Pontos – Noviciat sous la terreur rouge… (Suite)

18/Mar/2010

Enrôlement des recrues de 18 ans. — On nous prévient que le 24 septembre, les jeunes gens doivent être à Gerona… Comment exprimer les adieux navrants de ceux qui se voient contraints de quitter le paradis familial, le nid bien-aimé du noviciat, pour être confondus avec un ramassis de mauvais sujets… Ils seront à la merci des assassins de prêtres, des profanateurs d'églises ; ils souffriront leurs insultes et leurs indignes procédés ; les âmes seront meurtries par les blasphèmes, les indécences, les impiétés… Ces braves enfants devront cacher leur chapelet, leur médaille, car on les fouillera peut-être pour les leur arracher… On les traitera de fascistes, on les menacera de mort… C'est sous ces tristes impressions et avec des sanglots qu'on embrasse les partants et qu'on les voit s'éloigner : journée d'angoisses et de larmes amères !…

Contre toute attente, les chers jeunes gens nous reviennent le soir même. Ils se représenteront plusieurs fois les jours suivants, sans que leur incorporation soit définitive. Ces contacts successifs ont pour résultat de les aguerrir un peu et aussi de leur laisser fêter sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus à la maison de noviciat : el nidito, leur cher petit nid comme ils l'appellent… A quoi donc pensent les rouges ?… Eh ! leur état-major n'en sait trop rien. Il y en a tant qui commandent et si peu qui savent obéir !…

 

Une inappréciable faveur de Notre-Dame du Saint-Rosaire. — Tandis qu'à Pontos on se débat et on prie, à Espira de l'Agly on organise une offensive d'un genre spécial… Juvénistes, postulants, novices, scolastiques décident de venir au secours des captifs de Pontos et d'ailleurs et de les sauver à coups de chapelets !… Il y a des promesses quasi inconsidérées de réciter des centaines, des milliers de chapelets. Au bout de quelque temps, on arrive à 60.000 chapelets… Ces chiffres risquent de trouver des sceptiques qui discuteront sur la qualité de ces formules de prières. Une chose est sûre ; ces chapelets viennent s'ajouter aux 83.000 qui sont récités à Pontos du 24 juillet 1936 au 30 avril 1937. Ces nombres augmenteront sans cesse, car les jeunes Frères soldats réciteront, en pleine cohue des casernes, pendant les interminables heures de garde aux tranchées, des chapelets et des chapelets ; jamais moins de cinq, souvent plus de huit, de douze par jour !

C'est pourquoi, le jour du Saint-Rosaire, Notre Mère du Ciel, nous accorde une grâce insigne celle de deux messes quotidiennes !… Deux prêtres seront désormais nos hôtes. La Divine Providence se sert de M. Pingaud, Consul Général de France, qui les sort de la prison modèle de Barcelone, les garde quelques jours au consulat et les fait conduire à Gerona par les soins de M. Estève. Le Frère Valerius va les prendre durant la nuit et ainsi le Rév. Père Valentin Pons, provincial des franciscains et le Père Manuel Bossi, son secrétaire, trouvent à Pontos un asile sûr et nous, toutes faveurs spirituelles que des religieux peuvent désirer.

7 octobre 1937 !… Journée de céleste consolation et d'espérance ! Notre-Dame nous montre qu'elle nous prend sous sa sauvegarde contre les assauts des rouges… Elle nous rend le tabernacle, deux fils de saint François pour célébrer les saints mystères et nous fait les gardes d'honneur du Roi Jésus. Jusqu'au jour où les soldats de Franco viendront nous délivrer, les Petits Frères de Marie seront prosternés devant le Saint-Sacrement d'une façon à peu près continue… Dorénavant et en pleine terreur rouge, nous serons à Pontos, en notre chapelle provisoire, comme en un vestibule du paradis : Gloire, amour et reconnaissance à Notre-Dame du Très-Saint-Rosaire !…

 

A la caserne del Collell. — Tandis que les recrues de 1938 partent le 8 octobre et vont au front quelques jours après, les 19 restants redoublent d'application à la prière et aux études. Le 25 novembre, l'ordre d'appel arrive pendant la messe pour 8 conscrits de 1939, ils nous quittent immédiatement et, le soir même, se trouvent au Collell au milieu d'environ 2.000 jeunes gens en grande partie dévoyés et blasphémateurs.

Notre-Dame del Collell (de la Colline), entre Bañolas et Olot, lieu de pèlerinage et internat tenu par les ecclésiastiques avant la révolution, est devenu sous les rouges un centre d'instruction militaire et un foyer d'indiscipline… Confiants en la Sainte Vierge, nos jeunes Frères gardent leur sang-froid, s'installent tous ensemble dans une chambrette et se rendent assez indépendants pour y faire leurs prières et un brin d'étude ou de lecture. La nourriture étant insuffisante, deux d'entre eux vont aux provisions dans les villages voisins. D'autres se mettent à la recherche de quelque prêtre ; ils en trouvent un, puis un autre, un troisième est le frère de notre Frère Arsenio de la province de Colombie, le Père Corcoy, supérieur du Collell pendant une quarantaine d'années. Ce vénérable prêtre, caché dans une ferme de la montagne, confie le Saint-Sacrement à nos chers petits soldats qui ont ainsi le bonheur inouï, en pleine caserne rouge, d'adorer Jésus-Eucharistie et de s'en nourrir par la communion : O quam suavis est, Domine, spiritus tuus!…

 

Retour au « nidito ». — Le 12 décembre 1937, fête de Notre-Dame de Guadalupe, grande et joyeuse surprise : les huit petits soldats du Collell sont des nôtres !… Partis à six heures du soir, avec ou sans permission, ils parcourent presque au trot les 43 kilomètres qui les séparent de Pontos. Arrivés à une heure du matin, ils revêtent la soutane, assistent au Salve Regina et ont la consolation de communier avec nous à la sainte messe… Deux fois encore, en janvier, ils procurent à nous et à eux la même joie. Que de choses, que d'aventures, les unes comiques, les autres édifiantes, ils nous racontent !

Le secret de leur ferveur courageuse et enthousiaste est dans leur union fraternelle, l'Eucharistie reçue au prix de grands sacrifices et la récitation du rosaire. Dès leur première visite, on leur conseille de ne pas garder les saintes espèces dans leur chambrette de soldats. Alors, pouvant communier sans être rigoureusement à jeun, ils vont, chaque jour, vers cinq heures du soir, recevoir le pain eucharistique dans une ferme, près de Mieres, à quelques kilomètres du Collell. Cela ne va pas sans sacrifices ; il s'agit d'une absence clandestine, d'une excursion rapide dans la montagne, à l'heure de la soupe… Mais pour l'unique et adorable Ami que ne fait-on pas ?… Même une trotte de 43 kilomètres pour venir jouir quelques heures du « nidito » !

Quant au chapelet, il reste l'instrument principal de prière et d'union à Dieu. On conserve précieusement un billet déposé aux pieds de la Sainte Vierge, en souvenir de leur dernière visite, le 24 janvier 1938. Le bouquet de fleurs offert au Sacré-Cœur par la Vierge Immaculée, Reine des Apôtres, se compose de 3.324 chapelets, à raison de 8 chacun par jour !

Le 28 janvier, nos huit petits héros de l'Eucharistie et du saint Rosaire quittent le Collell pour les divers fronts de bataille. Trois, hélas ! seront tués ; les autres s'évaderont du côté des nationalistes…

 

Et aussi ceux de la classe 1940. — Le 11 mars 1938, les neuf autres jeunes Frères de la classe 40, partent pour le Collell. Scène déchirante. Accoutrés en miliciens, chargés d'une couverture roulée, d'un baluchon de linge, d'une assiette et cuiller en aluminium, etc., ils se rendent une dernière fois à la chapelle pour implorer la Consolatrice des affligés et demander le courage à Celui qui est la force des martyrs. Dans le vestibule, les Pères, le Frère Directeur, le Frère Maître et les autres Frères cherchent à inspirer confiance à ces adolescents bouleversés par l'angoisse… Ils s'éloignent à pied, versant des larmes, faisant un long détour pour se soustraire aux regards indiscrets et cacher leur humiliation et leur douleur…

Ils arrivent dans la soirée à Gerona où le bon Frère Ramon, réfugié chez sa sœur, se fait pour eux, comme pour ceux des classes précédentes, un ange de charité. On ne saurait exprimer ici la profonde et impérissable gratitude que cet excellent Frère s'est acquise pour son dévouement illimité en faveur de notre jeunesse…

Au Collell, nos soldats de la classe 40, se groupent, s'encouragent, s'échappent deux fois vers Pontos. Le 5 avril, on les dirige vers les tranchées de Lerida et de Balaguer. Par une protection spéciale de la Sainte Vierge, ils se trouvent à peu près ensemble. Mais soupçonnés, ils sont conduits, le 31 mai, à leur capitaine qui menace de les tuer de sa propre main et finalement les envoie au quartier du 60e bataillon de mitrailleuses. Ils y passent quinze jours d'arrêt qui leur servent de repos et de retraite. Ils reprennent leur vie de prière, d'étude et de délassement comme à Pontos. L'un d'eux a un livre d'office. Ils le copient et le récitent tous les jours. Mais on finit par les disséminer en diverses compagnies où ils ne peuvent se rencontrer qu'à deux ou trois.

 

Assassinat du Frère Fidencio (Pablo Liuares). — Le 31 août 1938 et le 5 septembre, le Frère Fidencio se met audacieusement à la recherche de ses confrères, de compagnie en compagnie, de tranchée en tranchée et réussit à les grouper quelques instants. Ils se lisent leurs lettres, s'encouragent, récitent ensemble un chapelet, se séparent les larmes aux yeux, mais réconfortés et pleins d'espoir… Ils savent comment s'y prendre pour renouveler cette rencontre fraternelle… Quelques-uns même apporteront leur paye à Pontos : 7.500 pesetas, du pain, de l'huile, etc. Mais ils ne reverront plus le bon Frère Fidencio… Autant les hommes de sa section estiment cet aimable soldat, autant le lieutenant, rouge fanatique et rancunier, le déteste… Il lui tend une embuscade et le tue de deux balles dans le dos… Peu de jours avant sa mort, le 6 septembre 1938, Frère Fidencio écrit au Frère Valerius un bel éloge de ses confrères soldats. En parlant d'eux, il se peint lui-même. « Je suis bien content de les avoir revus. Je suis grandement édifié et confondu… Quels braves enfants !… Vous ne sauriez vous faire une idée de ce qu'ils souffrent. Mais leur courage est au-dessus des persécutions ; leur fidélité, inébranlable. Tous m'ont laissé l'impression d'être grands, bien grands, héroïques, comme les saints dont nous lisions la vie au réfectoire. Ils sont l'orgueil de leurs maîtres, Leur fermeté est à toute épreuve. Le matin, le soir, la nuit, ils s'acquittent de leurs exercices de piété. Que de chapelets ils récitent !… Ils disent leur office. Notre affection réciproque est grande et elle augmente chaque jour. Le souvenir de si bons amis donne du courage, de la joie mêlée à une immense tristesse… Etre séparés de Frères si chers, si aimés !… »

Un de ses compagnons écrit du Frère Fidencio que, chaque jour ou à peu près, il récitait son office aux tranchées et trouvait le moyen, tous les matins, sous prétexte d'aller se laver au ruisseau, de faire de longues prières pour remplacer la sainte messe et la communion. Le même témoin raconte comment, revenant de Bañolas, après une course de vingt-six kilomètres, fourbu, altéré, il passe près d'une source d'eau fraîche sans boire, disant : « Nos compagnons sont allés chercher un prêtre ; s'ils l'ont trouvé, nous pourrons communier étant à jeun. » Arrivés au Collell, ils apprennent qu'un prêtre et la sainte réserve sont à trois ou quatre kilomètres… Ils repartent, arrivent à l'endroit désigné, adorent Notre-Seigneur, le reçoivent dans leur cœur et s'en retournent l'âme en fête…

Le 1ier septembre 1938, Frère Fidencio écrit à un confrère, sur le point de visiter Pontos, un billet qu'on ne peut comprendre sans un mot d'explication. Durant la domination marxiste, il fallait éviter soigneusement dans la correspondance ce qui manifestait des idées religieuses. Un langage conventionnel s'imposait donc. Ainsi sous la plume de Frère Fidencio, Manolo, c'est Notre-Seigneur ; Guadalupe, la Sainte Vierge ; Pepe, saint Joseph, etc. …

« … Si le 8, tu peux aller à la maison, dit-il à son ami, tâche d'intéresser Manolo en notre faveur tire-le par la manche ; demande-lui ce qu'il fait, car ses amis ont faim et c'est trop fort de nous laisser ici si longtemps. Dis la même chose à Guadalupe et à Pepe… » Oui, l'héroïque jeune Frère a faim de l'Eucharistie ; c'est pour communier qu'il désire que cela finisse. Cela va finir bientôt pour lui ; la palme est prête. Il le pressent quand il écrit au Frère Maître : « Quant à moi, je puis vous assurer que je n'ai pas peur. Plus il y a de bruit, plus cela me plaît. Mon unique peine est de penser que si on me tue, on me prendra mon chapelet pour s'en amuser sacrilègement. »

 

Les compagnons du Frère Fidencio. — Selon toutes probabilités, le Frère Valero Paulino (C. Puebla) est tombé sous les balles du sinistre assassin de Frère Fidencio, car ce misérable ne le haïssait pas moins. Le jour de Noël, il manquait au rendez-vous convenu. Le Frère Laureano Marcos (C. Alonso) succombait, le 10 octobre 1938, sur les bords de l'Ebre. Frère Léon Damian (Martin Alonso), de la classe 1941, était tué dès le 2 juillet dans une avance fatale aux rouges.

Le premier groupe n'a pas de morts. Celui de la classe 39 en compte trois. On présume que les Frères Victor Martin (Manueco) et Gil Antonio (Maudes) ont péri vers la fin mai 1938, du côté d'Andorra. Le Frère Honorio Siméon (Martinez), passé du côté des nationalistes, trouva la mort peu avant la fin de la guerre.

Toutes ces victimes de la révolution marxiste restent, au milieu des rouges, des apôtres de la prière, du bon exemple et souvent aussi de la parole jusqu'au moment où leur sang se mêlant à celui de nos martyrs, elles vont grossir au paradis la phalange de nos intercesseurs. Les survivants, en des évasions dramatiques, échappent à l'esclavage des sans-Dieu. Ils ne savent comment exprimer le bonheur de se trouver dans la patrie libérée, chrétienne, triomphante…, de revoir des prêtres, des religieux, des Frères Maristes avec leur soutane et leur rabat…, d'entendre les cloches…, d'aller à la messe et d'y communier, d'embrasser les parents, les amis, les confrères…, de correspondre librement avec les supérieurs… Puis de contribuer à la victoire finale et de chanter le Te Deum de l'action de grâce… Ce bonheur indicible, l'un de ces petits héros le traduit par ce cri de son âme : « Merci, ma Mère !… »

 

Tentatives de réquisition du couvent. — Nous sommes en mars 1938. Toute la jeunesse est mobilisée par les rouges. Nous savons nos chers soldats courageusement résolus à profiter de la terrible épreuve pour se sanctifier et rayonner autour d'eux par l'apostolat de la prière et du bon exemple… Quelques-uns ont réussi à s'évader et à retrouver la patrie, l'Institut avec tous les réconforts de la religion.

A Pontos, nous restons une douzaine : deux Pères franciscains, des Frères malades, des Frères récemment libérés des prisons et deux ou trois jeunes encore non mobilisés. Il n'est plus question de nous imposer des réfugiés, mais bien de loger des éléments divers de l'armée rouge qui recule. Pendant le mois de mars, des tentatives de réquisition pour des milliers d'internationaux sont écartées en se réclamant du Consulat Général. En avril, il s'agit de gardes d'assaut… En juin, c'est un certain Cunillera, chef des hôpitaux, qui prétend installer des malades pour les soustraire aux bombardements des villes. On le prie de traiter avec le propriétaire et le consul. Le Sacré-Cœur nous protège et le Révérend Père Pons célèbre une messe d'action de grâces… Des inspections se succèdent encore… On s'étonne que le local si vaste soit si peu habité… La protection divine nous enveloppe.

 

Emprisonnement du Frère Valerius. — Coup de théâtre, le 23 septembre !… Vers trois heures, deux individus se présentent et déclarent au Frère Valerius qui leur ouvre la porte, qu'ils ont ordre de le conduire à Barcelone. Ce dernier discute, résiste… Les sbires menacent d'employer la force… Il cède et demande à changer de vêtements. Ils le suivent dans sa chambre, appellent le Frère Maître dont ils prennent le signalement, ferment l'appartement, y, apposent les scellés, redescendent et filent en auto avec leur prisonnier… sous les regards consternés du Frère Maître…

Les Pères et les Frères se convainquent que c'est une rafle de la police secrète. Le pauvre Frère Valerius est entre les griffes d'un organisme rouge terrible : le S.l.M., ce qui se traduit, service d'information militaire !… C'est la suprême défense du régime marxiste. Ce service contrôle tous les autres organismes et personne, pas même les consulats étrangers, ne peut savoir ce que deviennent les détenus qui gémissent en des cachots introuvables. Le S.I.M. a des milliers de prisonniers de marque. On ne les sort que pour les fusiller. En attendant, ces malheureux sont soumis à des raffinements de tortures pour arracher des aveux ou des dénonciations ; ils meurent de froid, de faim et de misère… Pauvre Frère Valerius, le reverrons-nous jamais ?…

Impossible de téléphoner pour informer le consulat ; le téléphone est réservé au gouvernement. Le commissionnaire porteur d'une lettre au consulat de Figueras, revient terrifié « Monsieur Delphon (Frère Valerius) est impliqué dans une vaste affaire d'espionnage ; vous ne le reverrez plus à Pontos ; il sera sûrement fusillé. » L'agent consulaire est en France ; son secrétaire est en prison ainsi que sa famille et d'autres personnes espagnoles ou françaises. On dit que le couvent est un centre d'espionnage et que des soupçons planent sur le Père Pons. Le bon Père Provincial reçoit cette décharge à bout portant et pâlit. Ah ! il les connaît les angoisses et les horreurs de la prison subie durant treize mois !… La perspective de tomber au pouvoir de la « tchéka » rouge l'épouvante. Il se demande, et plusieurs Frères avec lui, si la prudence ne conseille pas de s'éloigner de Pontos… Les Frères se décident enfin à rester ; le plus jeune étant dans une situation militaire compromettante ira se mettre à l'abri. Le Père Pons est résolu à partager nos risques et à nous assurer jusqu'au bout les consolations du service religieux. Que Dieu en soit béni, mille fois !… Non seulement le bon Père soignera les âmes, mais il voudra encore remplacer le Frère Valerius pour l'économat. Dans les circonstances présentes, ce n'est pas chose facile que de ravitailler une communauté !… Il n'y a plus de commerce, plus de denrées en vente, les affamés parcourent les campagnes à la recherche d'un peu de pain, d'huile, etc. Ceux qui possèdent encore quelques provisions les cachent pour les soustraire aux razzias des militaires…

Au cours d'une nuit sans sommeil, le Frère Maître arpente en priant le grand dortoir solitaire… Par les fenêtres ouvertes, les étoiles scintillent dans un ciel calme et la constellation chère à sainte Thérèse de Lisieux semble plus resplendissante que jamais, tandis que le souvenir des protections maternelles de Notre-Dame se fait plus encourageant… Et du fond de l'âme angoissée du bon Frère, monte une impression de confiance apaisante : « Ne craignez point !… Tout s'arrangera !… La Sainte Vierge est là. »

De fait, le lendemain, l'horizon est moins noir… Le Père Pons se souvient de ses fonctions d'ancien économe de sa province de Catalogne, il veillera à tout : jardin, cuisine, etc. 1l a le secret de canaliser les sympathies en notre faveur. Nous aurons du pain, de la viande et, grâce à la générosité des familles Darder et Estela qui se privent pour nous, nous aurons d'autres provisions. A ces noms, une inoubliable et profonde gratitude nous oblige à joindre ceux de deux anges de charité chrétienne : Pilar Comas et Maria Franco Clavel.

Ces deux personnes avec les deux Frères Maristes, José Campasols (Frère Ramon) et Emilio Escorihuela (Frère Luis Florencio) rendent d'inappréciables services pour la recherche du prisonnier et pour lui faire parvenir des secours…

Pendant environ quatre mois, on nous laisse tranquilles… Nous en profitons pour prier sans relâche. Une sorte d'adoration perpétuelle du Saint-Sacrement s'organise. Tous les jours : sainte messe, communion, bénédiction solennelle, chapelet, litanies des saints. Les dimanches et fêtes, homélies touchantes du Révérend Père Provincial… Oui, la Sainte Vierge nous garde !

(A suivre.)

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