Saint Paul-Trois-Châteaux

03/Nov/2010

                (suite)

Ses origines. Ses œuvres


F. Jean-Baptiste
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Mais le principal artisan de la réussite de la fusion des deux institutions est sans contredit F. Jean-Baptiste, Assistant Général. C'est à lui qu'incombe la tâche si délicate d'infuser aux Frères de Saint-Paul l'esprit de l'Hermitage. F. Jean-Baptiste y met tout son talent de directeur d'hommes et d'organisateur. Il sait écouter en patience les réclamations de M. Mazelier, tout en imposant d'autorité les us et coutumes de N.-D. de l'Hermitage, car, en homme prudent, il sait que c'est la seule façon de mener à bien une œuvre si importante. Il y met la manière certainement, c'est-à-dire une douce obstination qui ne cède pas sur les principes, une bonté paternelle qui, en quelques mois, lui rallie tous les cœurs, enfin, un ascendant qui en impose même à M. Mazelier et qui finalement lui donne raison (Cf. Nos Sup., p. 25).

La situation financière qu'il rencontre à Saint-Paul est fort précaire. Toutes les maisons ensemble ne fournissent à la maison provinciale que 5.000 francs pour 50 bouches à nourrir et 100 personnes à habiller. Il en fallait le double, et un Frère quêteur a fort à faire pour obtenir le reste de la charité publique. F. Jean-Baptiste s'applique tout d'abord à relever la situation économique: il ferme certains postes dont les conditions ne sont pas tenables et en fonde d'autres plus prometteurs. Certains sujets peu sûrs sont éloignés de la Congrégation et « les bons religieux qui sont le plus grand nombre, se réjouissent de la direction sûre et ferme de leur nouveau Supérieur ». Aussi gagne-t-il en peu de temps les sympathies et est considéré comme le père véritable de la famille, aimé et respecté. Ecoutons le récit de l'un d'entre eux: «En février 1857, arrivé depuis quelques jours au noviciat de Saint-Paul, j'aperçus un matin une animation extraordinaire. Les novices se chuchotaient quelque chose à l'oreille et tous les visages s'épanouissaient. Intrigué, je demandai à mon tour ce qu'il y avait, et un condisciple me répondit à voix basse : « Le F. Jean-Baptiste va arriver ce soir; c'est le Frère cuisinier qui l'a dit à un tel ». – « Mais, repris-je, qu'est-ce que c'est que le F. Jean-Baptiste? C'est le F. Assistant, et nous le verrons ensuite, tous en particulier, pour la direction ».

De fait, à six heures, tous réunis, nous vîmes arriver le F. Assistant. Quand il parut, toute l'assemblée se leva tressaillant d'aise. Le vénéré Supérieur traversa gravement nos rangs, monta sur l'estrade et commença la prière. Placé en face de lui, je braquai mes yeux sur cette figure d'ascète et je demeurai fasciné. Il nous parla de la Sainte Vierge en des termes et avec un tel accent que ce fut pour mes seize ans une sorte de révélation. Comme les autres novices, je passai dans sa chambrette l'un des jours suivants. Je sortis de l'entrevue tout joyeux, encouragé et enthousiasmé. J'étais conquis et ce fut pour la vie ». >

Sous sa sage direction, Saint-Paul ne forma bientôt qu'une branche de l'arbre robuste de l'Hermitage. Les vocations affluèrent de tout le midi de la France et la Province se développa merveilleusement. En 1852, 12 ans après la fusion, elle comptait 100 personnes à la maison provinciale, 261 Frères dans les postes où recevaient éducation 13.600 enfants. (Circ , T. II, p. 114). Cette affluence de sujets obligea à entreprendre de nouvelles constructions et la modeste maison des Dominicains devint sans tarder le grandiose couvent que nous connaissons et qui fait encore de nos jours l'ornement de la ville.

 

Un autre grand réalisateur: F. Bérillus.

Au F. Jean-Baptiste succédèrent, dans la direction de la Province de Saint-Paul, Frères Pascal, Chrysogone, Eubert, Nestor et Nicet. Sous leur direction la prospérité ne cessa pas. Le nombre des Profès de chaque année était considérable: 16 en 1857; 44 en 1858. En 1861, les annales nous apprennent que la Province comptait 91 écoles et que le nombre de vêtures, entre cette année-là et 1873, fut de 17, 283 novices y revêtant le saint habit. Il est vrai, nous avertit l'analyste, que les déchets ne manquaient pas, mais à côté de fruits mal venus que d'autres fruits riches en saveur et en couleur!

F. Nicet ne fit que passer dans la charge d'Assistant Général. La mort l'enleva au bout de quelques mois. Il fut remplacé par F. Bérillus (1880).

F. Bérillus était un caractère ardent, grand conducteur d'hommes et d'un enthousiasme communicatif. Sous sa direction de feu, la Province devait se multiplier et se répandre hors des frontières de la France. Il trouva la Province prospère et florissante: 20 Frères Stables, 315 Profès, 147 Obéissants, 72 Novices, 16 Postulants et 85 Juvénistes. Il n'eut qu'à favoriser et à promouvoir cette prospérité.

Il commença par donner une forte impulsion aux études des Frères et des sujets en formation. Il trouva un juvénat à la Maison Provinciale et en fonda dans la suite deux autres: Serres et Castelnaudary. Il demandait aux juvénistes un « travail féroce », afin que, dans les concours entre juvénats, « les autres ne fissent pas mordre la poussière aux têtes carrées du midi », comme ils disaient.

F. Bérillus aimait à présider le plus souvent possible les nominations de notes au juvénat. Il le faisait avec une solennité qui en imposait et frappait les esprits. Voici le récit d'un des juvénistes de l'époque: « …A son entrée nous nous mettons debout. Il est accompagné des! Frères Christophe, Vicaire Provincial, Anaclétus, Directeur, Xénophon, Visiteur. Tous les regards se concentrent sur le F. Assistant. Bientôt quelques paroles énergiques, tranchantes, nous électrisent et nous secouent littéralement. La proclamation des notes commence. Le F. Assistant demande à chacun son village, la date de son arrivée au juvénat, son âge. Il encourage; son rôle n'est pas de gronder. Ces nominations nous maintenaient dans un état de vitalité spirituelle capable d'héroïsmes. Elles ne se sont jamais effacées de ma mémoire. Il nous parlait ensuite de projets d'expansion et d'apostolat en Espagne, en Italie, en Amérique, pays qu'il nous présentait comme des régions de rêve, sous des couleurs attrayantes, éveillant en nous le désir d'y aller pour nous dévouer en apôtres…» (Voir «Stella: Maris», juillet 1960).

L'intrépide F. Assistant, s'occupe activement de recrutement. Il envoie ses Frères recruteurs, non seulement à travers le midi de la France, mais en Italie et en Espagne, car la Province de Saint-Paul se fait apôtre et déborde les frontières. C'est de son sein que partent les fondateurs de plusieurs Provinces qui sont aujourd'hui de beaux fleurons de la Congrégation. En 1886, ils fondent la maison de Rome, qui est à l'origine de l'actuelle Province d'Italie. A la fin de cette même année, quatre Frères vont à Gérone apprendre l'espagnol en vue d'une fondation possible en Argentine. La Providence les retient en Espagne où ils se sont multipliés merveilleusement. Mais avant la fondation de Rome, Saint-Paul avait déjà envoyé des missionnaires aux Iles Seychelles. En 1884, en effet, les Frères s'y établirent et fondèrent deux écoles qu'ils ont dirigées jusqu'en 1946. Obligés de s'éloigner de ces îles, ils ont été regrettés par la population qui ne se console pas encore de les avoir perdus.

 En 1894, c'était le tour de la Colombie. Un groupe de Frères de Saint-Paul allait s'établir à Popayán. Cinq ans après, ce pays comptait 23 écoles, 64 Frères et 3 240 élèves. De Colombie partiront plus tard les fondateurs des œuvres actuelles au Salvador et au Guatemala.

Puis ce fut le Mexique (1899) qui demanda des Frères. Ceux du midi y fondèrent une école à Guadalajara, puis au Yucatán où le climat, meurtrier pour les européens, emporta tout un groupe de jeunes Frères, terrassés par la fièvre jaune. Ces sacrifices sont à la base des belles Provinces aujourd'hui prospères du Mexique.

En 1903, quatre Frères, un Français de Saint-Paul et trois Espagnols, partirent de Santander pour aller prendre la direction d'un collège à Cienfuegos (Cuba). Les œuvres maristes prirent dans cette île, la perle des Antilles, un grand essor jusqu'au jour où la persécution les obligea à tout abandonner précipitamment. Mais ces Frères ont planté l'arbre mariste sur d'autres plages neuves: Costa Rica et Porto Rico, en même temps qu'ils ont fait profiter d'autres Provinces de leur zèle et de leur science pédagogique.

En 1903 encore, sept Frères de Saint-Paul, quatre Français et trois Espagnols, parmi lesquels se trouvait le jeune F. Sixto, futur Assistant Général, s'embarquaient à Barcelone pour l'Argentine. Appelés par les Pères Lazaristes, ils s'établissaient à Luján, berceau des deux Provinces toujours prospères de cette grande nation.

Toutes ces fondations recevaient les soins assidus de F. Bérillus. Ils les visitait et se dépensait pour leur réussite et leur bonne marche. En 1894, une circulaire spéciale du R. F. Théophane annonçait son départ pour la Colombie et le recommandait aux prières des Frères, surtout à celles des novices et des juvénistes. Les longs voyages en bateau faisaient grande impression à l'époque; on les considérait comme une dangereuse odyssée. « Le voyage, disait la Circulaire, sera long et non exempt, de périls. C'est vous dire, M.T.C.F., que les voyageurs (F. Bérillus emmenant avec lui neuf autres Frères), auront besoin du secours de Dieu et de la protection de Marie, la douce et bienfaisante Etoile de la mer… ».

Nous savons comment, vers la fin du dernier siècle et au commencement de l'actuel, la persécution religieuse sévit en France, obligeant bien des religieux à s'éloigner de leur pays. Beaucoup de Frères de Saint-Paul allèrent prêter main forte dans les Provinces-filles. Ils furent accueillis partout les bras ouverts et les pays qui les reçurent n'eurent qu'à se réjouir de leur science et de leur dévouement sans bornes.

 F. Bérillus mourut peu après, en 1908, au cours d'une visite des œuvres d'Espagne. Il avait réalisé un travail énorme pour Dieu et la Congrégation.


Saint-Paul après les lois de 1903
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On peut dire que l'année 1902 marque l'apogée de la prospérité de la Province de Saint-Paul. Elle possédait alors 125 juvénistes, 80 postulants ou novices, 60 scolastiques. L'infirmerie comptait une vingtaine de malades ou vieillards. Tous les corps de métiers nécessaires au bon fonctionnement de la maison avaient le personnel voulu. La biphosphaterie, où travaillaient cinq ou six Frères, était en plein rendement.

Cette vie débordante fut frappée à mort par les lois scélérates du commencement du siècle. L'article 14 de la loi de 1901 interdisait l'enseignement aux membres des Congrégations non autorisées. Celles-ci s'empressèrent de demander cette autorisation, mais leur demande fut rejetée. Ces Congrégations furent déclarées dissoutes, leurs biens liquidés, leurs membres dispersés. « La loi, disait le texte, frappe tout individu qui ouvre ou dirige un établissement congréganiste sans autorisation, les religieux qui continuent à faire partie d'un établissement dont la fermeture a été ordonnée, tous ceux qui ont favorisé l'organisation ou le fonctionnement d'un établissement religieux non autorisé… ».

La loi du 7 juillet 1904 renforce encore cet article.

La maison de Saint-Paul reçut notification de fermeture le 29 avril, notification qui fut renouvelée le 16 juillet, avec ordre d'abandonner les lieux dans un délai de quelques jours. Mais on n'avait pas attendu ces avis pour mettre en sécurité le plus de matériel possible. Des wagons entiers partirent pour l'Espagne et l'Italie. Le mobilier de la chapelle fut vendu à des églises de la région; les orgues et le chemin de croix furent acquis par le sanctuaire de Saint-Joseph de Roussas, à une quinzaine de kilomètres de Saint-Paul. D'autres objets furent confiés à des personnes de confiance.

Les vieillards furent autorisés à occuper la maison dont un riche propriétaire, Monsieur Vincent, fit l'acquisition pour nous, lors de la vente aux enchères. Au mois de septembre 1904, les anciens célébrèrent, avec toute la splendeur que les circonstances permettaient, les noces d'or de vie religieuse du C. F. Bérillus, Assistant Général.

Comme l'on sait, après l'application des décrets sur les Congrégations, les Chambres s'en prirent à l'Eglise et confisquèrent ses biens. L'évêché de Valence perdit les locaux de ses séminaires, petits et grands. Notre maison fut cédée au diocèse pour les y loger.

Nos vieillards durent abandonner la grande maison pour s'installer tant bien que mal dans la grange de la propriété connue sous le nom de « Maison Roux ». Quelques-uns trouvèrent refuge à Ruoms, d'autres à Saint-Genis-Laval.

Un écrit anonyme de l'époque nous décrit la vie de ces bons Frères âgés, dans la « Maison Roux » : « Quand les Frères prirent possession de la ferme, dit-il, ce fut au milieu du plus disparate déballage de literie, de meubles et d'ustensiles que le cuisinier établit au milieu de la cour, sur trois pierres comme foyer. Ce qui précédemment avait été écuries ou celliers fut transformé en réfectoire, en cuisine et en salle de communauté. Une salle assez vaste devint chapelle. Les dormeurs s'en furent au grenier installer leurs dortoirs, et bien souvent les incursions indiscrètes du mistral vinrent troubler le repos de ces braves gens. Tout au fond de la cour, il y avait des bicoques qui n'avaient pas été bâties pour abriter l'espèce humaine. Les plus valides les aménagèrent sommairement, s'y crurent des privilégiés et surnommèrent ce recoin : " La Chartreuse ". Des améliorations successives en rendirent le séjour moins inconfortable à ces vieillards très méritants. Le bon esprit accepta tout pour l'amour de Celui qui a proclamé bienheureux ceux qui souffrent pour sa gloire ».

Le croirait-on? Lorsqu'en 1935, ces bons vieillards durent quitter leur « grange » pour aller occuper les locaux laissés libres par le départ des séminaristes, certains versèrent des larmes de regret. « Objets inanimés, avez-vous donc une âme?… ».

Un grand nombre de postes de la Province durent fermer leurs portes. Des centaines de Frères partirent pour l'étranger. Le Mexique en reçut plus de 130. L'Espagne put, grâce à leur concours, ouvrir plusieurs écoles. Ces mêmes Frères aidèrent à la fondation des Provinces d'Argentine et du Pérou.

Ayant pourvu au placement de tous les Frères, on se remit avec courage à recruter en vue de l'avenir. Juvénistes et jeunes Frères qui restaient furent réunis à Vintimille et à Mondovi. Les nouvelles recrues allèrent les y rejoindre. Il y eut pendant quelque temps un juvénat à Latte, puis à Andora, non loin de Vintimille. Là les sujets français furent en contact avec les sujets italiens.

En 1920, le petit séminaire de Valence quitta la maison de Saint-Paul, et, les lois sectaires ayant été mises un peu en sommeil, le juvénat fut rouvert sous forme d'institution libre. Les postulants continuèrent à se former à Vintimille, et plus tard à Bairo et à San Maurizio où ils se joignaient à d'autres postulants des Provinces françaises.

Il en fut ainsi jusqu'en 1939, où l'imminence de l'entrée en guerre de l'Italie, obligea les sujets français en formation dans ce pays à regagner leur pays.

Durant la seconde guerre mondiale, le gouvernement du Maréchal Pétain abrogea les lois de 1903. Les Frères ont pu désormais exercer librement leurs fonctions, une loi de 1942 ayant permis d'exister aux Congrégations non autorisées.

La Province de Saint-Paul comptait, en 1935, 48 Frères et 80 juvénistes. En 1942, le noviciat fut rouvert avec les postulants de Saint-Paul et d'Aubenas. Le 8 septembre de la même année, fut célébré le centenaire de l'union des Frères de l'Instruction Chrétienne avec les Frères de l'Hermitage (Cfr. Bull. N" 203, p. 190). A cette occasion eut lieu l'inauguration d'un monument funéraire dédié au F. Paul (Louis Bouteille), premier Frère de M. Mazelier. Ce noviciat fut fermé en 1947, les novices et les postulants allant faire leur formation à Saint-Genis ou à l'Hermitage. Actuellement, le noviciat se fait à N.-D. de Lacabane qui reçoit les postulants des diverses Provinces de France.

Depuis 1953, le Second Noviciat de langue française réside à Saint-Paul. On y voit accourir des Frères de France, de Belgique, du Canada, du Brésil, du Portugal, de Madagascar et du Proche-Orient.

 

Situation actuelle de l'ancienne Province de Saint-Paul.

Le recrutement reste nettement insuffisant pour le maintien des anciennes œuvres que la Province dirigeait. Le manque de personnel a obligé les Supérieurs, à leur grand regret, de fermer plusieurs écoles. Des anciens établissements de Saint-Paul, il reste Saint-Joseph-de-Marseille et le pensionnat de Bourg-de-Péage.

Le premier compte 554 élèves: 160 du primaire et 394 du secondaire. Cette école a donné à l'Eglise 40 prêtres, 8 religieux et 5 Frères enseignants. Actuellement, six de ses anciens sont au séminaire.

L'institution Sainte-Marie de Bourg-de-Péage compte 470 élèves dont 215 pensionnaires. Cet établissement a donné 12 prêtres, 7 religieux et 6 Frères enseignants. Elle a actuellement 4 anciens élèves au séminaire et 8 au juvénat de la Province.

Les anciennes Provinces de Saint-Paul-Trois-Châteaux et d'Aubenas ont fusionné en 1950, pour former l'actuelle Province du Sud-Est, qui compte 134 Frères Profès, une soixantaine de sujets en formation, 12 maisons et 3 025 élèves.

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