieuses avaient exaspérés. Voilà seulement que le bon Frère tombe malade, et si gravement qu'il se croit près de .sa dernière heure. La mort ne l'effraie pas ; mais il ne voudrait pas mourir sans l'assistance du prêtre. Il le fait savoir à Kororaréka. Le P. Garin, récemment nommé Provincial, décide sans hésitation d'y aller ; mais il ne connaît pas les chemins, extrêmement difficiles, et Monseigneur ne peut se résoudre à le laisser partir seul. Le P. Petitjean est aussitôt mandé d'Auckland pour l'accompagner ; mais cela demande du temps, et quand enfin, après un voyage plein de péripéties, tous deux sont près d'arriver à Wangaroa, ils ont la joie de rencontrer le cher malade venu à leur rencontre. Il était heureusement rétabli, et tout dans la mission allait au mieux. Le bon Frère qui y jouissait d'une grande estime, avait supporté avec la résignation la plus louable la double épreuve de l'isolement et de la maladie. C'était une de ces âmes d'élite que la divine Providence suscite dans les origines des sociétés appelées à de difficiles missions'' De Wangaroa, il fut mis à Wakatané, mission située un peu au sud de la baie de Plenty, avec le P. Lampila, puis de là dans plusieurs autres stations, où il ne se fit pas moins apprécier. Ce n'est qu'après avoir passé ainsi 33 ans dans cette vie de dévouement et dans la pratique de toutes les vertus du vrai missionnaire mariste qu'il fut appelé par Dieu à l'éternel repos. C'était à Taranaki, le 24 avril 1872.

Le Frère Florentin (Jean-Baptiste Françon) naquit à la Versanne (Loire) en 1816, prit l'habit religieux à N. D. de l'Hermitage en 1835, et il venait de faire sa profession perpétuelle quand, en 1838, il s'embarqua pour la Nouvelle Zélande. Il eut de la peine à s'habituer : il pensait être venu simplement pour être catéchiste, et à cette fonction il lui fallait joindre toutes sortes d'emplois pour quelques-uns desquels il ne sentait point d'attrait, et, chose plus pénible encore, il lui avait fallu quitter la soutane pour l'habit séculier. Mais il voulait avant tout faire la volonté de Dieu, et il fit généreusement le sacrifice de passer par dessus toutes les répugnances de la nature. Il en fut récompensé par la paix de l'âme et la grâce de persévérer en faisant le bien. Sa correspondance et celle des autres Frères, nous le montrent successivement à Kororaréka, à Akaroa, près de Christchurch et à Auckland, où il demeura d'assez longues années sous la direction du P. Petitjean. Il était chargé de l'exploitation agricole de la mission, et nombreux sont ceux de nos Frères qui l'ont rencontré dans les diverses villes de la colonie où il venait vendre ou acheter du bétail. Les dernières années de sa vie se passèrent à Villa Maria, procure générale des missions de la Société de Marie, toute voisine de notre collège de Hunter 's Hill (Sydney). Il y avait entre autres charges, celle de la sacristie. C'est là que le Révérend Frère dans sa visite aux maisons d'Océanie, le rencontra en 1894. A cette occasion, avec la permission de ses Supérieurs, il se fit photographier avec son costume de Petit Frère de Marie, qu'il lui avait tant coûté de laisser ; et c'est ce qui nous vaut de pouvoir reproduire ici son portrait, le seul, malheureusement que nous possédions de cette vaillante génération de nos premiers missionnaires. Il conserva toute sa vie un grand attachement pour l'Institut, et il n'avait guère de plus grand plaisir que de s'en entretenir avec nos Frères de Hunter 's Hill ou de nos autres maisons de Sydney. Il mourut subitement, mais non d'une manière imprévue, dans cette même maison de Villa Maria en 1913. II avait 97 ans d'âge et 78 de vie religieuse.

Frère Claude-Marie (Jean Claude Bertrand) naquit à Saint Sauveur-en-Rue (Loire) en 1814, et prit le saint habit à N. D. de l'Hermitage le 10 mai 1835. Il fit profession au mois d'octobre 1836 et fut choisi à la fin de 1839 pour aller seconder les travaux apostoliques des Pères Missionnaires de la Nouvelle Zélande, où la moisson réclamait- impérieusement de nouveaux ouvriers : Le 11 juillet 1840, il arrivait à la Baie des Iles et peu de jours après il partait pour Hokianga, en compagnie du baron Thiéry. Le voyage fut long, pénible, et, comme nous venons de voir pour le Frère Florentin, le bon Frère eut le chagrin de devoir quitter la soutane pour reprendre l'habit séculier ; mais, comme il dit quelque part dans ses lettres, quand on va en mission, on doit être disposé à toutes sortes de sacrifices, et, fort de ce principe, il se soumit généreusement à tout. Pendant une dizaine d'années, il dépensa son savoir faire et son dévouement dans les diverses missions de l'Ile du Nord, soit à Hokianga, où nous venons de le voir arriver, soit à Kororaréka, qui était son poste de prédilection, à cause de la fraternelle union qui règne dans la communauté, surtout entre les Frères, qui s'y trouvaient assez nombreux : "Là, dit-il, je trouve le repos jusque dans le travail et la fatigue parce que je suis avec de très bons Pères et avec de fervents et très religieux Frères. Vraiment, ils sont tous des modèles, et quand je réfléchis sur le bonheur d'être dans une si agréable et si édifiante compagnie, je suis tenté de me demander ce que j'ai pu faire pour mériter cette grâce. Oh ! si vous les voyiez, ces bons Frères, circuler dans la cour avec une modestie d'anges ! Ils sont tous très occupés ; mais comme tous observent très fidèlement le règlement, tout se passe avec un ordre admirable’’.

Dans ce concert de régularité et d'esprit de famille, lui-même, comme on pense bien, ne faisait pas note discordante et rendait libéralement en édification et en charité ce qu'il recevait des autres.

Le 8 mai 1850, il fut envoyé à Nelson à l'extrémité nord de l'Ile du Sud avec le Père Garin. Là, ils eurent ensemble tous les embarras et les rudes épreuves qui sont le lot presque immanquable de tous les débuts ; mais comme l'intrépide et zélé missionnaire sut faire courageusement face à tout, son fidèle et dévoué coadjuteur ne sut jamais marchander sa patience, ni ses persévérants efforts pour le seconder selon ses moyens. Difficilement, disent les survivants de ces temps déjà anciens, on pourrait se figurer deux hommes plus unis que le Père Garin et le Frère Claude-Marie. Plus de quarante ans ils sont restés ensemble sans que le moindre nuage se soit élevé dans le ciel toujours pur de leurs relations. Un moment il avait fait le sacrifice de s'en séparer pour venir prêter main forte à nos Frères de Napier, mais il ne put s'habituer à vivre loin de son cher Père, auquel il croyait ses services nécessaires, et il ne fut tranquille que lorsqu'il l'eut rejoint. Il mourut pieusement le 5 novembre 1892. "J'ai souvent entendu le R. P. Mahoney — dit le Frère Augustianus auquel nous devons un bon nombre de ces détails — que, lorsque, plusieurs années après sa mort, son corps fut relevé de sa sépulture provisoire pour être transporté à la nouvelle chapelle mortuaire, il fut retrouvé entier et sans aucune trace de corruption. Il repose maintenant à côté de son saint Supérieur, et longtemps à Nelson on a parlé de lui comme d'un vrai saint’’.

Frère Pierre-Marie (Pierre Berenon) était de ViriviIle (Isère). Entré au noviciat de l'Hermitage à l'âge de 28 ans, en 1832, il fut d'abord employé à divers titres dans nos établissements de Bourg-Argental, et à nos deux Providences de Lyon ; puis au mois de novembre 1840, il partit pour la Nouvelle Zélande. Il était plein de bonnes dispositions. D'une longue lettre qu'il écrivait du Cap, au cours de son voyage, nous détachons ces quelques lignes qui montrent combien étaient pures ses intentions et grande son humilité : "Je tâche, dit-il, par la prière et le détachement de moi-même d'aiguiser de nombreuses faucilles pour aller moissonner dans le champ du Père de famille. Hélas ! il est probable que je ne deviendrai jamais un habile ouvrier ; mais si je ne puis moissonner, je glanerai du moins ; et, tout en glanant, je me tiendrai en vue du maître de la moisson, qui, je l'espère, agira envers moi comme Booz agit autrefois envers Ruth et dira aux moissonneurs de laisser tomber quelques épis afin que je les ramasse. Si, dans ma faiblesse, je ne puis ni moissonner ni glaner, j'irai sur la montagne et je prierai pour les moissonneurs’’.

Comment d'ailleurs, soit lui soit les confrères avec lesquels il fait route ne seraient-ils pas bien. disposés ? Ils ont de si admirables modèles dans les bons Pères Maristes, qui les accompagnent, durant la traversée ! "J'admire chaque jour de plus en plus, dit-il, leur bonté, leur charité, leur simplicité, leur humilité, leur modestie. Ce sont des modèles vivants où nous, Frères, nous n'avons qu'à ouvrir les yeux pour voir personnifiées toutes les vertus de notre état. Loin de se faire servir par nous, ils voudraient au contraire se faire nos serviteurs, et c’est à peine si nous pouvons obtenir que les rôles ne soient pas intervertis.

Pendant que nous avions le mal de mer, le Père Séon, qui est notre Supérieur, s'est abaissé à nous rendre des services dont nous sommes vraiment confus. Il est si bon qu'il s'oublie lui-même pour ne penser qu'aux autres. Il a un cœur de mère pour ceux qui sont avec lui. Et l'on dirait que tous les autres rivalisent avec lui de bonté, d'humilité et de dévouement. Quoi qu'il arrive, ils sont toujours contents parce qu'ils voient partout la main de Dieu. Les protestants eux-mêmes les admirent’’.

A son arrivée, il fut placé à Kororaréka, où il faisait partie de cette communauté que le Frère Claude-Marie, nous l'avons vu plus haut, trouvait si édifiante. Il était sacristain, jardinier et infirmier ; et à ces emplois il mettait tout son dévouement, mais sa santé était frêle ; il souffrait notamment de l'estomac ; et au bout de cinq ou six ans, il se trouvait à bout de forces. Il lui fallut revenir en France, où il se rétablit assez bien pour diriger successivement, pendant quelques années encore, plusieurs de nos écoles, entre autres celles de Néronde et de Nantua. Il mourut à l'Hermitage en 1873.

Frère Emery (Pierre Roudet), de Bevenais (Isère), entra au Noviciat de l'Hermitage au mois de mai 1839 et prit la soutane le 15 août de la même année. Il avait vingt ans, et en 1841 il partit pour la Nouvelle Zélande. Tailleur de son état, avec des aptitudes pour beaucoup d'autres emplois (imprimeur, relieur, maçon, etc.), il rendit de grands services à la mission dans plusieurs stations successives, notamment à Kororaréka, à Auckland, et plus tard à Villa Maria, où il mourut en 1882. Ses lettres, assez nombreuses au R. F. François, nous le montrent comme attaché de tout son cœur à la mission, plein de respectueuse affection pour les Pères, d'esprit de famille à l'égard de l'Institut et de ses supérieurs. De Kororaréka, en 1843, il supplie le R. F. François, d'accord avec Mgr. Pompallier, d'envoyer beaucoup de Frères en Nouvelle Zélande, et fait à ses anciens confrères de l'Hermitage un appel chaleureux de venir lui prêter main forte -ù lui et aux autres Frères. Il ne peut, pour son compte, se consoler de ce que, malgré tous ses soins, il ne parvient pas à tenir tous ces bons Pères et Frères vêtus et raccommodés. Il a de fréquentes relations avec ses confrères de la mission qu'il s'efforce de consoler, d'encourager, de soutenir dans leurs peines. Lui-même en avait sa bonne part aussi, car Dieu lui avait envoyé des crises de mélancolie nerveuse qui le prenaient de temps à autre et lui donnaient un profond dégoût de la vie ; mais il savait que c'était une épreuve et il redoublait ses actes de confiance en Dieu.

Frère Basile, né Pierre Monchalin, à St Hostien (Puy-de-Dôme) en 1814, était venu à N. D. de l'Hermitage en 1835 et avait fait profession perpétuelle en 1837. En 1840 il partit pour la Nouvelle Zélande et demeura un bon nombre d'années dans la résidence épiscopale de Kororaréka (Baie des Iles) où nous savons par le Frère Claude-Marie qu'il était cordonnier, cuisinier, boucher, boulanger, etc. En 1849, il est à Rotoroua avec le F. Reynier, et nous lisons dans l'Histoire de l'Eglise catholique en Australie par le cardinal Moran qu'en 1851, il était, avec le Frère Florentin, le compagnon et le coadjuteur du même Père Reynier et du Père Lampila, fondateurs de la mission d'Ahuriri ou de Napier. Il y demeura longtemps, car en 1859 le Frère Emery écrivait de Villa Maria au R. F. François : "Le bon Frère Basile m'a écrit dernièrement. Il est toujours avec le Frère Florentin à Ahuriri. Il me dit qu'il commence à se faire vieux, et que des rhumatismes le tiennent aux bras n. Ce bon Frère a toujours été rempli de zèle, de dévouement. Il était, avec le Frère Florentin, la cheville ouvrière de l'importante exploitation agricole qui permettait aux missionnaires de vivre, comme Saint Paul, sans être à charge à personne. Il mourut à Méanéé, près de Napier, le 23 avril 1898, l'âge de 84 ans, dont il avait passé près de 63 dans la vie religieuse.

Frère Déodat (Jean Villemagne) était né à Saint-Etienne ; (Loire) en 1816 et était venu en 1839 au noviciat de l'Hermitage, où il prit le saint habit le 15 août de la même année. En 1841, peu de temps après avoir fait profession, il partit pour la Nouvelle Zélande. Après un court séjour à Kororaréka (Baie des Iles) il fut amené par le Père Forest à Auckland, pour aller fonder avec le Père Borjon, une mission à Port Nicholson, à l'extrémité S. O. de l'île du Nord, non loin de l'endroit où, s'élève Wellington. Père et Frère s'embarquèrent sur la goélette l'Eléonore ; mais en cours de route, le vaisseau périt corps et. biens, et son naufrage entraîna la mort des deux vaillants apôtres. Après de longs jours d'anxieuse attente, on acquit la certitude du triste événement par des épaves trouvées dans le détroit de Cook, qui furent reconnues comme appartenant à l'Eléonore par l'ouvrier qui les avait travaillées et placées. Depuis le commencement de l'Institut, c'est, grâce à Dieu, le seul naufrage dont quelqu'un de nos Frères ait été .victime.

Enfin Frère Euloge (Antoine Chabany), né à St. Jean-Soleymieux (Loire), avait 28 ans lorsque, le 2 février 1840, il prit le saint habit à N. D. de l'Hermitage, et à peine avait-il terminé son noviciat qu'il demanda et obtint de partir pour la Nouvelle Zélande, où 20 ans après il devait être martyr de sa charité. Après avoir secondé vaillamment les Pères dans plusieurs stations, notamment, vers 1844, à Rotoroua, au sud de la baie de Plenty, où se trouvait alors le P. Reynier ; et, vers 1849, à Apotiki, au bord de la même baie, où il avait pour supérieur le P. Moreau, il fut envoyé à Nelson, à l'extrémité nord de l'Ile du Sud, où nous avons vu que résida longtemps le Frère Claude Marie. C'est là qu'il se trouvait en 1860, au moment où s'alluma, contre la domination anglaise et en général contre toute influence des blancs, la longue et féroce insurrection des tribus de la côte S. O. de l'Ile du Nord qu'on a désignées sous le nom de Haou-Haou à cause du cri de guerre, imité de l'aboiement du chien, qu'avaient adopté les rebelles. Tandis que ces hordes sauvages parcouraient le pays en semant partout le pillage, le massacre et l'incendie, les tribus restées fidèles leur opposaient une résistance aussi généreuse qu'héroïque, et les missionnaires, au mépris de tous les dangers, se multipliaient, sur le champ de bataille pour porter secours aux blessés.

Le Frère Euloge, "ange de fidélité et de dévouement’’, comme l'appelle le P. Monfat, ayant appris que l'un d'eux, le P. Lampila, se trouvait en grave péril au milieu des combattants, obtint de venir lui porter secours : et il se trouvait à ses côtés, sur le champ de bataille de Motoua, dans la région de Wanganui, occupé à secourir les blessés, quand, le 16 mai 1864, il eut le crâne fracassé par un coup de casse-tête que lui porta un Maori païen.

A Wanganui, sur la base d'un monument commémoratif de cette journée, on lit encore le nom du Frère Euloge parmi ceux des braves qui sacrifièrent leur vie pour la cause de l'ordre, de la religion et de la civilisation.

Les Frères dont nous venons de suivre succinctement la belle œuvre en Nouvelle Zélande étaient partis de l'Hermitage au temps où la société des Pères Maristes et celle des Petits Frères de Marie, nées d'une commune inspiration, n'en faisaient pour ainsi dire qu'une sous la haute autorité du Vénérable Père Colin ; et, lorsque plus tard, suivant les directions du Saint Siège, elles furent amenées à se donner, chacune, une existence et des institutions entièrement distinctes, ces Frères, sans laisser d'être filialement attachés de cœur à la congrégation qui les avait enfantés à la vie religieuse, restèrent sous la direction exclusive des Pères, qui, d'accord avec l'autorité épiscopale, les appliquaient, comme nous avons vu, aux emplois lés plus divers selon que le demandaient les besoins de la mission. Ce n'est qu'à partir de 1876 que nous fûmes appelés à fonder en Nouvelle Zélande, sous notre responsabilité au moins relative, des établissements consacrés uniquement à l'instruction et à l'éducation chrétiennes des enfants, comme ceux que nous dirigions en France et déjà dans d'autres contrées.

Wellington. — La première demande de ce genre nous fut adressée par S. G. Mgr. Redwood, de la Société de Marie, qui venait de succéder, sur le siège épiscopal de Wellington, au regretté Mgr. Viard.

Dans un rapport qu'il adressait vers la fin de 1875 au Bureau central de la Propagation de la Foi sur l'état de son vaste diocèse, le zélé prélat disait en substance : "Nous avons 34. écoles dont cinq sont dirigées par des religieuses, et les autres par des laïques Il nous en faudrait au moins. 20 de plus ; malheureusement nous sommes arrêtés par des difficultés de toutes sortes : pénurie d'argent, dispersion des familles catholiques, qui sont dans l'impossibilité d'envoyer leurs enfants dans un centre commun, embarras de trouver des maîtres capables, etc. … Il en résulte qu'en beaucoup d'endroits les enfants sont obligés de rester chez leurs parents ou de fréquenter les écoles protestantes, au risque d'y perdre la foi ou d'y contracter des habitudes d'indifférence pratique’’.

C'est pour préserver de ce ‘’malheur", les enfants catholiques de sa ville épiscopale que Mgr. Redwood, de concert avec les R. R. Pères Maristes qui le secondaient dans son apostolat, fit appel à nos Supérieurs pour la fondation d'une et même, si possible, de deux écoles ; et la jeune province d'Australie, dont les deux écoles fondées a Sydney et Parramatta commençaient à prospérer, et dont le noviciat avait déjà formé quelques bonnes recrues, fit un effort pour répondre favorablement.

Au commencement de l'année 1876, le C. F. John, qui représentait là-bas les premiers Supérieurs, conduisit lui-même à Wellington les trois Frères Sigismond, Papinien et Edwin, qui devaient composer la communauté. Monseigneur étant alors en tournée pastorale, ils furent reçus par le R. P. Petitjean, qui, dans son prône du dimanche suivant, fit une belle apologie de la mission du Frère éducateur, et entonna le Te Deum pour remercier Dieu. A son retour, qui eut lieu peu de temps après, Monseigneur, au cours d'une messe solennelle où il officia pontificalement, parla de l'arrivée des Frères comme d'un grand événement pour le Diocèse. C'était dire à ceux-ci quelles grandes espérances on fondait sur eux. Ils se sont efforcés depuis lors de les démentir le moins possible ; et les paroles élogieuses prononcées par Sa Grandeur, en diverses rencontres où nous avons eu la joie de la voir à la maison-mère, nous permettent de croire que cela n'a pas été sans succès. Dès la seconde année leur nombre fut porté à quatre et depuis déjà longtemps il est de cinq, dont les classes comptent de 270 280 élèves.

De plus, en 1911, un certain nombre d'élèves de cette première école, qui est située King’ Street, dans le quartier de Te Haro, ayant passé dans un autre quartier appelé Thornedon, les R. R. P. P. Maristes firent bâtir, Hawkestone Street, une nouvelle école, que nos Frères furent également appelés à diriger. Les trois Frères dont se compose la communauté ont actuellement 150 élèves dans leurs classes ce qui fait plus de 100 dans les deux écoles réunies.

Napier. — A 280 kilomètres au N. E. de Wellington. sur la rive méridionale de la baie Hawke, s'élève en amphithéâtre la jolie ville de Napier, peuplée de douze à quinze mille habitants et centre d'un groupe catholique important confié aux soins spirituels des R. R. Pères Maristes.

Dès 1875, Mgr Redwood avait demandé des Frères pour y établir une école en même temps qu'à Wellington, et ils lui avaient été presque promis ; mais des renforts attendus de France n'arrivèrent pas, et, bien à regret, la fondation dut être différée de deux ans encore. Ce ne fut donc qu'en 1878 qu'elle put avoir lieu. Le premier Frère Directeur fut le Frère Papinien ; mais ce fut le Frère Joseph François Xavier, sous-directeur, qui fit la 1ière classe. Il n'avait que 27 ans ; mais il avait à un haut degré le sens pédagogique et l'esprit religieux ; c'est pourquoi, tout en contribuant beaucoup, par son union avec le Frère Directeur et toute sa conduite, à maintenir l'esprit de famille au sein de la communauté, il sut imprimer à sa classe une direction excellente, et le résultat donna pleine satisfaction au R. P. Forest, ancien collaborateur du V. Champagnat à l'Hermitage, qui était curé de la paroisse et qui jusqu'à sa mort aima les Frères comme ses vrais enfants. La communauté se composait de 3 Frères, c'est à ce nombre qu'elle s'est toujours maintenue depuis, avec une moyenne de 120 à 130 élèves dans les classes.

Auckland. — Par ordre de date, notre troisième fondation en Nouvelle Zélande fut celle d'Auckland. Cette ville, qui fut la capitale de tout l'archipel de 1843 à 1865, est située au N-E. de l'Ile du Nord, sur la côte septentrionale d'un isthme étroit qui sépare le golfe d'Hauraki d'avec la baie de Manukau, formée par l'océan sur la côte opposée de l'île C'est à cette situation non moins qu'à son ciel enchanteur et à la beauté pittoresque de ses environs qu'elle doit le surnom de Corinthe du Pacifique. Elle a, non compris ses faubourgs, une population de 45.000 habitants. Nos Frères y furent appelés en 1883 par Mgr. Luck, deuxième successeur de Mgr. Pompallier sur son siège épiscopal, qui avait appuyé sa demande par une lettre du Saint Siège. Les Fondateurs, Frères Edwin, Vial, Damien et Jérôme, y arrivèrent le 17 août. Leurs classes, qui s'ouvrirent le 7 septembre, comptèrent 80 élèves le 1ier jour, et peu de temps après elles en avaient quarante de plus, ce qui fut regardé comme un grand succès ; car beaucoup comptaient sur un fiasco. Aujourd'hui elle a cinq classes avec 250 élèves.

De plus, à côté de cette première école, s'est élevé le Collège du Sacré-Cœur qui la complète très heureusement. En 1894, les deux premières des cinq classes dont se composait l'école formaient ce qu'on appelait la High School ou Ecole Supérieure, tandis que les trois autres constituaient l'Ecole paroissiale. Le Révérend Frère Théophane, au cours de la visite qu'il fit cette année-là aux Frères de l'Etablissement, étant allé présenter ses devoirs à Monseigneur l'Evêque, Sa Grâce l'entretint de la nécessité qu'il y aurait de séparer complètement les deux écoles, de donner un plus grand développement à la High School et même d'y ajouter un pensionnat, qui, disait Sa Grâce, avait chance de prendre un grand développement. On suivit le conseil, et sa prédiction, grâce à Dieu, s'est réalisée d'une façon très encourageante. Le Collège du Sacré Cœur, avec ses 130 pensionnaires et ses 45 externes, forme aujourd'hui un établissement d'éducation solidement accrédité, auquel le bon esprit de ses élèves et leurs succès annuels aux examens publics gagnent une faveur toujours croissante auprès des familles

Depuis une douzaine d'années, il s'est formé entre les Anciens Elèves des deux établissements une Association amicale, le "Marist Brothers' Old Boys Club’’, qui produit un grand bien. (V. Bulletin de l'Institut, Tome II, page 202).

Wanganui. — Le Wanganui est une belle et pittoresque rivière qui descend des régions les plus élevées de l'Ile du Nord et vient, après un cours très sinueux et profondément encaissé, déboucher sur la côte sud-occidentale, en laissant sur ses deux bords une plaine de modeste étendue, mais très agréable et très fertile. Vers 1850 des colons qui avaient cherché à s'établir près de Wellington, ne trouvant pas la région à leur fantaisie se dirigèrent vers le N-O. en suivant la côte, et voyant, dans la basse vallée de la rivière dont nous venons de parler, des conditions beaucoup plus propices à leur dessein, ils s'y établirent et constituèrent une agglomération qui est devenue la jolie ville de Wanganui.

Le R. P. Pezant, de la Société de Marie, secondé par le Frère Euloge, vint bientôt s'y fixer ; et, en même temps qu'il soutenait et fortifiait dans la foi le petit nombre des catholiques, irlandais pour la plupart, il opérait de nombreuses conversions parmi les protestants. De son côté, le R. P. Lampila, de la même société, s'établissait un peu plus en amont sur le cours de la rivière avec le Frère Elie-Régis, et gagnait à la foi un bon nombre de Maoris. La région devint ainsi un centre catholique dont pendant bien des années le développement fut entravé par la longue et terrible guerre des Haou-Haou dont nous avons parlé plus haut, mais où la vie chrétienne ne cessa pas d'être intense.

En 1893, l'héritage spirituel du Père Pezant avait passé au R. P. Kirk, qui avait fait bâtir près de l'Eglise, pour les jeunes garçons de la paroisse, une école de trois classes avec une maison d'habitation qui est, dit-on, un modèle de commodité et de bon goût pour le style et la distribution des appartements. Désirant vivement confier cette école à notre Institut, il fit aux Supérieurs la demande d'une communauté de trois Frères qui lui fut accordée. Le premier Directeur fut le Frère Alfred, secondé par les Frères Colman et Mary Edmund. Les classes, qui s'ouvrirent le 2 février 1894 avec 80 élèves, en ont présentement une centaine.

Christchurch. — Primitivement, le diocèse de Wellington comprenait la moitié méridionale de l'Ile du Nord et toute l'Ile du Sud. Depuis, la plus grande partie de cette dernière en a été retranchée pour former deux autres diocèses dont un a son siège à Dunedin, vers l'extrémité sud de la côte orientale, et l'autre, confié comme celui de Wellington à la Société de Marie, a le sien à Christchurch, un peu plus au nord. Sise au milieu d'une plaine fertile dans le district de Canterbury, cette dernière ville a une population de 60.000 âmes et même de 80.000 en y comprenant les faubourgs qui la prolongent tout autour sur un rayon de 10 12 kilomètres.

En 1887, son intrépide évêque, Mgr. Grimes, S. M., qui venait d'y être intronisé, exprima le désir d'avoir une communauté de nos Frères pour l'éducation chrétienne de ses jeunes ouailles ; et, quoiqu'on fût bien à court de sujets, on fut assez heureux pour pouvoir lui donner satisfaction.

Ce fut le Frère Joseph-François-Xavier, alors Directeur de Napier qui fut désigné pour venir en prendre la direction, avec le concours de quatre autres Frères. Arrivés au commencement de février 1888, ils ouvrirent leurs classes le 13 du même mois et bientôt elles furent tellement pleines que leur jeune population ne put plus y tenir.

De toute nécessité il fallait construire ; mais le moyen ?… Les fonds manquaient ; et, malgré tout son bon vouloir, la Mission, qui avait à faire face à tant d'autres besoins, ne pouvait les fournir. Heureusement le Frère Directeur était un homme d'initiative et de zèle. A sa demande, de nombreux catholiques se réunirent ; un comité présidé par lui fut constitué ; et, grâce à de généreuses souscriptions, l'école ne tarda pas à être agrandie de manière à pouvoir admettre tous les enfants au nombre de 350. Il fut plus difficile de faire bâtir une maison d'habitation pour les Frères ; mais le Frère Joseph-François-Xavier mit saint Joseph. de la partie ; à force de prières et de sollicitations auprès de ceux qui pouvaient lui venir en aide, il réussit à les rendre favorables à son projet, et les Frères, après les élèves, furent commodément logés. Les classes d'ailleurs sous son impulsion allaient très bien sous tous les rapports ; aussi quand, au mois de janvier 1895, il fut changé pour aller prendre la direction d'Auckland, il emporta les regrets unanimes de Monseigneur, des Pères, de la paroisse et de la population. Aujourd'hui l'école a 5 Frères et 250 élèves.

Timaru et Greymouth. — En 1889, Mgr. Grimes, se trouvant à Rome, demandait aux Supérieurs deux autres communautés de trois Frères pour les deux villes les plus importantes de son diocèse : Timaru, située sur la côte orientale de l'Ile du Sud, à 140 kilomètres au midi de Christchurch, et Greymouth, située au N-0. de la même ville, sur la côte opposée. Les deux fondations furent effectuées l'une en 1891 et l'autre en 1892. Les deux communautés ont chacune trois Frères avec une centaine d'élèves.

Invercargill. — Invercargill, située à l'extrémité méridionale de l'île du Sud, sur le détroit de Foveaux, qui la sépare de l'île Stewart, est, de tous nos établissements de la Nouvelle Zélande celui dont la fondation est la plus récente ; elle remonte seulement à 20 ans. La communauté composée de trois Frères, comme celles de Timaru et de Greymouth, compte en moyenne 140 élèves dans ses classes.

Au total, nous avons donc en Nouvelle Zélande douze communautés, comprenant ensemble 42 Frères et donnant l'instruction et l'éducation chrétiennes à l.660 enfants. C'est relativement peu ; et il y a place pour un développement beaucoup plus grand que l'accroissement rapide de la population rend de plus en plus désirable. Nous aimons espérer que l'érection du district en province y contribuera pour sa bonne part en amenant la création d'un juvénat et d'un noviciat pour recueillir les bonnes vocations (lue l'expérience a révélées assez nombreuses dans la contrée, peuplée en partie de très chrétiennes familles d'origine irlandaise. Mais c'est le cas de nous rappeler la maxime favorite du Vénérable Fondateur : Nisi Dominus oedificaverit domum, in vanum laboraverunt qui oedificant eam. Il faut donc prier le divin Père de Famille de multiplier ces vocations et de les rendre fidèles, afin que le nombre des ouvriers ne demeure pas en disproportion trop grande avec l'abondance de la moisson.

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