PĂ©rou – Cinquantenaire de la Province

F.F.P.

27/Oct/2010

C'est dans une joie exubérante et dans de vifs sentiments de reconnaissance que nos Frères du Pérou ont célébré le cinquantième anniversaire de la fondation du premier établissement mariste dans la patrie de sainte Rose de Lima.

Le Bulletin a déjà fait une allusion rapide aux solennelles manifestations qui ont marqué ce glorieux événement. Le programme des fêtes fut brillant et son exécution fort bien réussie : séance musicale au théâtre municipal, fête sportive donnée par les élèves de nos collèges de la capitale, surtout une messe pontificale dans la cathédrale. Un chœur de trois cents voix choisies parmi nos élèves exécuta brillamment une messe polyphonique de Vittadini. De plus, la Province profita de cet anniversaire pour organiser un congrès d'Anciens Elèves Maristes de l'Amérique du Sud, ce qui vint fort heureusement rehausser encore la splendeur des fêtes.

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Au commencement du siècle, la propagande protestante commençait déjà à se faire sentir en Amérique du Sud. Le Callao surtout se présentait comme un point idéal de pénétration dans le continent sud-américain. Les protestants y avaient fondé plusieurs écoles, et, sous le couvert d'instruction, causaient de vrais ravages. Les autorités religieuses, les milieux catholiques s'en émurent et résolurent d'agir. Le R.P. Lecocq, S.J., ardent apôtre de la jeunesse et directeur de l'Action catholique, ne resta pas inactif. Il fonda un collège catholique pour faire pièce aux écoles protestantes. On y donna une préférence marquée à l'enseignement de l'anglais. Dirigé d'abord par M. Kelly, l'établissement passa ensuite aux mains du Dr Carlos Arenas, président du Centre catholique, secondé par les jeunes d'Action catholique. Les résultats n'en furent pas heureux. Ces jeunes gens, pleins de bonne volonté, manquaient de préparation pédagogique et se débrouillaient fort mal dans la direction d'une école. Si bien que le R.P. Lecocq eut la pensée de s'adresser à une congrégation religieuse. Il se mit en rapports avec nos Supérieurs de Grugliasco, se faisant recommander par Monseigneur l'Archevêque de Lima et par de hautes personnalités romaines. Entre autres, Son Eminence le Cardinal Merry del Val intervint personnellement auprès du R.F. Stratonique, de passage à Rome. Nos Supérieurs acceptèrent et, dès 1908, cinq Frères partaient pour le Pérou. Auparavant, ils firent tous un stage de plusieurs mois à New York pour se perfectionner dans la langue anglaise. C'étaient les F. Marie-Charles, directeur, F. Modeste, F. Arthur, F. Gédéon et F. Placido Luis. Ce dernier se dévoue encore à la tête de la Maison Provinciale de Chosica. A la nouvelle de l'arrivée des Frères, ce fut grande liesse au Callao et à Lima. Tous les membres de la haute société, M. le Président de la République en tête, voulurent coopérer à la bonne œuvre, en payant de leur bourse ou de leur personne.

Les Frères arrivaient au Callao en mars 1909 et prenaient sans plus tarder la direction de l'English Commercial School. L'effectif des élèves s'élevait à une cinquantaine. C'était peu. Comme toujours, les commencements furent pénibles. L'indiscipline y régnait en maîtresse, les locaux étaient insuffisants et fort mal adaptés. Il fallut aux Frères beaucoup de patience, de dévouement et de ténacité. Mais l'énergie et l'enthousiasme du CF. Marie-Charles vinrent à bout de tout. La discipline s'établit, le niveau des études monta et les élèves progressèrent en nombre et en qualité. Bientôt les Frères firent l'acquisition d'un terrain vaste et bien placé, sur lequel s'éleva un nouveau collège qui, reconstruit, réadapté, a pu tenir jusqu'à nos jours. Il sera, sans tarder, remplacé et le grandiose projet en vue fait bien augurer pour demain.

Il est juste, ce semble, de rendre ici hommage à certains hommes qui furent toujours pour les Frères des aides précieux et des guides sûrs.

Rappelons le R.P. Lecocq dont le dévouement à ses Petits Frères, comme il disait, et à leurs élèves ne se démentit jamais. Lé R.P. Casimir, curé de la collégiale du Callao, qui hébergea nos Frères à leur arrivée, et qui se montra toujours si sympathique à nos œuvres. M. le Dr Don Manuel Ramirez, affilié à l'Institut depuis longtemps, et dont le nom n'est pas inconnu aux lecteurs du Bulletin1. Ce grand bienfaiteur, aujourd'hui souffrant, est toujours resté lié aux Frères, s'est fait leur collaborateur et leur a rendu des services inappréciables. Il est juste de nommer aussi le Dr Don Carlos Arenas, celui qui nous abandonna la direction du collège et qui favorisa de tout son pouvoir le développement de nos œuvres.

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Avec les années, l'œuvre du Callao s'était affermie. Nos Frères pensèrent qu'on pouvait songer à d'autres fondations. Le R.F. Stratonique, qui les visita en 1921, les y encouragea fortement. C'est ainsi qu'en 1923 fut ouvert le collège San Luis de Barranco, aux alentours de Lima. C'est aujourd'hui un établissement prospère. En 1927, s'ouvrait modestement le collège de Miraflores, autre faubourg de Lima. Cet établissement avec ses quelque 1 300 élèves, reconstruit à neuf ces dernières années, pourvu des meilleures installations modernes, est un vrai fleuron de l'enseignement catholique au Pérou. Le collège de Huacho, petite ville sur la côte, à 200 km de la capitale, fut ouvert en 1932. La maison surplombe la plage et c'est là que la jeunesse de la Province va prendre ses ébats pendant les grandes vacances. En 1934, naissait, humble et petit, le collège de San Isidro. Situé dans une zone résidentielle de Lima, il est devenu l'un des établissements les mieux cotés du pays et dont les places sont très convoitées.

Une remarque qui semble avoir ici sa place : on pourra noter que nos écoles de la capitale se trouvent toutes dans les faubourgs. La cause en est que, dans les commencements, une certaine méfiance, bien injustifiée, de la part des autres confrères de l'enseignement, nous invita à nous tenir hors de Lima. Heureuse fraternelle jalousie. Sans le vouloir, nous avons profité, dans la suite, des zones de résidence où s'est déversé le meilleur de la population, si bien qu'aujourd'hui, ceux qui nous tenaient à l'écart se sont mis à notre suite.

En 1937, l'Institution de la Bienfaisance Publique nous confiait la direction d'un orphelinat et d'une œuvre de réadaptation pour enfants du peuple. Les vicissitudes de la politique ont forcé nos Frères à les abandonner dernièrement, avec grand regret, car le bien que nous y faisions était immense ; nous y soulagions bien des misères corporelles et morales. Cette œuvre, ou une semblable, sera reprise dès que les circonstances le permettront. Le collège de Sullana s'ouvrit en 1939. Il se trouve au nord du pays, dans une région chaude à l'extrême, où prospère la culture du coton et l'extraction du pétrole. Malgré le climat torride de Sullana, nos Frères y travaillent avec enthousiasme et font un bien immense. C'est en 1953 que nos Frères s'établirent à Cajamarca, haute localité qui rappelle les hauts faits de Francisco Pizarro. Nous y dirigeons deux œuvres dignes du plus grand intérêt : une Ecole Normale Rurale que le gouvernement nous a confiée et où nous formons les futurs instituteurs des écoles communales de la région ; nous y avons aussi fondé le collège Cristo Rey qui, dans sa construction toute neuve, se développe rapidement. Cette région pourra être, comme on espère, une pépinière de bonnes vocations. 

Dernièrement, le gouvernement nous a encore confié la direction d'une école normale rurale, celle de Tacna, ville située à l'extrémité du pays. Elle est appelée, comme sa sœur de Cajamarca, à faire un grand bien par la formation de bons instituteurs pour les campagnes.

Nous possédons encore, cette fois au centre de Lima, une maison éditoriale, F.T.D., qui travaille à la diffusion du bon livre. Elle est arrivée à expédier plus de deux cent mille exemplaires par an. Cette œuvre élargit notre apostolat jusqu'aux confins de tout le territoire péruvien.

Le Bulletin a parlé en son temps de la fondation de la Maison Provinciale de Chosica qui abrite aussi le scolasticat et le juvénat. Chosica se trouve à quarante kilomètres de Lima, à une altitude de 900 m. A son nom poétique, elle ajoute un climat enchanteur : rare est le jour où le soleil n'y brille de tout son éclat. La propriété de vingt-deux hectares arrive à subvenir au soutien de la maison.

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Il semble à propos de dire maintenant un mot des activités extrascolaires de nos Frères, qui ne craignent pas d'ajouter à leurs tâches quotidiennes d'autres besognes apostoliques de premier plan.

 

1. L'œuvre des catéchismes.

Tous les collèges ont aujourd'hui leur équipe de catéchistes volontaires. Ces jeunes sacrifient de nombreux loisirs pour répandre la sainte parole et catéchiser plus de 3 000 enfants des faubourgs. Ils leur apprennent à bien se confesser, à communier, à bien prier. De temps en temps, ils savent organiser des distributions de vêtements ou autres choses utiles ou agréables. Ces catéchistes forment une élite propice à l'éclosion de bonnes vocations.

 

2. La croisade eucharistique.

Organisée dans plusieurs de nos collèges, elle produit des fruits de piété, de travail et de bonne formation. Sous le mot d'ordre connu : Prie, communie, sacrifie-toi, sois apôtre, ces jeunes forment un ferment qui agit efficacement au plus grand bien de tout le corps.

 

3. L'action catholique.

La plupart des croisés font ensuite partie de l'Action catholique. Là, ils se forment à devenir des apôtres et à être, un jour, des éléments bien chrétiens sur lesquels l'Eglise et la société pourront compter.

 

4. La Légion de Marie.

Quelques collèges ont organisé des præsidia de la Légion de Marie. Cette forme d'apostolat semble bien répondre aux besoins de notre temps et travailler efficacement à la rechristianisation des pays catholiques. La jeunesse de nos collèges, bien dirigée par un Frère responsable, se livre avec ardeur et enthousiasme à sa belle tâche.

 

5. Association des Anciens Elèves.

Elle comprend plus de 8.000 associés. C'est Lima qui fournit le plus grand contingent. Ils sont de toutes les professions : universitaires, médecins, avocats, commerçants, employés, fonctionnaires. L'Association déploie une grande activité : conférences spirituelles, retraites fermées qui, sous le nom de « cours de vie chrétienne », produisent un bien certain ; œuvres d'assistance sociale, classes nocturnes… Les anciens élèves, qui fréquentent l'université San Marcos de l'Etat, se réunissent de temps en temps, assistent à une messe, prennent un cocktail fraternel et causent ensuite de leurs problèmes. Les Frères en profitent pour leur donner des directives et des conseils utiles. L'Association des Anciens Elèves du Pérou a eu la joie, à l'occasion des noces d'or de la Province, de voir se réunir, autour d'elle, à Lima, le congrès des Anciens Elèves Maristes de l'Amérique Latine. Le congrès a jeté les bases de leur organisation qui, sous le sigle : FEMA, s'est agrégée à l'Association Mondiale.

 

6. Association des Pères de famille.

Elle fonctionne depuis dix ans dans tous les collèges de la Province. Les Frères trouvent, dans les pères de famille, des auxiliaires puissants pour leur action éducative. Cette Association organise des concours scolaires, accorde des bourses aux bons élèves économiquement faibles, fait donner des conférences d'orientation professionnelle, tient des réunions pédagogiques entre parents, Frères et professeurs auxiliaires. Elle intervient dans les installations du matériel scolaire et participe pleinement à la vie de l'école. Il est indéniable que, par l'intermédiaire de cette Association, l'action des Frères s'irradie hors de l'enceinte du collège, atteint les familles, secteur hermétiquement fermé autrefois à l'action des Frères.

 

7. Recrutement.

Nous pouvons dire aujourd'hui que les Frères de la Province se sont donnés en plein au travail du recrutement. Les plus belles perspectives semblent s'ouvrir devant eux. Une heureuse campagne « vocationnelle » a été lancée qui produit déjà de bons résultats. La Province possède deux juvénats : celui de Chosica et celui de Valladolid, en Espagne, qu'elle partage, à parts égales avec l'Argentine et le Chili. Les juvénistes de Valladolid feront désormais leur noviciat à Liérganes (Espagne), avant de se rendre en Amérique. Les juvénistes de Chosica proviennent tous de nos collèges et ne passent au postulat qu'après l'obtention du baccalauréat complet. Ils font leur noviciat à Alta Gracia (Argentine) et reviennent ensuite à Chosica pour poursuivre leurs études.

A Chosica fonctionne aussi le Scolasticat « Santo Tomas de Aquino ». C'est une Ecole Normale Supérieure, reconnue officiellement. Les jeunes Frères y passent quatre années, subissent des examens réguliers et officiels et moyennant la présentation d'une thèse finale, en sortent avec le titre de Professeur d'Enseignement Secondaire. Us pourront, après trois ans d'exercice dans les écoles, fréquenter l'université et obtenir le doctorat. C'est ainsi que la Province, en suivant les directives des Chapitres Généraux, a organisé les études des Frères sur le plan universitaire, au point de vue théologique, philosophique, pédagogique et profane.

 

8. Les Ecoles Normales.

Comme nous l'avons dit plus haut, ce sont deux centres que le gouvernement nous a confiés et où nos Frères président à la formation d'instituteurs pour écoles rurales. Les aspirants doivent être en possession du baccalauréat et subir un examen d'admission. Les cours durent trois ans et comportent surtout des études pédagogiques. Les Frères se font aider par un personnel spécialisé et se réservent surtout la formation religieuse et les soins de l'administration. Les deux écoles comptent ensemble, un effectif de 140 élèves-maîtres. Pour les leçons pratiques, les deux établissements disposent d'une école annexe fréquentée par des enfants du peuple.

Nota. — Le manque de Frères oblige la Province à faire appel à un personnel auxiliaire assez nombreux. De plus le Bulletin a déjà parlé des religieuses qui dirigent les classes enfantines de deux de nos collèges : Miraflores reçoit l'aide des Sœurs de la Très Sainte Trinité de Madrid, et San Isidro emploie des Sœurs Maristes venues de Boston.

 

9. Statistiques de la Province.

Nombre des maisons……… ……11

Frères dans l'enseignement… . 95

Scolastiques………………………. 19

Novices……………… ……………….9

Postidants…………………………..  9

Juvénistes ……………………….. .90

Nombre des élèves ……… . 3.100

 

En terminant ce compte rendu sur nos œuvres du Pérou, nous prions les lecteurs du Bulletin de vouloir bien unir leurs prières aux nôtres afin de remercier Dieu et sa divine Mère des bienfaits abondants qu'ils ont répandus sur nos Frères, nos élèves, nos maisons et autres œuvres d'apostolat.

(D'après le compte rendu du F.F.P.)

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1 V. Bull. Vol. XIV, p. 321.

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