Notre méditation

05/Oct/2010

L'oraison, comme chacun sait, est une prière mentale dans laquelle l'âme s'élève vers Dieu, mais sans suivre les formules des prières toutes faites et en s'efforçant de lui parler de façon intime et personnelle.

On lui donne souvent le nom de méditation, parce qu'on la commence ordinairement par des réflexions sur une vérité pieuse exposée dans une lecture.

Aucune durée n'est requise pour l'oraison, ni aucune attitude, car on peut prier en marchant et en travaillant, ni même aucune méthode. Mais chaque ordre religieux adopte la méthode et la durée qui lui paraissent les plus convenables pour la formation et l'alimentation spirituelle de ses religieux.

Il y a, en effet, deux sortes d'oraisons. Ainsi, quand on passe quelques minutes à la chapelle, devant le Saint Sacrement, on fait d'ordinaire une bonne oraison, quoique, le plus souvent, on laisse parler son cœur, sans suivre ni livre ni méthode. Ce genre d'oraison peut s'appeler affective, car le cœur y a plus de part que l'esprit, elle est facile, mais généralement courte.

Un deuxième genre, plus intellectuel et méthodique, est celui où l'oraison commence par une lecture sur un sujet approprié et procède ensuite, suivant une méthode déterminée qui nous permet d'atteindre un temps fixé: une demi-heure, par exemple.

C'est de ce dernier genre qu'est notre méditation de chaque matin.

 

Remarque. — L'oraison a été pratiquée de tout temps, c'est sûr; mais ce n'est guère qu'au 16e siècle qu'on a commencé à en dresser des méthodes, à la suite de St Ignace (Bérulle, St François de Sales et, plus tard, St. J. B. de La Salle, le V. P. Champagnat, et d'autres).

Il faut remarquer que le vocabulaire de ce temps-la, à propos des trois « puissances » de l'âme : mémoire, entendement et volonté, ne correspond plus au tangage actuel. Aussi les livres où on l'emploie encore ne sont plus guère « à la page ». C'est qu'aujourd'hui on n'attribue plus les sentiments à la volonté, comme au seizième siècle, mais au cœur; et on tient la mémoire pour n'être qu'une partie de ce qu'on appelait en vieux français « l'entendement » et que nous nommons l'intelligence ou l'esprit.

C'est pourquoi on suit ici l'exemple du V. P. Champagnat, qui, dès 1837, dans la petite méthode d'oraison qu'il a donnée à l'Institut, parle de l'esprit, du cœur et de la volonté.

 

Rôle des facultés de l'âme. — C'est de toute notre âme que nous devons méditer, car toutes nos facultés doivent s'y exercer à mieux servir Dieu pendant la journée qui commence.

C'est ainsi que notre esprit s'applique à considérer attentivement les vérités saintes que lui présente la lecture, soit que la mémoire fasse effort pour les retenir, ou- que l'imagination se représente de son mieux les scènes de l'Evangile, soit surtout que la réflexion se nourrisse des vérités divines, comme l'abeille suce le suc des fleurs.

Le cœur, à son tour, tantôt goûte et savoure les enseignements du divin Maître, ou s'émeut de compassion à ses souffrances, tantôt lui parle affectueusement ou lui offre en toute confiance ses désirs et ses demandes, tantôt enfin, tremble devant les châtiments de l'enfer ou l'incertitude de la persévérance.

Par le fait même, la volonté est excitée finalement à former d'énergiques résolutions pour bien servir Dieu à l'avenir et dès la journée présente.

 

Diverses parties de notre oraison méthodique. — Notre oraison de communauté se compose de quatre parties : d'abord on écoute une lecture qui provoque des réflexions personnelles ou considérations; puis on exprime au bon Dieu ses bons sentiments, c'est-à-dire, en style d'ascétisme, des affections. Ensuite on adresse à Dieu toutes sortes de demandes, et enfin on prend une bonne résolution pour la journée.

On doit, il est vrai, faire entrer en ligne de compte quelques prières préparatoires et une conclusion, mais ce sont des parties plus brèves et conséquemment secondaires.

Prières préparatoires. — Les prières préparatoires consistent à commencer sa méditation en se mettant en la présence de Dieu, en lui demandant le pardon de ses fautes et en implorant les lumières du St Esprit. Cela prend une ou deux minutes au commencement de l'exercice. On récite vocalement et à genoux, en communauté le Confiteor et le Veni Sancte.

La méthode de St Ignace procède ici par des préludes, l'un pour fixer l'imagination, l'autre pour déterminer le but spécial de notre méditation, comme on le remarque quand on se sert de livres des PP. Jésuites, ou quand ils nous prêchent des retraites.

Mais il y a surtout lieu ici, de considérer encore une préparation éloignée, autrement importante, car on ne s'improvise pas homme d'oraison. Ste Thérèse elle-même a passé de longues années avant d'aimer l'oraison et d'y réussir. On entend par préparation éloignée celle qui procède d'une vie pure, réglée et recueillie.

La vie est pure quand elle est exempte de péché. Nos fautes volontaires sont, en effet, un obstacle à toute familiarité avec Dieu. Celles toutefois qui résultent de faiblesses passagères et irréfléchies n'empêchent pas l'âme de s'élever encore assez facilement vers lui.

La vie est réglée quand on y réserve chaque jour un moment propice pour l'exercice de l'oraison.

La vie, enfin, est recueillie quand on évite le bavardage, la dissipation, la curiosité des nouvelles et toutes les préoccupations inutiles, qui sont causes de distractions perpétuelles. C'est ce qui fait, d'ailleurs, qu'on place la méditation aux premières heures du matin, afin d'atténuer l'inévitable dissipation de la journée.

Comme on le voit, les religieux sont dans les meilleures conditions pour devenir des hommes d'oraison, et, de fait, beaucoup d'entre eux vivent dans une union presque ininterrompue avec Dieu, ce qui est une sorte d'oraison constante. Que d'âmes, au contraire, dans le monde, emportées par le tourbillon des affaires ou les soucis de la famille, tout en souhaitant de pouvoir prier, n'en ont ni le temps ni la facilité.

On peut aussi, dans nos usages, discerner une préparation prochaine, celle qui fait prévoir, dès la veille au soir, le sujet sur lequel on méditera le lendemain matin. Dans les retraites, toutefois, les méditations de la journée s'en passent.

Cette sorte de préparation se fait en lisant quelques lignes du texte dont on se, servira le lendemain. Beaucoup de livres bien faits offrent dans ce but un petit résumé de la méditation.

Au début de l'Institut, on lisait le sujet en entier, le soir après la prière, et on ne le relisait pas le lendemain matin. Chacun était sensé l'avoir bien retenu et s'en 'être occupé dès son lever, et même dans les intervalles du sommeil.

Mais l'histoire du F. Laurent nous montre que pratiquement, il y avait des surprises avec ce système, qui fut ensuite modifié, non sans raison.

 

Considérations. — La partie de l'oraison qui porte le nom de considérations est la part de l'esprit. Elle se compose d'une lecture et parfois, aux retraites, d'un sermon, écoutés avec attention et suivis d'un moment de réflexion sur les pensées les plus frappantes.

Pour la facilité des réflexions et pour aider la mémoire, le sujet lu est ordinairement divisé en deux ou trois parties, nommées points.

Quelquefois la lecture s'adresse surtout à l'imagination, lorsque, par exemple, elle lui peint une scène de l'évangile, l'aidant à considérer les personnages, écouter leurs paroles et se représenter les lieux et les circonstances. St Ignace, qui a beaucoup employé ce procédé, lui donne le nom de contemplation.

Le but des considérations est de nous rappeler si vivement les vérités du salut qu'elles aient la force de produire des conséquences pratiques.

En effet, ces vérités nous sont en général bien connues, mais elles dorment en nous, pour ainsi dire. Il s'agit donc de les réveiller en les considérant de plus près, et souvent la lecture y suffit, sans qu'il soit nécessaire de réfléchir longuement.

 

Affections. — Les affections sont la part du cœur. Elles consistent à exprimer intérieurement au bon Dieu les sentiments que nous éprouvons à la suite des considérations. Les plus ordinaires sont des actes de lot aux vérités sur lesquelles on vient de réfléchir, d'espérance en la bonté de Dieu, d'amour pour Notre Seigneur, de remerciement pour ses bienfaits, de confusion et de repentir pour l'avoir si mal servi, accompagnés de promesses de mieux faire, etc.

Les affections, comme tout ce qui est du domaine de la sensibilité sont fort variables, surtout pendant la jeunesse. A certains jours on est sec et froid, et le cœur ne trouve rien à dire au bon Dieu.

D'autres fois, au contraire, le cœur semble se fondre d'amour et on n'en finit pas de dire à Notre Seigneur qu'on l'aime, qu'on voudrait le voir aimé, et mille autres choses affectueuses.

Il n'y a pas à se préoccuper beaucoup de ces variations qui tiennent à notre nature et que les saints eux-mêmes ont éprouvées comme nous.

Il va de soi que les affections varient avec les sujets qu'on médite. Des réflexions sur l'enfer ou la mort ne produisent pas les mêmes sentiments qu'une lecture sur la Passion ou la sainte Eucharistie.

 

Demandes. — Les bonnes réflexions et les pieux sentiments conduisent tout naturellement à faire à Dieu des demandes nouvelles pour vivre plus saintement. Les principales demandes qui sont toujours de circonstance sont celles qui concernent nos besoins spirituels permanents: amour de Dieu, crainte du péché, victoires sur les tentations, persévérance dans notre vocation, don de piété, esprit de pénitence, et autres semblables.

Ensuite viennent les besoins particuliers, à raison des circonstances. Tels sont, dans l'ordre temporel: la santé où la résignation pour celui qui est malade, la réussite dans son emploi, le succès d'une affaire, et, dans l'ordre spirituel : la victoire sur telle tentation plus actuelle, le secours dans telle épreuve, la lumière sur tel projet.

Mais un religieux ne prie pas seulement pour lui; il présente á Dieu toutes sortes de demandes charitables. Ainsi, il prie pour ses parents, ses confrères, ses bienfaiteurs, ses élèves. Il songe aussi aux besoins de l'Eglise, à ceux de sa Congrégation, il recommande à la bonté divine tels pécheurs, telles âmes du purgatoire.

Toutes ces demandes peuvent être adressées directement à Dieu, ou bien nous pouvons prier la Sainte Vierge et les saints à qui nous avons une dévotion spéciale, connue nos patrons, ou ceux, par exemple, qu'on fête ce jour-là, d'intercéder pour nous, leur parlant connue si nous étions déjà en leur céleste compagnie.

On peut s'aider d'une liste écrite ou formulaire pour guider ses affections et ses demandes, si l'on craint de se perdre dans le vague et les distractions. Notre livre d'office, page 18, en contient une toute prête et on peut s'en composer d'autres, à sa guise, sur une petite feuille volante.

 

Résolutions. — On entend par les résolutions, qui sont la part de la volonté, les pratiques de vertu qu'on se propose d'observer, afin de corriger ses défauts, de mieux remplir ses devoirs, et, en un mot, de devenir meilleur. D y en a de deux sortes: les générales et les particulières.

Les résolutions générales sont celles par lesquelles on se propose, soit d'aimer Dieu davantage, soit de suivre de plus près les exemples de Notre Seigneur, soit d'entreprendre la- lutte contre un défaut, mais sans rien spécifier de plus précis.

En voici un exemple: Je veux à tout prix sauver mon âme, et je consens d'avance, pour cela, à tous les sacrifices.

Elles naissent dans notre cœur sous l'influence de la grâce, pendant une méditation, à la suite d'une lecture, d'un sermon, d'une confession, pendant une retraite, etc. … Ce sont d'heureuses dispositions de notre âme, mais il faut les réduire en actes. On les décompose pour cela en résolutions particulières plus faciles à exécuter.

Les résolutions particulières sont donc celles qui concernent un acte déterminé et fixent l'occasion, le temps, le lieu, où on l'accomplira.

Telle est la suivante : J'élèverai mon cœur vers Dieu chaque fois que j'entendrai sonner l'heure.

Les résolutions que nous lisons au Ch. III de la Vie du P. Champagnat sont des modèles de résolutions particulières tout à fait pratiques.

Celles que nous prenons dans notre oraison doivent être précises, parce que toutes les fois qu'elles sont vagues elles risquent de ne pas être exécutées, et énergiques, afin de surmonter les obstacles qui surgiront certainement.

Il n'est pas nécessaire que la résolution découle du sujet médité, ni qu'elle soit celle que les livres indiquent. Il vaut bien mieux prendre ou renouveler des résolutions en rapport avec le but qu'on poursuit actuellement dans son examen particulier et qui sera contrôlé le soir. Autrement, on change de résolutions tous les jours, il n'y a point d'unité dans nos efforts et pas beaucoup de résultats.

 

Conclusion. — Il est bon de conclure sa méditation par un acte de remerciement adressé à Dieu, des bons sentiments que sa grâce vient de nous inspirer, ou bien (et le cas n'est que trop fréquent) un soupir de regret des distractions qui ont dévoré notre temps.

Puis on tâche d'emporter pour la journée une pensée, une maxime, un souvenir de sa méditation.

C'est là ce que les auteurs de méthodes appellent, avec un petit air poétique, un bouquet spirituel, dont le parfum nous rappellera notre ferveur matinale.

 

Divers états d'oraison. Si ces lignes n'avaient pour but de s'en tenir à ce qui concerne la généralité des cas, ce serait ici le lieu de parler des divers états d'oraison. Qu'il suffise donc d'en rappeler les noms dont sont semés les traités spirituels et certaines vies de Saints.

De même que les exercices d'écriture sur les cahiers méthodiques amènent l'écolier, après quelque temps, à se former une écriture courante personnelle, la méditation méthodique donne à l'âme, à la longue, une sorte d'oraison plus affective, où l'action du Saint Esprit se fait davantage sentir.

Les auteurs distinguent alors l'oraison de simplicité suivant l'expression de Bossuet, dite encore de recueil par Ste Thérèse, ou de simple regard. C'est une prière où « l'âme fixe son regard affectueusement sur Dieu, se maintient en sa présence, se remet entre ses mains et, par une simple vue de foi, le regarde et l'aime » (Tanquerey). Sous ces noms compliqués se cache une chose très simple. C'est le cas du paysan d'Ars, répondant à son saint Curé, étonné de ses longues stations devant le Saint Sacrement : « Je l'avise et il m'avise », et celui de St François Xavier, passant de longs moments à répéter : « Oh' très sainte Trinité! »

Au-dessus de ce genre d'oraison se place la contemplation infuse, avec ses variétés: l'oraison de quiétude, soit aride, soit suave, l'oraison d'union et quelques autres, qu'indiquent les traités spéciaux.

Certaines âmes saintes se trouvent même plongées parfois par Dieu dans un état d'oraison extatique extraordinaire, donnant une idée de la vision béatifique qui sera notre partage dans le ciel.

Ces extases intérieures sont souvent accompagnées de phénomènes miraculeux. On cite, par exemple, pour n'en nommer qu'un, St Joseph Oriol, qui, sur le pont du navire qui le ramenait de Marseille à Barcelone, en 1090, s'envola littéralement, pendant son oraison, à la hauteur des mâts. Les matelots effrayés, lisons-nous dans la Bulle de canonisation, qui est de 1909, et craignant que leur passager ne retombât dans la mer, à mesure que le bateau avançait, grimpèrent dans les cordages et les vergues, pour essayer, sans succès d'ailleurs, de le saisir. Mais, quand l'extase, qui fut assez longue, eut pris fin, le Saint redescendit doucement à la place exacte d'où il était parti.

Il n'y a guère lieu de nous occuper beaucoup de ces oraisons relevées ou merveilleuses, les extases sont plutôt rares dans notre vie d'éducateurs. D'ailleurs, si nous nous appliquons à bien prier, le Saint Esprit nous guidera lui-même. Il en sera pour nous, selon la remarque de l'Imitation, comme pour ceux qui ressentent la componction du cœur, sans savoir au juste comment on la définit.

 

Avantages de l'oraison. – Si les extases que nous lisons dans certaines vies de saints sont de nature à provoquer notre étonnement, et parfois notre envie, ce ne sont pourtant pas les fruits ordinaires de l'oraison.

Il vaut donc mieux réfléchir un peu aux grâces communes et quotidiennes que tout bon religieux en retire. C'est plus pratique.

Nommons-en quelques unes seulement, qui suffisent à prouver qu'elle est le grand facteur de notre sainteté. Et d'abord, elle éclaire notre esprit. Elle maintient sous nos yeux les vérités du monde surnaturel qu'oublient si vite ceux qui ne méditent jamais, et nous détache ainsi des fausses maximes du monde et de ses plaisirs si courts.

Ensuite elle nourrit notre cœur de bons sentiments : amour de Dieu, crainte du péché, zèle pour notre salut, désirs apostoliques.

Enfin elle fortifie notre volonté par l'espoir des récompenses du ciel, en même temps, s'il le faut, que par la crainte de l'enfer.

Elle assure par là la fécondité de notre vie, soit dans notre travail de sanctification personnelle, soit dans notre apostolat.

C'est la fréquence, et la ferveur de leurs oraisons qui ont fait de certains saints, non seulement des prodiges de vertu, mais encore des hommes extrêmement actifs et puissants, par exemple, St François-Xavier, Ste Thérèse, St François. Régis. Au contraire, l'abandon de l'oraison a rendu stérile, et parfois nuisible, l'action de certains hommes admirablement doués pour le bien : Lamennais en est un des plus tristes exemples.

D'autre part, le religieux qui médite peu ou mal n'a bientôt plus flue des idées frivoles et mondaines dans sa tête, des sentiments égoïstes et charnels dans son cœur, de la nonchalance pour le bien dans sa volonté. Sans l'oraison, c'est le sentiment du V. P. Champagnat, sa persévérance devient impossible.

 

Un bel exemple d'oraison. — Il serait profitable, mais bien trop long de rapporter les paroles des saints qui ont décrit, pour nous encourager, les grands fruits que les aines pieuses trouvent dans l'oraison. Bornons-nous à citer, pour finir, le bel exemple de St François Régis, d'autant plus que le V. P. Champagnat à dû souvent en parler à nos premiers Frères.

L'oraison de St François Régis était devenue en un sens continuelle, sa pensée et son cœur étant constamment unis à Dieu. Aussi, les jours ne suffisaient plus à sa dévotion, parce que les pénitents assiégeaient sans fin son confessionnal, et il était réduit à se dédommager la nuit.

Nous trouvons dans sa vie le récit de ses fréquentes oraisons nocturnes à la porte des églises, qui émerveillaient le bon Frère Laurent, et dont il occupait son esprit le fameux matin où il avait oublié son sujet.

Pendant l'hiver de 1637, le saint vint prêcher une mission à Marlhes, et, de là, rayonna dans les environs. Comme il se trouvait à St Bonnet, le curé entendait toutes les nuits un léger bruit dont il ne tarda pas à deviner la cause. C'était le Père de Régis qui sortait de sa chambre. Où allait-il? Le bon curé sortit à son tour du presbytère et découvrit bientôt notre saint prosterné à la porte de l'église.

« Mon cher Père, lui dit-il, vous tentez Dieu de rester ainsi en pleine nuit, après des journées si pénibles, exténué par vos jeûnes, au lieu de vous reposer, et vous exposez votre vie si utile à l'Église, car je vous trouve là, tête nue, malgré le froid glacial qu'il fait. Rentrez, mon Père, je vous en prie ».

« Ah ! Monsieur le curé, répondit l'humble missionnaire, laissez-moi prendre ici le seul repos que je puisse goûter en ce monde ».

Ces mots durent être dits d'un ton si suppliant que le pauvre curé hésita et se contenta d'ajouter: « Alors, mon Père, je vais aller vous chercher la clef de l'église, vous y serez au moins à couvert et je serai un peu moins inquiet ».

Ainsi fut fait ; tous les soirs le saint prenait la clef du sanctuaire, et chaque nuit il allait passer plusieurs heures aux pieds de Notre-Seigneur…

C'est ainsi que les saints, Marchant sur les traces du Sauveur, prennent sur leur sommeil pour prolonger leur oraison, alors que nous autres, nous avons tant de peine à mener à bien notre demi-heure de chaque jour. Puisse cet exemple nous faire au moins honte, comme au F. Laurent, toutes les fois qu'il y en aura besoin.

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