Prem, communion à lîle de Mujeres

09/Sep/2010

Située à l'extrémité N.-E. du Yucatan, l'île Mujeres, longue de huit kilomètres sur une petite largeur, est un des derniers tronçons de cette sorte de digue naturelle qui, sur une longueur de plus de 300 km, fait à la presqu'île un rivage avancé, à l'O. et au S. du cap Catoche. Elle est peuplée d'environ 500 habitants, chrétiens en général, mais malheureusement très délaissés au point de vue religieux, par suite de l'insuffisance du clergé. Ce n'est que de loin en loin qu'un prêtre peut s'y rendre pour administrer les baptêmes, entendre les confessions, célébrer les mariages, et pourvoir aux autres besoins religieux.

An mois d'août dernier, à la demande de M. Alfred de Régil, et sur les instances de Mgr l'Archevêque, le Frère Provincial y envoya le Frère Ricardo et le Frère Ariston pour préparer une de ces visites du prêtre et disposer les enfants à la première communion. Non seulement M. Alfred de Régil, en excellent et généreux chrétien qu'il est, fit tous les frais de la mission, mais il accompagna les Frères et favorisa grandement leur ministère par l'édifiant exemple qu'il donna à ce pauvre peuple, qui en a tant besoin. Nous laisserons le Frère Ricardo raconter lui-même cette sorte d'expédition catéchistique.

« Après un court et heureux voyage par mer, nous y arrivâmes le 5 août, jour de N.-D. des Neiges, où devait commencer la neuvaine préparatoire à la fêle de l'Assomption, qui est la fête patronale de l'île.

Selon la coutume, la neuvaine débuta par la cérémonie de la ‘’Descente de la Vierge’’. Comme elle n'a rien de rituel, et que le prêtre n'était pas arrivé, je m'attribuai bravement son rôle en la circonstance, sachant bien que non seulement il ne m'en blâmerait pas, mais m'en serait reconnaissant. Et je profitai de l'occasion pour convoquer tous les enfants à l'église pour le catéchisme, deux fois par jour, à 10 heures du matin et à 5 heures du soir, au son de la cloche. J'avais choisi ces heures parce qu'elles étaient compatibles avec les heures de classe.

L'invitation fut entendue, et bientôt nous avions sur nos listes, malgré la population réduite de l'île, plus de 50 enfants, qui vinrent assez régulièrement, quelques-uns même sans manquer une fois. C'était plaisir de voir comme ils se prêtaient volontiers aux prières, aux chants des cantiques, aux explications et aux interrogations qui avaient lieu tour à tour.

Le second jour, arriva M. le Curé de Cozumel, dans la vaste paroisse duquel se trouve l'île, et, tandis qu'il s'occupait, lui, de donner le plus de solennité possible à la neuvaine afin d'attirer à ses Instructions les grandes personnes, nous consacrions tous nos soins aux enfants, et dans les moments libres nous devenions peintres et tapissiers pour orner de notre mieux le sanctuaire et l'autel, en vue de rehausser autant que nous pourrions l'éclat de la fête de la première communion, qui devait avoir lieu le 15 août.

Ce beau jour arriva comme sans que nous en fussions aperçus, tant le temps passait vite, et la sérénité du ciel pur et radieux semblait se refléter sur le front des enfants, qui étaient accourus des le matin devant la maison qui nous servait d'abri, tous munis de leur cierge, de leur brassard blanc et d'un bouquet de fleurs, selon l'usage du pays.

A l'heure dite, ils se mirent sur deux rangs et se rendirent processionnellement à l’église, comme dans une paroisse d'Espagne ou de France, aux accents du beau cantique ‘’Troupe innocente’’, ou en récitant diverses prières.

Ils paraissaient vraiment bien disposés et ce fut pour tous les assistants un charme, en même temps qu'une prédication bien touchante quoique muette, de les voir s'approcher avec tant de recueillement et de piété du divin Sauveur, qui, pour la première fois venait prendre possession de leurs âmes candides. Nous en versions nous-mêmes des larmes de bonheur et regardions comme payées plus qu'au centuple les peines que nous nous étions données pour eux.

Mais ce qui fit peut-être plus d'impression encore, ce fut la cérémonie de la rénovation des vœux du baptême, inusitée dans le pays, et qui eut lieu à 7 heures du soir, après le chant du rosaire, devant une foule nombreuse accourue pour voir ce spectacle aussi émouvant que nouveau pour elle. Pauvres gens ! Ils auraient bien besoin d'en voir plus souvent de pareils ; car tout en étant religieux de sentiments, ils ne le sont guère en pratique. Dans une occasion si solennelle, c'est à peine si l'on put voir quelques rares adultes s'approcher des sacrements.

Pour laisser arriver le vapeur qui devait nous ramener à Mérida, nous passâmes à l'île Cozumel, située plus au sud, et nous y restâmes trois jours. Il y a là un très grand nombre d'enfants qui auraient eu également besoin d'être préparés à la première communion ; mais le temps pluvieux ne nous permit de rien faire. Ce sera, espérons-nous, pour une autre année.

En attendant, nous les recommandâmes à la protection de saint Michel, patron de l'île, le priant de les défendre contre les embûches de l'ennemi, et de disposer leurs cœurs, afin que nous n'ayons alors qu'à jeter la semence sur une terre bien préparée ».

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