Notre-Dame dans lart chinois

20/Oct/2010

Introduction. — L'idée de Notre-Dame dans l’art est inséparable de la place qu'elle occupe dans la vénération de l'Église et également inséparable de l'amour filial que les catholiques ont pour elle, leur céleste Reine.

A travers les âges, l'Église a eu une dévotion spéciale envers Marie. Pour tous les catholiques, amour, vénération, louange pour le Christ, le Fils fait homme, implique aussi louange pour sa Mère (la principale actrice, après son Fils, dans la tragédie et le triomphe de la Rédemption). Avec elle une nouvelle vision de beauté s'est levée sur le monde.

« Marie, idéal de beauté créée, et copie parfaite de la beauté incréée, est en même temps l'inspiratrice et le sujet favori de l'art catholique1. »

Toutes les classes de la société ont déposé leurs tributs à ses pieds. Les théologiens la voient figurée à chaque page de l'Ancien Testament. La poésie a fait retentir ses louanges. L'architecture a atteint son apogée dans les cathédrales et les églises bâties en son honneur. La peinture médiévale a mis sa beauté immortelle à reproduire sur la toile les traits de Marie. Dans le passé aussi bien que dans le monde moderne d'aujourd'hui, on trouve dans tous les pays du monde l'art qui a Marie pour sujet.

Même dans le lointain pays de Chine, où la situation de la femme a été par tradition basse et triste, les catholiques chinois placent instinctivement la Mère du Christ dans sa haute niche légitime et ne cessent jamais de lui adresser la louange qui lui est due. « Quant à moi, comme chinois, il m'est impossible d'adorer le Christ sans vénérer la Bienheureuse Vierge. Car, on honore une mère à cause du fils ; on honore un fils à cause de la mère. » (Docteur John C. H. Wu.)

Les artistes catholiques chinois, à l'instar des grands peintres d'Europe, aiment à remplir leur art de leur Céleste Reine. Pendant des siècles ils ont étudié et travaillé. Ils ont produit de gracieuses peintures que l'on considère comme le résultat le plus intelligent de l'art chinois. Ils ont jeté une nouvelle lumière sur un art depuis longtemps perdu, et ont lancé un mouvement dans toute la nation. Ceci, cependant, n'est pas l'invention d'un jour, mais un aboutissement qui a demandé des siècles.

Nous pouvons considérer Notre-Dame, dans la peinture chinoise en trois périodes distinctes :

Période d'adaptation : (1601-1900) ; d'initiation : (1900-1930) ; de création : (1930-…).

 

Période d'adaptation. — A la fin du XVI° siècle, les missionnaires jésuites furent les premiers à implanter le christianisme en Chine. Ils y apportèrent, avec eux, comme moyens nécessaire de succès, les sciences modernes du monde occidental ainsi que les peintures religieuses. En 1601, les PP. Matteo Ricci et Johann Adam réussirent à pénétrer dans la ville impériale de Pékin. A cause de leur talent incomparable et de leur savoir profond, on leur confia un emploi honorable à la cour impériale. Ils comprirent que le seul moyen d'arriver à. leur but c'était de s'adapter à la manière de vivre orientale. Leur saine doctrine et leur zèle ardent, en même temps que leur science et leur bonne réputation, attirèrent bientôt l'attention des savants et des gens influents. Ces derniers, à cause de cela, furent parfois amenés à la foi catholique.

La dévotion à Marie est la pierre de touche du véritable christianisme. Les missionnaires ne perdirent pas de temps è répandre le culte de Dieu et la dévotion à Marie. Une des premières églises construites dans la cité impériale par les missionnaires catholiques fut dédiée à Notre-Dame de l’Immaculée-Conception. Un magnifique portrait de Notre-Dame fut placé dans le sanctuaire. C'était, toutefois, une peinture européenne.

Si à cette époque-là il y avait eu quelque représentation orientale de Notre-Dame, ils en auraient mis certainement une sur le maître-autel. On peut facilement comprendre que l'Église étant là, à, ses débuts, on ne pouvait s'attendre à aucune œuvre originale tant que la foi ne s'était pas encore approfondie et enracinée dans l'esprit et le cœur du peuple. D'ailleurs, pas même l'idée ou l'inspiration ne pouvait venir aux artistes contemporains qui s'étaient convertis au catholicisme. Comme conséquence, nous voyons que la peinture religieuse de cette époque, n'était que d'inspiration européenne. On peut appeler cette période (1601-1900), la période d'adaptation.

 

Période d'imitation. — Depuis longtemps les catholiques chinois désiraient avoir leur Madone. La première Madone de style chinois (connue aujourd'hui sous le nom de « Notre-Dame, Secours des Chrétiens », trouvée dans la célèbre église de Tong-Lu), fut peinte par un artiste chinois vers la fin du XIX° siècle. — Un portrait de la Madone comme Reine, et de l'Enfant Jésus comme Roi, Notre-Dame et Nôtre-Seigneur sont habillés des plus riches vêtements de l'époque…

Ils rappellent avec confiance comment leur Céleste Reine jeta son manteau maternel de protection sur le village de Tong-Lu pendant la persécution, si semblable à celle de Néron, de la Révolution des Boxeurs. Les chrétiens de Tong-Lu comprirent que leur seul espoir de salut se trouvait au sanctuaire de Notre-Dame. Quand le combat fut terminé et que le village resta indemne, ils comprirent qui les avait ainsi protégés. En reconnaissance, la belle image de « Notre-Dame des Chrétiens » fut mise dans une châsse…

L'artiste, dans cette peinture, a choisi le bambou pour embellir le joli trône. Cet arbre, soit l'arbrisseau nain, soit l'arbre de soixante-dix pieds de haut, est pour l'esprit oriental, un symbole de force et d'endurance à cause de sa solidité. D'autre part, on ne peut voir un bambou sans penser à ses nombreux usages. Quand il est encore une pousse tendre, il sert de nourriture, et puis, quand il est devenu un plant mûr. il sert de conduit pour l'eau. Un Chinois disait dans sa prière : « Oh ! Seigneur, faites-moi comme un tuyau de bambou pour que je puisse porter l'eau vive qui fertilise les champs desséchés de mon village ». En temps de persécution et d'épreuve, un catholique a besoin de force ; d'autre part, dans la vaste mission de Chine, pour établir le Christianisme dans tout le pays, chaque catholique doit prêcher l'évangile à ses compatriotes. Pour illustrer ces idées, l'artiste a mis cet arbre gracieux comme fond de tableau.

En somme, ce tableau peut être considéré comme la production de l'art sino-européen, car le goût oriental y fait défaut. « Notre-Dame de Chine », par J. Watson Davis en est un autre exemple pour la même raison. On peut bien appeler cette période, une période d'imitation.

 

Période de création. — C'est en 1930 que M. Ch'en Hsu, artiste contemporain chinois de prédilection, commença son œuvre originale sur Notre-Dame ; il n'était pas encore alors chrétien. Il s'est depuis fait baptiser et a tenu à prendre le nom de Luc.

Sa composition de la Madone et de l'Enfant près du rivage calme et serein donne immédiatement une impression de sécurité intérieure, de paix et de bien-être. Dans cette peinture, nous voyons une mère en une contemplation aimante de son Enfant parfaitement formé et beau. Il n'y a pas de place pour la peur, l'anxiété ou le doute. Le tableau est entièrement oriental et quant au style et quant à l'expression. Un artiste chinois ne reproduit jamais exactement un paysage. Il observe attentivement, et son tableau est tout entier dans son esprit avant qu'il ne commence ses rapides mais sûrs coups de pinceau qui ne peuvent être ni corrigés ni changés. Sa peinture est une idée, un effort pour communiquer l'esprit de la scène. Il ne représente jamais les ombres et il ne suggère la perspective que par la différence des nuances.

Un autre artiste chinois, Lu-Hung-nien, nous a laissé un certain nombre de peintures délicieuses de Notre-Dame : (telles que la Madone du Pavillon, La Madone de la fête de la Lanterne, etc. …), une d'entre elles est « L'Assomption de Notre-Dame » — un tableau de la Madone au moment où elle fut élevée au plus haut des cieux, accompagnée par les anges. — II nous rappelle « L'Immaculée-Conception » si connue de Murillo.

La composition de cette peinture est entièrement orientale. Elle est éminemment artistique et d'une beauté originale.

M. Lu est artiste de naissance. A l'âge de 2 ans, sa mère le tenait à la fenêtre pour qu'il pût voir tomber les flocons de neige. Elle lui parlait de leur beauté, de la variété de leurs dessins et de la perfection de leurs formes. Tout en examinant, il prit un morceau de savon qui se trouvait sur le rebord de la fenêtre, et se mit à dessiner sur le carreau un paysage de neige. En entrant dans la chambre, son père aperçut le dessin et s'écria : « II faudra que nous fassions de cet enfant un artiste. »

A mesure qu'il avançait en âge il aimait à regarder les cartes de Noël que sa mère recevait de ses amies de l'étranger. Il était toujours déçu, cependant, en voyant que d'après ces images Jésus semblait n'aimer que les enfants étrangers. Sa mère eut quelque difficulté à lui expliquer que Jésus aimait bien aussi les enfants chinois mais qu'il n'y avait pas d'artiste chinois pour peindre dételles images. L'enfant décida alors de devenir un jour cet artiste.

Son œuvre ne se borne pas seulement à montrer d'une façon orientale la beauté de Notre-Dame ; mais il a créé également des chefs-d'œuvre qui illustrent la vie de Notre-Seigneur.

Suivant l'exemple des deux artistes mentionnés plus haut, la plupart des artistes catholiques chinois, se sont unis pour consacrer leur talent artistique à développer la peinture religieuse en style chinois. L'imprimerie de l'Université de Fujen s'emploie à imprimer leurs travaux d'une qualité supérieure. Aujourd'hui, ce genre d'image religieuse se répand au loin non seulement en Chine, mais dans tout le monde catholique.

 

Conclusion. — Le génie artistique de la Chine dans l'emploi des couleurs n'a jamais été surpassé. Il a donné au dessin et à la peinture son genre particulier et excellent. Du point de vue artistique, la peinture chinoise est d'une plus grande valeur que les brocarts, les tapis, les porcelaines, les ciselures, les vernis, les broderies, etc. … «La peinture chinoise est un des plus beaux succès de toute l'histoire humaine. Elle atteint les sommets de l'art pur, et interprète également une des principales attitudes de l'esprit par rapport aux mystères de l'univers. » (René Grousset.)

Toutefois, la peinture chinoise n'est que très peu connue dans le monde occidental. La cause en est qu'elle manque des moyens nécessaires pour acquérir de la popularité. Pendant des siècles et influencées par le bouddhisme, la plupart des peintures chinoises étaient des peintures mythologiques ou idéalistes. Elles ont pour sujet la beauté irréelle de la nature et les divinités païennes.

L'amour de la beauté paysagiste a dominé la peinture chinoise. Les figures humaines font seulement partie de la scène naturelle dépeinte par l'artiste. Plusieurs peintures se trouvent sur de longues bandes de soie ou de papier. On les garde en rouleaux pour être ensuite dépliés et admirés morceau par morceau. Il y a aussi des tableaux pour être suspendus au mur, des peintures sur des écrans… Quelques-unes des plus belles peintures étaient des fresques sur les murs des temples. On dit que plus de 300 fresques bouddhistes furent peintes par Wu Tao-tzu, le plus grand peintre chinois qui vivait au commencement du VIII° siècle.

C'est à la fin du XIX° siècle que la peinture catholique marque son point de départ dans le progrès de l'art chinois, l’a christianisé, l’a retiré de plus en plus de sa cachette d'autrefois et l'a ramené vers le champ vaste et prospère du Christianisme.

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1 Behold Thy Mother, p. 241.

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