Pour une education liturgique

F. M. Colin

31/Oct/2010

« Bien que la Liturgie soit principalement le culte de la
divine majesté, elle comporte aussi une grande valeur
pédagogique pour le peuple fidèl
e ».
(Constitution de la Liturgie, art. 33)

 

I. – DEFINITION A PROPOS DE LAQUELLE IL FAUT NOUS ENTENDRE.1

 

A) Idée centrale:

Plus on parle d'une chose, plus il importe d'en avoir une définition exacte et valable, sinon la confusion provoque mésentente et dispersion des forces.

Nous parlons beaucoup de liturgie; il nous faut donc en avoir une notion sûre et profonde; mettons derrière ce mot un sens réel, aussi complet que possible.

Or, c'est là que réside la difficulté! Partant d'une simplification courante qui s'est imposée un peu à tous, nous n'envisageons la liturgie que comme un culte, le culte officiel de l'Eglise. C'est juste; cependant cette définition n'est que partielle.

Dans la liturgie, il y a plus qu'un culte; il y a présence du Christ, action du Christ, vie du Christ. Le côté vital ne doit ni ne peut être laissé de côté (voir art. 7 de la Constitution. 3" p.). La liturgie est une présence du Christ au milieu des siens afin d'accomplir en eux son œuvre rédemptrice, œuvre de salut, et de leur communiquer sa vie pour qu'ils puissent, avec lui, glorifier Dieu. La liturgie est l'œuvre du Christ glorifiant Dieu en nous sauvant. « En effet, dit l'art. 2 de la Constitution, la liturgie par laquelle, surtout dans le divin sacrifice de l'Eucharistie, " s'exerce l'œuvre de notre rédemption ", contribue au plus haut point à ce que les fidèles, par leur vie, expriment et manifestent aux autres le mystère du Christ et la nature authentique de l'Eglise ».

Précisément, c'est parce que la notion de culte, devenue trop formelle, a fait oublier la notion de présence, que les fidèles ont accentué leur tendance à n'être que des spectateurs, alors qu'ils doivent être des coopérateurs; la passivité prit le pas sur l'activité par un oubli doctrinal, celui de la présence du Christ. Ce n'est pas la seule cause, du moins c'en est une.

Aussi, la toute première réaction à obtenir pour que la Constitution produise tous ses effets, est-elle de faire comprendre à fond que «le Christ est toujours là auprès de son Eglise, surtout dans les actions liturgiques » (art. 7 qui serait à citer tout entier; c'est l'hymne à la présence du Christ) Et cet article, in fine nous présente « toute célébration liturgique » comme une «œuvre du Christ prêtre et de son Corps qui est l'Eglise; c'est "l'action sacrée par excellence " ».

Il y a donc là, art. 2 à 10 de la Constitution, une ligne de force que nous avons à remarquer et à utiliser pour l'éducation que nous donnons.

 

B) Application:

De là, une application pédagogique importante: un temps liturgique, par exemple l'Avent ou le Carême, ne doit jamais être ramené à un temps de souvenirs. Or c'est là une tentation de facilité chez beaucoup de professeurs.

Un catéchiste véritable les présente d'une autre manière; un temps liturgique est un événement. « La liturgie nous engage dans les faits qu'elle célèbre par des fêtes, en des " jours " qui sont des dates : Hodie : aujourd'hui, dit la liturgie, Jésus est né; le Christ est ressuscité, l'Esprit a été envoyé… », dit Monseigneur Jenny. « Non seulement Jésus nous parle. Mais Jésus vient chez nous. Il est présent. Il est actif dans la Liturgie. Ce qu'il a fait jadis en Palestine, Il le fait aujourd'hui par le moyen des sacrements… Ainsi tous les faits de la vie du Christ deviennent nôtres: l'Année chrétienne, c'est une succession des événements dans la succession des fêtes… » (Lettre pastorale sur la Sainte Liturgie, Semaine religieuse de Paris, 1 février 64, p. 125). Le R. P. Nocent, O.S.B., écrit de même: «La liturgie garde toujours intact son privilège essentiel : rendre actuellement présents à travers les siècles et espaces les Mystères du Christ» («Avenir de la liturgie », p. 15). Et il est facile de remarquer que le chapitre V de la Constitution met en relief l'événement; pour confirmer cette assertion, ne citons qu'un passage parmi d'autres possibles: «ces mystères sont en quelque manière rendus présents tout au long du temps, les fidèles sont mis en contact avec eux et remplis par la grâce du salut » (fin de l'article 102; voir art. 102 à 107).

L'Avent est donc une attente réelle de quelqu'un; le Carême est un passage réel de quelqu'un…

Par conséquent, attention de ne pas identifier abusivement la liturgie à un jeu, une scène, un drame, un anniversaire; elle n'est pas non plus une leçon de chose, une histoire.

Non, pas de cela; un temps liturgique est un temps où Dieu agit, où le Christ agit, où nous devons agir. L'article 34, par. 2, nous dit que la liturgie « est l'annonce des merveilles de Dieu dans l'histoire du salut qui est le mystère du Christ lequel est toujours présent et actif parmi nous, surtout dans les célébrations liturgiques ». Le royaume

Le but que nous nous proposerons durant un temps liturgique n'est donc pas seulement d'enseigner à nos élèves un ensemble historique ou théorique mais bien d'essayer de les préparer concrètement à un événement, de les faire participer à cet événement; nous devons ouvrir leur intelligence et leur cœur pour qu'ils s'unissent au mystère même qui se déroule durant ce temps liturgique car, nous dit l'art. 102 de la Constitution, « tout en célébrant ainsi les mystères de la rédemption, la sainte Eglise ouvre aux fidèles les richesses des vertus et des mérites de son Seigneur ».

 

C) Conclusion:

Si nous, éducateurs, nous regardions davantage et sincèrement chaque temps liturgique comme un événement, comme un temps durant lequel se passent actuellement des choses surnaturelles et durant lequel nous vivons déjà la vie éternelle, un temps durant lequel « nous participons par un avant-goût à cette liturgie céleste qui se célèbre dans la sainte cité de Jérusalem » (art. 8), si nous avions cette vue profonde des choses, nous serions capables de participer plus amplement au renouveau liturgique demandé. Comme il est dit à l'article 14, il faut que nous soyons « profondément imprégnés de l'esprit et de la vertu de la liturgie ». A ce moment-là, et à cette condition seulement, nous pourrons former une génération de chrétiens prêts « à cette participation pleine, consciente et active aux célébrations liturgiques, qui est demandée par la nature de la liturgie et qui est, en vertu de son baptême, un droit et un devoir pour le peuple chrétien » (art. 14).

Et un passage suivant du même article 14 nous trace notre devoir, nous indique la finalité vers laquelle il nous faut tendre:

« Cette participation pleine et active de tout le peuple est ce qu'on doit viser de toutes ses forces dans la restauration et la mise en valeur de la liturgie… elle doit être recherchée avec ardeur par les pasteurs d'âmes, dans toute l'action pastorale, avec la pédagogie nécessaire ». Or cette indication vaut pour des éducateurs. Mais il est à craindre que nous recherchions des recettes pour obtenir des retapes de détail, au lieu d'aller vers l'essentiel, ce qui est plus coûteux et moins « tape-à-l'œil ». Redisons: « C'est une question d'esprit. Sans cette mentalité profonde, pas de fruit durable, pas de véritable efficacité » (Mgr. Jenny). Ne cherchons pas tant à faire autrement qu'à vivre mieux.

 

II – UN ASPECT DE LA LITURGIE: ELLE EST UNE EDUCATION

a) Principe:

L'Eglise est « Mater et Magistra » ; à ce double titre, l'éducation des fidèles est l'une des grandes fonctions de l'Eglise qui désire retrouver cette préoccupation dans ses représentants. L'art. 19 le dit expressément; cela vaut pour tout éducateur et catéchiste:

«Les pasteurs d'âmes poursuivront avec zèle et patience la formation liturgique et la participation active des fidèles, intérieure et extérieure, proportionnée à leur âge, leur condition, leur genre de vie et leur degré de culture religieuse; ils acquitteront ainsi une des principales fonction* du fidèle dispensateur des mystères de Dieu». Remarquons l'expression: « l'une des principales fonctions ».

Et comme l'Eglise continue le Verbe Incarné (art. 7 et 83) elle se trouve à même d'assurer une éducation parfaitement adaptée à l'homme, corps et esprit. Or l'une des formes majeures de cette éducation est la liturgie qui s'adresse à l'homme tout entier et tel qu'il est. « Car il appartient en propre à celle-ci (l'Eglise), d'être à la fois humaine et divine, visible et riche de réalités invisibles, fervente dans l'action et occupée à la contemplation, présente dans le monde et pourtant étrangère. Mais de telle sorte, qu'en elle, ce qui est humain est ordonné et soumis au divin» (art. 2); et à l'art. 61 nous trouvons: «Il n'est à peu près aucun usage honorable des choses matérielles qui ne puisse être dirigé vers cette fin: la sanctification des hommes et la louange de Dieu ».

C'est de cet équilibre harmonieux que nous devons dégager les principales caractéristiques d'une éducation liturgique, caractéristiques qui deviendront pour nous des règles d'éducation, car, « à titres de signes, les sacrements ont aussi un rôle d'enseignement. Ils ne supposent pas seulement la foi, mats encore, par les paroles et les choses, ils la nourrissent, ils la fortifient, ils l'expriment » (art. 59). Toujours cet équilibre harmonieux qui doit être pour nous un idéal et un modèle.

Ajoutons, d'autre part, que cette formation liturgique est un point capital. Pie XII dans « Mediator Dei » disait déjà : « Ce qui est le plus urgent et ce qui importe au plus haut point, c'est que les chrétiens vivent de la vie de la liturgie en alimentant et en fortifiant leur esprit ». Même idée à l'article 14 de la Constitution: «La liturgie est la source première et indispensable à laquelle les fidèles puisent un esprit vraiment chrétien ».

 

b) 1ière caractéristique:

La liturgie nourrit l'esprit, donc, 1ière norme d'éducation liturgique: nourrissons les esprits par la liturgie.

1. L'art. 33 est précis et doit nous servir de programme: «Aussi, non seulement lorsqu'on lit: "ce qui a été écrit pour notre instruction" (Rom. 15, 4), mais encore lorsque l'Eglise prie, chante ou agit, la foi des participants est nourrie ».

Donc ce n'est pas seulement par les lectures d'Ecriture que la liturgie nourrit l'esprit mais par son ensemble. Prêtons attention à cette directive, car nous serions tentés de croire que ce sont les seules lectures qui nous enrichissent doctrinalement. Non, c'est toute la célébration qui s'adresse à l'esprit.

Prenons un exemple concret; si je veux stimuler quelqu'un -ni le plan de la charité, j'irai chercher telle épître ou tel évangile… C'est très bien: mais tout au cours du propre et du commun de la messe, je peux trouver des pensées sur la charité; or il serait parfaitement efficace de les faire remarquer, à commencer par la prière que dit le prêtre au moment de l'encensement à l'offertoire: «Placez, Seigneur, une garde à ma bouche et une barrière tout autour de mes lèvres. Que mon cœur ne se porte pas à des paroles mauvaises qui servent de prétexte au péché. Que le Seigneur allume en nous le feu de son amour et la flamme de l'éternelle charité ». Prière très belle, riche, pratique au possible. Pensons aussi au sens apostolique de Vite Missa est. Ce qu'il faut signaler (et faire prendre comme habitude) c'est que toute la célébration est faite pour nourrir l'esprit; et pas seulement telle ou telle partie.

Ajoutons que cette nourriture est substantielle, complète, la meilleure qui soit; c'est un lieu commun de l'affirmer.

2. Mais il y a encore un autre point à remarquer: la Constitution insiste sur l'union indispensable de la foi et du sacrement; l'art. 35 commence ainsi: «Pour qu'apparaisse clairement l'union intime du rite et de la parole dans la liturgie…»; de plus dans la Constitution en général, on sent l'insistance sur ce point. Dans une lettre pastorale pour la présentation de la constitution, il est dit: «On ne communie pas avec tout le fruit désirable si l'on ne connaît pas la parole de Celui dont le Corps nous est livré en nourriture. Il faut recevoir en esprit et en vérité cette nourriture spirituelle en même temps que nous mangeons le Pain sacramentel » (Lettre pastorale, Semaine religieuse de Paris, 1er février 64). Il se peut que le souci de nourrir notre esprit se soit plutôt estompé devant l'importance accordée à la dévotion eucharistique. N'aurions-nous pas à faire effort pour maintenir de l'équilibre? (art. 56).

3. Enfin, à signaler aussi une directive de la Constitution au sujet de la catéchèse: «La catéchèse plus directement liturgique sera inculquée de toutes les manières » (art. 33, 3e, plus une allusion dans le 109). Cette directive tranche certains problèmes de catéchèse; mais ce qu'on veut signaler ici c'est autre chose: notre catéchèse ne pourra être liturgique que si nous, éducateurs, nous sommes « profondément imprégnés de l'esprit et de la vertu de la liturgie » (art. 14).

Mais pour être ainsi imprégnés il faut:

1°. « Promouvoir ce goût savoureux et vivant de la Sainte Ecriture » (art. 24) donc, formation biblique et méditation biblique (où en est notre lectio divina?). L'Ecriture se connaît par la méditation répétée et la prière, non par la seule lecture ou étude exégétique.

2°. Piété personnelle afin que l'attention soit facilitée par l'habitude des choses spirituelles; le temps liturgique est un temps fort, il ne peut pas être un temps unique. Nous avons, à ce propos, et contre des affirmations hâtives, à songer à l'art. 12 que voici, et qui précise bien que la piété liturgique postule l'intériorité: «Cependant, la vie spirituelle n'est pas enfermée dans la participation à la seule liturgie. Car le chrétien est appelé à prier en commun; néanmoins, il doit aussi entrer dans sa chambre pour prier le Père dans le secret, et même, enseigne l'Apôtre, pour prier sans relâche». De même qu'il est dit à l'article 9: «La liturgie ne remplit pas toute l'activité de l'Eglise », ainsi à l'art. 12 il est affirmé: « La vie spirituelle n'est pas enfermée dans la participation à la seule liturgie ». Rapprochons ces deux expressions pour ne pas tomber dans des vues trop systématiques et exclusives.

L'art. 13 ajoute (citons-le pour vider cette question qui est une digression voulue et nécessaire): «Les pieux exercices du peuple chrétien, du moment qu'ils sont conformes aux lois et aux normes de l'Eglise, sont fort recommandés… Mais les exercices en question doivent être réglés en tenant compte des temps liturgiques, et de façon à s'harmoniser avec la liturgie, à en découler d'une certaine manière, et à y introduire le peuple parce que, de sa nature, elle leur est de loin supérieure ». La prière personnelle solitaire prépare et suit la prière liturgique.

Et nous avons ainsi les normes fondamentales pour la formation à la piété (attention pour nos juvénats, etc. …):

1. Tout harmoniser avec la liturgie.

2. Lui subordonner le reste mais sans le supprimer; il n'en est pas du tout question. Un accord n'est pas une suppression.

3. Toujours viser à déboucher dans l'action liturgique.

En somme, et très pratiquement, la liturgie est le centre d'intérêt d'unité de la piété; elle doit l'être de notre piété personnelle. Le Père Leloir, O.S.B., dans la Nouvelle Revue Théologique, décembre 1963, dit : « On pourra très bien concevoir que, selon les attraits divers des âmes et leurs vocations, l'accent soit mis davantage, quantitativement, tantôt sur l'oraison, tantôt sur la psalmodie, tantôt sur la lecture biblique; l'essentiel est qu'en chacun de ces cas, les deux autres moyens gardent une place honorable, qu'on n'oppose jamais l'un à l'autre des moyens d'union à Dieu destinés à s'entraider, et qu'on laisse au centre la liturgie, vers laquelle tout doit finalement converger, car, qualitativement, elle doit conserver le premier rang (p. 1024). Et il ajoute à la page 1027 : « Prenons conscience du danger de la prière solitaire, qui est de devenir si personnelle qu'elle nous fasse perdre de vue notre rôle de membre. Mais prenons aussi conscience du danger de la liturgie, qui est d'être tellement ritualisée qu'elle jugule l'élan personnel. Malgré sa supériorité de principe vis-à-vis de la prière solitaire, la prière liturgique ne perdrait-elle pas alors, en fait, sa suprématie?

3°. Quelques applications concrètes. L'intelligence ne se nourrit pas malgré elle; il est donc requis un effort de notre part; il pourra se faire de diverses manières, l'important est qu'il se fasse. D'où quelques suggestions, sans prétendre les imposer ni énumérer toutes celles qui sont possibles (Revoir l'art. 11 sur la nécessité des dispositions personnelles).

1) Importance des oraisons: La première est de considérer notre messe comme une rencontre ou contact avec le Christ présent; or dans une rencontre il y a un appel, une réciprocité (Pensons à la rencontre de Jésus et du jeune homme riche).

De là, une manière d'envisager les oraisons: «Dieu propose chaque jour un désir à notre cœur. C'est une obéissance que de livrer notre cœur à ce désir. Il est exprimé dans l'oraison de notre messe… Par cette oraison, au même jour, sont orientées les âmes de tous ceux qui veulent être consciemment l'Eglise. Nous désirons, par cette oraison, tous une même chose en même temps que le Pape, les Evêques, les religieux des chartreuses et des carmels, les missionnaires de toutes les parties du monde. Par cette oraison, nous pouvons en toute sécurité demander pour nous et pour nos frères une chose dont nous sommes sûrs qu'elle est bonne puisque c'est Dieu qui veut nous la donner aujourd'hui. Par cette oraison, notre cœur se sent utile. Dieu s'en sert… Dans les oraisons, c'est Dieu qui vient chercher les désirs, les sentiments de notre cœur et les fait siens » (L'oraison, Cahier collectif. Le Cerf, p. 258-59). Déjà, simplement, pensons à la valeur doctrinale des terminaisons des oraisons.

Prenons l'habitude d'envisager et de faire envisager les oraisons avec cette profondeur et cette ampleur. Ainsi, elles nourriront notre esprit.

Et puis, ne pourrions-nous pas, dans nos catéchismes et classes, nous servir davantage de l'oraison du jour? C'est une prière tant et bien indiquée.

2) Préparation de nos messes: Préparons nos messes dans la mesure du possible. Quand nous prétendons, le soir, préparer notre oraison du lendemain, il doit y avoir liaison avec la préparation de la messe, car oraison et messe ont un lien. Mon oraison est une préparation théologale de ma journée; puis-je préparer véritablement ma journée sans tenir compte de la messe qui en est le cœur?

Chaque propre de messe a un thème dominant ou des thèmes majeurs; la veille, prenons conscience de cela afin qu'il y ait maturation; et le matin, l'oraison sera plus riche, et la messe, préparée plus intimement, sera suivie avec des dispositions plus efficaces. Ne pas manquer de voir « graduel et trait » qui si souvent condensent le thème majeur d'une messe.

Il faut que notre effort du « grand silence » soit un acheminement vers le sacrifice eucharistique; notre grand silence peut et doit pendre un sens et une valeur liturgique. Ainsi il se trouve revalorisé.

Je me permets d'insister. Nous pouvons préparer notre messe; nous devons la préparer, et tout autant que notre méditation; de plus, ne séparons pas ces deux préparations dont la précellence va à celle de la messe.

Prenons cette habitude des 3 temps : 1) préparer sa messe; 2) vivre sa messe; 3) mettre sa vie dans la messe.

Structure de notre vie avec culminance dans le sacrifice eucharistique:

 

Préparation, Participation, Prolongement.

S'il y a préparation de la messe, la richesse nutritive des textes ne nous échappera pas. A une première ou seule lecture, la portée doctrinale passe en partie inaperçue.

Et si nous n'arrivons pas à préparer chaque soir (ce serait l'idéal), du moins préparons nos messes des dimanches, des fêtes importantes, des temps de carême…

Avec une préparation plus soignée, nous arriverions beaucoup plus aisément à tirer des citations de nos messes pour nos catéchismes, instructions, etc. Savoir aussi joindre l'explication de Règle et messe du jour. En une formule lapidaire qui prend une certaine saveur en raison de la collection qui porte ce nom, je dirais que nos missels ne sont pas assez des « livres de poche ».

3) Une précaution: Je ne dis rien de la valeur, pour la catéchèse, des lectures de la messe; c'est trop connu pour insister, du moins dans notre milieu; cependant une précaution s'impose qu'on ne respecte pas toujours en ne cherchant à tirer que des conseils moralisateurs. Voici la précaution à prendre: Quand nous utilisons une lecture (épître ou évangile) ne la sortons pas de son contexte qu'est l'ensemble de la messe en question. Le propre d'une messe forme un tout; tenons-en compte; à isoler certaine partie, on arrive à modifier complètement le message que la messe contenait et que l'Eglise voulait nous transmettre. Il faut donc comprendre l'ensemble et juger des parties en fonction du tout.

Cette précaution est indispensable:

a) Pour ceux d'entre nous qui préparons les élèves à leur messe; sans cela, nous ne donnons pas une idée juste. Partons d'une synthèse, non d'un détail qui nous intéresse ou qui nous plaît; c'est pourquoi, rappelons-nous qu'il faut ramener nos catéchismes à la messe et non pas la messe à nos catéchismes. C'est dans ce cas qu'on isole un point de la messe pour appuyer ce qu'on a dit au catéchisme. Or c'est le catéchisme qui est au service de la messe, et non la messe au service du catéchisme. Prenons-y garde.

b) Cette précaution est encore indispensable pour ceux qui font les « monitions » pendant la messe.

Ces monitions sont parfois très subjectives; pour qu'elles aient toute l'objectivité voulue, tenons compte de l'ensemble de la messe.

C'est un art que de faire les «monitions liturgiques»; soumettons-nous aux directives données par les évêques et veillons à ne tomber ni dans le bavardage ni dans le sentimentalisme.

La règle : SOBRIETE, comme pour tout ce qui est liturgique.

c) Cette précaution (garder conscient l'ensemble de la messe) exige même parfois que nous tenions compte de tout un temps liturgique afin de voir la messe dans son cadre normal.

Par exemple, comment expliquer l'évangile de la Transfiguration au 2' dimanche de Carême, si nous ne nous reportons pas à la structure de ce premier temps du Carême? Comme le dit P. Parsh (voir son explication), c'est toute une philosophie du carême qui nous est ainsi présentée.

 

CONCLUSION PARTIELLE.

 

Apprenons, par un effort sérieux, à passer de nos perspectives si courtes d'hommes limités par ce qu'ils sont et par ce qu'ils ne sont pas, aux perspectives de Dieu. Cette transposition est un des meilleurs fruits de la liturgie. Dans la célébration liturgique où nous sommes dociles à la grâce et à l'Eglise, nous laissons Dieu user de nous comme il lui plaît.

Et pour avoir cette docilité et souplesse, il nous faudrait prendre davantage l'habitude de l'Oraison liturgique. J'appelle ainsi celle qui, nous alimentant d'un thème liturgique, harmonisera notre vie avec celle du Christ, en nous faisant participer plus intimement au sacerdoce du Christ d'où s'origine le vrai culte de Dieu.

En fait, l'oraison liturgique consiste à vivre l'article 12 de la Constitution et l'article 48 qui le reprend et le complète.

(A suivre)

                              F. M. Colin

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1 Résumé de conférences.

 

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