Notre dévotion spéciale à Notre-Dame

16/Mar/2010

Que disent les textes ? – Quand il parait, en 1855, le Manuel de Piété à l'usage des Petits Frères de Marie contient les Principes de perfection chrétienne et religieuse et les Prières ordinaires de l'Institut. Le chapitre III de la II° partie parle de la dévotion à la Sainte Vierge et à saint Joseph et en donne les éléments constitutifs. Puis à la question : « Un Frère doit-il se contenter de cette dévotion commune à tous les vrais chrétiens ? — Non ! dit là réponse, il doit avoir pour cette divine Mère une dévotion plus spéciale et plus parfaite, »

Et le vieux texte, repris par les éditions successives jusqu'à nos jours, précise par quelles pratiques se manifestera la dévotion recommandée. Aller à Jésus par Marie ! Offrir tout à Jésus par Marie et tout à Marie pour Jésus. Recourir continuellement à Marie, Ressource Ordinaire, avec l'abandon d'un enfant qui se jette dans les bras de sa mère. Prendre l'esprit de Marie. Rayonner la dévotion à Marie… Telles sont les formules que l'on cueille sur les lèvres du Vénérable Fondateur et que Frère Jean-Baptiste consigne au chapitre VII (IIe partie de la Vie). Les Circulaires du Vénéré Frère François, du Rév. Frère Louis-Marie et de leurs successeurs les rappellent à maintes reprises ; en attendant que les Constitutions, définitivement approuvées par la Sainte Église, les fixent à jamais dans les articles 3, 5 et 6, et par eux dans la mémoire des Petits Frères de Marie.

 

Une illusion à dissiper. — Certes, la devise des Petits Frères de Marie : Tout à Jésus par Marie et tout à Marie pour Jésus ! réalisée absolument à la lettre, représente un idéal, un don de soi, une consécration totale et une forme de dévotion spéciale et parfaite dont il nous faudra mesurer la portée. Mais n'y aurait-il pas quelque naïveté à imaginer notre Institut se classant à part parmi les familles religieuses en raison de sa dévotion envers Notre-Dame

Parfois on a pu entendre émettre pareille opinion, assez timidement d'ailleurs. Mais, pour le moins qu'on puisse dire, c'était témoigner d'une information par trop rudimentaire en matière d'histoire de l'Église en général et des ordres religieux en particulier.

En mettant sur nos lèvres la pieuse antienne : « Gaude, Maria Virgo, cunetas haereses sola interemisti in universo mundo » (Office, 3° Nocturne), la Liturgie souligne le rôle de Notre-Dame dans la défense du Corps Mystique du Christ. Mais tes grandes plaies de l'Église, la Très Sainte Vierge les guérit en suscitant les corps de défenseurs que sont les ordres religieux.

Dans son beau livre : De l'Esprit de sacrifice dans l'état religieux, le P. GIRAUD, Supérieur Général des Missionnaires de la Salette, consacre un chapitre d'une onction délicieuse pour montrer comment Notre-Dame préside à l'éclosion et à la croissance de tous les ordres religieux : Carmes, Bénédictins, Cisterciens, Prémontrés, Servîtes, Franciscains, Dominicains, Ordres Rédempteurs et Ordres Militaires… Arrivé au xvi° siècle, l'efflorescence est telle que l'auteur s'arrête comme impuissant. En effet, la Contre-Réforme exige de grands remèdes pour guérir des maux inouïs…

Un auteur plus récent, le P. H. Monier-Vinard, dans Marie, Reine de la Vie religieuse (Moulins, Crépin-Leblond, 1931) reprend l'énumération, non pas des familles religieuses qui se réclament de Marie comme leur patronne et inspiratrice de leur fondateur, mais des ordres qui se disent spécialement « marials ». Son étude, qui se donne comme incomplète, nomme 34 Instituts portant le nom de Marie, 75 qui portent le nom d'un de ses Mystères, et 73 celui d'un de ses privilèges. Et ce développement prodigieux s'est accompli en quatre siècles !…

« Il n'y a pas d'ordre religieux qui n'ait été jaloux d'être plus particulièrement consacré à Marie, qui n'ait fleuri par cette dévotion, qui n'ait dégénéré quand il y a été infidèle et qui ne s'y soit retrempé quand il a voulu se réformer. » (Pour aimer et faire aimer Marie, p. 158.)

Ainsi dans toutes les familles religieuses, Marie occupe une place hors de pair. Pour comprendre ce phénomène, il suffit de méditer sur le rôle de Notre-Dame dans le Corps Mystique, dans la vie surnaturelle des âmes et donc, sur son intervention dans la distribution de la grâce incomparable, de ta perle précieuse de la vocation religieuse.

Dans son chef-d’œuvre : De la vraie dévotion à la Sainte Vierge, le Bienheureux Grignion de Montfort montre comment Marie est le chemin des âmes vouées à la perfection, comment elle a reçu le pouvoir d'entrer dans les voies tes plus sublimes de la sainteté et d'y faire entrer les autres. Étant la trésorière et la dispensatrice des grâces, le paradis de Dieu, le moule des élus, la salle des sacrements divins, elle ne donne entrée qu'â ceux qu'elle veut pour en faire des saints.

 

Élément constitutif fondamental de la dévotion à Notre-Dame. — Un chrétien est un autre Christ. Il doit mettre Jésus dans son intelligence, dans son cœur et sa volonté et vivre la vie de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Mais dans le plan de rédemption voulu par Dieu, Marie est inséparable de Jésus. Plus on approfondit l'étude de la Christologie, plus on approche de Marie. Comme le dit le Père Charmot : « Jésus inspire toujours le culte de sa Mère à ceux qui désirent faire sa volonté. » (Présence Mariale, p. 177.) Le vrai chrétien, et à plus forte raison le religieux, doit s'appliquer à bien connaître, à bien aimer et à bien servir la Très Sainte Vierge. Connaissance, amour, service ou don de soi : tels sont les éléments que tous les mariologues assignent à la véritable dévotion. Mais le principe générateur de toute solide piété, de l'aveu unanime encore des maîtres en la matière, c'est la connaissance du dogme.

Pour caractériser ce que le culte de Marie a de séduisant, on a dit que « Notre-Dame est le sourire du bon Dieu ». Mais avant d'être le charme du cœur, la doctrine mariale doit ravir l'intelligence. La connaissance de Marie doit être garantie par des principes solides établissant la place de la Mère de Dieu et de la Mère des hommes dans le plan divin. Puisqu'elle a été mise par la Sainte Trinité aux sources de la grâce, nous pouvons dire avec Mgr GAY « que la dévotion à Notre-Dame est comme la fleur de tous les dogmes et de tout le culte catholique ».

Un des grands serviteurs et apôtres de Marie que le xix° siècle a vu paraître, le Vénérable Père Chaminade, fondateur comme les Vénérables Champagnat et Colin, a prédit les triomphes de Marie dont nous sommes les témoins émerveillés. Cependant, au début de son Petit traité de la Connaissance de Marie, il écrit : « Tous les jours, nous parlons de Marie nous nous pressons autour de ses autels ; nous nous glorifions d'être ses enfants et de faire partie des associations plus spécialement consacrées à son culte : mais c'est à peine si nous la connaissons, si nous soupçonnons ce qu'elle est pour Dieu et pour nous, dans l'ordre de la foi. Combien de chrétiens auxquels l'auguste Vierge pourrait adresser le reproche que le Seigneur faisait autrefois à son peuple par la bouche d'Isaïe : « Le bœuf connaît son maître, et l'âne sa crèche, mais Israël ne m'a point connu et mon peuple ne m'a point compris. »

Après avoir cité ces lignes, le Père Neubert (Marie dans le Dogme, p. 7) ajoute : « Cette plainte serait-elle sans fondement de nos jours ? La connaissance de Marie a-t-elle beaucoup progressé parmi ceux-là mêmes qui parlent tous les jours de Marie et se pressent autour de ses autels ? On n'oserait l'affirmer. Récemment encore, le Père Doncoeur n'écrivait-il pas : « Cette génération, nourrie de dogme et d'eucharistie, fera de grandes choses. Mais il lui reste de découvrir encore la Sainte Vierge.

Et le Père Neubert constate avec bonheur l'élan magnifique des théologiens pour l'étude de la doctrine mariale, les efforts des congrès nationaux et internationaux et les directives des Souverains Pontifes. Mais il avoue que le progrès doctrinal ne s'est guère affirmé que parmi les théologiens et que le bagage mariologique de la masse des fidèles, de ceux-là mêmes qu'on appelle instruits par rapport à la Mère de Dieu, tiendrait en quelques lignes : l'énumération et la définition des principaux privilèges de Marie avec l'affirmation de sa puissance et de sa bonté.

Il est de toute évidence que pour exercer une salutaire influence sur notre vie pratique, il faut des convictions fortement enracinées. Une dévotion à Marie reposant plutôt sur le sentiment est instable et incapable de tenir dans les grandes épreuves. En tout cas, d'une doctrine rudimentaire, il ne sort qu'une dévotion étriquée, insuffisante. Par contre, les âmes mariales qui savent le rôle de Notre-Dame dans notre vie surnaturelle marchent allégrement dans la voie royale de la sainteté dont le Bienheureux Grignion de Montfort parle avec tant d'enthousiasme.

Comment se fait-il qu'à une époque si fertile en écrits sur la Sainte Vierge, tant d'âmes n'aient pas encore fait « la découverte de Marie » ? Et l'auteur précédemment cité assigne une cause à première vue paradoxale : la rareté de livres donnant une connaissance solide et précise.

 

Connaissons-nous la Sainte Vierge? – Une pareille question adressée à des Petits Frères de Marie n'est-elle pas comme un défi et ne fait-elle pas scandale ? N'ont-ils pas, depuis toujours, l'obligation d'enseigner Marie à leurs élèves ? N'ont-ils pas à cet effet des volumes clairs, précis, méthodiques, illustrés ; avec adaptation en espagnol (Reina y Madre), en anglais (Behold thy Mother), en portugais (Nossa Senhora), en allemand (Kleiner Marien-Katechismus) et en d'autres langues ? Dernièrement, le Fichier scolaire des Éditions Spes, Paris, présentait au public avec éloges les trois cours : Petit catéchisme, la Sainte Vierge et la Vierge Marie enseîgnée à la jeunesse. Pour insister un peu sur le dernier volume, ne sait-on pas que plus de vingt-cinq revues, périodiques et juges compétents se plaisent à le qualifier de « Somme Mariale » et en relèvent à l'envi les qualités pédagogiques ?… Au jugement de l'Ami du Clergé, sous la forme d'un exposé rédigé en un langage très simple, la doctrine est substantielle et pour ce motif suppose des élèves d'une certaine culture. Il y a là pour les prédicateurs une mine inépuisable à exploiter relativement à la dévotion envers Marie. On ne saurait trop recommander au clergé comme aux fidèles cet ouvrage qui chante si magnifiquement la gloire de Marie. « C'est une mine inépuisable, répète de son côté la Documentation Catholique, tant au point de vue doctrinal qu'au point de vue artistique ou historique.» La grave Revue Apologétique, dans une longue et élogieuse recension, présente la « Vierge Marie » aux professeurs, aux prédicateurs et aux fidèles comme un ouvrage complet, doctrinal, attrayant. L'Eucharistie y voit une « somme » d'informations, de documentation théologique, pieuse, iconographique, littéraire qu'elle recommande vivement à tous les chrétiens. L'Osservatore Romano signale la forme attrayante, la clarté et la précision d'un livre scolaire et achève son appréciation par ces mots : « Dans l'ensemble, c'est un excellent ouvrage sur la Très Sainte Vierge et l'un des meilleurs récemment parus. » « Quelle belle et bonne surprise, s'écrie la célèbre Revue des Lectures de l'abbé Bethléem, on croyait avoir devant soi un livre de classe, uniquement composé pour l'explication d'un catéchisme… Et on trouve une petite somme mariale copieusement illustrée… La forme est scolaire. Mais n'est-ce point une garantie ou un attrait de plus ?… » Et quantité de témoignages analogues pourraient être cités. Cependant trois appréciations émanant de maîtres compétents méritent d'être rappelées. La Revue des Sciences Religieuses (Université de Strasbourg), sous la signature de E. Vansteenberghe, écrit : « Ce volume se présente sous une forme scolaire et est destiné spécialement aux catéchistes. Il rendra service aussi aux prédicateurs. L'histoire y tient une large place, à côté de la doctrine et de la liturgie, de l'art et de la poésie. Rien n'a été dit ou fait d'important au cours des siècles, en l'honneur de la Vierge, qui ne s'y trouve mentionné… Nous avons parcouru la Petite Somme avec un vif intérêt et souhaitons que son succès puisse permettre de rendre plus parfaite encore cette œuvre à la richesse et au caractère pratique de laquelle nous nous plaisons à rendre hommage. »

« Permettez-moi de vous exprimer tout d'abord ma sincère admiration, dit le Rév. Père Pierre Aubron, S.J., titulaire de la chaire de Mariologie à l'Institut Catholique de Paris, pour la véritable réussite que constitue votre livre « La Vierge Marie enseignée à la jeunesse ». Je ne connais absolument aucun livre d'enseignement qui lui soit comparable et… je me propose de le faire connaître largement et adopter partout où je pourrai. » Et le cher Père tient sa promesse…

Le Docteur E. Campana, professeur de théologie à Lugano, note ainsi son impression : « En toute sincérité, sans aucune ombre d'adulation, je trouve le livre parfait. Il est clair, ordonné, méthodique, complet et de doctrine très solide. Les exemples sont bien choisis et les illustrations opportunes. On voit que l'auteur connaît non seulement la doctrine, mais aussi l'art de l'enseigner, ce qui est autre chose et non la plus facile du monde. »

De toutes ces approbations, il ressort surabondamment que la caractéristique de la « Vierge Marie enseignée à la jeunesse » est d'être un « manuel scolaire ». Il tiendrait donc le milieu entre les savantes études que, depuis bientôt un siècle, les théologiens publient pour les spécialistes « mais que la masse des laïcs, et même des prêtres et des religieux ne peuvent approfondir », et la multitude des livres de dévotion se proposant d'édifier plutôt que d'instruire. Il semble répondre au vœu qu'exprime le Père Neubert : « Il faudrait d'autres livres donnant un enseignement sérieux et méthodique sur l'ensemble des questions relatives à la Mère de Dieu ; des livres tenant le milieu entre les savants traités et les ouvrages de dévotion ; assez simples pour être à la portée de tous ceux qui veulent se rendre compte de leur piété envers Marie, et assez substantiels pour asseoir cette piété sur de solides fondements. »

Comme tant de voix autorisées nous l'affirment et le démontre l'expérience, tous ceux qui s'intéressent à la formation chrétienne de la jeunesse trouveront dans nos divers manuels les matériaux utilisables pour un enseignement sérieux.

Mais bornerons-nous nos études mariales à la lecture ou à l'étude du manuel ? Dans cet ordre d'idées intervient la question ressassée en pédagogie : « Quel est le rôle des manuels dans la formation intellectuelle et morale ? » Les professeurs de littérature, d'histoire, de sciences, de géographie ou de grammaire se font une opinion là-dessus. Incontestablement, aucun d'eux ne se bornerait à faire débiter un manuel, à s'en rendre esclave. Il est admis que le « manuel » est un auxiliaire, un aide-mémoire pour les élèves et pour le maître. Mais l'enseignant qui veut et doit posséder sa matière, à combien de recherches, de lectures et d'enquêtes ne va-t-il pas se livrer pour aboutir finalement aux conclusions essentielles, fondamentales en rapport avec le degré d'intelligence et de culture de ses élèves ?

Si cela est vrai des disciplines de l'enseignement dit « profane », il l'est incomparablement plus pour les sciences religieuses qui supposent les apports de la théologie, de la philosophie, des sciences historiques et autres, de la littérature, des arts, etc. En tout cas, cela est vrai de la branche qui doit nous enthousiasmer, nous passionner : la mariologie.

 

Nécessité d'études doctrinales plus approfondies. — Le programme d'études religieuses est immense et il est de tous les âges. Nous ne l'épuiserons jamais sur la terre puisque la contemplation des choses divines durera toute l'éternité et fera notre béatitude. Chacun cependant doit le pousser dans la mesure de ses forces, avec discrétion et prudence, selon les besoins et le degré d'enseignement que sa fonction commande. Cette affirmation se justifie si l'on songe à la variété considérable de nos établissements et de nos classes et, par suite aux exigences multiples de l'enseignement religieux qu'on doit y distribuer. Des raisons d'ordre général et spécial suggèrent des efforts en ce sens.

Il importe que les grands jeunes gens de nos collèges ou pensionnats aient, par exemple, à propos des définitions et décisions du Magistère suprême de l'Église des notions précises et claires. En étudiant les vérités de foi divine, de foi catholique et de foi ecclésiastique, on sera amené à faire les distinctions nécessaires entre dogme et théologie, à parler des rapports de la science et de la philosophie avec la foi, à présenter des explications sur les caractères généraux du dogme : son immutabilité et son développement progressif.

Deux tendances inverses se sont fait jour à cet égard. Les grecs-schismatiques, murés dans le passé et dans un fixisme rigide, comme les protestants conservateurs et les « vieux catholiques » ont accusé l'Église Romaine d'innovations. A l'autre extrémité, les rationalistes et les modernistes ont admis que le dogme est variable et doit évoluer avec les progrès de la philosophie ou les poussées du sentiment religieux.

A l'encontre de ces doctrines, le Concile du Vatican a défini celle de l'Église avec une grande netteté. Rejetant l'évolutionnisme rationaliste, il accentue l'immutabilité absolue du dogme en lui-même. « C'est qu'en effet, la doctrine de la foi, que Dieu a révélée, n'a pas été proposée à l'esprit humain comme une élucubration philosophique à perfectionner ; mais comme un dépôt divin, elle a été confiée à l'Épouse du Christ, pour être gardée avec fidélité et proclamée avec infaillibilité.

« Aussi faut-il conserver perpétuellement aux dogmes sacrés le sens que notre Sainte Mère l'Église a une fois défini et ne jamais s'en écarter, dans l'illusion et sous le prétexte de les comprendre mieux. »

Après cette affirmation catégorique, le Concile s'empresse de reconnaître, avec une égale fermeté, une perfectibilité très large dans l'intelligence que nous pouvons en acquérir :

Qu'il y ait donc accroissement, qu'il y ait grand et intense progrès d'intelligence, de science, de sagesse, pour chacun comme pour tous, pour chaque individu comme pour l'Église entière, suivant la marche des âges et des siècles, mais que ce soit exclusivement dans son genre propre, c'est-à-dire dans le même dogme, dans le même sens et la même. idée. » (Const. Dei Filius, voir Dictionnaire Apologétique, col. 1123.)

Ainsi à propos des privilèges de Notre-Dame : la virginité perpétuelle, la maternité divine et surtout l'immaculée conception qui offre un exemple typique d'explicitation d'une .vérité révélée, après une longue période de discussion ; il sera du plus haut intérêt de voir par quelles phases a passé le développement de la doctrine mariale ; de voir comment le donné primitif, comprenant, à la fin des temps apostoliques, tout ce qui a été dit soit par Notre-Seigneur soit par les apôtres, s'est explicité sous l'influence de plusieurs facteurs dont le premier est le Saint-Esprit.

 

Raison spéciale de pousser nos études doctrinales sur Notre-Dame. Notre « manuel » qui excite à bon droit l'admiration des connaisseurs en matière d'enseignement religieux et nous permet d'avoir sur toute la Mariologie une belle vue d'ensemble, ne nous dispense en aucune façon de recourir aux sources et aux développements nécessaires pour nous faire des idées plus complètes, plus étendues sur l'état des questions que, d'un point de vue strictement pédagogique, il ne peut qu'effleurer.

A partir du XVI° siècle, l'histoire de l'Église et de la spiritualité nous montre une coalition diabolique contre la dévotion mariale. L'humanisme paganisant, le protestantisme iconoclaste, le jansénisme glacial ct le rationalisme démolisseur de tout surnaturel, par leurs ricanements, leurs blasphèmes et leurs négations impies ont troublé la foi des fidèles et créé une mentalité anti-mariale même parmi des théologiens.

Il est écœurant de voir les désastreux effets causés en Allemagne, en Hollande et autres contrées du Nord, en Angleterre, en Belgique, en France et en Italie par ces doctrines pestilentielles. Il n'est pas moins instructif de constater, sur le terrain marial, un changement d'attitude chez les théologiens grecs-schismatiques à partir du moment où les intellectuels fréquentent les universités protestantes.

Contre ces ennemis de Notre-Dame, suscités par l'enfer, se sont levées des légions de controversistes, de théologiens et d'auteurs spirituels pour défendre : la maternité divine, l'incomparable sainteté et l'universelle médiation de la Bienheureuse Vierge Marie.

Qu'on n'imagine pas que ces études n'aient qu'un intérêt historique dépourvu de toute actualité. Aujourd'hui, dans bien des régions, des élèves non chrétiens, protestants et schismatiques fréquentent nos établissements : mais ils vivent dans une atmosphère saturée de préjugés séculaires déconcertants, de propos blasphématoires, d'accusations calomnieuses entretenus par la mauvaise foi et l'ignorance et ils en subissent l'influence pernicieuse.

Sans doute, on a pu constater un certain revirement parmi la secte des Anglo-Catholiques et les membres de la « Hochkirche » (Haute Église) allemande au sujet de la dévotion envers la Très Sainte Vierge, mais le vieil esprit sectaire affecte toujours la haine de ce qu'il appelle dédaigneusement : la mariolâtrie. Et même. n'a-t-on pas justement remarqué que si de rares théologiens catholiques au xix° siècle et de nos jours ont contredit la grande majorité des auteurs sur des questions mariales, leur formation théologique se ressentait des milieux où elle s'est faite

Ainsi, sur ce point particulier de nos études religieuses, apparaît une fois de plus avec évidence la grave obligation de nous mettre à même d'exposer à nos élèves la doctrine catholique avec la compétence requise.

 

Pour aider mieux connaître Notre-Dame. — Parmi les indications bibliographiques que nous nous permettrons pour aider à la composition d'une bibliothèque mariale, il nous semble utile d'attirer l'attention sur quelques œuvres plus remarquables et déjà signalées d'ailleurs sous le rapport doctrinal.

Dans Marie, Mère de Dieu (2 vol.) et Marie, Mère des hommes (2 vol.), le Père Terrien, S.J., pour étayer les grandes thèses de la Théologie mariale, a compulsé et mis à la portée de tous, les écrits des Pères de l'Église et des auteurs qui, le long des siècles, ont chanté Notre-Dame. Les professeurs y trouveront des témoignages d'une authenticité scrupuleusement étudiée pour mettre en lumière le rôle de Marie dans l'œuvre rédemptrice.

Plus récente et d'une merveilleuse richesse d'aperçus est l'étude magistrale du P. Clément Dillenschneider, rédemptoriste, sur la Mariologie de saint Alphonse de Liguori. Pour apprécier l'influence du grand docteur napolitain sur le renouveau des doctrines mariales et la piété catholique après la tourmente du protestantisme et du jansénisme, l'auteur expose savamment les causes qui ont provoqué la composition des « Glorie di Maria » et montre leur fortune prodigieuse à travers la catholicité ainsi que leur diffusion dans les contrées victimes des doctrines hérétiques.

Puis un deuxième volume fait la synthèse des idées mariales du Docteur de la prière, qui a su condenser tous les travaux de ses devanciers et assurer le triomphe des thèses traditionnelles en mariologie. Le Père Dillenschneider en profite pour nous dire ou en sont ces questions à l'heure actuelle.

Le Docteur Emilio Campana, dans la quatrième et plus récente édition de « Maria nel dogma cattolico » consacre un énorme in-8° de XLI-1197 pages à répondre à la question : « Qui est Marie? » — Les trois parties du volume : Mission de Marie, prérogatives de Marie, et Marie dans l'Évangile sont développées avec' rigueur théologique ; mais l'auteur, en faisant œuvre de science, compose un hymne, un chant d'amour intense envers celle que les saints appellent la « ravisseuse des cœurs ». La traduction française (en vente chez Brunet, Arras) faite sur la 1ière édition n'a pas les enrichissements des dernières éditions.

Le Père Neubert, marianiste, dans son beau travail : Marie dans le dogme, a suivi, pour l'étude des prérogatives de Notre-Dame, l'ordre adopté par le Dictionnaire Apologétique (article : Marie) : Maternité divine, Virginité, Sainteté, Assomption, Médiation universelle, Maternité spirituelle. L'auteur, voulant contribuer à la diffusion de la connaissance de Marie, conformément à l'esprit du Vénérable Chaminade, s'adresse à diverses catégories de lecteurs qui ne peuvent étudier des ouvrages spéciaux : prêtres, religieux et religieuses surtout voués à l'apostolat de l'éducation, laïcs et jeunesse ardente et apostolique qui fait l'espoir de l'Église et de la société ; « cette jeunesse convaincue que, -pour être efficace, son action doit être toute imprégnée de la vie du Christ, mais qui n'arrivera à bien comprendre le Christ que par sa Mère. C'est elle surtout qui fera de grandes choses quand elle aura découvert la Sainte Vierge ».

Enfin un autre volume : « La Vierge Marie », par l'abbé Garriguet, saint-sulpicien, donne une synthèse doctrinale claire et solide qui permet d'étudier les privilèges de nature, de grâce et de gloire et de jeter ainsi les fondements d'une vraie dévotion à Notre-Dame.

Sous la rubrique : bibliographie, on trouvera, ci-après, d'autres indications données du point de vue plus spécialement doctrinal.

Que le rayon marial, dans nos bibliothèques, soit tenu à jour, cela s'impose à notre esprit et à notre cœur. Sans doute, en bien des établissements, c'est par de véritables prodiges d'énergie et de ferveur que l'étude religieuse peut s'y faire régulièrement. Au moins, que les moments précieux que nous pouvons y consacrer nous mettent en contact avec des ouvrages substantiels et de doctrine solide et sûre !…

Puisque la morale, la liturgie, l'ascétisme, bref ! les pratiques de dévotion n'ont de vie spirituelle qu'en s'appuyant sur le dogme, il faudra nous convaincre à loisir que « Notre dévotion spéciale à Notre-Dame » ne s'épanouira pleinement elle aussi que sur l'armature de convictions profondes.

(A suivre.)

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