Nos victimes de Tolède

11/Oct/2010

D'un long rapport du C. F. Jacinto-Luis, sur le massacre des Frères de la communauté de Tolède, voici un résumé qui intéressera tout l'Institut.

Ce Frère s'était rendu dans la ville délivrée, dès que cela avait été permis par les autorités militaires. Il y arriva le 3 octobre et y passa plusieurs jours, pour essayer de réunir tous les renseignements possibles.

Tout d'abord il eut un moment l'espoir de retrouver vivants quelques membres de la communauté. Plusieurs amis ou connaissances assuraient en avoir vu ou savoir qu'ils avaient pu se cacher. Mais ces renseignements peu sûrs et très vagues n'aboutirent à rien.

Toute illusion disparut le dimanche suivant, hélas ! Le Frère passa toute la matinée à la cathédrale, seule église ou on avait pu, tant bien que mal, rétablir le culte et où, de 6 heures du matin à 11 heures, il examina tous les fidèles à leur entrée à l'église, sans pouvoir reconnaître un seul de nos Frères.

 

Identifications. Les recherches sur le registre communal des enterrements furent malheureusement celles qui eurent quelques résultats. Les listes interminables des victimes, parcourues avec soin, permirent cinq identifications, dans le groupe 42 des fusillés, grâce au mot mariste, ajouté à un signalement sommaire :

N° 236, environ 35 ans, habit kaki, mariste.
N° 239, le directeur des maristes.

N° 252, court, mince, costume café, mariste.

N° 253, environ 25 ans, habit verdâtre, mariste.

N° 288, grand, fort, environ 50 ans, mariste.

On voit, rien qu'à cette sécheresse des documents, l'encombrement des services chargés d'enterrer chaque jour tant de gens massacrés. Encore n'est-on pas bien sûr que cette mention : mariste, inscrite cinq fois, sur dix où elle aurait dû être mentionnée, fût certainement juste.

Les numéros des fosses étaient indiqués. Le F. Jacinto-Luis songea à faire retirer les corps de nos chères victimes pour les réunir. Mais il fallut vite se rendre compte que c'était impossible. Comment retrouver et identifier des cadavres en pleine décomposition, enfouis pêle-mêle. La seule consolation c'est de songer qu'ils sont au milieu de victimes qui, comme eux, ont été insolées en haine de la religion.

 

Détails des événements. — Voici comment le Frère Jacinto-Luis a pu reconstituer le drame effroyable que fut le massacre de toute la communauté.

Les premiers jours de trouble, les Frères restèrent au Collège, au lieu d'aller se réfugier à l'Alcazar, ce qui aurait été leur salut. Le clergé et d'autres religieux avaient fait comme eux, tant l'on supposait que les troubles se borneraient à quelques désordres sans conséquences graves, dans cette bonne ville de Tolède, une des capitales religieuses du pays.

C'est la proximité de Madrid qui gâta tout et fit affluer sur Tolède les éléments de désordre et d'anarchie qui avaient triomphé dans la capitale.

Notre Collège fut envahi un des premiers, à une date qu'il a été impossible de préciser. Un fort groupe de miliciens s'y était présenté. Leur tactique ordinaire était de tirer quelques coups de feu aux environs de la maison où ils voulaient entrer, et d'y pénétrer de gré ou de force, sois prétexte de chercher les tireurs ou du moins des armes. C'est ce qu'ils firent chez nous, enfonçant les portes qu'on tenait fermées, arrêtant les Frères, fouillant, saccageant tout et brisant tous les objets religieux. Les Frères furent saisis, alignés dans la cour, fouillés minutieusement et, au milieu de cris et de blasphèmes, dépouillés de leurs chapelets et scapulaires.

L'interrogatoire fit relâcher le portier et un domestique arrêtés avec les Frères, car on n'en voulait, pour le moment qu'aux religieux.

Nos Frères furent, de là, conduits en prison, où ils devaient rester un mois environ. On sait de quelques survivants qu'ils furent fort maltraités les premiers jours, qu'on les menaça de mort plusieurs fois et qu'ils y manquèrent de bien des choses, nourris comme des chiens et abreuvés d'eau malpropre. Les prisons étaient encombrées et le désordre le plus complet régna pendant la première semaine où les miliciens s'occupèrent surtout de piller la ville.

 

Le massacre. — Fin août, sous prétexte de représailles militaires, on commença à extraire des prisonniers pour les fusiller. On prenait dans le tas, sans jugement, ni raison spéciale aucune. On menait les pauvres victimes sur la place dite de Transito et là, on les fusillait, abandonnant sur place les corps qui, dans la journée, étaient enterrés, dans des fosses communes, tout le groupe à la fois, souvent une trentaine ensemble, pêle-mêle. Sur réclamation des voisins du champ d'exécution, on massacra ensuite au bord de la ville, près de la porte de Cambron. C'est là que le 23 août, 10 de nos Frères furent fusillés. On n'a pu avoir aucun détail sur leur exécution, sinon qu'il y eut avec eux, ce jour-là, plusieurs prêtres, dont le Doyen de la Cathédrale.

Le F. Jorge-Luis, depuis quelques jours, aidait à la cuisine de la prison. Il fut oublié le 23, mais dès le lendemain, les miliciens s'étant aperçus de leur oubli, le tirèrent de prison, et sans le conduire bien loin, le fusillèrent près des marches de l'escalier qui conduit à l'esplanade de Transito. On l'avait placé contre un

mur. Il cria avant de mourir: Vive le Christ Roi ! Son corps, percé de balles, resta là assez longtemps et plusieurs passants, de nos amis, eurent l'occasion de reconnaître son cadavre.

 

Le Collège. — Le vaste et bel édifice où était établi notre Collège fut dès le début converti en caserne et dépôt des miliciens rouges. Dans une bonne partie des salles de classes ou autres chambres s'entassèrent bientôt le produit du pillage de la ville : vêtements, chaussures, enlevés dans les magasins, meubles précieux, vaisselle, œuvres d'art, bijoux, pris dans les familles ; calices, reliquaires, et autres objets de prix, volés dans les églises et les couvents.

A cela s'ajoutaient les dépôts d'armes, munitions, motocyclettes et autres articles militaires.

Tout cet immense, matériel fut abandonné au moment de la fuite précipitée de l'armée rouge. On retrouva même des valeurs en espèces, en billets et en titres que les voleurs, dans leur précipitation, n'eurent pas le temps d'enlever. Les autorités militaires ont essayé de retrouver les propriétaires, ou au moins, vu le nombre de ceux d'entre eux qui sont morts, de classer et inventorier tout ces objets. Rien que pour les, églises et couvents une dizaine de camions ont transporté ce qui a pu être identifié.

Le Collège lui-même n'a pas eu trop à souffrir. Une bombe a pourtant éventré la façade près de la porte d'entrée, mais les incendies allumés en divers points, au moment de la fuite par les occupants, n'ont causé que des dégâts partiels.

Inutile de dire que la chapelle et la sacristie ont été spécialement saccagées. Tous les objets religieux de la maison ont disparu, comme la statue du Sacré Cœur de la cour.

En place on avait installé dans une salle une statue de Lénine, venue de Russie, bien sûr… Le beau patron !

On n'a évidemment pas pu rouvrir le Collège dans la ville saccagée de fond en comble. Il est resté à la garde des autorités militaires qui y ont établi l'Ecole militaire, jadis logée à l'Alcazar.
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[Il s'agit de la légende de l'image du Vive le Christ Roi ! de la page 317]   Ce cri de Vive le Christ-Roi  ! jailli des lèvres de milliers de victimes des méchants, en Espagne, est une réponse aux blasphèmes des impies. C’est cette affirmation de la royauté de Jésus-Christ qui a fait ériger en divers lieux des statues du Sauveur, Roi du monde. On voit ici celle des Houches, sur un contreforts des Alpes, en face du Mont Blanc. Elle a 26 mètres de hauteur et domine toute la région.

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