Sainte Thérèse de lEnfant-Jésus au Collège Mariste de Pernambuco

30/Sep/2010

L'Angélique carmélite de Lisieux remue le monde entier. Elle provoque un mouvement de sympathie, de spiritualité, de piété qui parait sans précédents dans l'histoire de l'Église. Visiblement Dieu veut glorifier celle qui sur la terre a fait toutes ses volontés et qui veut passer son ciel à lui gagner des âmes.

Ce mouvement est surtout remarquable au Brésil où la jeune sainte est tout particulièrement connue, aimée, invoquée. Les grandes villes du littoral lui érigent des autels, des chapelles ; les bourgades isolées de l'intérieur redisent son nom vénéré, les peuplades à demi-civilisées qui habitent les grandes forêts lointaines lui adressent leur prière naïve et confiante. Aussi, quand le Messager du Sacré Cœur ouvrit une souscription pour acquérir une châsse en argent, enrichie de pierreries, destinée à recevoir les restes mortels de la ''Petite Sainte'' devenus de précieuses reliques, il y eut, du Nord au Sud, un pieux empressement ; et en peu de temps la somme désirée fut recueillie.

Il va sans dire que nos collèges ne sont pas demeurés en retard dans cette voie. C'est plaisir de voir, au contraire, avec quel pieux enthousiasme ils y sont entrés. Pas un ou l'on ne se fasse pas une joie d'invoquer avec ferveur la nouvelle patronne de la jeunesse ; pas un qui n'ait en place d'honneur son image rayonnante et saintement inspiratrice ; pas un qui ne mette au nombre de ses plus chères ambitions celle d'avoir en outre une statue qui la représente dignement.

Le premier, à notre connaissance qui ait vu sur ce point ses désirs satisfaits est le Collège de Pernambuco et il le doit à un miracle. Voici comment :

Un de ses élèves, Manoel Cruz de Andrade, se trouvant à Rio de Janeiro, en 1922, est subitement atteint d'une hernie dangereuse.

Quatre spécialistes consultés séparément concluent tous à la nécessité d'une opération, mais la mère ne peut s'y résoudre.

Elle revient. à Pernambuco, consulte les médecins de la famille ; mais ils confirment la décision de leurs collègues de la capitale.

Du temps se passe ; la hernie se développe, les souffrances augmentent, les médecins pressent, déclarent que l'opération est urgente. Un nouveau voyage à Rio est décidé. La pieuse mère prie Ste Thérèse de l'Enfant-Jésus, multiplie les neuvaines, communie tous les jours, fait célébrer au Collège une messe pour l'heureuse issue du voyage. Elle s'embarque en mars 1925. A bord, les supplications se continuent. Manoel prie aussi avec ferveur et il dit que si au lieu d'aller à Rio, on faisait le pèlerinage de Lisieux il guérirait sans opération. Le médecin choisi, le Dr. Pedro Ernesto se trouvant absent, force est d'attendre. Des prières de plus en plus ferventes montent vers le ciel.

Soudain un mieux se déclare, s'accentue très vite ; l'enfant s'approche de sa mère : "Maman, je suis guéri, je ne sens plus rien". L'heureuse mère examine, et constate que la hernie, avant très visible, vient de disparaître totalement. Qu'on juge de son émotion ! Elle fait soumettre son fils aux rayons X. et aucune trace de hernie n'est signalée.

Joie intense de toute la famille, de Manoel surtout, qui répète : "Ne le disais-je pas, maman, que si Ste Thérèse de l'Enfant-Jésus le voulait, je guérirais sans opération ?"

Une messe d'action de grâces est célébrée, toute la famille y communie. Sur ces entrefaites, le Dr. Pedro Ernesto revient, il lit avec attention les lettres des médecins de Pernambuco, examine minutieusement l'enfant, et, tout étonné, constate qu'il est en parfait état. ''C'est un miracle, s'écrie, Madame Cruz''. Peu de jour après, à Pernambuco, les médecins qui avaient envoyé d'urgence le malade à Rio, constataient aussi que le mal avait entièrement disparu.

En reconnaissance de cette grâce signalée, la distinguée et très chrétienne Famille Cruz offre au Collège un belle statue de la sainte et il est convenu avec le frère Directeur que l'inauguration précédée d'un triduum très solennel, coïncidera avec celle du nouvel autel de la chapelle, elle aura lieu le 29 avril, anniversaire de la béatification de la ''Santinha''.

La "Petite Sainte", pour montrer sans doute qu'elle agréait cet hommage, qu'elle voulait établir sa demeure au Collège, et aussi pour stimuler les cœurs, accorda un nouveau bienfait.

Le jeudi, 22 avril, un interne de 11 ans Lellio Dolabella Portella reste au lit, rien d'alarmant. La nuit qui suit est mauvaise. Le lendemain, vendredi, le médecin de la maison est appelé, il ne peut venir qu'à 10 h. du soir. Il ne constate rien de grave. Le Samedi, le Frère Directeur prévient la mère qui vient prendre le petit malade, le voyage, d'environ 2 km. est pénible ; les mouvements de l'auto provoquent des douleurs aigües. Le Dr. Castro Silva déclare une appendicite suppurée, cas perdu. Un second, un troisième docteur confirment cette opinion : si on fait l'opération l'enfant n'aura que quelques heures de vie, si on ne la fait il mourra également. Ils jugent l'opération inutile.

Néanmoins, sur les instances de la famille, le Dr. Castro Silva se résout à la faire. L'enfant est transporté à l'hôpital du Centenaire. La famille prévient le Frère Directeur et le prie d'amener Mr. l'Aumônier pour confesser l'enfant. La confession terminée, le F. Directeur dit à Mr. l'Aumônier de remettre la guérison du jeune malade à l'intercession de Ste Thérèse de l'Enfant-Jésus, ce qui est fait en présence de la famille en larmes. L'opérateur constate une suppuration abondante : mauvais augure. A la fin, il déclare franchement le cas très grave.

Le F. Directeur adresse quelques mots de réconfort à la famille désolée, promet des prières et retourne au Collège, où les Frères l'attendent avec anxiété. "Trop tard, dit-il, c'est un cas perdu ; nous l'avons remis à Ste. Thérèse de l'Enfant-Jésus. Seul un miracle peut le sauver".

Le lendemain, dimanche, il visite trois fois le petit malade, et revient toujours sans espoir. L'enfant prie, baise l'image-relique de la Sainte et demande à faire sa première communion. La crainte de vomissements empêche d'accéder à son pieux désir. Le 3ième jour, il y a un rayon d'espoir, soulagement pour les parents, pour la mère surtout qui est inconsolable. La famille promet de faire célébrer une messe solennelle à laquelle tous les membres communieront et demande que le Collège s'unisse à elle. Frères et élèves redoublent d'instances et de confiance envers la Petite Sainte. L'enfant va de mieux en mieux et le 29, jour de la fête, il est déclaré hors de danger.

Donnons maintenant une esquisse rapide de la grandiose solennité. Au soir du 25, la chapelle toute neuve, toute fraîche, est ravissante. Disons tout de suite que la généreuse Famille Cruz n'a pas seulement offert la statue : elle a aussi pris à sa charge toute l'ornementation ; largesse, bon goût, dévouement, elle n'a rien omis de ce. qui pouvait rehausser l'éclat des cérémonies. Qu'elle veuille bien accepter ici l'expression de notre sincère reconnaissance.

Les autels, richement décorés, brillamment illuminés sont magnifiques. Belle surtout est l'aimable sainte sur son trône improvisé, au milieu d'une profusion de roses et de lumières. Son ample manteau blanc, son gracieux voile noir plaisent, mais son perpétuel et beau sourire, comme un aimant puissant attire les regards et les cœurs.

La chapelle est plus que pleine. Aux premiers rangs sont placés les nombreux paranymphes, une élite ; on y distingue M. Devoll, Consul de France.

A 4 h. S. Ex. D. Miguel de Lima Valverde, très digne archevêque d'Olinda et Recife, qui a déjà fait le pèlerinage de Lisieux, fait son entrée au chant de l'Ecce sacerdos, prend place au chœur, puis bénit solennellement la statue. Ensuite les élèves chantent l'hymne à la Sainte. Au refrain : "Derramas vossa chuva de rosas" des mains invisibles font tomber sur la statue et sur le chœur une vraie pluie de pétales de roses : c'est merveilleux. Ce gracieux et symbolique spectacle se reproduira matin et soir durant les quatre jours suivants. La cérémonie se termine par la bénédiction du T. S. Sacrement.

Les 26, 27 et 28 se déroulèrent les solennités du triduum, le matin, deux messes, à 6 h. et à 7 h. Le soir, à 7 h. sermon et bénédiction du T. S. Sacrement. Le premier jour, ce fut M. l'abbé Moïse, prêtre zélé et éloquent, qui eut la parole comme représentant M. le chanoine Jeronymo da Assumpçào, curé de la paroisse. Il prit pour sujet l'énergie. Le deuxième jour, le sermon fut donné par M. l'abbé Héliodore Pires, un lettré, auteur de plusieurs ouvrages estimés et professeur au Collège. Il prit pour thème, le sourire, et enchanta son auditoire. Le 3° jour, D. Malan, ancien vaillant missionnaire au Matto-Grosso et présentement évêque de Petrolina. donna la bénédiction. Le R. P. Gonçalves, S. J. aumônier de la maison prêcha sur la mission de la sainte. Son sermon fut vraiment beau. Le dimanche, 29, grand jour, à 6 h. messe et communion générale ; à 8 h. messe chantée avec diacre et sous-diacre par Mgr Ambrosino Leite, vicaire général. A l'Evangile, le R- P. Carlos Leoncio, supérieur des Salésiens prononça un sermon très pieux, très éloquent, très pratique sur la sainteté, toujours possible, de nos jours, comme autrefois.

Après la`messe, les Sœurs de Charité, d'Estancia qui s'étaient offertes à préparer le brancard, viennent prendre la statue en auto. Les 300 jeunes filles de leur Collège la reçoivent triomphalement et lui offrent chants et prières.

Vers 2 heures, elle est ramenée sur son bel ''andor''. Sa vue provoque chez nos élèves une explosion de joie ; applaudissements prolongés, chants spontanés traduisent leurs sentiments infimes : scène charmante de naïve piété et d'enthousiasme juvénile.

A 4 h. s'ébranle la grande procession. L'externat du Collège, avec l'étendard de l'Apostolat, ouvre la marche ; à la suite vient notre Collège St Louis, puis suivent les Collèges Osualdo Crus, Carneiro Leão, de Recife, du Sacré Cœur, des Pères Salésiens Nobrega, des Pères Jésuites. Notre internat, avec l'étendard de la congrégation Mariale, termine le long défilé des Collèges de garçons, les seuls admis. Après, la fanfare de la Police qui exécute des morceaux religieux et accompagne l'hymne à la Sainte, chanté par les élèves. Vient enfin la statue sur un superbe brancard, orné avec un goût exquis et porté, alternativement par les congréganistes Grands et Moyens. Tous les, regards la cherchent : c'est une vision de paix, d'amour et de confiance qui parcourt quelques rues de la ville. C'est la "Petite Reine" d'Alençon et des Buissonnets, devenue une grande souveraine honorée au ciel et sur la terre. Aux croisées, sur le seuil des portes, de nombreux spectateurs, tous respectueux, beaucoup jettent des roses et formulent des prières. L'École Normale des filles Pinto Junior est rangée sur le trottoir et rend hommage à la "Reine" qui passe.

Après la statue, marche le clergé et une foule empressée et priante. Automobiles et tramways suspendent leur marche et laissent défiler la procession.

Au retour, la chapelle étant beaucoup trop petite pour recevoir les assistants, ils se massent dans les cours. Le P. Raphael Lamé, religieux carme monte sur une chaire improvisée, adossée à un angle de la maison. Il développe ce texte bien choisi : "Vous êtes la joie de votre peuple". Sa puissante voix, son ardeur, son éloquence remuent toute l'assistance, aussi à la fin ses vibrants vivats à la sainte, à l'Eglise, au Collège sont répétés avec enthousiasme.

La chapelle resta pleine longtemps. Les fleurs qui avaient orné les autels et le brancard, considérées comme des reliques, sont demandées avec une pieuse avidité.

Ces fêtes, très bien dirigées, laissent à nos élèves un renouveau de piété et une ardente dévotion à Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus, et à la population, plus ou moins enlisée dans les soucis matériels, un sursum corda, une vision de l'autre vie.

Ces résultats spirituels consolent les Frères et les dédommagent d'un surcroît de trayait qu'ils se sont généreusement imposé :

                                  Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus, priez pour nous.

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