Notre mission de Madagascar

F. Jean-ÉMILE, A. G.

21/Oct/2010

Comme on le sait, l'île de Madagascar est sensiblement plus grande que la France. Sa faible population d'environ cinq millions d'habitants rend son équipement en routes, chemins de fer, ponts, etc., assez difficile. Toutefois, de grands progrès s'y font constamment dans ce domaine. Un seul exemple suffira à le prouver. Alors qu'il y a cinq ans ne circulait qu'un train de voyageurs tous les deux jours, entre la capitale et Antsirabe, il y a trois services par jour actuellement. De même, au lieu d'un service hebdomadaire d'avions avec Paris, emportant une quinzaine de personnes, il y en a quatre actuellement avec une capacité moyenne de 40 places.

 

Climat. Cultures. — L'île se compose d'un pourtour de terres basses se relevant en un vaste plateau central d'une altitude de 1.200 à 1.500 mètres, de sorte que, sauf sur la côte, le climat est tempéré. La grande culture de Madagascar est le riz qui est la base de la nourriture de la population. Toutes les parties plates et les fonds de vallons sont des rizières. Tout l'été, une pluie à peu près quotidienne fournit l'eau en abondance. D'autres cultures ont été introduites par les colons : le café, le cacao, la vanille, mais les indigènes s'y intéressent peu. Une fois la récolte de riz assurée, ils vivent tranquilles. Leurs besoins sont rudimentaires et ils se passent volontiers de tout ce qui nous oblige à un travail intensif : on dort à terre sans lit, on s'assoit sur une pierre, on se passe de souliers, de lampe, de table, de journaux, de radio, et des mille objets qui emplissent nos appartements. La vie est très simplifiée.

 

Religion. — La grande île est évangélisée sérieusement depuis cinquante ans seulement, la présence française ayant mis fin aux guerres entre tribus et apporté la liberté religieuse. C'est pourquoi une partie importante de la population est devenue chrétienne. Il n'y avait pas de religion organisée avec temples, clergé, croyances fermes et définies. On se trouve plutôt en présence de pauvres païens ignorant tout et recevant volontiers les vérités de la révélation chrétienne. De sorte que la lenteur de l'évangélisation vient presque uniquement du manque de missionnaires.

Qu'on en juge par ce qui se passe dans le Vicariat d'Antsirabe. Ce vicariat, créé il y a quarante ans environ, comprenait à peine 10.000 catholiques et un évêque à la tête d'une douzaine de missionnaires en prenait la charge. Aujourd'hui, le clergé arrive à peine à 25 prêtres, mais pendant ce temps, les catholiques sont montés à 120.000 et il devient impossible d'encadrer une pareille masse. Une bonne partie des chrétiens disséminés dans les villages de la brousse ne voient le prêtre circulant de chrétienté en chrétienté que de loin en loin, deux, trois ou quatre fois par an. Sans doute, faute de prêtre à demeure, on tâche de placer dans les villages un catéchiste qui réunit les fidèles le dimanche, les fait prier, chanter des cantiques, et autres exercices pieux et souvent, en même temps, fait la classe aux enfants.

Actuellement, des petits séminaires fonctionnent dans les divers vicariats et un grand séminaire central à Tananarive réunit une cinquantaine d'étudiants.

De même, les Congrégations religieuses de Frères et de Sœurs sont arrivées à organiser leurs œuvres de formation, de sorte que les sujets malgaches, prêtres et religieux, dépassent déjà, notamment chez nous, le nombre des Européens. C'est l'avenir assuré.

 

Nos œuvres. — Le Bulletin ayant à diverses reprises parlé de notre mission de Madagascar, il suffira ici d'en donner le bilan actuel.

Le centre de nos œuvres se trouve à Antsirabe, ville d'environ 20.000 habitants, située à 175 kilomètres au sud de la capitale Tananarive.

Nous avons là, dans une propriété de 5 hectares, juvénat, noviciat et scolasticat qu'une petite construction récente a permis de séparer bien mieux que dans les débuts. L'effectif du Juvénat se maintient autour de la trentaine, ce qui permet tous les deux ans un noviciat de cinq ou six.

La formation est forcément très longue, car la plupart des juvénistes, même s'ils arrivent à quinze ans de leurs villages, n'ont qu'une instruction rudimentaire. Pour ne pas en faire des déclassés, on les laisse sur certains points à leur niveau primitif. Ainsi ils vont pieds nus jusqu'au jour de la prise d'habit. L'ensemble de la population allant en effet pieds nus, à la maison, comme à l'église, il n'y a pas lieu de procéder autrement. De même, pour la nourriture, elle est à base de riz. Le pain viendra plus tard et ne sera jamais beaucoup apprécié…

Dans la même propriété, la maison de formation est adjacente à un collège, analogue à ceux de France. Il comprend un internat d'où l'on vient de toute l'île. Les internes surtout français ou européens sont au nombre de soixante et au total, avec les externes, la plupart malgaches, on arrive à environ 250 élèves. Le niveau de l'enseignement n'a cessé de monter. On envisage pour bientôt de conduire à la première partie du baccalauréat français. Déjà, dans le corps professoral qui fut longtemps formé uniquement de Frères venus d'Europe, on a pu introduire trois Frères malgaches.

A trois cents mètres au nord de notre maison de formation, fonctionne une école malgache qui est l'École de la Mission. Nous avons là dix Frères tous malgaches, sauf un Français qui est le titulaire. Les élèves ne cessent d'augmenter d'année en année et on approche du millier. Cette école a de nombreux succès aux examens et ce qui est plus appréciable, c'est qu'elle a fourni au Vicariat de nombreux catéchistes, de même que des vocations sacerdotales et des juvénistes.

Deux autres écoles, une à Bétafo qui est situé à 20 kilomètres à l'ouest d'Antsirabe et la deuxième à Diego-Suarez, qui en est à 900 kilomètres complètent, pour le moment, nos Œuvres de Madagascar. Leurs effectifs, entre 200 et 300 élèves amènent le total de nos élèves à bien près de 1.900.

Un soin particulier est donné à tout ce qui touche au côté religieux. Non seulement l'enseignement du catéchisme est la préoccupation primordiale des maîtres, mais aussi tout ce qui touche à la pratique chrétienne, comme assistance aux offices religieux, préparation des premières communions ou des baptêmes, bonne marche des croisades eucharistiques ou de la Légion de Marie.

La dévotion à Marie est en honneur et les Frères viennent de faire imprimer un petit catéchisme sur la sainte Vierge, en malgache, le premier de ce genre.

La jeune chrétienté malgache est encore, grâce à Dieu, dans une période de ferveur consolante. On y voit des églises pleines, et des communions innombrables. Les confessionnaux de la cathédrale d'Antsirabe sont munis de chicanes pour canaliser l'affluence des pénitents.

Telle qu'on la voit maintenant, notre Mission de Madagascar semble, après les longues difficultés du début, en pleine croissance et donne les meilleurs espoirs pour l'avenir. Daigne la Sainte Vierge y faire arriver encore quelques ouvriers venant d'Europe, et susciter toujours plus nombreuses les vocations sur place, afin que nous puissions faire notre part dans l'évangélisation de la grande lie qui progresse si rapidement.

F. Jean-ÉMILE, A. G.

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