Nouvelle-Calédonie : Regards rétrospectifs

18/Oct/2010

La circulaire du 24 mai 1948 donne un compte rendu de la visite canonique de la Nouvelle-Calédonie. Cet événement fera époque dans l'histoire d'une mission où nos Frères travaillent et s'épuisent depuis soixante-quinze ans.

Le vibrant enthousiasme qui déborde de ces pages a fait lever de jeunes espérances dans l'âme fatiguée des missionnaires néo-calédoniens. Puisque le problème crucial est celui du recrutement, on va tenter de suprêmes efforts. En cette vue, le Saint-Siège vient d'autoriser l'ouverture d'un noviciat à Paita. Ainsi, on pourra former sur place des sujets recrutés dans l'île et, non seulement assurer le maintien et le développement des œuvres encore existantes, mais se reprendre à l'espoir d'en ressusciter de disparues ou d'en fonder de plus prometteuses afin de répondre à d'impérieux besoins spirituels de la population.

Dans la carte schématique de Nouvelle-Calédonie, reproduite ici, on marque des positions occupées jadis par nos Frères et que les événements et surtout le manque de personnel les ont contraints d'abandonner.

Les Circulaires des Supérieurs Généraux contiennent d'intéressantes données pour l'histoire de cette mission. Le Bulletin de l'Institut (t. IV, n° 33, mai 1914, p. 197-217) consacre un article magnifiquement documenté sur nos établissements de Nouvelle-Calédonie. Mais, en beaucoup de communautés où pénétrera le présent numéro, l'on ne possède pas la collection de notre publication familiale. Nous jetterons donc un rapide coup d'œil rétrospectif sur une page de notre histoire en cette terre lointaine.

On a assez répété que le Vénérable Père Champagnat prépara des Frères à distribuer dans les différentes missions polynésiennes dont on sait les héroïques commencements.

Le Saint Sacrifice de la Messe est célébré, pour la première fois, sur la terre calédonienne, le 24 décembre 1843, par Monseigneur Douarre qui aborde à la pointe nord-est de l'île, avec quatre Pères de la Société de Marie. Le 18 juillet 1847, le Frère Blaise, de la même société, tombe sous le casse-tête des sauvages. En 1853, la France occupe l'ile et ses représentants appuient, pendant plusieurs années, l'œuvre pacifique et civilisatrice des missionnaires. En 1873, quatre Petits Frères de Marie arrivent à Nouméa.

D'autres Frères viendront ensuite, demandés par les pères de famille ; par l'Administration pénitentiaire (car l'île sera pendant longtemps un lieu de déportation pour les condamnés aux travaux forcés) ; par Monseigneur le Vicaire Apostolique ou par le Frère chargé du District de Nouvelle-Calédonie.

 

Diverses catégories d'écoles. — Les écoles confiées à nos Frères, à la satisfaction de la population, sont de quatre catégories :

1° Les écoles communales de Nouméa et de Paita qui furent enlevées aux Frères, en 1883, à la suite des lois laïcisatrices votées à la Métropole.

2° Les écoles de Bourail, de Néméara (ferme-école), de Canala, entretenues par l'Administration pénitentiaire et supprimées, quand celle-ci prit fin. L'administration coloniale les continua avec des instituteurs laïcs.

3° Les écoles, dites de Mission, confiées aux Frères Maristes par Monseigneur le Vicaire Apostolique. Celle de Saint-Louis, la plus ancienne de la Mission, établie à 15 kilomètres de Nouméa, formait des catéchistes indigènes. Les Frères la dirigèrent jusqu'en 1885, année où ils furent transférés à une école analogue, dans le nord de l'ile à Pouebo. Jusqu'en 1924, ils s'y dévouèrent à une tâche pénible, monotone, obscure mais très méritoire aux yeux de la foi.

L'école de Nathalo, dans le Lifou, une des îles Loyauté ou Loyalty occupa, pendant vingt-trois ans, une communauté de nos Frères ; elle fui supprimée en 1898.

Dans le sud de l'ile des Pins, à Vao, les Frères Maristes dirigent encore, depuis 1879, une école de Mission spécialement adaptée aux besoins de la population canaque.

4° Enfin, les écoles à la charge de la Congrégation. La laïcisation à outrance, poursuivie avec une inintelligence sectaire jusque dans cette lointaine colonie, ne découragea ni les Frères, ni les parents, ni les élèves. A la suite d'une pétition des pères de famille pour garder leurs Frères et leur école, le Gouverneur autorise, en 1882, l'ouverture d'une école libre à Nouméa. Elle est gratuite et soutenue par un Comité. Celui-ci, en 1887, se déclare impuissant à continuer son appui.

L'école alors devient payante et s'installe au centre de la ville, au lieu dit Baie de la Moselle. Elle est placée sous le patronage de Saint-Joachim. Cinq classes y réuniront de 150 180 élèves.

En 1901, à la demande de nombreuses familles, un Cours spécial est organisé avec un programme en harmonie avec celui du collège colonial. Les élèves de cette section sont séparés des autres pour les classes et les récréations. En 1914, le Cours spécial émigre dans un autre quartier de la ville et devient le Collège du Sacré-Cœur, sur lequel se concentrent actuellement les espérances.

Le Cours ancien de Saint-Joachim fonctionne jusqu'en 1922, époque où le manque de personnel amène sa fermeture.

A Paita, en 1874, les Frères Maristes prirent la direction d'une école qui devint un internat et externat sous le vocable de Saint Léon. Après des épreuves diverses et îles fluctuations, le pensionnat Saint-Léon a été supprimé en 1911.

En 1882, sur des ordres venus de Paris, les bâtiments de l'école des Frères de Nouméa, où se trouvaient un pensionnat et un orphelinat annexes durent être cédés à la municipalité radicale pour y établir le collège et l'école communale laïques.

L'orphelinat, dirigé par les Frères, mais à la charge de l'Administration coloniale reçut pour résidence la ferme de Yahoué, à 12 kilomètres de Nouméa. C'était une grande propriété pour l'acclimatation des cultures. Sous l'habile direction des nouveaux maîtres, la propriété acquit une puissance de rendement qu'elle n'avait jamais connue. Les enfants, presque tous destinés à l'agriculture y recevaient, avec l'éducation chrétienne et une bonne instruction, une initiation pratique aux travaux agricoles. Les produits de Yahoué étaient primés aux expositions et les résultats obtenus attiraient les félicitations. Mais une tare indélébile marquait les maîtres, ils étaient religieux et le sectarisme ne leur pardonnait point ce caractère. En 1887, le Conseil Général de la colonie vota leur remplacement par des laïcs. Les enfants qui affectionnaient les Frères accueillirent à contrecœur les nouveaux maîtres. Le mauvais esprit provoqua des révoltes et des fuites… Deux ans après, l'œuvre s'effondrait dans le désordre…

Une douzaine d'orphelins suivirent les Frères qui les installèrent à Paita et ce fut l'origine de l'Orphelinat actuel de Sainte-Marie. Faute de moyens matériels de développement, l'œuvre végéta quelque temps puis prit une marche progressive. Pour la soutenir, l'Institut acquit, à quelques kilomètres de Paita, une vaste propriété d'environ 450 hectares où l'élevage pratiqué en grand permet de trouver les ressources pour nourrir les orphelins qui y reçoivent la formation religieuse, intellectuelle et professionnelle convenable à leur condition.

C'est à la Maison Saint-Marcellin de Paita que les vétérans de la Mission, quand ils n'en peuvent plus, viennent finir leurs jours dans la sérénité d'une retraite faite de silence et de prière…

Puissent-ils voir bientôt s'ébattre dans cette oasis de paix, souriantes à l'avenir, les jeunes recrues que Notre-Dame, Reine des Apôtres, suscitera pour les relèves nécessaires !…

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