Notre province du mexique à travers la persécution (fin)

05/Oct/2010

Le dernier N° du Bulletin s'est un peu attardé à raconter la lutte et les souffrances des vaillants défenseurs de la religion catholique contre les persécuteurs. Venons-en maintenant aux répercussions directes qu'eurent sur nos œuvres du Mexique : collèges et maisons de formation, ainsi que sur notre apostolat, les trois années où le joug de la franc-maçonnerie pesa de tout son poids sur le pays.

Maisons fermées. — Il y eut d'abord plusieurs maisons fermées.

On a vu précédemment que notre école de Cócula fut fermée dès 1925 et que celle de Guadalajara avait été particulièrement visée.

Le 16 février 1926, plusieurs individus se disant policiers firent irruption dans cette dernière maison et sommèrent les Frères d'en sortir immédiatement. En guise de mandat d'opérer, ils se contentèrent de brandir leurs revolvers. Il fallut bien s'exécuter.

Passé quelques jours, grâce à l'intervention d'amis puissants, les Frères purent rentrer au collège. Mais ils le trouvèrent absolument vide; tout le mobilier en avait été distribué aux casernes et aux écoles publiques. Insister pour le faire restituer eût infailliblement attiré de nouveaux malheurs; le mieux était d'en porter simplement la valeur à Pertes et Profits. Faire l'acquisition d'un nouveau matériel scolaire aurait éveillé une seconde fois les convoitises. On n'y songea pas, et les élèves revinrent, leurs livres d'une main et une chaise de l'autre. Pour moins attirer l'attention la communauté se logea à quelque distance du collège.

Tacubaya. — Le 23 février vers six heures du soir, la communauté de Tacubaya, que le C. F. Provincial venait juste de quitter après une courte visite, fut surprise par les agents de la Sûreté. Tous ses membres furent invités à prendre immédiatement place dans des autos stoppées devant la porte et 20 minutes plus tard, ils se trouvaient au Ministère de l'Intérieur. Là, après identification, les quatre Frères européens s'entendirent décréter d'expulsion comme prêtres étrangers. Après qu'on leur eût permis, tout de même, cette fois, d'aller, sous l'œil de leurs gardiens, prendre leur valise, ils furent conduits au train de Veracruz et dès le lendemain ils voguaient vers l'Europe. La maison fut pendant plusieurs jours laissée sans occupants; puis les Frères mexicains, laissés libres, purent en retirer tout le mobilier personnel.

Le Comité gérant de cette œuvre nous fit ensuite des instances pour qu'on la reprît; mais, dans les circonstances d'alors, il eût été plus que téméraire de s'y réinstaller; d'ailleurs le personnel manquait. Il fallut nous résigner à la perte de cette belle école de près de 400 élèves.

Nos maisons de formation. — Trois jours avant, nous avions reçu un coup plus douloureux encore: le Procureur de la République apposait les scellées à tous les appartements de notre juvénat de Huichapan, sauf la cuisine, le réfectoire et le dortoir, car ce digne fonctionnaire voulut bien admettre qu'il fallait plusieurs jours pour rendre les 60 enfants à leurs familles, d'ailleurs éloignées. Grâce à de très actives démarches on put obtenir, après quelques semaines, contre tout espoir la réouverture de l'institution. C'était à condition qu'elle serait complètement laïcisée. Figurez-vous, si vous le pouvez, chers lecteurs, un juvénat laïcisé! On l'avait promis, on s'efforça d'y parvenir, sans trop s'y appliquer pourtant. Il est tout de même fort pénible d'être privé de chapelle, de ne voir nulle part d'images religieuses, de ne pouvoir chanter des cantiques ni prier à haute voix de crainte d'être entendu.

Et puis, quelles inquiétudes lorsqu'on est á la merci d'une visite domiciliaire qui peut avoir lieu à n'importe quelle heure.

Aussi lorsque, en juillet, parurent les décrets Calles, qui allaient lui rendre la vie impossible, le Juvénat fut licencié. Une première dizaine de juvénistes partirent pour l'Europe et on se réserva d'appeler peu à peu pour les y envoyer ceux qui offraient le plus de garanties.

A leur tour, le Noviciat et le Scolasticat établis à Tlalpan durent prendre des apparences complètement laïques, dès la, mi-février, pour parer aux visites domiciliaires, de plus en plus menaçantes. L'avenir apparaissant gros de menaces et la formation, tant religieuse qu'intellectuelle, devenant presque impossible dans cette atmosphère de continuelles alertes, il fut résolu que le Noviciat, qui comptait alors douze sujets seulement irait se fondre avec celui, aussi peu nombreux, que la Province maintenait depuis six ans à Pontós, près de Figueras, en Espagne. Le Scolasticat, comptant alors vingt jeunes Frères, se transporterait de même, à Cuba où il serait hébergé temporairement dans le vaste Collège Champagnat de Cienfuegos. Tous ces voyages se firent vers la mi-mars.

Au mois d'Août le Scolasticat dans une seconde étape, alla rejoindre le Noviciat en Espagne. L'Institut, heureusement est vaste comme l'Eglise.

Noviciat de Pontós. — Cette situation anormale a fini par nous paraître fort supportable, et le noviciat de Pontós fonctionne depuis, de façon très consolante.

Son recrutement est assuré par le Juvénat d'Espira de l'Agly (près de Perpignan) dont les 60 enfants proviennent en partie du Juvénat de Carrión de los Condes (Castille), dirigé par la Province, et en partie du Mexique où ils sont recrutés soit dans nos collèges, soit dans des régions très chrétiennes, depuis longtemps connues et cultivées par le C. F. Pierre Damien, le fondateur de la Province et son recruteur depuis quelque 25 ans. Trois ou quatre fois l'an, ces enfants sont envoyés par petits groupes confiés aux Frères que quelque raison appelle en Europe.

Il va sans dire que ces voyages entraînent bien des dépenses, mais cela oblige à un plus grand soin dans le choix des aspirants, et, de ce fait, le pourcentage de persévérance en sera, on l'espère, plus élevé. En outre, comme, en raison de l'unité monétaire beaucoup moins forte, le coût de la vie est moins élevé en Espagne et surtout en France qu'au Mexique, il en résulte que, pour un sujet qui reste quelques années dans les maisons de formation, le coût du voyage est complètement récupéré. D'ailleurs, ne le fût-il pas, on ne reculerait pas devant les dépenses nécessaires à l'œuvre vitale du recrutement. Est-il meilleur emploi de l'argent qu'à préparer des ouvriers pour la vigne du Seigneur?

Sous l'épée de Damoclès. — Lors du déclanchement de la persécution brutale, en février 1920, nous passâmes par des jours d'extrême perplexité. Devant les mesures de laïcisation complète imposées aux écoles dites libres, le difficile était moins de faire son devoir que de le connaître. Comme une décision urgente s'imposait et qu'on ne voulait point favoriser le jeu de l'ennemi, on feignit d'obtempérer à ses ordres, provisoirement du moins, et en attendant que l'autorité compétente traçât une ligne de conduite. Les livres de religion furent donc bannis des classes; les crucifix et images religieuses, descendus et cachés sous l'escabeau; la chapelle, transformée en salle de séances; les statues, ces belles statues de l'intronisation du Sacré-Cœur qui, ici à la montée d'escalier, là dans la cour d'honneur, présidaient au défilé des élèves, déboulonnées et emportées dans une cachette.

Ah! quels serrements de cœur nous ont coûté ces actes! On en restait honteux comme d'une lâcheté, soucieux comme d'un sacrilège. Et puis, comment les justifier devant les élèves auxquels on avait si souvent répété qu'on ne doit point rougir de sa foi? Naturellement droits, les enfants n'excusent guère les subterfuges. Que de fois, au début, leur noble cœur a protesté lorsqu'on leur recommandait de ne prier qu'à voix basse ou lorsque, l'inspecteur se trouvant dans l'établissement, on ne faisait pas même le signe de la croix. Il est vrai que c'était, en somme une éducation à faire. Dans les années suivantes ils apprendront que vaillance et prudence peuvent fort bien s'allier et ils sauront montrer assez d'habileté pour servir la cause catholique, surtout par la distribution des tracts.

Ces précautions déjà si pénibles ne paraient pourtant qu'à une sorte de menace, celle provenant du Ministère de l'Éducation. Comme communauté religieuse nous étions bien plus menacés encore par la Police, et le danger était plus difficile à écarter, car, nos communautés étant nombreuses, le camouflage était presque impossible, à moins de sacrifier ce à quoi nous tenions le plus : la vie en communauté. Aussi, étions-nous continuellement sur le qui-vive, surtout après l'expulsion des Frères de Tacubaya, car nous nous sentions visés. Ceux qui ont vécu cette époque de troubles se rappelleront telles nuits passées à transporter en lieu sûr les ornements d'autel et les vases sacrés ainsi que le meilleur de notre matériel scolaire, tellement on croyait imminente l'expulsion.

Perplexités. — On se demandait parfois sérieusement s'il ne valait mieux devancer de quelques jours un départ qui apparaissait inévitable. On liquiderait ou on remiserait le matériel, évitant ainsi à nos persécuteurs le criminel plaisir de nous le voler, puis on s'en irait librement là où on pourrait se dévouer en paix, notamment à Cuba, à Porto Rico, où des fondations nous étaient demandées, ou bien dans la Province des Etats-Unis, qui accepterait volontiers un renfort. On répétait le conseil du Divin Maître: « Lorsqu'on vous persécute dans une ville, fuyez dans une autre ». Et puis, ajoutait-on, cette laïcisation imposée ne reste pas qu'à la surface et n'est pas sans danger, surtout pour nos jeunes Frères: ils risquent de s'y fausser l'esprit, de se laïciser insensiblement.

Mais, pour contrebalancer ces raisons, on se rappelait 1914 et on se félicitait de n'avoir point alors cédé à l'orage. Celui-ci, disait-on, passera de même. Il s'agit de louvoyer en attendant un vent plus favorable. Nous risquions de naufrager? Oui, certes, mais qui ne hasarde rien ne fait rien. Ne nous naufrageons pas nous-mêmes avant l'heure. Et les discussions se poursuivaient.

Bien qu'en pareils cas l'obéissance puisse être très coûteuse, qu'il fait bon cependant n'avoir qu'à obéir! Mais quelles anxiétés et quelles appréhensions fatigantes pour les FF. Directeurs et surtout pour le C. Frère Provincial! Et comme on sentait le devoir de leur alléger la charge par une parfaite docilité et d'implorer pour eux les dons de conseil et de force!

 

Décisions épiscopales. — Enfin, les autorités ecclésiastiques ayant conseillé de conserver les écoles et, dans ce but, d'obéir extérieurement aux décrets de laïcisation, il fut décidé que nous tiendrions jusqu'au bout. C'était se résigner à vivre sous l'épée de Damoclès; mais, quand une fois on a envisagé et accepté pour Dieu les pires éventualités, quand on s'est convaincu que rien n'arrive que par l'ordre ou la permission de notre Père céleste qui fait servir toutes choses au bien de ceux qui l'aiment, le calme revient au moins dans la partie supérieure de l'âme. On s'en remit donc entièrement à la Providence, en se recommandant à Notre-Dame de Guadalupe à qui des prières spéciales furent adressées tous les jours. Ensuite on utilisa de son mieux les moyens humains que le ciel mettait à notre disposition. Ici, par exemple, on profita de l'amitié du père d'un élève avec le Ministre de l'Intérieur pour obtenir que fût rapporté le décret de fermeture de notre Internat de Tlalpan. Là, on s'aboucha directement avec un des chefs de la Sûreté, dont le neveu était de nos élèves et on en reçut l'assurance qu'on ne serait pas pris à l'improviste.

Mais cela ne garantissait pas de tous les coups, les fonctionnaires n'étant ni tout puissants, ni immuables, ni inamovibles.

Le nom intentionnellement donné à nos Collèges de la capitale, lors des troubles de 1914, nous a aussi valu un appui très efficace des représentants diplomatiques français. M. Jean Périer, Ministre plénipotentiaire, et M. Ernest Lagarde, secrétaire d'Ambassade, l'un et l'autre bons catholiques, ont été notre providence visible pendant toute la durée de la persécution. Par leur habileté, leur énergie ou leur bonne grâce, suivant les circonstances, en payant de leur personne, et non pas seulement par des protestations platoniques, ils réussirent à conserver la plupart des nombreux collèges dirigés par des Congrégations françaises, auxquels, pour mieux fonder leur droit de protection, ils firent verser, contre reçu, des subventions de leur gouvernement. Grâce à leur intervention, plusieurs de nos Frères, ainsi que d'autres religieux, ont été promptement libérés de prison, des ordres d'expulsion et de confiscation de biens annulés, bien que déjà en voie d'exécution. Dès le début, la valise diplomatique fut mise à la disposition du C. F. Provincial pour assurer sa correspondance avec Cuba et l'Europe. Ce sont là des services et des égards pour lesquels tous les membres de la Province, sans distinction de nationalités, leur gardent une profonde reconnaissance.

La vie religieuse dans nos maisons. — Malgré les multiples entraves dont nous avons parlé, la vie religieuse des Frères ne fut pas essentiellement affectée : on garda tout, moins la solennité. Chaque maison continua à avoir son aumônier. La Sainte Messe était célébrée de grand matin, sur une simple table, avec le strict nécessaire, et ensuite tout était immédiatement caché jusqu'au lendemain. La Sainte Réserve placée le plus souvent dans un petit reliquaire, était conservée dans un meuble ordinaire d'un appartement ayant, par exemple, l'aspect de salle de travail ou de chambre à coucher. Mais les Frères y savaient la présence de l'Hôte divin et, admirant plus encore sa condescendance, venaient le visiter avec un surcroît d'amour.

Nos élèves, beaucoup moins favorisés qu'en temps normal, ne furent pas néanmoins absolument privés de secours religieux. Notre collège de l'Avenue Morelos, ne comprenant pas de classes d'enseignement primaire, n'était pas soumis aux décrets de laïcisation; la chapelle fut fermée, en raison des lois sur le culte, mais la religion continua à faire ostensiblement partie du programme et à figurer en première place au palmarès, ce qui a pu faire croire aux gens mal informés qu'on ne faisait pas une guerre bien vive à l'enseignement religieux.

Dans les autres collèges, le catéchisme continua aussi à être expliqué, mais clandestinement, et les prières à être faites, bien qu'à voix basse. Quant à la Messe et à la Communion, dans les Internats, on a pu, en s'ingéniant, les procurer aux enfants à peu près tous les dimanches. Dans les externats où la chose était plus malaisée, on y a réussi de temps en temps, en profitant de circonstances favorables : ainsi, un jour de congé, les inspections étant moins à craindre, on donnait rendez-vous, à tour de rôle, à quelques groupes d'élèves; eux-mêmes s'invitaient mutuellement, quand quelqu'un d'entre eux pouvait avoir la messe chez lui.

De quels stratagèmes ne se servit-on pas? Profitant de son voisinage avec un théâtre, un de nos Collèges put célébrer une nombreuse Première Communion à la Messe de Minuit de la Noël: les enfants et leurs familles allaient, soi-disant, au théâtre et passaient de là au Collège par une porte dissimulée. Pendant ce temps, un brave agent de Police mis dans le secret, faisait les cent pas sur le trottoir devant notre porte pour éloigner tout soupçon de contravention aux lois.

Les écoles et collèges catholiques que la première rafale avait laissés debout s'unirent pour agir de concert et se prêter un mutuel appui. S'ils ne réussirent pas à faire retirer le Règlement, leur ténacité à le tourner adroitement finit par le rendre inopérant sur certains points. A la faveur de la première accalmie, les Crucifix reparurent à leur place. Pour n'avoir pas à sévir, les Inspecteurs, lassés et plus craintifs d'ailleurs, que méchants, firent de visibles efforts pour ne pas s'en rendre compte. De la sorte ils mettaient d'accord leurs intérêts de fonctionnaires et leur conscience de chrétiens oublieux. Lorsqu'une circulaire ministérielle venait stimuler leur zèle laïque volontiers endormi, ou que la Police montrait plus d'activité, on redoublait de précautions, de subterfuges, de restrictions mentales, pour apparaître d'accord avec la loi, quitte à se redonner de l'air lorsque la surveillance se relâchait.

Au cours de ces trois ans on a donc pu, contrairement aux pronostics des pessimistes, continuer à faire du bien aux élèves, et l'esprit parmi eux se maintint excellent, on peut même assurer qu'il s'améliora. Ce résultat doit être attribué d'abord à l'abondance des grâces intérieures suppléant à l'insuffisance des secours extérieurs, puis aussi, aux grands exemples d'héroïsme chrétien qu'ils avaient sous les yeux et qui leur étaient donnés, entre autres, par leurs devanciers sur les mêmes bancs.

 

La détente. — Toutefois cette situation violente causait de trop grands maux pour que du côté catholique, on n'en désirât pas anxieusement la fin. Le plus grave, semble-t-il, était, pour la multitude des chrétiens ordinaires, privés des sacrements et des offices religieux, le danger qu'ils ne s'accommodassent trop facilement de cette privation, ce qui amènerait peu à peu l'indifférence.

De son côté, le nouveau président Portes Gil, qui, depuis quelques mois, avait succédé à Calles, désirait faire cesser un état de choses qui multipliait les embarras du pouvoir. Moins engagé que son prédécesseur, il souhaitait un compromis où, tout en concédant à l'Eglise quelques libertés — oh ! le strict minimum —il n'aurait pourtant pas l'air de désavouer celui á qui il devait son élévation. Il fit savoir que volontiers il s'aboucherait avec des représentants de l'Eglise catholique et permit aux prélats exilés de rentrer au Mexique. En juin 1929, Mgr. Leopoldo Ruiz, archevêque de Morelia, Délégué Apostolique et Mgr Pascual Diaz, aujourd'hui archevêque de Mexico, eurent avec le Président diverses entrevues à la suite desquelles le gouvernement, sans retirer aucune des lois existantes, faisait certaines déclarations qui en atténuaient la portée. Surtout il reconnaissait implicitement la hiérarchie ecclésiastique.

En conséquence, les prélats décidèrent que la célébration du culte public serait reprise dès le 28 juin. Bien qu'on n'eût abouti qu'à un armistice, non à un traité de paix, l'enthousiasme populaire confinait au délire lorsque Notre-Seigneur, caché comme un proscrit dans des maisons particulières, fit solennellement sa rentrée dans les églises. Elle était enfin exaucée cette ardente supplication qui tant de fois avait retenti pendant 35 mois : « Seigneur, revenez au Sanctuaire! »

L'armée des « libertadores » dont la ténacité et les luttes avait amené cette demi-conversion du gouvernement, s'empressèrent d'obéir aux prélats et à rentrer dans leurs foyers, bien qu'ils ne fussent qu'à moitié satisfaits d'un arrangement aussi précaire.

 

Punitions. — Peut-être, chers lecteurs, vous attendiez-vous à voir les affreux tyrans du Mexique châtiés ou tout au moins humiliés dès ici-bas, et il n'en est rien, semble-t-il. Détrompez-vous : le châtiment s'est déjà exercé sur beaucoup, sinon sur tous. La persécution religieuse de ces trois années n'a point endormi les ambitions et celles-ci ont provoqué à l'automne de 1927 et au printemps de 1929 des révolutions politico-militaires qui, plus encore que celles de 1913, 1919 et 1923, ont donné lieu à d'effroyables hécatombes de généraux et de politiciens. Beaucoup de persécuteurs des catholiques y ont expié leurs forfaits sous les coups de leurs amis et complices de la veille. De ceux-ci, le tour viendra demain, la chose ne fait pas de doute pour qui a suivi l'histoire du Mexique depuis vingt ans. Dieu laisse aux méchants le soin de se châtier les uns des autres, et il y aurait de beaux chapitres à ajouter au Livre de Lactance sur la mort des persécuteurs.

 

Epilogue. — Au mois de juillet 1926, à la veille de l'application des décrets « Calles », plusieurs fondations nous avaient été demandées dans l'île de Cuba qui mirent le C. F. Provincial dans la plus grande perplexité. Refuser alors qu'au Mexique nous étions plus que jamais menacés d'expulsion générale, n'était-ce pas dédaigner le refuge que la Providence nous préparait? Mais, d'autre part, si on réussissait à conserver les œuvres au Mexique, où prendre le personnel pour tenir les engagements? Après bien des hésitations, des réflexions et des prières, on prit une solution moyenne, on accepta de se charger à Matanzas d'un collège en décadence qu'on voulait nous confier, et, sur la pressante demande de Mgr Pérez Seyantes, notre tout dévoué aumônier à Cienfuegos, avant d'être promu á l'épiscopat, on en ouvrit un autre à Ciego de Avila.

Après les difficultés du début, ces deux établissements se sont fait leur place au soleil. Celui de Matanzas, malgré la guerre acharnée d'une institution maçonnique rivale qui se voit péricliter, comptait au 1ier janvier 1930, 6 Frères et 140 élèves; celui de Ciego de Avila, installé récemment dans une maison construite ad hoc, en comptait 218, confiés aux soins des Frères. Un bel avenir lui semble assuré.

En janvier dernier nous avons eu la grande joie de donner satisfaction à Mgr l'archevêque de Mérida (Yucatan) qui ne cessait de renouveler ses instances aussi légitimes que pressantes pour le retour de nos Frères dans son diocèse. Quatre Frères sont allés ouvrir un Collège dans sa ville épiscopale. Malgré qu'en raison des circonstances, toujours difficiles, ils ne se soient point affichés comme religieux et n'aient fait aucune propagande, ils réunissent déjà 70 élèves.

Ainsi, les ceps arrachés sur un quartier de la vigne par la fureur des sangliers sont replantés ailleurs. La Province a, modifié un peu ses positions : elle a perdu des maisons mais elle a développé celles qui lui restaient et en a fondé d'autres; de sorte que, tout compte fait, elle n'est point sortie diminuée des grandes épreuves qu'elle a traversées, ainsi que le montre le tableau suivant:

A Dieu seul toute la gloire! A Marie notre filiale reconnaissance! Les temps sont encore peu sûrs, le danger toujours menaçant, car toute la législation sectaire demeure, mais, après avoir reçu de telles marques de la protection céleste, on peut envisager l'avenir avec confiance.

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