Premières Communions

06/Sep/2010

Ceux — et ils doivent être nombreux — qui ont lu les Souvenirs de Saint-Nicolas, c'est-à-dire le beau livre où A. Morillon a fait revivre avec tant de charme la physionomie du petit séminaire de Saint-Nicolas du Chardonnet, à Paris, sous la direction de l'éminent éducateur qui devait être plus tard Mgr. Dupanloup, n'auront pas oublié avec quelle religieuse et communicative émotion l'auteur y parle de la solennité annuelle de la première Communion et de la retraite qui lui servait de prélude.

« Trois jours auparavant, dit-il, les enfants désignés depuis longtemps et déjà spécialement préparés disparaissaient du milieu de nous. Ils ne quittaient cependant pas la maison ; mais ils passaient dans le recueillement d'une retraite préparatoire ces heures qui précédaient l'acte religieux le plus solennel de leur éducation. Ils avaient leurs réunions, leurs repas, tous leurs exercices en dehors de la vie commune. Nous ne les voyions plus ; mais nous savions qu'un mystère de grâce et d'amour se préparait pour eux, et ils étaient présents dans tous les cœurs.

Pour eux, ils s'occupaient à purifier leurs jeunes âmes, a s'instruire plus profondément, à faire naître en eux toutes les bonnes dispositions Le jour qui précédait immédiatement leur première Communion, au sortir du tribunal sacré, l'âme toute radieuse encore du pardon divin, on les faisait écrire à leur père et à leur mère pour leur demander leur bénédiction. On les conduisait chez M. le Supérieur. A lui aussi ils demandaient son pardon de Supérieur et sa bénédiction de père.

Le soir, à la lecture spirituelle, M. le Supérieur, nous portant de leur part des paroles de réconciliation et de fraternité, demandait à tous les cœurs que ces enfants pouvaient avoir contristés de se dilater pour eux, afin que tout, autour d'eux, dans le grand jour qui se préparait, fût bénédiction et amour. Alors nous nous mettions à genoux, et, en signe du loyal pardon et de l'affection qui était dans toutes les âmes, nous offrions à Dieu des prières spéciales pour ces aimables enfants.

Cependant ils ne reparaissaient pas encore. Nous ne les revoyions qu'à la messe solennelle de la première Communion, au moment où ils entraient à la chapelle, portant à la main leurs cierges allumés, le bras ceint d'une écharpe blanche, les regards baissés, le front couronné de sérénité et d’espérance.

Je n'oublierai jamais notre émotion lorsqu'ils apparaissaient tout à coup à nos regards et que, les saluant de nos voix et de nos cœurs, nous chantions la première strophe du cantique :

Troupe innocente

D'enfants chéris des cieux,

Dieu vous présente

Son festin précieux.

Ils traversaient ainsi nos rangs, escortés de respect et d'amour.

S'il était un suave et touchant spectacle, c'était celui de ces âmes tendres et sanctifiées, s'ouvrant à la vie dans cette mystérieuse et divine initiation. Ils étaient doux à voir, ces fronts purs et recueillis, ces yeux fermés à tout regard et comme fixés intérieurement sur une seule pensée ; ces lèvres bénies où la prière appelait et préparait la divine présence : plus doux encore, plus dignes d’un saint respect, quand, au retour de la cène sacrée, un rayon du soleil divin qui venait de se révéler à eux, monté de leur âme à leur visage, semblait leur imprimer une transfiguration céleste. Mais quelles paroles trouvaient, ce jour-là, nos maîtres pour leur parler ! Quels accents, quelle tendresse ! Hélas ! il y a des choses qui vivent dans le souvenir et que le langage ne peut traduire. Toutes ces émotions sont en dehors des émotions de ce monde, et je ne saurais les raconter : il vaut mieux les laisser reposer dans l'âme, et compter pour bonnes dans la vie toutes les heures où elles s'y réveillent »

Avec de légères variantes, ce tendre et consolant spectacle vient de se reproduire, comme chaque année, au cours de ces deux derniers mois dans presque tous nos établissements d'Europe, et l'on peut dire que les impressions qu'il a laissées dans les âmes des assistants ont été, si possible, plus pieuses et plus douces que jamais. Eu effet, grâce à l'application du décret Quam singulari, le nombre des premiers communiants s'est d'abord trouvé considérablement amplifié ; puis le jeune âge de beaucoup d'entre eux ajoutait encore à l'irrésistible attendrissement, que cette fête a toujours eu le don de provoquer. Les relations qui nous en sont venues d'un peu partout sont pleines de détails charmants au possible, et c'est avec regret que nous nous voyons, à cause de leur grand nombre, dans l'impossibilité de leur trouver place dans ce rapide compte-rendu. Donnons-en seulement quelques échantillons pris au hasard.

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