Notes sur le catéchiste

F. P.

18/Oct/2010

Ce qu'on lui demande. — On aimerait lui reconnaître : la vocation, l'intention droite et les aptitudes.

La vocation suppose un triple appel : 1° un appel montant des âmes jeunes désireuses de trouver leur nourriture, c'est l'appel d'une communauté ; 2° l'appel du chef de la Société, de l'Évêque, du Curé chargés d'organiser l'instruction et l'éducation religieuses ; 3° appel certain, entendu au dedans de soi, une aspiration plus ou moins consciente de se dévouer au bénéfice des enfants.

Des raisons économiques des motifs de prestige, un besoin d'imitation : tels sont les chemins détournés vers l'enseignement, au dire de R. Hubert. M. Colomb n'aime pas les catéchistes par obéissance. L'éducateur se reconnaît à l'amour de l'enfant à la joie de participer à sa spontanéité, à saisir sa représentation des choses et des êtres et surtout à sa volonté d'aider l'enfant à se développer, à lui donner le sens des valeurs spirituelles, de la foi, de l'espérance et de la charité. Les aptitudes souhaitées tiennent dans un tempérament sain, un équilibre nerveux, des connaissances psychologiques et pédagogiques, une solide et large formation théologique, une mentalité apparentée socialement à celle des enfants, et surtout des qualités morales et religieuses à transmettre.

Objections: a) Ces multiples exigences ne se rencontrent guère en dehors d'une formation sérieuse et toujours pénible sinon dispendieuse. Il n'est pas rare de trouver des éducateurs assurés de se tirer d'affaire avec le seul bon sens. Ils n'ont pas besoin de tant de philosophie, de théologie. — Le bon sens est sûrement nécessaire… mais est-il suffisant ? Ne réclame-t-il pas un supplément de la compétence pour devenir le bon sens formé ? Devant des objets complexes, il lui arrive de s'avouer incapable.

b) Le « don » dispenserait de la formation…. Peut-être faut-il plus de catéchistes qu'on ne compte d'éducateurs doués ? Le pur instinct maternel lui-même peut errer devant la complexité de l'enfant grandi. D'ailleurs, la mission d'éducateur exige tellement de dons. Faut-il abandonner l'espoir de les acquérir ? Même très doué, le pianiste ne peut se dispenser de l'exercice. Il arrive que les dons les plus brillants ne sont pas les plus solides. Il faut en fournir des preuves dans l'expérience.

Sans doute peut-on se retrancher derrière le saint Curé d'Ars pour faire triompher les seuls dons. Mais aurait-on déjà oublié les qualités essentielles du catéchiste : la foi, l'espérance et la charité portées jusqu'à l'héroïsme par saint Jean-Marie Vianney ? Ici encore les dons ont leurs exigences. Si la sainteté accomplie n'est pas cl, rigueur, encore faut-il se mettre en route.

e) Enfin la pratique a fait d'excellents catéchistes. Il est vrai qu'après vingt ans d'expérience, on peut avoir de l'influence. Mais la pratique seule risque de renfermer l'éducateur dans un milieu particulier, souvent rétréci. L'homme d'action se trouve souvent accaparé par las nécessités matérielles de son action, obligé d'obtenir la discipline dans des conditions désastreuses sans pouvoir juger sa méthode. Sa pratique risque de tourner en routine et de faire obstacle au progrès. De plus, les nécessités de la pratique absorbent et empêchent de penser, d'examiner le but de l'action. Et la seule pratique ne saurait justifier les méthodes nouvelles. S'il faut une part de pratique dans la formation, on n'est jamais dispensé de l'interpréter.

La formation du catéchiste demande le bon sens théorique et pratique, elle veut être poursuivie toujours, au delà de ses acquisitions.

 

La formation spirituelle ou l'âme du catéchiste. — Une leçon de catéchisme est tout autre chose qu'une leçon d'histoire, une classe profane : ici les enfants regardent autour d'eux, en eux, au-dessous d'eux ; ils entendent une parole humaine. Au catéchisme, ils écoutent parler Dieu, ce qui est transmis d'En-Haut. Le catéchiste aura soin d'admettre dans la salle, dans ses propos, tout ce qui peut donner le sens du sacré, de refuser ce qui empêcherait de donner le sens du sacré et de surveiller ce qui serait favorable au sacré : architecture, lumière, chants, images.

Les personnes d'abord seraient à analyser à ce point de vue.

Le catéchiste découvre facilement Dieu dans les yeux limpides des petits ; il s'habituera à respecter ces temples de la Sainte Trinité.

Les enfants ne peuvent rencontrer Dieu que dans leur catéchiste; ils sont en droit de Le trouver bien visible et bien vivant. L'âme du catéchiste doit vibrer, faire jaillir l'admiration, la confiance, la foi… Elle doit faire parler Dieu, tout charger de sens divin.

 

Comment définir l'âme du catéchiste ? — Un contact avec l'Ancien Testament, la lecture de la vocation de Moïse, d'Amos, d'Isaïe, de Jérémie ou d'Ézéchiel permettraient de retrouver le sens de l'appel, de la mission, du message à transmettre.

Pour le catéchiste, la parole de Notre-Seigneur : « Si vous ne devenez comme l'un de ces petits… » doit prendre un sens spécial. En effet, pour comprendre les enfants, pour s'en faire aimer, il faut une âme d'enfant ou la retrouver, s'engager dans la voie de l'enfance spirituelle, faite de simplicité, de confiance de foi, de la liberté des enfants de Dieu. L'enfance du catéchiste se situera sur la même ligne que ses disciples, mais sur un plan spirituel, afin de les élever.

 

Analyse des qualités de l'esprit d'enfance. — 1° Le sens des réalités spirituelles. Notre position dans un monde matériel, formé d'éléments distincts, nous porte à percevoir, à mesurer, à prouver, à raisonner et à nous contenter de démonstrations, d'explications négatives.

Or, l'enfant a une âme invisible comme tout esprit. Dans le composé âme-corps, l'âme importe avec sa force agissante, aimante. Et si l'enfant doit grandir tout entier, il lui faut assurer puissance, amour, vie dans une atmosphère d'âme.

Nous nous placerons dans l'âme qui commande au corps, en Dieu tout-puissant et si aimant invoqué par papa et maman. L'enfant de 4, 5, 6 ans est réaliste, même positif et affirmatif, spiritualiste. Il possède une réelle aptitude à saisir l'âme, à se saisir lui-même avant le monde extérieur. Il est sensible à la présence de l'amour, de l'indifférence, de la haine. Dans la mesure où le catéchiste a le sentiment de la présence de Dieu, d'une vie intérieure intense, il pourra être éducateur. S'il répond « oui » à l'esprit de Dieu, s'il développe en lui la sollicitation d'un père, il peut se poser en catéchiste.

Le sens de l'admiration, du mystère. S'il s'agit de donner une leçon, le catéchiste se dépêche de faire réciter afin d'expliquer beaucoup, de songer à ce qui doit suivre, d'épuiser en une ou deux leçons sa science de Dieu. L'adulte pressé n'a pas le temps d'écouter, de s'étonner, de méditer ; d'un pas rapide et vigoureux, il mène l'enfant, telle une maman pressée de faire ses commissions. Il a presque honte de ne pas critiquer ; embarrassé du passé, soucieux de l'avenir, il est incapable d'admirer, de rêver. L'enfant aurait tout autre chose à entendre, porté vers les couleurs ou vers les aventures, toujours disposé à admirer longuement, à s'étonner. S'il admire les gens calmes, il n'aime pas les hommes trépidants, nerveux.

Il lui faut un catéchiste volontiers silencieux, soucieux d'admirer, de s'étonner, de rechercher le dessein de Dieu de sonder la « profondeur inépuisable de la sagesse et de la science de Dieu ! » et « fortifié par l'esprit… enraciné dans la charité et fondé sur elle… de comprendre avec tous les saints ce qu'est la Largeur, la Longueur, la Hauteur et la Profondeur ».

Dès lors, le professeur, même occupé à faire réciter les leçons, à expliquer, s'efforcera, non seulement de ne pas nuire à l'adoration, à l'admiration devant Dieu, mais d'entraîner dans l'adoration ; sous sa direction, la mémoire chantera les louanges de Dieu pour ne pas tuer par la lettre, mais plutôt de vivifier par l'esprit, Dans Lumen Vita? 1947, n° 3, p. 542, la Révérende Mère Polleton suggère d'aller lentement, sans nous payer de mots ni de réponses verbales, afin de rencontrer Dieu, de faire vivre en enfant de Dieu, en son temps, à la mesure des capacités, sans trop expliquer ni analyser pour ne pas risquer de tuer le sens du mystère.

Sens du respect. Nous voici devant un sentiment complexe, riche, attitude du faible devant ce qui le dépasse, complexe de crainte et d'amour devant une grandeur abaissée et donnée, sentiment religieux, attitude de l'homme devant le divin. Le petit enfant placé devant papa et maman si grands, si puissants se sent normalement saisi de respect, et, à les voir recueillis dans la prière, il ne tarde pas à posséder le sens du divin. Encore faut-il développer, sublimer ce sens du divin. Le silence gardé respectueusement, les paroles, les gestes mesurés, une attitude réservée, le spectacle de l'adulte prosterné devant Dieu… voilà autant d'éléments de l'éducation du respect.

Bannissons également de nos catéchismes : laideur, désordre, saleté des salles, et tout ce qui pourrait faire perdre le sens du sacré.

Le manque de discipline, comme cette discipline imposée du dehors à coups de punitions, d'éclats de voix, d'un mot le caporalisme, nuisent au respect.

Sens de l'Amour. L'âme créée à l'image de Dieu peut comprendre l'amour de Dieu. L'enfant entouré de l'amour maternel est tout près de comprendre que « Dieu est Charité ». Livré à cet amour, l'enfant grandit et se grandit. Cependant, spectateur de l'égoïsme adulte, l'enfant s'en laisse pénétrer rapidement, et très vite, il aura perdu le sens de l'amour. Au catéchiste de lui révéler l'amour désintéressé, l'amour spirituel de Dieu… et de lui demander une réponse. En effet, Dieu se trouve. Dans Jean Première Épître, IV, 7 : « Bien-aimés, aimons-nous les uns les autres, car l'amour est de Dieu, et quiconque aime est né de Dieu, connaît Dieu… car Dieu est Amour. »

Le catéchiste essaiera de constituer une communauté d'enfants unie dans un amour fraternel spirituel par une vie chrétienne en équipe et non pas divisée par la lutte des concours. Il organisera la collaboration par les jeux liturgiques, les services rendus. Il laissera entrer les soucis de tous ses enfants. Chef délégué par Dieu, il doit maintenir l'unité religieuse dans son catéchisme.

Sens du progrès. L'enfant est un être en devenir. Un désir profond de grandir le tourne instinctivement vers quiconque peut l'aider à devenir plus grand, à favoriser le dépassement. Il n'aura que mépris pour ceux qui voudraient lui épargner l'effort.

Le catéchiste est appelé à grandir, à suivre l'attrait du Père des cieux, à vivre l'aventure de la vie à la suite du Maître, à laisser agir Dieu en lui, à se maintenir fervent. Et comme l'enfant est très sensible au mouvement, la vertu offerte par la vie du catéchiste doit être une aventure, un dépassement. Les jeunes veulent vivre intensément, ils suivent volontiers les anciens engagés dans l'aventure.

Bien des obstacles risquent d'arrêter l'élan. Tout d'abord ce programme toujours le même va contre le sens du progrès. De même la morale-barrière faite d'interdictions marquées d'avance, de vertus fastidieuses dès qu'elles promettent de bannir tout risque, la liturgie et ses cérémonies expédiées sans beauté spirituelle… d'un mot tout ce qui se révèle étranger à l'ascension spirituelle est à bannir. Continuellement, le catéchiste se doit de soutenir un effort vers la perfection. Il doit se jeter au delà des règles, dans un élan de charité.

Sens de la prière. Quiconque admire, respecte, aime, désire grandir… sait prier.

L'enfant apporte des prédispositions à prier : petit, incapable de se suffire, il prie père et mère, il est lui-même une prière : n'est-il pas tout admiration, étonnement. Sa prière deviendra religieuse quand il connaîtra Dieu, mais il faut veiller à lui laisser le caractère de sincérité, de louange, d'admiration. Le catéchiste doit lui servir d'exemple par sa prière sincère, spontanée…, il doit conduire naturellement la prière, laisser prier l'enfant sans lui imposer de formules étroites, boursouflées. La liturgie n'offre rien d'ampoulé, de vain ; c'est un modèle à suivre, une mine de formules respectueuses de Dieu et de l'âme.

L'adolescent, conscient de sa force en voie de développement, veut agir, déployer rapidement toutes ses possibilités personnelles. A constater que des adolescents pieux sont souvent démunis de courage, il pourrait croire que la prière risque de le déviriliser. Au catéchiste de présenter la prière comme la cime de l'activité humaine, de plonger toute l'activité dans un bain de foi, d'espérance et de charité.

 

Conclusion. — Dieu est le lieu géométrique des âmes : toutes les psychologies s'y rencontrent, s'y comprennent. Pour accrocher les enfants à Dieu, pour ouvrir leurs âmes à la confiance avec l'espoir de grandir, il faut les mettre en contact avec Notre-Seigneur.

La grande personne doit s'adapter à l'enfant : mais celui-ci peut seulement faire semblant de se livrer, d'écouter ; s'il ne ressent pas l'appel discret, lancé dans la confiance, il saura se réfugier dans une retraite bien à lui.

Le catéchiste ne pourra l'approcher par la contention, mais par la seule adaptation. L'adaptation au langage, à l'âme de l'enfant, le respect de son rythme. lent, de son esprit gluant, doit précéder une adaptation de la théologie à l'esthétique de l'enfant. Il lui faudra adapter sa vie intérieure à sa grâce, à sa liberté d'enfant sans lui imposer ses formules. Il lui faudra même se dépouiller de la hantise du succès extérieur et même de pratique sacramentelle.

Le vrai don c'est l'âme du catéchiste livré à l'enfant mais aussi donné à Dieu. Pour cela il doit être simple, peu friand de popularité, attaché avec délicatesse, bonté, humilité d'abord à Dieu et à l'enfant.

La présence de Dieu constitue la source, l'efficacité de toutes les méthodes. Elle est dans l'Écriture, dans l'Église et dans la méditation des mystères de Dieu.

                                                                                             F. P.

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