Notre service de Dieu dans lapostolat

Alexis Paquet

21/Jun/2010

(art. 48, 49)


I — Article 48. QUELQUES VERTUS DE L'APOTRE MARISTE

 

Considérations préliminaires.

 

Ce titre fixe des limites; quelques vertus. Une longue liste serait désespérante. Un loustic ne s'est-il pas exclamé, un jour:

« Cinquante-six vertus, c'est une forte somme

Et pour les pratiquer, c'est bien peu d'un seul homme! »

(Henri de Bornier)

Ce quelques indique un choix pour l'apôtre mariste. D'abord, c'est bien d'apostolat qu'il s'agit. Et pas de celui d'un contemplatif, d'un ermite, ou d'un apôtre laïque. Mais l'apostolat d'un consacré, en vue d'un service à rendre au Peuple de Dieu en Eglise (L.G. 46). Dans une congrégation comme la nôtre, l'«apostolat fait partie de l'essence même de la consécration ». (P.C. 8). Choisis et consacrés, nous le sommes pour remplir une fonction de service, pour exercer une action apostolique, mais aussi pour servir de signe (cf.: L.G. n° 44).

Un apostolat basé sur la foi et la charité (ligne 1). Puisque nous sommes consacrés, notre apostolat ne peut être que surnaturel. Tout dans l'action d'un religieux vise la gloire de Dieu et le bien des âmes. Se placer sur un terrain purement humain, agir par souci de popularité, par préférence pour les « grands de ce monde », par favoritisme ou par sotte ambition ou égoïsme serait dénaturer la vie religieuse. « Que nous faut-il faire pour travailler aux œuvres de Dieu? » demande la foule à Jésus. « L'œuvre de Dieu, c'est que vous croyiez en celui qu'il a envoyé » fut la réponse (Jean 6, 28). Notre agir se situe dans la foi et par la charité, autrement, ça devient de l'humanisme, de la philanthropie, de l'activisme, de l'engagement social. « Toute la vie religieuse doit être pénétrée d'esprit apostolique et toute l'action apostolique doit être animée par l'esprit religieux» (P.C. 8).

Voilà, pourrait-on dire, des prérequis: apôtre dans la foi, par la charité.

Apôtre mariste, dans ce sens que les quelques vertus suggérées à l'article 48 devraient s'épanouir plus aisément dans l'âme mariste mieux préparée à les bien accueillir.

Des prérequis, des présupposés, mais aussi une exigence énorme: disponible envers l'Esprit et envers tous (ligne 3). Disponible, le Frère, envers l'Esprit, pour accueillir et développer les vertus de son état: disponible envers tous: pas de ceux qui ne peuvent accueillir qu'une pincée d'amis, de préférés.

Quelques vertus maîtresses (ligne 2). Liste brève, certes, mais qui ne laisse pas de nous satisfaire: dans la vie spirituelle, tout se tient. Chérissez une vertu, cultivez-la, elle devient génératrice: 8,10 autres croîtront tout autour comme par osmose.

 

1. LA BONTE.

« Le Frère doit être bon, révélateur de la bonté de Dieu » (lignes 4, 5) «qui, seul, est bon» (Matt. 19, 17; Marc. 10, 18).

Quelqu'un se rend-il compte qu'on s'intéresse à lui; qu'il compte pour nous, qu'il a du prix à nos yeux et qu'on l'aime (cf.: Isaïe 43): s'aperçoit-il qu'on devine et partage ses préoccupations, que l'on détecte ses besoins? Il y découvre l'image de la bonté de Dieu. C'est cela être signe… être signe que Dieu est bon. Etre témoin de la bonté de Dieu (cf.: Const. 42). A travers nous, les religieux, les gens jugent Dieu.

Ces gestes d'accueil spontané, simple, chaleureux; ces attentions, ces marques d'intérêt donnent le goût du Dieu bon. C'est une exigence de l'Evangile et de la consécration: rendre le Christ présent parmi les hommes (cf.: L.G. 45).

BON à l'exemple du Bx. Champagnat. Un pauvre miséreux, blessé malade blasphémait sa misère et le reste. « Il n'y a qu'un moyen de gagner cet homme, dit le Père Champagnat: lui faire du bien; ne répondre à ses injures que par des services… lui parler avec une grande douceur et une grande bonté… prier pour lui… éviter de lui parler de religion pendant quelque temps. Dieu fera le reste ». Le malade, se voyant entouré de tant de soins et traité avec tant de charité, en fut touché et s'écria, un jour: « Oh! je vois bien que la religion est vraie, puisqu'elle inspire une si grande charité, etc. … ». Il se convertit, s'excusa de sa méchanceté et mourut muni des sacrements (vie p. 571). N'est-ce pas cela révéler la bonté de Dieu?

Ah, si les gens de notre milieu pouvaient dire de nous comme les gens de La Valla disaient du P. Champagnat: « Il est si bon et il sait si bien arranger les choses, qu'on ne peut s'empêcher de faire ce qu'il conseille et ce qu'il veut» (p. 312).

« Les saints n'ont pas besoin d'exhorter; ils n'ont qu'à exister: leur existence est un appel ». Comme Bergson a raison!

A quels mystérieux signaux répondent les âmes? Dieu seul le sait! Comme les abeilles vont aux fleurs, ainsi les gens vont aux bons.

Un confrère, amateur du jeu de cartes, disait en rigolant: jouer cœur, c'est gagner! S'il est un jeu où jouer cœur porte la chance, c'est bien celui de l'éducation, si l'on peut parler de jeu dans ce cas. Un brave paysan disait en son langage: «Il faut avoir le cœur au bon!» comme on dit: le temps est au beau.

On ne vit jamais pour soi tout seul. Veux, veux pas, nos paroles et nos gestes ont du retentissement. Voyez, les gens qui disaient: «Dieu doit être bien bon, si M. Vincent est si bon. » N'est-ce pas cela donner le goût du Dieu bon?

Deux Frères enseignaient dans une même école. L'un possédait tout: science, autorité, voix forte et sèche pour commander un bataillon, réussite assurée aux examens. L'autre, comme le grillon de Florian, « N'avait point de talent, encore moins de figure ». Peu instruit, manquant de discipline, il récoltait autant d'échecs que de réussites. Piètre professeur que les Directeurs ne souhaitaient guère. Et les élèves disaient et disent encore après plus de 30 ans: le premier, on ne l'aimait pas; on le redoutait. Il était dur, orgueilleux, ambitieux, ne pouvait pardonner. Il ne savait pas être bon, L'autre, au contraire, s'intéressait à nous, mettait de l'entrain à nos jeux, nous aidait, pardonnait charitablement nos espiègleries. Il possédait la bonté et nous l'aimions vraiment. Le premier a communiqué un brin de ce qu'il possédait: la science: le second nous a fait pressentir la bonté de Dieu.

Le Père Champagnat disait: « Je n'aime pas les Frères dont la présence fait fuir les enfants. J'estime comme très propres à inspirer l'amour de la religion, ceux dont le caractère gai et les manières affables annoncent, un cœur content et vertueux» (vie p. 320).

J'ai trouvé, dans un poème, un passage où un fils de Caïn reproche à son père de ne pas avoir transmis l'image de Dieu. « Tu savais ce qu'est Dieu et ne nous l'as pas transmis… ». N'est-ce pas accablant?

Manifestations de cette bonté. Cette bonté se traduit, entre autres:

 

A — Par l'intérêt porté aux autres (ligne 6). C'est là le propre des grandes âmes, exemptes d'égoïsme. Cela représente abnégation, charité, oubli de soi. Ça paraît toujours facile chez les autres. S'agit-il de pratiquer cela soi-même, c'est une autre affaire! Un enfant l'a exprimé à sa façon: « L'égoïsme, c'est quand les autres ne pensent pas à moi… ». L'Evangile invite à mieux: «Tout ce que vous faites au moindre des miens…» (Matt. ch. 25).

 

B — L'ouverture à l'autre. Le Pape Jean-Paul II, à l'audience du 4 avril 1979, commentait « Avec le Christ, s'ouvrir à l'autre ». — Je dois être ouvert à chaque homme, disposé à me prêter. Me prêter avec quoi? On sait que parfois, avec un seul mot, nous pouvons "faire un don" à autrui, mais que l'on peut aussi, d'un seul mot, frapper quelqu'un douloureusement, l'injurier, le blesser. Il faut donc accueillir cet appel du Christ dans les situations ordinaires quotidiennes, de coexistence, de contacts. « Vous êtes tous frères (Matt. 23, 8).

 

C — L'attention aux besoins des autres (ligne 7). Cela suppose un zèle réaliste: qui porte à découvrir les vrais besoins. Besoins matériels d'abord. Le bon Samaritain et le pauvre Lazare nous l'enseignent. Besoins spirituels aussi: attentions, amitié, présence, compréhension, témoignage (exemple), conseils, prière.

Retenons le mot ATTENTIF, il englobe tout. Un poète chansonnier à l'âme charitable s'accompagnait de sa guitare en chantant de sa belle voix: « J'ai tissé un grand manteau de joie pour réchauffer mon frère ». On le croyait parent avec saint Martin.

 

2. HUMILITE ET DOUCEUR.

Humble et doux à l'exemple du Maître (lignes 8, 9) « doux et humble de cœur» (Matt. 11, 29).

DOUX, c'est-à-dire, BON: patient, charitable, attentif, délicat: «Que l'évêque soit doux » lisons-nous en I Tim. 3. 3. Transposez pour le Frère.

HUMBLE: discret, effacé, simple (peu compliqué). L'humilité, la simplicité la modestie, ce sont des caractéristiques de chez nous et qui doivent influencer notre agir. Le magnificat nous rappelle que le Seigneur ne bénit guère ce qui sent l'enflure.

L'humilité se manifeste par le respect (ligne 10). Le Père Champagnat insistait beaucoup sur le respect dû à l'enfant, même et surtout quand le maître est obligé à la fermeté (ligne 11). Le Bx. Fondateur recommandait alors d'élever le cœur à Dieu. Les Constitutions indiquent un choix entre vues de la foi et calculs de l'amour-propre (lignes 10, 14). En principe, le choix est fait; mais dans le concret, est-ce évident?

Autorité, fermeté: oui, mais jamais esprit de domination, de vengeance: jamais désir d'écraser, d'humilier. Aussi, capacité de pardon. On ne trouvera jamais la capacité de pardon là où l'humilité et la douceur n'habitent pas. Réserve inépuisable de patience, aussi.

Les intercessions de l'Office tombent à point:

* Accorde-nous d'être patients avec tous, car pour nous tu es patient et plein de miséricorde (Jeudi I, matin).

* Fais-nous porter témoignage devant les hommes afin qu'en croyant nos bonnes œuvres, ils glorifient le Père qui est dans les cieux (Mardi II, Matin).

Il y a des reproches et des corrections qui font grandir, tout comme certains regards. Ça dépend de la personne qui les fait, du ton, de la manière, du moment, etc. … Rappelez-vous ce fait: En sortant d'une rencontre avec le Bx. Champagnat, un Frère avouait: Si un autre que lui m'eût adressé une pareille réprimande, je n'aurais jamais pu la supporter… il a su si bien me prendre que je l'aime plus qu'auparavant » (vie p. 312).

Un éducateur qui recevait beaucoup de jeunes en entrevue avait placé en évidence sur son bureau

Faites que je rapproche de vous ceux qui s'approchent de moi. Il en faisait sa prière.

 

Un autre se laissait interpeler par la célèbre passage de saint Matt. 25:

Tout ce que vous faites au moindre des miens, C'est à moi que vous le faites. Cela fondait son espérance.

 

La lecture des biographies de nos prédécesseurs maristes nous fait constater que plusieurs ont été influencés par de tels moyens simples et pratiques.

L'Office nous offre encore ici l'intercession qu'il faut:

* Accorde-nous de ne contrister personne aujourd'hui. -Fais-nous donner la joie à ceux que nous rencontrerons (Mardi I, matin).

* Que ta grâce ouvre nos cœurs aux besoins de nos Frères: ne permets pas qu'ils nous rencontrent sans que nous les aimions (Jeudi III, matin).

En bref, ces lignes souhaitent que nous soyons des hommes dont l'exemple entraîne. Des hommes bien fixés sur Dieu et qui font monter les autres. Des hommes dont le regard fait grandir, dont l'amitié réchauffe, dont la présence rassure et réjouit.

 

3. DETACHEMENT, PREOCCUPATION DE FAIRE LA VOLONTE DE DIEU, ACCEPTATION DE LA CROIX.

 

A — Le détachement (ligne 16). Appel au détachement en vue d'aboutir à la « sainte indifférence » quant aux emplois, aux milieux, aux personnes. Ce qui importe: le souci de servir Dieu et le prochain; « le don sans calcul » (Rom. 12, 8). Les religieux, fidèles à leur profession, abandonnant tout pour le Christ, le suivent, lui, comme l'unique nécessaire, écoutant ses paroles, occupés de ce qui le concerne» (P.C. 5).

Henri Bordeaux a tracé, jadis, le portrait d'un apôtre (Bournazel): « extraordinairement séduisant, amoureux de tous les plaisirs de la vie et pouvant se passer de tout. En un mot, quelqu'un, mais quelqu'un de charmant. Jamais il n'a dételé. Jamais il ne s'est reposé. On l'adorait. Il pouvait tout exiger et il exigeait tout avec le sourire. Sa puissance de vivre paraissait sans bornés. Et peut-être aussi, mais on ne le savait pas, sa puissance de souffrir, tant il était vivant et sensible. Il se permettait de tout dire, parce qu'il disait tout avec gentillesse ». Retenons plus précisément: AMOUREUX DE TOUS LES PLAISIRS DE LA VIE ET POUVANT SE PASSER DE TOUT.

 

B — Préoccupation de faire la volonté de Dieu (lignes 19, 20). Et d'abord, soucieux de la découvrir par le discernement, dans la prière, à travers les événements, dans les Constitutions, l'Ecriture, les Supérieurs, par la communauté. L'accomplissement de la volonté de Dieu est une forme de détachement. La vie religieuse n'est-elle pas un mystère de communion à la volonté de Dieu (Const. 86)?

 

C— Acceptation de la croix (Lignes 21, 23). L'apostolat réserve pratiquement toujours une part d'échec, de souffrance. L'apôtre a parfois l'impression d'avoir travaillé en vain, comme s'il avait labouré la mer. Pourtant,

« Il n'est pas de semailles vaines; Sème toujours d'un cœur serein: Si la bise souffle, la graine ira germer chez ton voisin ». (Ernest Prévost).

La croix traverse souvent l'action de l'apôtre. C'est le partage de ceux qui font l'œuvre de Dieu (lignes 22, 23). Le Père Champagnat répétait fréquemment aux premiers Frères: « Je ne suis pas fâché que vous ayez des épreuves, que vous éprouviez des difficultés, cela vous obligera à mettre votre confiance en Dieu ». C'est ce qu'il a fait lui-même: les difficultés le rapprochaient de Dieu. « Il faut avoir essuyé bien des échecs pour toucher le fond de notre pauvreté radicale, et nous tourner uniquement vers Dieu dans la confiance absolue ». (J. Lafrance, La Puissance de la prière p. 177).

La vie de l'apôtre ressemble à une croix: ses rapports avec Dieu, les moyens surnaturels représentent le montant; ses rapports avec les hommes» les moyens humains, ce sont les bras.

Au religieux, à l'éducateur, à l'apôtre mariste, souhaitons des vertus qui s'attrapent. La contagion est parfois merveilleuse. Constatez-le par ce fait qui, à lui seul, suffit pour appuyer nos dires: Une détenue à la prison Saint-Lazare, adoucie, calmée, à qui l'on demande à quoi elle attribuait son progrès, répondit, en pointant du doigt sa gardienne, une religieuse qui passait: « Cette sœur est si bonne que ça s'attrape! »

 

II — Article 49. NOS MODELES EN APOSTOLAT.

 

Considérations marginales.

 

Proposer des modèles en 1980, est-ce bien réaliste? Présenter l'exemple comme sûr éducateur, n'est-ce pas provoquer l'ironie ou la braver?

Le langage actuel utilise davantage témoin, témoigner, témoignage. Avouons que modèles à imiter, témoins à suivre; exemple à donner, témoignage à rendre, être signe ou être modèle comportent beaucoup plus de ressemblances que de différences. Disons, des nuances.

L'Ecriture insiste sur l'importance des modèles à suivre, sur la nécessité d'être des modèles. « Vous êtes devenus un modèle pour tous les croyants » (I Thés. 1, 7). «Sois un modèle pour les fidèles» (I Tim. 4, 12). «Montre-toi un modèle de bonnes œuvres « (Tite 2, 7). « Vous êtes la lumière du monde ». « On n'allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau, mais pour qu'elle brille pour tous ceux qui sont dans la maison ». « Que votre lumière brille devant les hommes ». (Matt. 5, 14, 15, 16).

L'expérience nous démontre la force de l'exemple. Le chemin des préceptes est long; celui de l'exemple est court. Apprendre à vivre sera toujours, d'une certaine façon, imiter. Sans compter que donner l'exemple, c'est une exigence salutaire, en éducation surtout. « Pour devenir un saint » (un modèle), quand on est chargé de l'éducation de la jeunesse, il suffit de n'être pas un hypocrite, un menteur; il suffit de faire et de suivre ses propres conseils ». (Mgr Dupanloup).

Nous maintenons donc que proposer des modèles, c'est une bonne pédagogie. Bien sûr, les modèles sont relatifs au Seigneur. Ils nous montrent comment ils ont suivi le Christ; comment ils ont vécu l'Evangile ou tel aspect de l'Evangile et comment on peut en cela les imiter. Nos Constitutions le disent: Nous, Frères Maristes, nous nous engageons à vivre l'Evangile à la manière de Marie (Const. art. 71, lignes 32, 33). Notre engagement essentiel, c'est de suivre le Christ.

Une autre difficulté. Les modèles que l'art. 49 nous propose sont-ils engageants? Les gens aujourd'hui cherchent, eux aussi, des modèles à imiter. Ils se laissent également influencer par des exemples. Les « modèles » ont un je ne sais quoi qui fascine et qui répond au besoin d'identification.

Quels sont les témoins qui attirent davantage aujourd'hui? Bien sûr, les modèles actuels. Mère Teresa de Calcutta, Martin Luther King, Follereau, Chiara Lubich, Jean Vanier. Charles de Foucauld, Roger Schultz, Jean XXIII, par exemple. Ils sont de notre temps. Exploitons ces modèles, proposons-les, exaltons-les comme nos éducateurs ont vanté pour nous jadis Garcia Moreno, le Père Pro, le Père Damien, Georgio Frassati, Guy de Larigaudie et autres. Il y a quand même un piège à éviter. Ces modèles ne sont que des moyens, des façons de nous faire imiter le Christ. Le danger serait de nous y arrêter et de leur faire prendre trop de place, de vouloir agir comme eux, différents que nous sommes et en des conditions différentes des leurs: milieu, époque, éducation, personnalité propre, exigences sociales, profession, état de vie, etc. …

Ces quelques considérations faites, revenons, à l'article 49, puisque c'est de lui qu'il s'agit et des modèles qu'il nous propose.

Tâchons de découvrir comment ils peuvent être une lumière, un témoignage, un exemple pour les apôtres maristes que nous sommes. Marie, Joseph, les Anges Gardiens, le Fondateur. Ce sont quand même des modèles qui durent, qui appartiennent à l'histoire. Chez nous, ils sont à l'origine: l'esprit de Nazareth, le Bx. Fondateur l'a pratiqué; il l'a proposé aux Frères; il les y a formés. Evoquer « nos origines » et ajouter que le Bx. Père Champagnat souhaitait pour nous la première place, c'est citer cet article. C'est nommer Jésus, Marie, Joseph, et faut-il ignorer l'Ange qui gardait la Sainte Famille et les Anges qui ont annoncé la joyeuse nouvelle, les lieux, les précautions à prendre.

Il reste que ce n'est pas facile de les situer dans notre époque, dans notre liturgie; ce n'est pas aisé de les présenter à nos « s'éduquants ». Et d'abord, de nous convaincre nous-mêmes qu'ils peuvent être nos modèles… Mais, si on essayait? Essayons!

 

1. MARIE.

« Marie est le modèle idéal de l'apôtre à l'écoute de l'Esprit (« Lignes 1, 2). « La communauté mariste rassemble autour de la Reine des apôtres des Frères animés par une même vocation apostolique » (art. 53). Marie avait comme « mission de donner Dieu aux hommes » (ligne 3). Nous, par choix, par consécration, par profession, nous devons aussi manifester Dieu aux hommes. (Cf.: L.G. N. 62). Marie est le « modèle le plus parlant, le plus efficace » (F.M.A. n. 16). Sa façon d'agir dans la simplicité, l'enthousiasme, la charité nous est proposée (ligne 6). Père infiniment bon, nous te rendons grâce de nous avoir donné Marie pour Mère et pour modèle (Office, samedi III, matin). Nos Constitutions nous proposent de vivre l'Evangile en prenant Marie pour modèle (art. 71).

Modèle de la présence. De Marie, on rapporte peu de paroles. Elle était surtout présente. Chez Elisabeth, quand vinrent les Bergers, les Mages, à Cana (Matt. 2, 11; Luc. 2, 16). La présence, la disponibilité, ce fut la manière voulue par Dieu pour Marie de travailler à la Rédemption. Elle fut « témoin » par excellence. « Par toute sa vie, elle a très efficacement coopéré au salut: Reine des apôtres, elle n'a pas prêché, ni organisé des œuvres. Elle est cependant le modèle dans l'ordre de la charité (cf.: L.G. 53). Signe lumineux et réconfortant pour tous les chrétiens (cf. XVIe Chap. apostolat, p. 95 N. 9). « La vie de Marie est pour tous une règle de conduite » (P.C. 25).

Modèle de patience, elle attend l'heure de Dieu (ligne 9). C'est une leçon pour nos impatiences, nos découragements, parce que nous ne mettons pas notre confiance en Dieu et comptons surtout sur nos petits moyens.

Modèle d'humilité et de confiance. « Elle sait s'effacer de plus en plus » (ligne 13). Attentive à rendre service à Hébron, présente, prévenante et confiante à Cana; debout au Calvaire, priante avec les apôtres au Cénacle. Telle est la vie active de Marie: une présence attentive et discrète.

« Dans l'instruction et l'éducation de ses élèves, le F.M. se proposera l'exemple de la sainte Vierge élevant et servant le saint enfant Jésus: il s'appliquera à imiter l'humilité, la douceur, la charité, le dévouement et les saintes dispositions avec lesquelles la divine Marie prit soin du divin enfant. En un mot, il sera Mariste (Vie apostolique, XVIe Chap. Gén. p. 24, n. 18).

« Pour réussir auprès des enfants, intéressez la sainte Vierge en votre faveur. Ne faites rien d'important sans la consulter. Mettez tout sous sa protection ». (Vie p. 567). Frères Maristes, nous présentons Marie comme l'expression privilégiée de l'amour de Dieu qui l'a formée pour devenir sa mère et notre mère.

Une de nos tâches spécifiques: la faire connaître et aimer comme la voie qui conduit à Jésus (Const. 4). Jusqu'à il y a 15 ou 20 ans, le F.M. était apôtre de Marie et par Marie. Aujourd'hui, ce n'est plus vrai pour un grand nombre (Cf. ESPACE, p. 572). La situation mariale est médiocre. Les choses ne vont pas comme elles devraient. Le Concile a donné une nouvelle vision mariologique, mais n'a pas obtenu un résultat très positif, dans l'immédiat, du moins' Les formes anciennes ont rétréci sinon disparu. Les formes nouvelles qu'on était en droit d'attendre, on les attend encore. Notre Document marial de 1978 et les Constitutions contiennent une belle et bonne doctrine. Les effets sont lents à paraître (Cf.: ESPACE, p. 248, passim).

Pourtant, on remarque quelques essais positifs ici ou là. Un surveillant d'internat de grands élèves dit: «durant mes 40 ans de surveillance, je n'ai jamais expulsé un enfant. Mon succès auprès des jeunes, je le dois à mon apostolat mariai, grâce à la dévotion à Marie que je tâchais d'inspirer aux élèves ». Chose curieuse, en certains lieux, présenter Marie aux jeunes les intéresse de plus en plus, même s'ils comprennent de moins en moins le mystère de Marie.

Quoi qu'il en soit, La place de servante au sein de l'Eglise (lignes 17, 18), le Frère Mariste peut viser à l'occuper en prenant Marie pour Modèle. Le Frère peut jouer le rôle de priant parmi les priants comme Marie avec les apôtres (art. 53).


2 — SAINT JOSEPH.

Quatre lignes pour évoquer saint Joseph. En quoi il peut être notre modèle. L'Evangile dit si peu qu'il nous faut imaginer. Les Constitutions nous proposent son renoncement et son dévouement (ligne 21).

Ce que l'on connaît, c'est que Jésus, lui, a aimé Joseph; il s'est remis avec confiance aux soins de Joseph. Qu'on songe, par exemple, à la fuite en Egypte. On sait également que Dieu le Père a confié une double responsabilité à cet Homme juste: être l'époux de Marie et le Gardien de Jésus. Et, les Anges le guidaient dans sa mission.

Notre modèle, donc, est soumis, discret, travailleur, fidèle. Il mérite le nom de Juste (Matt. 1, 19).

Uni à Marie dans le plan de Dieu pour l'éducation de Jésus. Présent avec Marie (cf.: Luc 2, 17) auprès de Jésus. C'est pour nous une invitation à les garder unis dans nos cœurs: deux modèles dans notre apostolat. Joseph demeure toujours ministre de la Providence. Le Joseph de l'Ancien Testament nous en était la figure.

Joseph nous donne si discrètement l'exemple que nous risquons de ne pas remarquer, d'oublier. Il est pourtant l'un de nos premiers patrons (Test, spiri. du Bx.). Contempler Nazareth: Jésus, Marie, Joseph c'est ,pour nous, Maristes, revenir aux sources de notre esprit. Joseph restera à jamais le modèle de la simplicité, de la responsabilité confiante, du dévouement, de l'amour, de la droiture, de la fidélité.

Joseph fut silencieux (ligne 21). Quels ordres a-t-il donnés à Jésus? Il a plutôt dit, « Mon garçon regarde! » En écoutant, en regardant, Jésus apprit. Quand les éducateurs maristes peuvent dire: Mon garçon, regarde, écoute, sûrs d'être des témoins de l'Evangile, ils sont à l'image de leur patron, saint Joseph.

Dans cette même ligne, retenons ce témoignage: Un jeune homme de 25 ans, au pied du lit funèbre où venait de s'éteindre son père, dit tout bonnement: « J'ai beau chercher, il ne m'est rien venu de lui que de bon et de noble! » Hugo eût complété volontiers:

«D'un cygne, il ne peut jamais

Tomber que des plumes blanches ».

 

3 — ANGES GARDIENS (lignes 25, 26).

Le Bienheureux Fondateur nous dit, aux mêmes lignes de son testament spirituel: «Vous faites l'office d'anges gardiens., rendez à ces purs esprits un culte particulier d'amour, de respect et de confiance».

Ces rappels, oui, ça va. Mais comment les anges sont-ils nos collaborateurs auprès de la jeunesse (ligne 27)? Il faut imaginer comme pour saint Joseph et bien davantage encore.

Pourtant, des éducateurs sérieux, particulièrement des surveillants, ont invoqué les Anges Gardiens de leurs élèves et ceux-ci ont été visiblement protégés. Et pourquoi pas?

Il faut tâcher de découvrir comment ils peuvent être nos modèles. Pour y parvenir, rien de mieux que de relire, par exemple, le voyage du jeune Tobie (cf.: Tobie 5) et d'autres récits de l'Ecriture qui nous vantent les attentions de « ces esprits au service de Dieu » (Hébr. 1, 14). N'y trouvons-nous pas: « Leurs anges voient la face de Dieu » (Matt. 18, 10); « Il a commandé à ses anges de les garder » (Matt. 4, 6)? N'y a-t-il pas là de quoi nous inviter à recourir à eux dans notre mission éducative, ne serait-ce que pour nous inciter au respect à la disponibilité, au service de Dieu et du prochain?

 

4 — LE BIENHEUREUX FONDATEUR (ligne 28).

« Il s'est laissé conduire par Dieu » (ligne 33). C'est tout dire. Dans le vif quotidien :

— Sa bonté révèle la bonté de Dieu. « Il est bon et il sait bien arranger les choses» (vie p. 312).

— Il use sa vie pour le salut et la sanctification de tous, car il connaît le prix d'une âme.

— Il insiste sur la tendresse de Dieu.

— Il met sa confiance en Dieu. Sa confiance en Marie lui sert d'appui pour soutenir sa fragilité. Ne veut être qu'un instrument entre les mains de Dieu et de Notre-Dame. « Si Dieu est pour nous, si la Mère de Dieu est pour nous, qui sera contre nous? »

— Modèle de sagesse, il s'entoure des conseils des Frères les plus expérimentés, forme équipe avec eux, ne décide presque rien sans les consulter (F.M.A. N. 25, vie p, 505).

— Modèle du respect de l'enfant. « Il est impossible de bien élever un enfant si on ne le respecte pas » (p. 609). Il insiste pour que les Frères ne se servent pas de termes durs et offensants en les reprenant, en leur parlant (p. 608). Il veut que la correction soit faite dans le calme et dans un esprit de justice, de charité et d'indulgence. Il est peu de choses qu'il ait tant recommandé aux Frères que ce respect. Son exemple sur ce point parle fort.

— Modèle de zèle réaliste. Il aurait pu dire avec la même noblesse d'âme que Polyeucte de Corneille:

«C'est peu d'aller au ciel, je veux vous y conduire».

Réaliste, il explore son champ d'apostolat et constate les besoins pressants: l'ignorance des enfants, la pauvreté des gens, la solitude des vieillards, l'abandon des malades. On connaît par la suite les soins prodigués aux pauvres et aux malades, son amour de la jeunesse, le souci de la vie chrétienne de ses paroissiens. Zèle réaliste et ecclésial (art. 44, ligne 2). Ha consacré son existence entière aux besoins réels des hommes» (art. 44, lignes 3, 4).

— Modèle de constance. Il s'est montré constant en tout et partout dans les petites choses comme dans les grandes. « Il suffit que Dieu veuille la chose et que les Supérieurs l'approuvent» disait-il… Alors, rien ne l'arrêtait (vie p. 613). Bref, il a su, dans l'obéissance, maintenir «un sage équilibre entre l'instabilité et l'immobilisme» (Art. 45, lignes 14, 15).

Considérons le rocher duquel nous sommes taillés (F.M.A. n. 27).

Nous n'aurons jamais fini de découvrir le Fondateur. Modèle de confiance en Dieu et en Marie, de zèle pour les âmes, de charité pour le prochain. Lui aussi est un modèle Parlant: Laissons-le parler! Ecoutons-le, suivons-le!

 

Conclusions de ceux deux articles.

Il est évident que ces articles 48 et 49 s'adressent plus particulièrement aux « actifs ». Mais les retraités et ceux qui ne sont plus engagés dans un apostolat direct avec les jeunes pourront choisir dans tout cela ce qui peut le mieux s'appliquer à eux.

Ainsi, s'intéresser «à l'autre», c'est valable et engageant pour tous. S'intéresser à la santé, au travail, aux succès, aux parents, à la vie des confrères, des gens (art. 54, lignes 24, 25).

— Imiter Marie, accueillante, attentive, présente d'une présence discrète.

— Ecouter le Bx. Champagnat qui recommande de prier pour les (nos) élèves.

— Par esprit surnaturel, pratiquer un apostolat à base de foi et de charité (art. 48) quelle que soit l'activité à laquelle on se livre.

— User sa vie à faire plaisir aux autres, dans l'esprit de « Tout ce que vous faites au moindre des miens» (Matt. 25), c'est une action vertueuse. Et contagieuse tout autant. Cela équivaut à appeler: Le mieux-vivre, c'est contagieux; viens l'attraper chez nous! »

La vocation essentielle de l'homme, c'est d'aimer. L'âge et les infirmités ne peuvent être un obstacle à l'amour de Dieu et du prochain. Dans le royaume de Dieu, seul l'amour subsistera, vous le savez bien.

Alexis Paquet

RETOUR

La prière...

SUIVANT

Formation...