Pastoral des vocations

21/Jun/2010

Le dernier Chapitre général estimait que la pastorale des vocations constitue la première de nos priorités (cf. Textes du XVII° Chapitre général p. 232). Cette opinion n'a pas changé s'il l'on en croit le nombre de Provinces qui dans leurs historiques mentionnent explicitement cet aspect. Ce sont, en effet, plus de 88% des Provinces qui décrivent, assez longuement parfois, leur situation sur ce point. Cela prouve suffisamment la préoccupation d'une majorité de Frères au sujet de la relève, et chez certains qui se voient prendre de l'âge, cela devient presque de l'anxiété.

Mais on n'en reste pas au niveau de la parole ou du sentiment. Partout, peut-on dire, des actions sont entreprises en faveur de l'éveil de nouvelles vocations. D'innombrables efforts sont déployés dans ce but, au point que l'on puisse s'étonner que les fruits n'en soient pas plus abondants. C'est sans doute que le Seigneur veut davantage encore nous convaincre que c'est Lui, malgré tous les facteurs psychologiques et sociaux, qui prend seul l'initiative de l'appel, ce dont, d'ailleurs, nul ne doute en principe. Il n'en reste pas moins vrai que notre effort est indispensable, ce qui justifie la préoccupation des instances provinciales en ce domaine.

 

PREOCCUPATION DES PROVINCES

Sous une forme plus ou moins explicite et plus ou moins pressante cette préoccupation se rencontre donc à peu près dans toutes les Provinces, même dans celles où le nombre des entrées dépasse celui des pertes, car le champ du Seigneur est vaste et les ouvriers sont toujours insuffisants. « Le souci des vocations restera primordial » lit-on dans une relation, tandis que dans une autre on se montre plus confiant disant que: « le recrutement va son train, lentement mais sûrement » en précisant qu'il se fait dans une population qui compte 3,5% de catholiques seulement. Plus agressives, semble-t-il, d'autres Provinces expriment leur souci sous forme d'efforts à réaliser. « La pastorale des vocations, pour l'une d'elles, a fait l'objet d'une constante préoccupation », pour l'autre, « l'effort en vue d'éveiller de nouvelles vocations n'a pas été négligeable », mais pour d'autres encore cet effort doit être accentué dans le sens notamment d'interpeller directement des jeunes de nos écoles et même d'autres que l'on pourrait contacter.

Par ailleurs, cette préoccupation d'éveiller de nouvelles vocations s'exprime au niveau de la prière. Au Brésil, par exemple « on a consacré l'année 1980 à la prière en faveur des vocations, préparant ainsi l'année 1981 qui sera consacrée à la vocation mariste ». En France, au Canada, ce sont des chaînes de prière interprovinciales qui sont organisées, les communautés se relayant pour adresser à Dieu des suppliques ininterrompues en faveur de la relève des ouvriers de sa « vigne ». Ailleurs, où l'on a consacré, soit la retraite, soit des sessions spéciales à ce thème, on a mis particulièrement l'accent sur la prière. Enfin dans une Province on signale qu'« il est prévu d'organiser des journées trimestrielles de prière et de réflexion par groupes de communautés sur le thème de l'éveil des vocations ».

C'est donc également au niveau des Provinces et de leurs Responsables, parfois même au niveau de toute une région comprenant plusieurs Provinces que la même préoccupation se manifeste. En Argentine, on signale à ce sujet « la première rencontre latino-américaine à Mar del Plata qui réunissait plus de 50 Frères des différentes Provinces maristes d'Amérique latine ». Les trois Frères Provinciaux du Canada rencontrent l'équipe interprovinciale chargée de la pastorale des vocations deux ou trois fois par année ». Dans une autre Province le chapitre consacre une session tout entière à ce sujet. Toutes les rencontres entre Responsables de la pastorale des vocations dans les Provinces ou de ceux-ci avec les formateurs et d'autres encore ne sont pas rapportées, mais des indices recueillis par ailleurs montrent qu'elles ne sont pas rares.

Au niveau des communautés proprement dites, les efforts dans ce sens ne sont pas négligeables non plus, même si les témoignages en sont plutôt rares. Dans une Province « ce thème est inclus dans le projet de vie communautaire, ce qui se traduit par des prières et des neuvaines pour obtenir des vocations ». Dans une autre Province « la plupart des Frères témoignent d'un effort de vie exemplaire tant individuelle que communautaire » afin de mériter l'attention du Seigneur et d'attirer des jeunes vers un état de vie porteur de bonheur et d'épanouissement grâce au dévouement joyeux de tous les jours aux autres.

C'est au niveau des écoles et collèges, évidemment, que la préoccupation de la relève se manifeste davantage. Plusieurs Provinces témoignent de la bonne organisation de la pastorale des vocations dans leurs écoles. Souvent c'est un Frère employé dans l’établissement qui s'occupe spécialement de cette pastorale en étroite collaboration avec le Frère ou l'équipe délégués par la Province. On organise ainsi des journées de vocation dont le style ne varie guère, on cherche « à produire un climat favorable à l’éclosion des vocations ». Si quelques Provinces semblent satisfaites de ce qui se fait dans leurs écoles, avouant même qu'on « ne peut pas faire mieux », d'autres, au contraire, estiment qu'il faut encore progresser. L'une d'elles pense qu'il faut « stimuler et raviver une expérience de pastorale des vocations s'adressant aux élèves plus généreux du gymnase et du lycée qui se caractérise par l'approfondissement de la foi, l'engagement à la prière personnelle et collective et des rencontres périodiques avec les élèves des autres écoles adhérant au mouvement ». Ailleurs, on suggère d'intensifier la pastorale des vocations » d'abord en donnant un témoignage plus authentique et plus engageant de la vie religieuse. Car, ajoute un rapporteur en guise de conclusion, « le souci d'éveiller de nouvelles vocations n'est-il pas la plus grande preuve de l'amour que les Frères portent à leur propre vocation mariste et, du même coup, de la valeur toujours actuelle qu'ils reconnaissent au charisme propre à leur famille religieuse? ».

 

FRERES DELEGUES POUR LA PASTORALE DES VOCATIONS

On insiste certes, comme le texte ci-dessus le laisse entendre, sur le fait que tous les Frères s'intéressent effectivement au problème de la relève, mais on ne manque pas, en plus, de désigner certains Frères spécialement chargés de la pastorale des vocations. Point n'est besoin de préciser davantage qu'il s'agit ici seulement de Frères dégagés à plein temps qui n'assument aucune autre fonction. Malgré le manque de preuves explicites, on peut affirmer qu'il n'est pas de Provinces où n'existerait pas, ne serait-ce qu'un seul de ces Frères.

Parmi les rapports qui parlent explicitement de délégués pour la pastorale des vocations, 17 au moins précisent qu'il s'agit d'une équipe, soit provinciale, soit interprovinciale. Le premier cas concerne 6 Provinces qui, par le nombre des membres, sont de taille moyenne et l'une d'elles compte à peine 60 Frères. Le nombre de Frères qui composent cette équipe varie entre 3 et 5. Comment cette équipe se partage le travail et quelle est exactement sa fonction n'est jamais précisée. Des allusions laissent entendre cependant qu'elle organise des rencontres de jeunes et de Frères parfois, de style divers, qu'elle travaille le plus souvent au niveau des écoles de Frères, sans exclure d'autres écoles ou des paroisses, qu'elle agit comme stimulant des communautés ou du Frère délégué par la communauté. Quand il s'agit d'une équipe interprovinciale, elle est généralement composée d'un Frère de chacune des Provinces concernées. Le rôle d'une telle équipe n'est sans doute guère différent de celui des précédentes, en ajoutant cependant qu'elle travaille avec le service de la pastorale des vocations responsable de tout le pays, car les Provinces associées sont toujours celles qui se trouvent dans un même pays. Au niveau de la Province comme telle, il ne s'agit donc que d'un seul délégué désigné par le Conseil provincial auquel il doit répondre. Mais il a néanmoins l'avantage de n'être pas seul pour faire face aux problèmes qui se posent à lui.

Cet avantage n'est pas offert aux Frères délégués dans une petite Province, isolée, qui ne peut pas se payer le luxe d'en dégager plusieurs. Les problèmes pourtant qui se posent à ceux-là sont souvent plus nombreux. Aussi cherchent-ils à se mettre en contact avec les délégués d'autres congrégations, ce qui n'est pas difficile aux temps actuels où l'on organise un peu partout des réunions sur le thème de la pastorale des vocations.

 

METHODES EMPLOYEES

Quant aux moyens mis en œuvre pour faire entendre aux jeunes un éventuel appel du Seigneur, ils ne diffèrent finalement que par les nuances. Deux rapports de Provinces font consister d'abord l'objectif de leur effort dans « l'aide au jeune pour trouver son identité propre et pour réaliser plus pleinement l'engagement de son baptême dans un climat d'écoute du Seigneur » ou dans « la sensibilisation de ce même jeune aux besoins de l'Eglise qui peut favoriser le désir d'un engagement chrétien plus profond ». Pour cela, suggère un autre rapport, il convient de lui « proposer un éventail très large de possibilités ».

Ces objectifs, d'aucuns pensent les atteindre en intégrant le jeune dans des organismes établis plus ou moins directement dans ce but. Parmi ceux-ci se trouve le « mouvement REMAR » déjà mentionné ci-dessus. Pour l'étape plus avancée, non plus de l'éveil de la vocation, mais de sa consolidation, les Provinces des Etats-Unis d'Amérique continuent d'utiliser ce qu'elles appellent « le contact-programme » et qui semble donner d'excellents résultats.

Plus modestement, peut-on dire, dans bon nombre de Provinces, on met l'accent d'abord sur les « journées vocationnelles » qui consistent à consacrer soit une journée, soit plusieurs, soit même une semaine dans l'année pour présenter, moyennant une catéchèse spéciale, le sens et la valeur de la vocation religieuse comme choix possible parmi d'autres. Parfois ces journées sont animées par les novices dans l'idée qu'entre jeunes le contact étant plus direct, le message passe mieux. Ces journées sont généralement programmées simultanément dans toutes les écoles de la même Province.

En plus, et souvent pour faire suite à ces journées, les jeunes qui manifestent une attirance plus ou moins précise vers un service plus direct dans l'Eglise, sont regroupés dans des rencontres ou des retraites au cours de l'année, dans des colonies ou des camps-vocation durant les vacances scolaires. Les premières surtout sont, selon des indications fortuites des rapports, souvent très ouvertes, acceptant même les parents des jeunes.

Plusieurs Provinces organisent des camps-vocation durant les grandes vacances scolaires. Ils sont généralement animés par les Frères délégués pour la pastorale des vocations, secondés par d'autres Frères bénévoles de la Province. Au Brésil, il s'agit d'une organisation sous la responsabilité de l'ensemble des six Provinces dénommée « Juvenato de Ferias ». C'est « une colonie d'une vingtaine de jours pendant les vacances, poursuivie sur deux ou trois années consécutives. Durant l'année les participants sont accompagnés par les Frères au moyen de lettres, de circulaires, de visites ou de rencontres régionales. C'est un moyen, précise-t-on, d'éveil de vocations très en vogue et qui donne actuellement de bons résultats ».

Pour terminer ce paragraphe il faut signaler les différentes publications vendues ou distribuées dans le but de faire mieux connaître les Frères Maristes et proposer leur état de vie comme un choix possible à des jeunes qui cherchent leur voie. C'est, en France, h « Vie illustrée du Père Champagnat » sous forme de bandes dessinées, suivie par une plaquette sur la vocation de Frère Mariste; en Suisse, c'est le « Messager mariste » composé par un Frère et simplement ronéotypé, mais envoyé personnellement. Il en existe sans doute beaucoup d'autres qui n'ont pas été mentionnées, car cet échantillonnage, quoique restreint, montre suffisamment que tout est mis en œuvre pour assurer la relève en ces temps de crise à peu près généralisée.

 

OBSTACLES ET RESULTATS

Prétendre apprécier, même avec une approximation large à la limite de l'acceptable, Je résultat de tant d'efforts déployés, serait une gageure, car en ce domaine on n'aperçoit bien que les difficultés de l'entreprise et les espoirs déçus. Les difficultés sont évoquées dans l'un ou l'autre des rapports. On laisse entendre d'abord que les Frères, en certains pays, ne sont pas suffisamment connus dans l'identité véritable de leur vocation religieuse et d'éducateurs chrétiens. Mais les obstacles les plus forts sont, semble-t-il, du côté des jeunes sur qui s'exerce l'influence prépondérante du bien-être avec tout ce qu'il comporte et de l'argent prétendu rendre tous les désirs accessibles. Influence d'autant plus asservissante que par ailleurs la foi chrétienne n'est plus assez forte pour lui faire contrepoids. D'autant plus aussi que les parents, vivant dans la même ambiance, ne soutiennent plus guère la vocation religieuse de leur enfant, s'ils ne s'y opposent pas quelquefois. La situation n'est guère différente dans les pays peu pénétrés par le christianisme, où, selon la remarque d'une Province, « les Frères ont à lutter contre la conception matérialiste de la vie et les attitudes de personnes éduquées dans un milieux peu chrétien ». Même ensuite, quand le jeune s'est prononcé pour la vie religieuse, il reste parfois de longues années sans pouvoir se résoudre à faire le dernier pas, sous prétexte d'études ou pour attendre qu'un dernier obstacle soit levé.

Mais malgré toutes ces difficultés des résultats tangibles sont enregistrés. Certes dans les historiques envoyés par les Provinces auxquels se limite à peu près ce travail, on ne communique pas toujours le nombre des juvénistes ou des jeunes recherchants, si bien qu'il n'est pas possible d'en faire le compte. Il faudra se contenter des données fournies qui forment un échantillon capable de susciter quelque espoir. Il s'agit, bien sûr, de la seule année 1980.

— Castille, en Zambie 5 jeunes se préparent pour le noviciat;

— Catalogne, 70 petits-juvénistes et 70 grands-juvénistes;

— Colombie, 2 jeunes du mouvement REMAR entrent au postulat mariste;

— Esopus, 50 jeunes ont pris part à une rencontre sur le thème de la vocation et 4 entrent au noviciat;

— Irlande, 3 jeunes vont entrer au noviciat l'an prochain; d'autres suivront plus tard;

— Liban, 4 recherchants qui vont achever leurs études avant de franchir l'étape du postulat;

— Madagascar, maisons de formation pleines: 50 juvénistes, 15 postulants.

— Mexique Central, 50 juvénistes et 42 postulants (sur 4 années);

— Pérou, 8 sollicitent l'entrée au postulat et 7 autres y sont déjà;

— Philippines, 16 aspirants, dont 8 viennent d'écoles non-maristes.

Quant aux postulants et novices, les statistiques au 31-12-1980 publiées dans la revue F.M.S. en donnent le nombre pour chaque Province, et le total est de 272 postulants et 238 novices, ces derniers sur deux années. Si le nombre des novices est inférieur de 27 à celui de l'année précédente, celui des postulants par contre est en hausse de 20. L'avenir dira si la courbe va définitivement s'orienter dans un sens plus avantageux.

 

CULTURE DES VOCATIONS

Reste à savoir de quelle manière on entretient dans leur projet les jeunes qui se sont manifestés pour un engagement éventuel dans notre congrégation. Les organismes mis en place à cette fin ne varient guère selon leur genre. Il n'en existe pratiquement que deux: le juvénat sous des formes différentes et ce que l'on peut appeler la diaspora.

Les rapports ne mentionnent que rarement s'il existe un juvénat dans la Province. Mais en consultant les renseignements recueillis par ailleurs de la part des Provinces, on peut compter pas moins de 28 Provinces possédant de un à trois juvénats. Leur forme et leur organisation sont différentes: ce sont, soit des petits juvénats pour les jeunes fréquentant les classes moyennes, soit des grands juvénats pour les adolescents qui suivent les classes supérieures. Parfois, les cours scolaires sont organisés dans la maison même du juvénat, parfois celle-ci ne sert que de résidence, les jeunes suivant leurs classes dans un collège dirigé soit par nos Frères, soit par d'autres. Quant aux programmes de formation suivis dans ces juvénats, nulle indication n'en est donnée.

Le genre « diaspora » consiste à suivre le jeune qui reste dans sa famille. C'est le cas de ceux qui suivent le « Contact programme » mentionné ci-dessus. D'autres, sans entrer dans une structure spéciale, sont accompagnés par des Frères épistolairement ou d'une autre manière. Mais il arrive aussi que l'un ou l'autre jeune isolé vive dans une communauté de Frères où une fonction précise, rémunérée ou non, lui est confiée. Ce genre d'accompagnement n'est guère appliqué qu'à des grands adolescents ou des jeunes gens. Le Frère ou l'équipe chargée de la pastorale des vocations les réunit quelquefois, soit entre eux seulement, soit avec les novices et postulants, dans le but de se rencontrer pour des échanges informels ou pour suivre tel cours, par exemple sur le thème de la sensualité humaine, comme le précise le rapport d'une Province.

Bien d'autres aspects, certes, de la pastorale des vocations seraient à considérer pour leur intérêt, d'abord, et pour les idées qu'ils pourraient suggérer. Mais il faudrait alors dépasser les limites fixées pour ce travail et consulter des sources plus directes sur la question. L'important n'est-il pas d'exploiter au -maximum les renseignements donnés sans les trahir? Et c'est leur rester fidèle en soulignant, par manière de synthèse, d'une part, l'inquiétude assez générale des Frères concernant ce problème, et d'autre part, la réaction vigoureuse, non moins générale, par un déploiement remarquable d'efforts et d'ingéniosité pour trouver les réponses les plus efficaces en même temps que les plus adaptées dans les circonstances présentes. D'où l'on peut souhaiter que l'inquiétude, sans cesser de rester toujours vive, ne débouche pas sur le découragement, mais sur l'espoir et la confiance inébranlable en Dieu, seul Maître finalement de la destinée de chaque Province.

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