Nouvelles de Chine

Fr. Jean-Emile, A G.

19/Oct/2010

En Malaisie. — La Malaisie, comme on sait, est cette longue presqu'île qui s'effile au sud-est de l'Asie, en direction de l'équateur. Sa superficie égale à peu près trois fois celle de la Suisse et sa population atteint 5 à 6 millions. Elle se compose de Malais, d'Hindous et de Chinois. Ces derniers dépassent 2 millions. La race chinoise, en effet, a de la peine à tenir en Chine proprement dite et elle s'est répandue d'une façon massive aux environs : Philippines, Java, Sumatra et autres îles.

C'est ce qui a ouvert des débouchés à nos Frères chinois menacés dans leur patrie où règne le communisme. Les écoles chinoises ne manquent pas puisque les enfants chinois abondent. Les groupes chinois tiennent à maintenir leur langue et, tout en apprenant l'anglais qui, en Malaisie, est la langue interraciale, ils créent des écoles pour ainsi dire nationales. A Singapore, par exemple, qui est une ville aux trois quarts chinoise, il y a 200 écoles chinoises.

Ceci étant donné, on comprend maintenant comment la Province de Chine a pu trouver du travail hors de Chine. Après un an et demi de tâtonnements, de démarches et de difficultés du début, voici l'état actuel des écoles de ce nouveau secteur.

La Malaisie forme le diocèse de Malacca dont le titulaire, Son Exc. Mgr Olçomendi, réside à Singapore. Ce bon évêque, désireux de fournir des maitres religieux aux écoles chinoises fondées par la Mission, a vu, avec grande satisfaction, que des Frères chinois pourraient lui être fournis, et il a offert quatre de ses écoles ou collèges à nos Frères.

Ces écoles fonctionnant avec des professeurs civils, il était délicat et même injuste de renvoyer de suite quelques-uns d'entre eux pour donner leur place aux Frères. C'était une première difficulté, et il a fallu patienter pour attendre un peu partout des désistements volontaires. Une deuxième difficulté était qu'aucun appartement n'était prévu pour loger à l'école des professeurs jusque-là tous externes. Une troisième difficulté, c'est que les Frères chinois ne sont pas diplômés en anglais, ce qui leur aurait assuré un traitement du Gouvernement qui aide substantiellement les écoles chinoises comme les autres, moyennant certaines conditions de programmes et de diplômes. Enfin, ajoutons (ce qui étonnera bien des lecteurs) que le chinois n'est pas une langue unique, et nos Frères, s'ils parlent le mandarin qui est la langue littéraire, ne savent pas le cantonais et ses quatre ou cinq dialectes qui sont la langue commune et familiale des petits Chinois de Malaisie.

Grâce à Dieu et aussi à ce dévouement, à cette patience et à cette faculté d'adaptation qu'ont tous nos Frères arrivant dans un pays nouveau, les difficultés, si elles n'ont pas disparu, vont en s'atténuant.

Pour le moment quatre communautés de trois, quatre ou cinq Frères sont établies à Singapore, à Ipoh et à Bukit-Mertajam, et d'autres fondations sont en voie de réalisation, notamment à Médan, dans l'ile de Sumatra.

A Singapore, les Frères travaillent dans l'école Sainte-Thérése, où il y a dans les 350 élèves, et à l'école Saint-Pierre-et-Paul, où il y en a 1.800. Les deux autres oscillent autour de 3'00.

Toutes ne comptent qu'un petit nombre de chrétiens, comme en Chine d'ailleurs, et les Frères retrouvent, là, le même champ d'action que dans le passé. Leur zèle ne peut manquer d'y produire les mêmes résultats consolants en baptêmes, catéchismes et apostolat sous toutes ses formes.

 

Macao. —On se rappelle que c'est grâce à la bonté accueillante de Mgr Ramalho que le Noviciat de la Province de Chine a pu trouver refuge en mai 1949 à Macao1.

Une trentaine de grands juvénistes ont pu être maintenus à Chala, maison provinciale de Chine, dans une école passablement camouflée. Mais il a fallu renvoyer tous les juvénistes plus jeunes, faute de ressources pour les faire vivre.

Sept postulants de Chala ont, ces temps-ci, été envoyés à Macao. C'est un parcours de plusieurs milliers de kilomètres, comme qui dirait de Londres à Rome, en passant par Madrid. On les voit sur la photo ci-jointe, la veille du départ, entourant le Frère Directeur (à droite) et le Frère Économe. Tous deux portent les insignes communistes.

Le voyage s'est effectué sans incident notable et avec une certaine rapidité, en une dizaine de jours. Aucun papier ne leur a été réclamé nulle part.

Il est difficile de dire leur joie de franchir les frontières communistes et de retrouver à Macao leurs condisciples des années précédentes, tous en soutane, cette soutane mariste que leurs maîtres de Pékin ont dû quitter comme le montre la photo ci-dessus.

Il va de soi que ces interminables voyages et l'entretien du Noviciat de Macao entraînent des dépenses considérables. La Province défaillante n'y peut pas même contribuer pour une modeste part. La Caisse Générale y pourvoit de son mieux et l'U.M.V.M.C. (Union Missionnaire V. M. Champagnat) qui s'organise dans toutes nos écoles y porte secours. Ce secours a été encore faible cette première année d'organisation, mais tout fait espérer que l'année prochaine toutes les Provinces auront à cœur de le rendre plus substantiel.

Ce qu'on peut dire, pour encourager et édifier tout l'Institut, c'est que pas un de nos Frères chinois, depuis le début de la persécution, n'a abandonné sa vocation, et que sur cette hospitalière terre portugaise de Macao, vingt et une nouvelles recrues ont grossi les rangs de nos Frères persécutés.

 

Shanghai. — Nos quatre écoles sont encore ouvertes. Après beaucoup de désordres, il semble que l'enthousiasme de la libération se calme et que les têtes scolaires soient moins exaltées.

Toutefois, le départ ininterrompu des étrangers, commerçants ou autres, a fait tomber rapidement les effectifs des deux Collèges Saint-François-Xavier et Sainte Jeanne-d'Arc. Il a fallu supprimer dans ce dernier établissement la section française, ses derniers élèves étant trop peu nombreux. Les Frères qui y étaient occupés ont pris ou prendront le chemin de ta France pour trouver du travail et du pain.

Voici comment se présente la situation dans l'une de ces quatre écoles, où la clientèle est chinoise :

« Nous ne sommes plus que quatre Frères européens pour tenir tête à une quarantaine de laïcs, dont la moitié au moins désirent se débarrasser de nous. Toutefois, depuis la récente rentrée, quelques difficultés ont disparu. L'effectif des élèves a légèrement remonté. Il est à 950. Les élèves paraissent mieux disciplinés. Quant aux professeurs, ils viennent, dans une séance plénière, de voter le renvoi de l'économe élu l'an dernier et qui était notre pire adversaire. Ils l'ont remplacé par un Frère chinois. Ils m'ont aussi rendu la direction du musée, avec un petit traitement. »

C'est le Frère Directeur qui écrit et qui avait été déclaré inapte à l'enseignement l'an passé, par le comité des élèves.

Tout va donc mieux depuis la rentrée. Mais j'ai bien peur de vous dire ici les impressions du Monsieur qui, tombant du sixième étage, criait en passant devant le quatrième : « Tout va bien, pourvu que ça dure ! »

Nous aussi nous disons : Pourvu que ça dure ! et demandons vos prières pour qu'il en soit ainsi.

                                                               Fr. Jean-Emile, A G.

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1 Circulaire du 8 décembre 1949, p. 302-308.

 

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