Réflexions de fin dannée

A. Devoile

01/Oct/2010

Encore un an à joindre aux rapides années

Que le temps sous mes pas a déjà moissonnées!

Encore un an de moins pour servir le Seigneur!

Mon cime, encore un flot qui nous pousse au rivage!

Ainsi passent les jours de mon pèlerinage

Entre la mort et la douleur!

 

Cet an si mélangé de joie et de tristesse,

Au gouffre du passé le flot du temps le presse;

Et l'heure de la mort peut venir dès demain!

Arrêtons un instant nos pas dans la carrière;

Et, prudents voyageurs, regardons en arrière

Pour reconnaître le chemin.

 

Comptons, comptons, mon àme, avant ce jour sévère

Oui Dieu nous parlera plus en juge qu'en père;

Profitons des moments que Dieu nous donne encor;

Car plus d'excuse alors; alors, malheur à l'homme

Qui, dans un vain négoce, infidèle économe

Aura dissipé son trésor!

 

Devant le Dieu jaloux, qu'est-elle cette année

Qui tombe de nos plains comme une fleur fanée,

Sous l'exil brûlant qui scrute et les cœurs et les reins?

Suis-je antre chose, hélas! que cette aire stérile

Oui, quand le vent soulève une paille inutile,

Il reste à peine quelques grains?

 

Tant de vagues désirs, tant de folles pensées

En futiles discours tant d'heures dépensées!

Tant de làches soucis, réprouvés du Seigneur!

Tant de craintes, de vœux, d'espérances avides,

De regards vers la terre, et tant d'œuvres si vides,

Fruits desséchés de la tiédeur!

 

Tant de secrets soupçons et de mots téméraires!

Tant de traits acérés lancés contre nos frères!

Tant de haine, d'aigreur ou de mépris cachés!

Ce zèle amer et faux, ce trop peu d'indulgence,

Et ces pleurs qu'en secret répandait l'indigence

Et que nos mains n'ont pas séchés!

 

Oh! quel compte, ô mon àme!… Et rien dans la balance

Qui couvre tant de honte!… Et l'an fuit en silence,

Nous jetant à regret sa dernière clarté,

Pareille à la lueur qui flotte au loin dans l'ombre,

Et montre au voyageur, à travers la nuit sombre.

Le but dont il s'est écarté!

 

Que de fois cependant ce jour (idée amère!)

Nous entendit former le désir éphémère

De réparer le temps en devenant meilleur!

Et toujours, écrasés sous un poids de faiblesse,

Ce jour, terme fatal, nous retrouve et nous laisse,

Aussi nus devant le Seigneur!

 

Hàtons-nous cependant: le temps presse et s'envole;

De tant de jours perdus pleurons l'emploi frivole;

D'une làche tiédeur secouons le sommeil.

Qui sait si d'autres ans pour nous luiront encore,

Et combien de soleils avant la grande aurore

Qui marquera notre réveil?…..

 

Seigneur, entends mes vœux, car c'est toi qui pardonnes;

Bénis ces ans, ces mois, ces jours que tu me donnes;

Règne seul en mon cœur, ô mon unique Roi!

Que mes jours soient plus pleins et mes heures plus sages;

Et qu'au jour mi ta voix viendra juger les àges

Leurs voix, Seigneur, plaident pour moi!

                                                         A. Devoile.

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