Notre-Dame des Victoires

09/Oct/2010

Nos traditions. — Nous lisons dans les Avis, Leçons, Sentences que, pendant que le V. P. Champagnat était à Paris, en 1838, pour solliciter du Gouvernement l'autorisation de l'Institut, il allait souvent recommander cette importante affaire à Notre-Dame des Victoires,

Il se fit même agréger à l'Archiconfrérie du Saint Cœur de Marie, dont les merveilles attiraient, depuis deux ans, l'attention du monde catholique.

Cette dévotion de notre V. Père fut transmise par lui 0 ses enfants, et, peu après sa mort, l'Institut obtint un Diplôme d'agrégation qui nous rend tous membres de cette pieuse Archiconfrérie. Notre famille religieuse, on le sait, ne prodigue pas ces genres d'affiliation, en raison précisément des innombrables associations pieuses qui solliciteraient nos prières et finiraient par nous encombrer, si nous cédions à toutes les demandes. Il faut, en effet, être fidèle à ce qu'on promet, en fait de prières et bonnes œuvres, quand on fait tant que de s'agréger à quelque pieuse confrérie.

Pour ce qui est de l'Archiconfrérie du Saint Cœur de Marie, l'Institut a été fidèle à ses obligations. C'est depuis, continuent les Avis, Leçons, Sentences, confirmés ici par les Règles du Gouvernement, à l'article 789, que fut établi le salut du jeudi de chaque semaine. Le Pater, l'Ave et le Souvenez-vous que l'on dit après la bénédiction du Saint Sacrement rappellent le but de ce salut, qui est de prier pour la conversion des pécheurs, en union avec tous les membres de l'Archiconfrérie.

 Centenaire de l'Archiconfrérie. — Comme l'année 1930 ramène le centenaire de sa fondation, c'est l'occasion de donner quelques renseignements sur cette Archiconfrérie toujours bien vivante et qui est, si l'on peut dire, un des chefs d'œuvre de la sainte Vierge, Refuge des pécheurs.

Rappelons d'abord brièvement les origines de l'église N.-D. des Victoires. Celle-ci fut construite sous Louis XIII. Le pieux roi, qui consacra son royaume à la sainte Vierge, attribuait à Marie le succès de ses armes lors de la rébellion des protestants, qui avait fini par le difficile mais éclatant succès de la prise de La Rochelle. On sait que pendant le siège il avait fait réciter par ses troupes des centaines de milliers de chapelets et invité la reine à susciter des prières analogues, à Paris.

Aussi, la victoire remportée, aida-t-il d'un don royal, la construction de l'église et il lui fit porter le nom qu'elle garde encore, N.-D. des Victoires.

 Origine de l'Archiconfrérie. —Tout le monde a lu, ne fût-ce que dans Marie enseignée à la Jeunesse, le récit de l'inspiration, on peut bien l'appeler miraculeuse, qui fut l'origine de la confrérie. Résumons le fait en quelques mots.

La paroisse de N.-D. des Victoires, située en plein centre de Paris, faisait le désespoir de son zélé curé, M. Desgenettes. Depuis quatre ans qu'il s'y dévouait, il ne constatait qu'une chose, l'inutilité complète de son ministère. Une poignée de fidèles qui se raréfiaient sans arrêt, le laissait presque seul dans son église désolée.

Or voici ce qui se passa le 3 décembre 1836. On tient de sa plume le récit suivant : « A neuf heures du matin, écrit-il, je commençais la Ste Messe au pied de l'autel de la Sainte-Vierge. J'en étais au premier verset du psaume Judica me, quand une pensée vint saisir mon esprit. C'était la pensée de l'inutilité de mon ministère dans cette paroisse. Je n'avais que trop d'occasions de me la rappeler. Mais, dans cette circonstance, elle me frappa avec une vivacité extraordinaire. Comme ce n'était ni le lieu ni le temps de m'en occuper, je fis tous les efforts possibles pour l'éloigner de mon esprit. Je ne pus y parvenir ; il me semblait entendre continuellement une voix qui venait de mon intérieur, et qui me répétait « Tu ne fais rien, ton ministère est nul ». Tout est perdu, ce peuple n'a plus de foi.

Et, malgré tous mes efforts pour repousser cette malheureuse pensée, elle s'opiniâtra tellement qu'elle absorba toutes les facultés de mon esprit. Je lisais, je récitais les prières sans plus comprendre ce que je disais. Arrivé au canon, effrayé de cette préoccupation persistante, je me dis: « Mon Dieu! dans quel état suis-je? Comment vais-je offrir le divin Sacrifice? Je n'ai pas assez de liberté d'esprit pour consacrer. Ô mon Dieu, délivrez-moi de cette malheureuse distraction! »

Au même instant, j'entendis très distinctement ces mots, prononcés d'une manière solennelle: «Consacre la paroisse au Très-Saint et Immaculé Cœur de Marie.» A peine eu-je entendu ces paroles qui retentirent au dedans de moi, que je recouvrai immédiatement le calme et la liberté de l'esprit.

La fatale impression, qui m'avait si violemment agi, s'effaça aussitôt, il ne m'en resta aucune trace. Je continuai la célébration des saints mystères sans aucun avenir de ma précédente distraction.»

La messe achevée, ce fut à la sacristie que, pendant son action de grâces, M. Desgenettes se ressouvint de sa longue distraction du début. Il en demandait pardon à Dieu et commençait à craindre de tourner au visionnaire en se rappelant la voix mystérieuse qu'il croyait avoir entendue, lorsque, tout-à-coup, dit.il, «j'entendis distinctement une deuxième fois ces mêmes paroles: Consacre ta paroisse au Très-Saint et Immaculé Cœur Marie. »

 Résultats. — On sait la suite. Le saint prêtre s'enhardit et se décide. Le dimanche, 11 décembre, effectivement, au prône, il annonce, pour le soir même, à ses paroissiens, un office de dévotion en l'honneur du saint Cœur de Marie. Il avait, en tout, devant lui, 10 personnes, résidu de sa lamentable paroisse.

Quelle n'est pas sa stupéfaction et sa joie aussi d'en apercevoir, ce même soir, au moins 500. Jamais une le foule, si l'on peut appeler foule cette modeste assemblée, n'avait, à pareille heure, empli l'église. La messe du grand jour de Pâques, seule lui rappelait quelque chose de semblable.

Enfin, quoi qu'il en soit, le curé bien ému, fait une petite instruction de circonstance et quand, au salut qui suivit, on chanta les litanies de la sainte Vierge, tous les assistants, spontanément agenouillés jusqu'aux derniers, répètent trois fois l'invocation « peccatorum, ora pro nobis ».

Pendant ce temps, M. Desgenettes, qui n'en croyait pas ses yeux, demande à la sainte Vierge la conversion d'un pécheur particulièrement revêche, en signe de son intervention dans toute cette affaire.

 Conversion de M. Joly. — M. Joly, dernier survivant des anciens ministres de Louis XVI, était un vieillard voltairien et sceptique qui avait constamment refusé de recevoir la visite de son curé. Maintes fois M. Desgenettes avait essayé d'arriver jusqu'à lui. Il n'avait jamais pu y réussir. Mais, comme forcé par sa demande à la sainte Vierge, il est bien obligé de se représenter encore une fois.

Ce matin là, tout alla tout seul. Le prêtre avait à peine fini quelques mots de politesse que son malade, sans préambule, lui avait demandé sa bénédiction. La confession fut commencée le jour même. La conversion fut complète et les trois derniers mois du vieillard furent des plus édifiants. La sainte Vierge faisait bien les choses.

M. Desgenettes se sentait porté par les événements. Dès le 16 décembre, la confrérie était canoniquement érigée par l'autorité de Mgr de Quélen, et chaque dimanche soir une vraie foule accourait de tous les points de Paris.

De partout le récit de conversions inespérées circulait.

 L'hostilité. — Les épreuves ne devaient pas manquer, car, suivant la coutume, les œuvres surnaturelles soulèvent les haines de l'enfer.

Bientôt des journaux de Paris, puis, à mesure que l'œuvre s'élargissait, ceux de la province se mirent à blâmer et tourner en ridicule cette dévotion nouvelle à allures mystiques, créée en plein XIX° siècle par un prêtre qu'on traitait d'illuminé.

Le tapage fut tel que Mgr de Quélen, effrayé à son tour, refusa catégoriquement d'appuyer la demande que le zélé curé croyait devoir envoyer à Rome, pour obtenir une approbation du saint siège.

M. Desgenettes, déçu de ce côté, essaya d'une autre voie et parvint à intéresser un cardinal romain. Celui-ci finit, après avoir tâté le terrain prudemment, par l'avertir que même si l'archevêque de Paris appuyait sa demande, le projet n'aboutirait pas en cour de Rome, fâcheusement prévenue.

Il serait trop long de raconter comment toutes les difficultés cédèrent. Grégoire XVI fut intéressé à l'œuvre, qui commençait à émouvoir toute la chrétienté, grâce à la trainée de prodiges semés par la sainte Vierge. La reine du ciel se servit de la pieuse princesse Borghèse qui, dans une audience privée, sut si bien raconter les merveilles dont le sanctuaire parisien était le théâtre que le pape, coupant court à toute hésitation, combla et au delà, les désirs de M. Desgenettes.

La pieuse association fut élevée au rang d'Archiconfrérie, munie d'indulgences riches et nombreuses et louée magnifiquement dans un Bref solennel.

Désormais la route large ouverte a été parcourue avec un succès qui ne s'est plus arrêté.

 Des chiffres. — Rien ne vaut, en cette matière, l'éloquence des chiffres et, heureusement, on tient, à N.-D. des Victoires, une comptabilité fort précise dans tous les domaines.

Dès 1842, les confréries créées un peu partout comme des succursales, étaient au nombre de 1.800. C'est peu près l'époque où notre Diplôme d'agrégation nous fut délivré et nous sommes dans ce nombre.

Aujourd'hui, il y a près de, 21.000 confréries affiliées au siège central. Les deux dernières signalées dans le Bulletin mensuel d'août 1935 sont, sous le N° 20.695, celle de la paroisse S. Columba, à Dublin et sous le N° 20.696, celle de La Havane.

On cite des pèlerinages qui sont organisés pour recevoir des foules immenses. Ils montrent, en effet, à certains jours des manifestations imposantes, d'où l'on rapporte des impressions de grandeur, de force et de foi puissante. N.-D. des Victoires est une église trop petite pour jouir de ces spectacles, mais elle connait, sous une autre forme, les foules immenses qui se renouvellent sans bruit, comme sans arrêt.

En 1866, quelqu'un eut l'idée de compter plusieurs fois les entrées de pèlerins dans le sanctuaire. Il en dénombra, le 19 mars, 16.830, le 17 mai 11.090, le 31 mai 20.680 et le 28 juillet, par une journée où la pluie ne cessa pas une minute, 7.511. Le vendredi-saint 1886 on en compta 23.950 et le 3 décembre 15.112.

Le nombre des cierges allumés devant l'image de la Sainte Vierge s'éleva, pour l'année 1875, à 275.217, et, en 1880, à 355.903.

Ces chiffres se maintiennent à peu près à ce niveau.

Le nombre des intentions recommandées aux prières de l'Archiconfrérie, soit par lettre, soit à la sacristie, où on les inscrit, s'élevait au mois de mai 193e à 276.096. Les autres mois ont un total un peu moins élevé, mais tout de même oscillant autour de 200.000. Cela fait environ deux millions et demi par an.

 Les ex-voto. — Il faut croire que la Sainte Vierge ne reste pas sourde à tant de supplications, à voir le grand nombre d'ex-voto, par lesquels ses bienfaits ont été reconnus. L'église en est littéralement tapissée.

Il y en a de toutes sortes : lampes brûlant devant l'autel de l'Archiconfrérie, dont l'une, en argent massif, fut offerte, en 1866, par l'impératrice Eugénie, herses pour les cierges, don de la maison royale d'Espagne, chasubles, dont l'une a été envoyée par le roi de Bulgarie, plaques de marbre portant de touchantes inscriptions, bijoux de toutes formes et de toutes provenances, épées ou épaulettes d'officiers, colliers d'ordres militaires et autres décorations, vitraux, murs en argent, en or ou en métal doré, portant un nom et une date etc. Il faudrait un volume pour la seule énumération de tous ces objets pieux. Les seuls cœurs atteignent actuellement le nombre de 20.000. Le total de tous les ex-voto arrive à ce jour au nombre de 32.561, sur les registres où on continue à les inscrire fidèlement.

Le nombre des associés est impossible à connaître, car on n'a pas la statistique des confréries affiliées. Un mouvement incessant d'inscriptions rend d'ailleurs le contrôle difficile. Mais il est certain qu'on peut l'estimer à un nombre respectable de millions. Un chiffre pourtant est connu, c'est celui des associés inscrits à Paris directement au siège central. Il comptait, en 1911, 1.215.000 membres, dont évidemment beaucoup sont morts depuis leur inscription, mais, comme depuis 1911 jusqu'à ce jour, il y a eu 349.214 inscriptions nouvelles, on voit que les vides sont constamment et abondamment comblés.

 Bienfaits de la Sainte Vierge. — La Sainte Vierge a été l'inspiratrice de l'Archiconfrérie et son but primordial a été de faire prier pour les pécheurs.

Mais bientôt, les prières de ses dévots serviteurs lui ont demandé toutes sortes d'autres grâces, soit spirituelles, soit temporelles, que son cœur maternel n'a pas su refuser.

Aussi, rien qu'en examinant les ex-voto innombrables, on se rend compte que toutes nos peines sont de son ressort.

En voici quelques-uns : celui-ci d'abord, qui continue le miracle dont on lit le détail tout an long dans Marie enseignée à la jeunesse, p. 156.

J'étais aveugle! — J'ai recouvré subitement la vue en recevant la sainte communion — à la suite d'une neuvaine en l'honneur de N.-D. des Victoires. — Petit séminaire de Versailles, 14 avril 1845. — Pierre Renaud. — Hommage de reconnaissance à Marie. — Souvenir du XXV° anniversaire.

Non loin se trouve cet autre, relatant sur le marbre un autre miracle :

Le 1ier mai 1864 — dernier jour d'une neuvaine — je suis entrée paralysée à Notre-Dame des Victoires — j'y ai été instantanément guérie — après la sainte communion — Que Marie est bonne!

Le numéro 1.736 porte simplement les paroles de Mademoiselle Léonie Fournaise, guérie subitement le 12 avril 1859: Ma bonne Mère, je ne vous quitterai pas que je ne sois exaucée… Oh! Merci, je suis guérie, venez vite avec moi remercier la sainte Vierge!

A côté des miracles d'ordre temporel, ceux d'ordre spirituel sont aussi abondants. Tel est celui qui relate la conversion de « l'Honorable et Révérend Georges Spencer, connu depuis sous le nom de Père Ignace », ou encore celui rédigé en anglais et qui porte seulement les initiales de trois illustres convertis, longtemps recommandés au saint Cœur de Marie et qui, en deux mois firent successivement leur abjuration : A. R., 4 May. I. A., 1 June; I. G. 2 July 1864.

En voici un autre du même genre: « Protestant converti, appelé au sacerdoce, grâce à vous, ô Marie ! j'ai eu le bonheur de baptiser ma mère. » N° 2.765.

Enfin, si l'on voulait signaler le nom de tous les personnages illustres qui ont signé au livre d'or du sanctuaire, on n'en finirait pas. Mentionnons seulement le suivant : « Achille Ratti, attaché à la bibliothèque ambrosienne. »

 Œuvres filiales. — Que de bonnes pensées Marie a inspirées dans son sanctuaire, que de généreuses résolutions ont été prises à ses pieds! Nous ne les connaîtrons qu'au ciel. Toutefois, parmi celles qui ont pris à ses pieds une forme extérieure, qui frappe aujourd'hui tous les yeux, on peut en citer quelques-unes. C'est au saint Cœur de Marie pieusement invoqué que le Vénérable Liberman attribuait le succès inespéré de sa petite Société, destinée aux missions africaines, et qui, unie depuis à celle du Saint-Esprit, a fait tant de bien en Afrique.

L'œuvre de l'Adoration nocturne est née, elle aussi, dans le sanctuaire de N.-D. des Victoires. Là, comme ailleurs, Marie conduit les âmes à Jésus. Un célèbre artiste juif converti, qui allait être bientôt le P. Hermann, rassembla quelques amis de l'eucharistie la nuit du 6 au 7 décembre 1848, aux pieds de l'autel de Marie, pour y prier jusqu'à l'aube, devant le Saint Sacrement. L'œuvre a grandi depuis et, en France seulement, 40 villes continuent la veillée sainte, qui ne s'interrompt jamais.

On pourrait ajouter ici maints détails édifiants, dont on a d'ailleurs fait des volumes. Mais le but de ces lignes est simplement de rappeler à tous les Lecteurs du Bulletin, qui sont membres de l'Archiconfrérie, son origine miraculeuse, les grâces innombrables que la sainte Vierge s'est plu à répandre par ce moyen et nos traditions de famille à ce sujet. Puisse ce centenaire raviver eu nous cette dévotion à Marie, qui, sous des formes multiples, a marqué de tant de façons nos origines. Ce sera, pour nous, une preuve de fidélité aux leçons de notre V. Fondateur.

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