Sursum Corda !

03/Sep/2010

 

Après l'offense directe de Dieu, il ne doit guère y avoir au monde de spectacle plus digne d'émouvoir douloureusement une âme vraiment chrétienne que celui de la marche chaque jour plus envahissante, dans notre société contemporaine, du naturalisme et du sensualisme.

Considérons la plupart des hommes, même de ceux qui se disent encore attachés à la religion : à voir la manière dont ils se comportent, le but où tendent leurs pensées, leurs affections, leurs désirs, leurs préoccupations, leurs efforts et généralement toutes les manifestations de leur activité, se douterait-on qu'ils croient avoir un Dieu à servir et une âme immortelle au salut de laquelle ils sont tenus de travailler avant tout ? Ne dirait-on pas plutôt qu'ils se regardent comme créés uniquement pour jouir ici-bas le plus possible sans avoir à s'inquiéter de ce qui arrivera après la mort ?

Ils n'ignorent pas pourtant que cette vie n'est qu'un point imperceptible dans le cours d'une existence qui ne doit pas avoir de fin ; mais, par une folie à peine concevable, ils éloignent cela de leur esprit comme une pensée importune, et de gaîté de cœur, ils sacrifient à ce court instant une éternité tout entière. Selon la forte expression de Bossuet, le charme de sentir est si grand en eux qu'il les empêche de rien prévoir.

Nous du moins que Dieu, par une grâce particulière, a retirés de ce tourbillon où se laisse emporter la masse des gens du monde, ne partageons pas leur erreur ; et, suivant le conseil de l'Apôtre, au lieu de nous attacher aulx choses de ce monde, aimons et recherchons les choses d'en haut1.

Sursum Corda ! Elevons nos cœurs au-dessus des choses visibles et terrestres pour n'apprécier et ne désirer que les célestes. Au-dessus de notre propre intérêt, recherchons la gloire de Dieu ; au-dessus de notre repos et de nos aises, le salut des âmes ; au-dessus des satisfactions des sens, les consolations spirituelles de l'âme ; au-dessus des biens du temps, ceux de l'éternité.

Demandons, en un mot, au Seigneur, comme le roi-prophète, de donner â notre âme les ailes de la colombe, pour que, de toutes façons, par ses pensées, ses sentiments, et ses actes de volonté, elle puisse s'élever constamment vers le ciel et les choses célestes. Répétons souvent pour notre compte cette aspiration d'un grand chrétien du dernier siècle :

 

DES AILES !

Des ailes ! pour voler jusqu'au palais des anges,

Dans l'infini, partout, jusqu'au firmament bleu.

Des ailes ! pour quitter ce monde plein de fanges ;

Des ailes ! pour voler plus près de vous, mon Dieu !

Des ailes ! pour voler aux horizons de flammes,

De célestes amours désaltérer nos murs !

Des ailes ! pour revoir le berceau de nos âmes,

Vague et cher souvenir d'ineffables bonheurs !

Des ailes ! pour voler bien loin de notre terre,

Loin du deuil, de la mort, loin des noirs ouragans !

Des ailes ! pour porter mes pleurs et ma prière

Au bon Dieu de ma mère et des petits enfants.

Des ailes ! pour quitter nos misères profondes !

Des ailes ! pour aller où finit la douleur !

Des ailes ! pour aller au-delà de nos mondes !

Des ailes pour savoir où poser notre cœur.

Des ailes ! pour voler vers l'étendue immense

Où déjà sont montés tant de morts bien aimés !

Des ailes ! pour voler où s'enfuit l'espérance,

Où germent les bonheurs sur la terre semés !

Des ailes ! pour aller à la plage bénie

Où pour jamais enfin la tempête s'endort !

Des ailes ! pour voler au-dessus de la vie !

Des ailes ! pour voler au-delà de la mort !

Des ailes pour mon cœur, des ailes pour mon âme,

Captifs impatients de l'extase éternel !

Des ailes pour voler où le jour prend sa flamme !

Des ailes pour voler, Seigneur, à votre appel !

Louis VEUILLOT.

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1 Coloss., III, 1.

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