Nouvelle année

Louis FRÉCHETTE

13/Sep/2010

Vents qui secouez les branches pendantes

Des sapins neigeux au front blanchissant,

Qui mêlez vos voix aux notes stridentes

Du givre qui grince au pied des passants ;

 

Nocturnes clameurs qui montez des vagues,

Quand l'onde glacée entre en ses fureurs,

Bruits sourds et confus, rumeurs, plaintes vogues

Qui troublez du soir les saintes horreurs ;

 

Craquements du froid, murmure des ombres,

Frissons des forêts que l'hiver étreint

Taisez-vous ! – Du haut des vastes tours sombres

La cloche a jeté ses sanglots d'airain.

 

Voix mystérieuse au fond du ciel blême

Le bronze a sonné douze coups, minuit !

C'est le dernier mat, c'est l'adieu suprême

Que le présent jette au passé qui fuit.

 

Minute fatale, insensible étape,

Rapide moment sitôt emporté,

Cet instant qui nuit et qui vous échappe

A fait faire un pas á l'éternité !

 

Plus prompt que l'éclair ou l'oiseau qui vole,

Ce temps, qu'on dépense en vœux superflus,

Ce temps, qu'on gaspille en calcul frivole,

Quand on va l'atteindre il n'est déjà plus.

 

Un an vient de fuir, un autre commence…

Penseurs érudits, raisonneurs subtils,

Vous qui disséquez la nature immense,

Ces ans qui s'en vont, dites, où vont ils ?….

 

Ils vont où s'en va tout ce qui s'effondre,

Où vont nos destins à peine aperçus ;

Dans l'abime abrupt où vont se confondre

Avec nos bonheurs nos espoirs déçus.

 

Ils vont où s'en va la vaine famée

De tous nos projets de gloire et d'amour,

Où va le géant, où va le pygmée,

L'arbre séculaire et la fleur d'un jour ;

 

Où vont nos sanglots et nos chants de fête,

Où vont jeunes fronts et chefs tremblollants,

Où va le zéphyr, où va la tempête,

OU vont nos hivers, où vont nos printemps !….

 

Temps ! éternité ! mystére insondable !

Ton/ courbe le front devant vos grandeurs.

Problème effrayant, gouffre inabordable,

Quel œil peut plonger clans vos profondeurs ?…

 

Atomes sans nom perdus dans l'espace,

Nous roulons sans cesse en flots inconstants ;

Seul le Créateur, devant qui tout passe,

Inimitable plane au-dessus du temps.

                                         Louis FRÉCHETTE.

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