Préparation à loraison

22/Mar/2010

Tous les auteurs spirituels et prédicateurs de retraites sont unanimes à déclarer que la vie intérieure ou surnaturelle, comme la vie physique, exige des exercices et une alimentation.

Dans là vocation religieuse, cette vie surnaturelle doit être entretenue activement, sinon des déchéances déplorables ne tardent pas à se produire. C'est l'esprit de prière ou d'oraison qui maintient dans l'amitié de Dieu, facilite l'union avec Lui. Mais le grand obstacle à cette union est le péché et ses suites qui sont les passions, les affections ou attaches désordonnées aux créatures. Ce que sont les brouillards devant le soleil et les poussières sur le cristal, les attaches aux créatures le sont, pour les lumières de la grâce et de la foi, car l'œil de l'âme est le cœur pur et détaché.

L'auteur de l'Imitation se fait l'écho de l'Évangile et des Pères de l'Église quand il affirme que « rien ne souille tant le cœur de l'homme que l'amour impur des créatures ». (II, 1, 8).

Pour que l'esprit de prière ou d'oraison puisse se développer dans une âme, il faut un travail progressif de purification… C'est parce qu'en Notre-Dame la pureté immaculée a supprimé les obstacles que la grâce divine a accompli en elle des ascensions qui déroutent les calculs des théologiens.

De même, dans saint Joseph et dans les Saints authentiques, plus le renoncement a opéré la vide du créé, plus la Sainte Trinité s'est installée en eux pour les sanctifier. Jamais on n'insistera assez sur cette grande loi proclamée par Notre-Seigneur Jésus-Christ dont l'application est constante dans la vie des âmes ferventes : la sainteté de la vie produite par le dégagement des créatures est en corrélation étroite avec le degré d'oraison d'une âme. Nous pouvons commodément observer ce phénomène de la vie spirituelle dans les notices biographiques de nos Frères… Plus ils sont mortifiés, renoncés, plus ils sont solidement pieux à l'imitation de notre Père en Dieu, le Vénérable Champagnat.

En sorte que l'on pourrait mettre sans erreur ces deux termes en équation et affirmer : âme renoncée égale âme recueillie et réciproquement. Ces deux mots renoncement et recueillement résument donc tout le travail préparatoire de l'âme à l'oraison.

Nous n'avons pas à répéter que pour arriver au parfait renoncement qui est le grand secret de l'amour divin, l'âme doit n'efforcer de réaliser : la pureté de la conscience, qui prend le péché en horreur ; la pureté du cœur, qui n'aime que Dieu ou selon Dieu ; la pureté de l'esprit, qui maîtrise les imaginations, les souvenirs, les pensées pour en chasser ce qui souille, dissipe et préoccupe ; et la pureté de la volonté, qui ne veut que ce que Dieu veut.

C'est une lutte généreuse que l'âme entreprend ; mais si elle est persévérante, elle atteint le but final qui est la familiarité divine, magnifique épanouissement du don de piété… Dieu et l'âme conversant comme un père, avec son enfant.

Si l'âme religieuse pratique l'universel renoncement qui implique l'observation fervente des Règles et des Constitutions de son ordre ou congrégation ; si par un exercice soutenu, elle se tient en tête-à-tête avec la Sainte Trinité, son hôte adorable ; en union d'amour avec Jésus-Eucharistie, et sous le regard maternel de Notre-Dame, par le don plénier qu'implique « le Tout à Marie pour Jésus », cette âme vit dans une atmosphère spirituelle qui dispose à la prière.

Mais outre cette préparation générale, habituelle, éloignée, il est une seconde préparation plus prochaine, indispensable pour assurer le succès de l'oraison.

L'oraison est une œuvre à deux dont le Saint-Esprit, le Maître intérieur, se réserve la direction. Il y faut une coopération qui ne doit pas être laissée è l'improvisation.

Dans l'Ecclésiastique, selon la Vulgate, nous lisons ce conseil : « Préparez votre âme avant la prière et ne soyez pas comme un homme qui tente Dieu »… (Eccl., XVIII, 23). Dans les réceptions officielles de quelque personnage de marque, on prévoit avec soin le texte du discours de bienvenue qu'on lui adressera. Mais le Seigneur est-il donc quantité négligeable ?

Cette préparation doit porter sur l'intention, sur le choix du sujet et sur une élaboration sommaire de ce sujet.

 

1° Se préparer, c'est d'abord purifier son intention, c'est-à-dire l'orienter et la surnaturaliser.

Si l'on fait oraison, c'est que l'on veut rendre à la Très Sainte Trinité les grands devoirs qui lui sont dus par la créature : l'adoration, l'amour, la reconnaissance, l'expiation ou la réparation, l'offrande et la supplication. Mais comme l'accomplissement de ces devoirs ne va pas sans difficultés, l'âme doit se mettre dans une sainte indifférence par rapport aux consolations ou aux désolations et aridités qu'elle éprouvera dans ses relations avec Dieu… Elle doit se proposer et vouloir procurer la gloire de Dieu par une soumission entière à son adorable volonté dans les dispositions de sa divine Providence…

Cette intention très pure, que nous devons nous efforcer d'entretenir habituellement dans notre esprit pour surnaturaliser notre activité, sera orientée dès le moment où l'on prévoit l'exercice de l'oraison, puis d'une façon plus immédiate quand on le commence.

 

Se préparer, c'est choisir le sujet de l'entretien que l'on se propose d'avoir avec le Seigneur. Il faudra régler ce choix en tenant compte de bien des circonstances. Avant tout, le sujet doit répondre aux besoins des âmes. Mais ces besoins varient avec l'âge et le degré d'avancement dans la vie spirituelle.

Pour une alimentation rationnelle, tous les estomacs ne s'accommodent pas d'une même nourriture et le régime des jeunes gens n'est pas celui des personnes âgées. De même, les sujets d'oraison de ceux que l'on est convenu d'appeler commençants dans la vie spirituelle ne sont pas habituellement ceux des âmes plus avancées. Si les débutants ont à se débarrasser du péché, ont à lutter contre les tentations, les passions, les mauvaises inclinations, il leur faudra des sujets de méditation propres à frapper l'esprit, à provoquer de fortes impressions, à inspirer des sentiments de crainte, de repentir, de reconnaissance, etc. …

Puisque, à ce stade, le moteur principal est encore la crainte, il est tout indiqué que le choix du sujet porte Mn les grandes vérités du salut, les maximes éternelles. Il doit paraître normal que la nourriture spirituelle d'un jeune Frère d'une vingtaine d'années ne soit pas de même qualité que celle d'un religieux qui a 40 ou 50 ans de vie de communauté et dont les ascensions d'âme auraient dû s'opérer à un rythme régulier et puissant.

Sans doute, le travail exigé par l'acquisition des vertus et la tendance à la perfection, loi essentielle de toute vie religieuse, imposent une lutte qui ne connaît pas de longues trêves. Et si l'objectif principal des âmes en progrès est la culture des vertus fondamentales de foi, d'humilité, de charité et l'imitation du Divin Modèle Notre-Seigneur Jésus-Christ et de Notre-Dame, il ne faut pas oublier qu'à toutes les étapes de la montée, il y a des périodes de tentations, de scrupules, de désolations, de souffrances physiques ou morales, de fatigue, de maladies. D'où il suit qu'un choix intelligent du sujet de méditation devrait tenir compte de ces époques difficiles, de ces jours de congé et de détente, de ces lendemains de grandes fatigues et recourir à des thèmes plus secourables.

C'est dans ces vicissitudes ou variétés de la vie spirituelle que devraient intervenir l'exercice sur les plaies de Notre-Seigneur, les scènes les plus tragiques de la passion de Notre bon Sauveur, les douleurs angoissantes de Notre-Dame, les manifestations de l'amour du Sacré-Cœur dans les scènes de l'Évangile, dans l'Eucharistie, etc.

Cependant une âme fervente, avançant dans la connaissance, l'amour et l'imitation de Notre-Seigneur et de sa Sainte Mère, simplifie de plus en plus ses entretiens avec le bon Dieu…. Elle arrive, dans son oraison, à penser à Dieu avec moins de raisonnements, à le regarder, à l'aimer, à le louer, à le remercier, à se donner et s'abandonner entièrement au bon plaisir divin… Les livres de méditations n'apprennent plus grand-chose alors.

A ce stade, l'objet principal de l'oraison sera la méditation des grands foyers de l'amour divin comme avaient appris à le faire le premier disciple du V. P. Champagnat, le vénéré Frère Louis et tant d'autres après lui, Frère François, Frère Pascal, etc. …

Et alors, que penser de l'habitude de suivre un recueil, page à page, sans songer à l'état des âmes et à leurs besoins ? Les traités sur l'oraison ne manquent pas, à ce propos, de recourir à une comparaison sensible. Les livres de méditations offrent des remèdes aux maladies de l'âme, comme les pharmacies possèdent des séries de flacons et de compositions chimiques… Qu'arriverait-il si le pharmacien, devenu charlatan, suivait l'ordre des récipients pour composer ses ordonnances ?… Eh bien ! l'inefficacité et l'inutilité fréquente de certaines oraisons n'a-t-elle pas partiellement pour cause cette absence de discernement dans la proposition des sujets ?

Il y a donc lieu de contrôler le choix du sujet d'oraison donné à la communauté. Et ici doit efficacement intervenir le Frère Directeur. Il doit se persuader, mais à fond, que la première fonction de sa charge est celle de travailler, par toutes ses possibilités, à la sanctification de toutes les âmes qui lui sont confiées par le bon Dieu : Frères, élèves et divers auxiliaires. S'il a conscience de ses obligations, il considérera que le choix des sujets de méditation, des lectures spirituelles à offrir à ses subordonnés, réclame incomparablement plus son attention que celui des denrées alimentaires à présenter à table.

Il se munira d'abord d'une bonne collection de livres de méditations afin de constituer une variété de sujets qui s'efforcera de tenir compte de l'âge, des attraits, des dispositions ou aptitudes de ses inférieurs ainsi que des circonstances exceptionnelles des fêtes et des époques liturgiques, en écartant, s'il se peut, cette lassante impression du déjà vu, du ressassé. Il se conformera ainsi à des invitations répétées par les Supérieurs, depuis le Chapitre général de 1920, recommandant de méditer périodiquement : sur les fins dernières ; sur l'Incarnation, la Passion et l'Eucharistie ; sur Notre-Dame et saint Joseph ; sur la vie religieuse et ses exigences ; les devoirs et vertus de l'éducateur, etc. …

Si le Frère Directeur ne peut se charger, en personne, de cette fonction qu'il doit cependant regarder comme capitale pour créer ou maintenir une atmosphère de fervente piété dans sa communauté, il pourra confier ce soin à un Frère capable de dresser, sous son contrôle, une liste mensuelle ou bimensuelle ou hebdomadaire de sujets convenablement sélectionnés. Tout ceci, évidemment, est dans l'hypothèse où, s'en tenant à la coutume, le sujet de méditation est unique pour la communauté.

 

Le sujet de méditation étant choisi, il reste à le préparer. — L'article 11 des Règles Communes dit : « Le sujet de méditation se lira en abrégé seulement après la prière du soir. » Que comporte cet abrégé ? Il y a des recueils de méditations qui en offrent un, indiquant les points sur lesquels doivent porter les réflexions ou considérations de l'intelligence, suggérant des résolutions à prendre et un bouquet spirituel à savourer au cours de la journée. D'autres manuels n'ont qu'un sommaire trop bref, tandis que certains auteurs n'en donnent aucun. Dans ce dernier cas, il s'agit d'en composer un ou d'extraire quelques idées du développement de chaque partie du texte… Si ce travail est laissé à l'improvisation de celui qui, à tour de rôle, récite la prière du soir, il risque de n'être pas satisfaisant.

Il y a donc avantage à ce que celui qui choisit les sujets donne lecture de l'abrégé. Cette lecture doit être faite à haute et intelligible voix. Mais elle devrait être surtout toujours écoutée avec attention. Or, qu'est-ce qu'on observe, parfois, dans certaines communautés ? C'est dans le brouhaha des chaises ou des agenouilloirs mis en place que commence la lecture du calendrier religieux et du sujet d'oraison. Si l'oratoire est en même temps salle d'étude, il y a aussi de petites manies qui s'exercent juste à ce moment : on range des cahiers ou des copies, on consulte le baromètre, un troisième cherche quelque objet dans son pupitre ou bureau, tandis qu'un quatrième, pressé par le sommeil et la fatigue, bâille et a hâte de gagner le dortoir, etc. … Il arrive aussi que des Frères retenus ailleurs n'entendent pas cette lecture faite en communauté.

Dans cet exposé préalable, il s'agit de cueillir quelques mots essentiels ; « Retenez trois mots », disait aux Grands Novices l'excellent Père Goudard, S. J. Ces mots de valeur exprimant la quintessence du sujet, on pourra les ruminer en allant prendre le repos régulier. Ils aidèrent à prévoir l'application à faire, le fruit spirituel ou la résolution pratique à retirer. Mais, pour préparer efficacement le sujet, il importe de se maintenir dans le recueillement jusqu'au moment de l'exercice de l'oraison. Ici s'impose la règle du grand silence. Cette observation régulière procure un double avantage : les distractions sont écartées et des grâces nombreuses de choix sont attirées sur les efforts réalisés. Là où cette prescription du grand silence est outrageusement violée, on peut dire qu'il n'y a plus d'esprit religieux parce qu'il n'y a plus ce qui le conditionne rigoureusement, c'est-à-dire l'esprit de recueillement et de prière.

L'efficacité de la préparation sera renforcée si le sujet de méditation revient à l'esprit au moment du coucher et si l'on sait occuper les intervalles du sommeil par des oraisons jaculatoires, des communions spirituelles et des pensées pieuses.

Au réveil, les efforts faits pour un premier acte d'offrande de la journée et la fixation de la matière d'examen particulier doivent s'orienter vers le sujet d'oraison.

 

Quel est le grand obstacle à cette préparation prochaine de l'oraison ? — Évidemment, c'est d'abord la dissipation habituelle de l'esprit et le dévergondage de l'imagination ; c'est le manque de régularité qui viole la règle fondamentale du silence et ne sait se maintenir dans l'indispensable recueillement.

Mais il est une pratique qui peut être radicalement incompatible avec l'esprit de prière : il s'agit de l'abus de la veillée après la prière du soir. La veillée habituelle doit être expressément autorisée par le Frère Provincial, sinon c'est un désordre et une désobéissance, fruits vénéneux de l'amour-propre, éternel ennemi de Dieu. Dans le cas même d'une autorisation régulière, il y a un procédé excellent qui permet d'atténuer les inconvénients possibles. On exécute les travaux, on fait les études qui imposent ce supplément onéreux de fatigue, mais on coupe court et l'on met fin à la veillée en lisant ou relisant le sujet de méditation avant d'aller au lit.

Se permettre, à cette heure tardive, des lectures profanes, dangereuses, sans y mettre le contrepoids de pensées graves et prétendre se disposer à une fructueuse oraison du lendemain, c'est faire fi des précautions commandées par une élémentaire psychologie et un ascétisme bien compris. La préparation du sujet, telle qu'elle vient d'être décrite présente ses difficultés. Elle exige une vigilance soutenue de la part du Frère Directeur pour que tous les Frères assistent à la lecture d'un sujet intelligemment choisi et un bel effort d'attention de la part des Frères qui veulent se disposer de leur mieux à l'oraison matinale.

 

Mais il faut aborder la question du livre de méditation individuel — Si nous maintenons strictement la lettre de la Règle qui indique la proposition d'un unique sujet d'oraison à la communauté, il est à craindre, malgré les recommandations faites et les précautions prises pour assurer la préparation prochaine et la réussite de l'oraison, que plusieurs ne retirent qu'un maigre profit d'un exercice que les maîtres de la vie spirituelle s'accordent cependant a signaler comme essentiel pour le travail de la sanctification personnelle de l'âme et par suite pour son rayonnement apostolique.

Il n'est pas défendu aux Frères, s'ils ont des attraits des besoins personnels, s'ils se trouvent en des états d'âme inaccoutumés, de changer le sujet de méditation. Évidemment, il ne s'agit pas ici de papillonner au gré de sa fantaisie, mais de suivre une tactique spirituelle Riment contrôlée par qui de droit, afin de ne pas s'égarer en de déplorables illusions. A cet effet, il est grandement souhaitable que soient mis à la disposition des Frères des livres de méditations dont la variété et le nombre d'exemplaires dépendent de la composition du personnel de la communauté. Il est une catégorie de Frères à qui un livre personnel de sujets de méditations est indispensable, ce sont les Frères qui, dans les pensionnats, sont en roulement ou de « semaine s comme on dit familièrement, pour la surveillance des élèves.

Sans ce livre secourable, il arrivera trop fréquemment que la préparation du sujet sera omise le soir ou mal faite parce qu'elle n'aura pu s'accomplir à temps avec la communauté pour des motifs les plus divers…

En tout cas, ne pas choisir, ne pas préparer le sujet équivaut quasi fatalement à tronquer d'abord, puis à supprimer en fait l'exercice d'oraison et à paralyser étrangement la vie intérieure.

Nous convenons tous que, pendant les Grands Exercices Spirituels de Saint Ignace ou même pendant les retraites annuelles, les prédicateurs les plus expérimentés attachent une grande importance à l'exposé, le soir, des points de la méditation du lendemain matin. Nous avons personnellement constaté que, chaque fois que nous avons été attentifs à ce bref aperçu, que nous y avons pensé en allant au lit, que nous l'avons évoqué dans les intervalles du sommeil, que dès le réveil, nous avons orienté notre esprit vers ce thème que la subconscience a sourdement élaboré, nous nous sommes excellemment trouvés en forme pour ce qui peut se nommer la préparation très immédiate d'une oraison fructueuse qu'elle fut en réalité aride ou consolée.

 

Conclusion. — Le grand péril de notre vie active d'éducateur apôtre est celui de l'extériorisation qui disperse les forces de notre âme sur les créatures. Sans un effort opiniâtre pour remonter nos degrés d'intériorité comme on remonte patiemment un engrenage, notre action pour les âmes se réduit à une agitation stérile. On ne cesse de répéter ces affirmations qui ne résonnent plus aux oreilles que comme des truismes banals… On sait et on l'enseigne aux autres que, sans vie de prière, sans une intime union avec Notre-Seigneur et Notre-Dame, il est impossible d'être un agent de transmission de la vie surnaturelle. Et, malgré cette connaissance théorique, on ne prend pas les moyens efficaces pour maintenir la puissance de contact avec le courant divin de la grâce.

Décidons-nous, une bonne fois, à pratiquer, dans le recueillement, l'exercice dé la présence de Dieu : « l'âme de la prière, de l'oraison et de toutes les vertus ». (Test. Spirituel du V. P. Champagnat).

Pour que le moulin de l'oraison ne tourne pas à vide, apportons-y une abondance de grain récolté pendant l'étude religieuse quotidiennement, méthodiquement, solidement poursuivie en esprit de foi…. Refaisons à loisir l'expérience personnelle que l'esprit de prière croît en équation avec l'esprit d'abnégation sous toutes formes et qui sont multiples.

Et puis, en dépit des obstacles suscités par nos concupiscences toujours renaissantes, par des démons tentateurs masqués sous des prétextes fallacieux, par l'invasion sournoise de la routine, apportons une diligente énergie dans la préparation lointaine et prochaine de notre oraison et dans l'examen que nous devons en faire dans nos confessions hebdomadaires et nos récollections mensuelles. Cette fidélité ne supprimera pas toutes les difficultés de notre entretien avec le Seigneur.

En effet, même en admettant que les précautions indiquées ci-dessus soient prises, les âmes généreuses, qui entendent ne pas glisser dans la tiédeur de volonté, doivent s'attendre à passer par ces périodes de sécheresses ou d'aridités spirituelles que les traités d'oraison expliquent en indiquant les causes et les remèdes.

Un certain dégoût de la prière, l'ennui, la lassitude ne tentent pas seulement les jeunes Frères privés des consolations spirituelles du printemps de leur vie religieuse. Des âmes avancées en âge et en perfection, mais encore insuffisamment détachées du créé, connaissent cette épreuve humiliante, purificatrice et, en définitive, fortifiante de la sécheresse.

Comme l'enseignent les Maîtres, il importe de bien examiner si cet état d'âme vient de nos fautes et d'y apporter remède en supprimant les causes.

Si loyalement on fait son possible pour pratiquer, à longueur de journée et à coups d'efforts, le Tout à Jésus par Marie du vrai Petit Frère de Marie, alors, il faut se souvenir que la prière rédemptrice par excellence est celle de Gethsémani et du Calvaire, accomplie dans l'amoureuse acceptation de la volonté du Père Céleste.

En tout cas, il ne faut jamais se décourager ni rien supprimer dans ses prières de règle, car la persévérance dans la supplication attirera infailliblement les miséricordes divines.

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