Résidence APROFEP pour étudiants à Caracas

F. J. Mañu Iragui

05/Nov/2010

Un peu d'histoire.

1959. Les temps étaient difficiles pour l'enseignement chrétien au Venezuela. Pas de propagande idéologique au cours de 10 ans de dictature, mais dans tout le pays, par réaction, se déchaînait la lutte entre les diverses tendances politiques, et l'on allait bientôt s'apercevoir que l'éducation officielle se trouvait presque entièrement dominée par les marxistes. Les enseignants catholiques étaient pratiquement absents. Les organisations d'étudiants avaient d'écrasantes majorités marxistes dans leurs élections et leurs meneurs ne manquaient pas d'agir dans la rue ou au lycée, bref à tous les niveaux de la contestation.

Sans doute une réaction des jeunes était compréhensible après une longue période de répression des libertés civiques, mais le plus grave était l'orientation purement marxiste que donnaient les professeurs. En effet, le seul centre de formation des Professeurs d'enseignement officiel secondaire — les Universités avaient alors peu d'influence dans cet enseignement — était l'Institut Pédagogique de Caracas. C'est de là que sortait la presque totalité des membres du corps enseignant. Cet Institut, fondé par un groupe de professeurs venus du Chili avait des critères d'admission qui ne laissaient passer que les sympathisants aux idées marxistes.

 

Fondation et développement de l'APROFEP.

Lors de la 8ième réunion de l'Assemblée nationale de « AVEC » (Association Vénézuélienne d'Education Catholique), on résolut, avec le concours d'un petit groupe de professeurs chrétiens, de fonder des résidences pour étudiants (une pour jeunes filles et une pour jeunes gens) destinées à promouvoir une politique d'assainissement et de christianisation du corps enseignant. Naturellement on visait l'enseignement officiel, car l'enseignement privé était, et est encore très réduit dans le pays. Tel est donc l'objectif bien précis de cette œuvre. Son règlement en fait foi. Il dit: « L'Association en faveur de l'Education populaire (Pro Fomento Educación Popular, ProFEP), est une organisation de caractère culturel et apostolique, fondée en vue de répondre au besoin de professeurs chrétiens dont souffre le pays… Les résidences ne font partie d'aucune organisation politique. Cependant, l'Assemblée ne reste pas indifférente aux problèmes de la nation et c'est à leur donner une solution que devront travailler ses membres. Elle aura cœur de diriger en ce sens les activités civiques, sociales et apostoliques des jeunes de ses résidences ».

Le Centre commença avec 29 jeunes filles et 16 jeunes gens qui fréquentaient les cours de l'Institut Pédagogique, durant l'année 1959-60. Depuis lors, leur nombre est allé croissant. II est actuellement de 200 (126 jeunes filles et 74 jeunes gens) entre 18 et 28 ans, répartis sur les 4 années de l'Institut. Ce nombre serait plus grand si les possibilités matérielles ne nous obligeaient à le limiter.

On exige des élèves une mensualité modique: le tiers des mensualités perçues dans d'autres résidences de la ville. Les collèges catholiques versent une quote-part calculée au prorata de leur nombre d'élèves. On reçoit aussi une aide de quelques entreprises commerciales ou industrielles. En outre, les élèves jouissent souvent de bourses d'études.

La résidence des filles a toujours été confiée à la direction des Sœurs de Nazareth. Celle des garçons fut d'abord dirigée par des laïcs, mais depuis quelques années, elle est aux mains des Frères Maristes. C'était un désir général de voir cette œuvre confiée à des religieux éducateurs qui en ont pris la direction dès que cela leur a été possible.

Vu que cette œuvre a une dimension sociale, on a établi certaines conditions d'admission:

1. – Provenir de l'intérieur du pays et ne pas avoir à Caracas de parents chez qui loger.

2. – Etre économiquement faible.

3. – Etre d'accord sur certains principes chrétiens et ne pas être indifférent en politique.

Ces renseignements peuvent être acquis par références, enquêtes ou a posteriori.

Les élèves doivent d'abord être assidus aux études de leur spécialité respective, et réussir leurs examens, de façon au moins à ne pas avoir à répéter l'année scolaire. Ils doivent aussi participer à diverses activités, certaines de caractère obligatoire, d'autres facultatives: rencontres pour la formation religieuse, oratoires, cercles d'étude, dialogues, débats, conférences sur des sujets divers, messe dominicale communautaire, collaboration pour affiches et revues, exercices spirituels, etc. …

Plusieurs de ces activités sont réalisées conjointement avec la section des filles où les Frères ont le contrôle de la formation religieuse.

Le règlement, les horaires et les normes disciplinaires sont fixés et discutés en assemblée générale, compte tenu des objectifs de l'œuvre et de l'intérêt commun.

 

Quelques résultats acquis.

En toute simplicité et au risque de montrer un optimisme sans fondement, voici quelques données qui feront voir comment l'Institut Pédagogique est en train de changer d'esprit, grâce à l'action persévérante et solidaire de nos jeunes résidents.

J'ai déjà dit qu'au Venezuela, les centres supérieurs de culture sont fortement politisés. Eh bien! si, en 1959, les votes chrétiens, au Centre Pédagogique, étaient au nombre de 158 sur 856 élèves, leur nombre est allé grandissant d'année en année: 316 en 1961, plus de 600 en 1964, et, en 1969, les chrétiens ont obtenu la majorité, bien que le nombre de nos résidents ne représente pas même le dixième du total des élèves: 200 sur près de 3000. Mais ils forment un groupe compact et dynamique qui sait répondre aux attaques des adversaires.

On a observé la même évolution au sein des tendances politiques du corps enseignant de la République. Plusieurs de nos anciens pensionnaires occupent des postes de responsabilité et leur action est réelle auprès de leurs collègues.

A cela contribue la réunion de chaque semaine à laquelle ils sont invités, et qui leur permet d'affermir leurs convictions chrétiennes.

 

Autres objectifs.

Tout en nous en tenant uniquement au domaine de nos résidences, il serait bon d'étudier la possibilité d'établir un système de crédits d'éducation permettant de faire face aux dépenses. Il faudrait aussi se montrer ouvert à des aménagements utiles ou nécessaires, et même penser à une construction ad hoc; pour le moment, nous habitons dans des maisons louées. De même, on devrait penser à une extension de l'œuvre, soit à Caracas, soit en province, dans des villes qui possèdent des équivalents de l'Institut Pédagogique.

Il y aurait lieu aussi d'examiner les moyens d'associer un peu mieux les anciens de nos résidences, éparpillés aujourd'hui sur tout le territoire de la nation.

L'évangélisation du corps enseignant est urgente pour le Venezuela officiellement laïque et dont les écoles officielles reçoivent 80% de la population scolaire.

Une autre besogne serait de pouvoir libérer le pays des structures de tendance marxiste de l'Institut Pédagogique, résultat à atteindre par une politique avisée et la préparation de professeurs compétents et animés d'esprit chrétien.

F. J. Mañu Iragui

RETOUR

Malawi...

SUIVANT

Afrique du Sud...