Son eminence le Cardinal Ferrata

13/Sep/2010

Nous nous réjouissions filialement, il y a un mois, de ce qu'un des premiers actes de N. S. P. le Pape Benoît XV avait été d'élever à la haute charge de Secrétaire d'Etat Son Eminence le Cardinal Ferrata, notre vénéré Cardinal Protecteur ; et la faveur générale avec laquelle avait été accueillie cette élévation, jointe au mérite éminent de l'illustre dignitaire, nous faisait augurer de son passage à ce poste éminent le plus grand bien de la Sainte-Eglise.

Une fois de plus, le Seigneur vient de nous montrer que ses desseins sont souvent bien différents de ce que se les figurent nos pauvres conceptions, et Il a jugé à propos de l'enlever de ce monde avant qu'il eût eu, pour ainsi dire, le temps de mettre la main au grand ouvrage que nous attendions de lui. Que Son saint nom soit béni !

Nous aurons du moins, dans nos prières, un pieux et reconnaissant souvenir pour l'âme de celui qui, pendant plus de dix ans, s'est montré le protecteur si paternellement dévoué de notre Congrégation, le promoteur si zélé de la cause de béatification de notre V. Fondateur, et auprès de qui nos Supérieurs, en toute occasion, ont rencontré tant de bonté et de bienveillance1.

Né le 4 mars 1847, à Gradoli, dans le diocèse de Montefiascone, au nord de la Province Romaine, il fit d'excellentes études, au collège des Jésuites d'Orvieto, puis au Séminaire diocésain de Montefiascone.

A peine ordonné prêtre, il vint fréquenter, à Rome, l'université de la Sapienza, où il obtint le doctorat ad honorem en théologie et philosophie, et ensuite l'Apollinaire, où il fut gradué en droit canonique et civil. Bientôt après, d'élève il y était devenu maitre et y occupait la chaire de droit canon.

En septembre 1879, Léon XIII, qui l'avait déjà appelé comme consulteur à la secrétairerie des Affaires ecclésiastiques extraordinaires, où il avait été frappé de son jugement toujours complet, toujours juste, toujours impartial, en même temps qu'il avait promptement reconnu l'habileté de son action et la sûreté de sa doctrine, lui ouvrit la carrière de la diplomatie en l'envoyant comme auditeur à la nonciature de Paris, dignement occupée alors par Mgr Czacki.

De retour à Rome, en 1883, il fut nommé sous-secrétaire aux Affaires ecclésiastiques extraordinaires, et c'est pendant qu'il était à ce poste qu'il fut choisi comme délégué extraordinaire en Suisse pour mettre fin au conflit religieux qui venait de surgir dans ce pays. On sait que ses habiles négociations avec le Gouvernement Fédéral et celui du Tessin aboutirent à la mémorable Convention qui rétablissait la paix religieuse.

En reconnaissance, Léon XIII, le nomma Chanoine de la basilique de Sainte Marie-Majeure, puis président de l'Académie pontificale des Nobles ecclésiastiques.

L'Eglise de Belgique passait alors par une dure épreuve. Le gouvernement sectaire de Frère Orban, après avoir rendu bien difficile la situation du nonce Sérafin Vanutelli, avait fini par rompre toutes les relations avec le Saint-Siège, et la lutte entre les deux autorités civile et religieuse était devenue aiguë. Quelques années plus tard, la situation intérieure du petit royaume s'étant améliorée, il fut question de rétablir les relations diplomatiques avec le Vatican ; mais, pour mener à bonne issue une affaire si délicate, il fallait un homme à grandes vues et d'un grand sens diplomatique. Le Saint Père jeta les yeux sur le Chanoine Domenico Ferrata, et, après l'avoir préconisé Archevêque titulaire de Thessalonique, il le fit agréer comme nonce par le roi Léopold, et eut la consolation de voir la mission du jeune prélat couronnée, comme en Suisse, du plus heureux succès.

En 1889, Mgr Ferrata fut rappelé à Rome pour prendre l'importante charge de Secrétaire aux Affaires ecclésiastiques extraordinaires et coopérer ainsi à l'œuvre poursuivie par le cardinal Rampolla, Secrétaire d'Etat de Sa Sainteté. Mais deux ans s'étaient à peine écoulés, que le Saint-Siège avait de nouveau besoin de faire appel à son tact diplomatique.

Depuis dix ans, le Gouvernement de la république, en France, avait pris vis à vis des catholiques une attitude belligérante qu'il cherchait à justifier en leur reprochant des dispositions hostiles à son égard. Léon XIII et son Secrétaire d'Etat crurent pouvoir rétablir la bonne harmonie par un ensemble de procédés conciliants qu'on a désignés sous le nom de "politique du ralliement’’, et pour la promouvoir, ils envoyèrent Mgr Ferrata à Paris en qualité de nonce.

La tentative n'eut pas tous les bons résultats qu'on en espérait ; mais ce ne fut la faute ni des intentions généreuses du grand Pape, ni des vues élevées de son ministre ni de la diligence pleine de tact de leur représentant.

Pendant son séjour dans la capitale française, celui-ci sut s'imposer par son intelligence supérieure non moins que par la franchise et la dignité de son caractère au respect de tous les partis ; et, quand il en fut rappelé, en 1896, pour être créé cardinal, il y laissa, parmi les hauts personnages de tous les camps, de chaudes et durables amitiés.

Etabli dès lors définitivement à Rome, l'éminent prince de l'Eglise ne cessa pas d'y remplir des charges qu'on peut mettre au rang des plus importantes et des plus difficiles et il y a laissé la trace de sa prodigieuse activité. Il fut successivement préfet des S. Congrégations des lndulgences, des Rites, des Evêques et Réguliers, de la Discipline et des Sacrements, et enfin, depuis la mort du cardinal Rampolla, du Saint-Office. Il faisait également partie des commissions pour la réunion des églises dissidentes, pour la codification du droit canon, pour la visite apostolique des diocèses d'Italie, etc. … ; et en outre, il était ponent de près de 80 causes de saints et protecteur d'une trentaine de congrégations ou instituts religieux, notamment du nôtre et de celui des Frères des Ecoles Chrétiennes.

L'année dernière il présida avec grande distinction, à Malte, le XXIV° Congrès Eucharistique international.

Dernièrement, la notoriété de sa sagesse et de ses grandes qualités de diplomate avait fait accueillir partout avec joie sa nomination à la haute charge de Secrétaire d'Etat, et ses premiers actes en cette qualité légitimaient les meilleures espérances.

Sa mort est une grande perte pour l'Eglise, mais nous devons nous consoler dans la confiance qu'il est allé accroître dans le ciel le nombre de nos intercesseurs auprès de Dieu. – R. I. P

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1 Tout dernièrement encore, à une lettre de félicitations que lui avait envoyée le R. Frère, il daignait repoudre de sa main les paternelles lignes suivantes : Le Cardinal Ferrata remercie vivement le Rme Supérieur Général et l'institut de leurs aimables félicitations et leur fait connaître que le Saint Père leur accorde bien volontiers la Bénédiction Apostolique.

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