Thérèse Neumann

06/Oct/2010

Beaucoup de nos lecteurs ont sans doute entendu parler de Thérèse Neumann, la stigmatisée de Bavière et des grâces extraordinaires dont elle est favorisée.

Un Frère qui a eu l'avantage de la visiter récemment a bien voulu nous faire part de ses impressions pour les lecteurs du Bulletin.

 

Vers Konnersreuth. — Les événements de Konnersreuth attirent dans ce petit village, perdu au fond de la forêt bavaroise, une telle affluence de visiteurs, non seulement de toute l'Allemagne, mais encore de toute l'Europe, et même d'au delà des océans, que, depuis 1927, la famille Neumann, débordée, s'est entendue avec l'autorité ecclésiastique pour n'ouvrir sa porte que sur le vu d'une permission signée de l'évêché de Ratisbonne.

D'ailleurs, tandis que les journaux catholiques ou impies mènent une campagne où se mêlent les témoignages les plus élogieux aux calomnies les plus odieuses ; tandis que les uns voient à l'évidence l'intervention du surnaturel divin et que les autres ne veulent voir que supercherie, la sainte Eglise se tient, selon son habitude, sur la plus grande réserve.

Nous l'imiterons, en demandant qu'on veuille bien ne voir dans les lignes suivantes qu'un témoignage de valeur purement humaine.

 En septembre dernier, donc, me rendant à notre pensionnat de Cham, situé à quelques kilomètres de Konnersreuth, je fus invité à visiter la stigmatisée. Le jeudi suivant, munis d'une autorisation de l'Ordinaire, et conduits dans une auto mise gracieusement à notre disposition, par un ami des Frères, nous arrivâmes à Konnersreuth à onze heures du matin.

Grâce à l'obligeance de M. le Curé Naber, Thérèse nous reçut le jour même, deux heures; et le lendemain, vendredi, nous pûmes assister à sa vision extatique de la Passion.

Avant d'entrer dans le détail de ces visites, nous allons donner un aperçu de la vie de Thérèse.

 

Terribles épreuves. Thérèse Neumann est l'aînée des enfants d'une famille modeste de cultivateurs. Elle est née en 1898. A 14 ans elle dut se mettre en service pour gagner sa vie. Elle jouit d'une robuste santé jusqu'à l'âge de vingt ans, époque où, pendant un incendie, elle se fit, à la suite de violents efforts, une lésion à la colonne vertébrale. Ce fut le signal d'une série d'infirmités très graves, qui en firent bientôt un abrégé de toutes les douleurs humaines. Percluse dans ses membres, atteinte dans sa vue et son ouïe, paralysée d'une jambe qui demeurait tordue et comme recroquevillée sous l'autre, atteinte de plaies purulentes et d'abcès, elle semblait devoir mourir à brève échéance. Cet état dura pourtant cinq ans, pendant lesquels, pieuse comme elle était, elle offrit de grand cœur ses souffrances au bon Dieu pour le salut des âmes.

 

Faveurs extraordinaires. — En 1923 devait commencer une vie nouvelle. Le 29 avril, jour de la Béatification de Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus, pour qui, comme tant d'autres, elle avait conçu une dévotion fervente, elle recouvra subitement la vue. Le 17 mai, jour de la canonisation de la même sainte, elle fut guérie de sa paralysie et put désormais se lever, en même temps que disparaissaient ses plaies et d'autres souffrances.

 En 1926 commencèrent à apparaître les Stigmates aux mains et aux pieds, puis les marques de la Flagellation et de la Couronne d'épines et presque chaque vendredi, depuis 1921, ont lieu des visions extatiques, pendant lesquelles Thérèse, tout ensanglantée, éprouve les douleurs de la Passion et dont le spectacle émeut jusqu'aux larmes tous ceux qui en sont témoins.

Ajoutons ce détail que depuis Noël 1926, Thérèse Neumann ne reçoit pour tout aliment que la Sainte Eucharistie, et reste ainsi, sans boire ni manger, dans un état de santé assez satisfaisant. Son poids, étudié par les médecins, qui ont fait sur elle toutes les expériences imaginables, diminue sensiblement pendant les scènes d'extase du vendredi et revient ensuite à l'état normal, de façon absolument inexplicable.

Mais comme les livres abondent, qui décrivent, par le menu, tous les faits extraordinaires de cette existence, venons-en simplement à la visite elle-même que nous eûmes la faveur de lui faire.

 

Visite à Thérèse Neumann dans son état normal. —Deux heures après notre arrivée, nous prenons place parmi les visiteurs qui attendent devant la maison Neumann. Le père, un robuste paysan, une longue pipe à la bouche, monte la garde, ne laissant entrer, par petits groupes, que les personnes munies d'une permission de l'Évêché. Il refoule les autres sans pitié, même la femme du Président de la République suisse, même un vieux compagnon de guerre qui a traversé toute l'Allemagne et qui doit se contenter d'une poignée de main, avec ces mots: « Je regrette, cher ami, mais c'est la consigne. Comme à la guerre! »

Enfin les trois Frères Maristes sont introduits ensemble près de Thérèse. Elle est assise dans une chambre modeste, où abondent des oiseaux et des fleurs.

Nous lui parlons d'abord de notre Institut, de nos Ecoles et Maisons de formation d'Allemagne. Elle se réjouit et nous encourage beaucoup.

Puis nous lui disons un mot de sa santé : — Il ne paraît plus que vous ayez été naguère si malade ; vous semblez maintenant bien portante.

— Oh! pourtant, reprend-elle, quelle différence avec autrefois. Porter un lourd fardeau de 50 kilos était un jeu pour moi, et maintenant, il faut presque que l'on me porte.

— Serait-ce une indiscrétion de vous demander à voir vos stigmates?

— Oh! dit-elle bien simplement, en ôtant les mitaines dont elle a toujours les mains couvertes, au nom de Notre Seigneur, je vais vous les montrer.

Et nous regardons, non sans émotion, au-dessus et en dedans des mains, des cicatrices, comme transparentes, marquant l'empreinte des clous et couvertes d'une légère peau rougeâtre.

Voudriez-vous, hasarde l'un de nous, puisque vous êtes si intime avec Notre Seigneur, nous donner quelques bons conseils, pour le bien de nos âmes.

Ah! reprend-elle, avec un sourire, vous savez tout cela beaucoup mieux que moi. Et pendant qu'elle se lève pour nous congédier, nous lui remettons une liste des intentions que nous recommandons à ses prières. Volontiers, répond-elle, je prierai à toutes vos intentions, mais priez aussi pour moi, afin que je ne mette pas d'obstacle aux desseins du bon Dieu.

Et en sortant, comme l'un de nous ajoute : Vous paraissez fatiguée et il y a encore beaucoup de visiteurs qui attendent. — Oui, je suis à bout de forces, dit-elle.

Pauvre Thérèse, elle en eut ce soir là pour trois heures encore, et pourtant on ne reste que quelques minutes dans sa chambre.

 

Thérèse en extase. — Le lendemain à 10 heures nous fûmes introduits par groupes d'une dizaine de personnes dans la même chambre. Mais quel changement! On se range à quelque distance du lit sur lequel Thérèse étendue est en extase depuis une heure après minuit, assistant aux détails de la passion de Notre Seigneur dont elle souffre elle-même les angoisses morales et les tortures physiques.

C'est un spectacle émouvant au delà de toute expression. Des yeux de la voyante, le sang découle en deux filets larges comme le doigt, le long des joues et jusque dans le cou. Ses mains pâles, où brillent les stigmates rougis, se tendent eu avant vers quelque objet invisible pour nous, tantôt connue pour le saisir, tantôt pour l'écarter, puis se joignent, s'abaissent, puis s'élèvent de nouveau. Son corps se meut en même temps. La face, pâle comme la cire, est mobile et trahit la vie intense de son âme, qui suit pas à pas le divin Sauveur depuis le jardin des oliviers jusqu'à son dernier soupir sur le Calvaire.

Au bout d'un instant, M. le Curé nous dit : Voici la sixième station qui commence, celle où Véronique tend à Notre Seigneur un linge dont il s'essuie. Tous les yeux sont fixés sur Thérèse qui parait souffrir horriblement, et ce n'est sans doute qu'une image de ce que Jésus a souffert pour nos péchés. Cette pensée fait monter les larmes aux yeux.

Tout à coup Thérèse qui s'était soulevée se laisse tomber à la renverse dans son lit en poussant un cri plaintif, comme quelqu'un qui va mourir.

Un des spectateurs a une faiblesse. On l'emmène, mais sans nous distraire du spectacle poignant qui se déroule devant nos yeux captivés. Bientôt Thérèse se relève les mains étendues. On voit alors sur son oreiller des taches de sang. Au front, saignent les blessures de la couronne d'épines, qu'elle touche légèrement comme pour calmer la douleur. Bientôt elle y met de nouveau les mains comme pour arracher quelques pointes plus cruellement enfoncées. Le fichu blanc qui la coiffe est maculé d'une large tache rougeâtre, humide…

Mais soudain le curé nous fait signe de sortir. C'est qu'il faut céder la place à d'autres.

Nous descendons comme d'une chambre mortuaire. Devant ceux qui attendent, nous passons silencieux et recueillis. Un groupe sur la place veut nous questionner mais l'impression est trop forte pour s'exprimer; on éclaterait en sanglots, On est épouvanté d'avoir tant fait souffrir Notre Seigneur, et l'on passe sans s'attarder.

Les uns se rendent à l'hôtel où, la tête entre les mains, ils réfléchissent ou pleurent silencieux. Les autres vont à l'église prier ou faire le chemin de la croix, avec une dévotion bien inaccoutumée. Oh! quel fervent chemin de croix, nous fîmes nous-mêmes, ce jour-là!

Sans bien tarder cependant, nous sommes de retour à la porte des Neumann car les prêtres et les religieux ont le privilège d'être admis par groupes de dix à assister aux derrières phases de l'extase, au crucifiement, à la mort mystique de Thérèse. Nous entrons. M. le Curé nous explique que Thérèse voit en ce montent Notre-Seigneur en croix, abreuvé de fiel et de vinaigre. Elle a les bras étendus. A tout instant les doigts ont un frémissement : ils se crispent et tremblent par l'effet des clous sur les chairs et les nerfs. La langue desséchée se meut au bord des lèvres, cherchant en vain à se désaltérer ; puis, voici qu'elle s'avance un peu comme pour goûter le breuvage contenu dans l'éponge, mais bientôt la tête se détourne. Le combat contre la mort se continue.

Les deux filets de sang coulant le long des joues se sont maintenant rejoints au dessous du cou.

Malheureusement pour nous, un dernier groupe de visiteurs attend encore ; il faut lui céder la place.

La mère de Thérèse monte, elle aussi, à ce moment pour être présente à la fin du drame extatique.

Le soir, un des témoins de la scène finale nous raconte ce qu'il a. vu. C'est extrêmement émouvant, dit-il: le corps de Thérèse tremblait sans discontinuer: elle s'allongeait et se recroquevillait tour à tour, pendant que la sueur de la mort perlait à son front. Enfin, tout à coup, une dernière contraction partie des pieds secoue le corps tout entier, puis brusquement la respiration cesse et Thérèse s'écroulant, comme une morte, sur son oreiller reste étendue et inanimée. Tout est consommé. Il était midi vingt cinq, heure habituelle de la fin de l'extase.

Sans tarder beaucoup, cependant, Thérèse recommence à vivre, les yeux s'ouvrent, elle regarde, elle sourit, et se remet lentement de ses mortelles souffrances.

Le lendemain, elle reprend sa vie normale, se levant, allant et venant. Elle peut aller à l'église, y orner l'autel de Sainte Thérèse du l'Enfant Jésus, cultiver les fleurs de son jardinet et, jusqu'au jeudi suivant, elle a repris, sans boire ni manger, et ses forces et le poids perdu pendant l'extase, parfois 4 kilos.

Outre ces phénomènes extatiques, Konnersreuth est témoin de guérisons, de conversions, et d'autres faits extraordinaires, dont nous allons seulement citer quelques exemples.

 

Une guérison extraordinaire. — En Rhénanie, une enfant de trois ans se montrait en tout inférieure à l'animal sans raison. Elle ne connaissait ni père ni mère, ne pouvait pas même balbutier « Maman » et pour toutes choses savait moins s'aider que les bêtes. On conseilla de placer la pauvre petite créature dans un établissement d'idiots incurables.

Le grand-père s'y opposa. Non ! dit-il, j'irai d'abord à Konnersreuth. Il y arriva pendant le carême de 1929. Il pleurait comme un enfant lorsqu'il entra chez Thérèse Neumann. Celle-ci, de sa manière aimable et compatissante, l'invita doucement à approcher : « Ne pleurez pas, dit-elle. Je sais pourquoi vous êtes venu… espérez! La pauvre petite guérira. Vous aurez encore à son sujet beaucoup de joie ». Le grand-père voulait parler des médecins. « Laissez, dit Thérèse, ce sont des hommes; le bon Sauveur, lui, peut guérir les malades et ressusciter les morts. Je prends sur moi les souffrances expiatrices ». Elle lui donna alors des détails intimes de conscience et le renvoya plein de confiance, Or l'enfant est guérie, elle va en classe et à l'église, comme ses compagnes, véritable miracle vivant.

 

Une conversion. — Le docteur Gerlich, savant médecin protestant de Munich est resté sept mois entiers à observer ou faire observer Thérèse Neumann, afin de s'assurer si vraiment, pendant tout ce temps, elle ne prenait aucune nourriture ni boisson, et s'il n'y avait aucune supercherie concernant le sang qui découle des blessures de la passion, reproduites sur son corps. Il obtint, par ordre de l'évêché, d'avoir pour l'aider quatre religieuses qui, après avoir prêté serment, sont restées près de Thérèse pendant quinze jours et quinze nuits, deux à deux, sans la quitter une seule minute.

Après avoir tout contrôlé, le docteur a fait le récit exact de toutes choses dans un ouvrage où il déclare finalement : « Je tiens le fait pour inexplicable au point de vue médical et je me rallie à l'opinion qu'il y a ici une influence surnaturelle et, précisément, non pas dans le sens diabolique mais dans le sens divin ».

Les journaux annonçaient en septembre 1931 que le docteur protestant venait de faire son abjuration et d'entier dans la religion catholique.

 

Révélation des consciences. — Il n'est pas rare que Thérèse, comme jadis le Curé d'Ars, révèle à ses visiteurs les choses les plus intimes de la conscience, L'Evêque de Cleveland aux Etats Unis, Bavarois d'origine, écrit dans une Revue : « Nous étions plusieurs pèlerins dans la chambre de Thérèse, lorsque tout à coup, elle dit à sa mère: Il y a ici quelqu'un qui habite de l'autre côté de l'eau ; j'ai quelque chose à lui dire en particulier. Tous sortirent. Je restai seul avec mon secrétaire, Mgr Mac Fadden. Elle me dévoila alors des secrets de ma vie intime, connus seulement de Dieu et de moi-même. Cette révélation me bouleversa et me tira des larmes. Elle continua, me parlant du passé et de l'avenir, me décrivit des prêtres de mon diocèse jusque dans les détails les plus minutieux de leur personnalité ».

 

Un jugement du Cardinal de Munich. Nombreux sont les évêques, les prêtres, les savants, les médecins, qui ont émis leur opinion sur les faits extraordinaires de Konnersreuth; mais il serait bien trop long d'entrer dans cette voie. Bornons nous à un d'entre eux et le plus autorisé. S. E. le Cardinal Faulhaber dit de Thérèse Neumann : « Plongée dans la contemplation des souffrances de N. S. Jésus-Christ, surtout le vendredi, elle verse des larmes de sang et est devenue une véritable image du divin Crucifié. De même que Saint Paul elle ne sait que Jésus et Jésus crucifié. Comme un prédicateur muet elle a, par cet exemple, quel que puisse être le jugement final de l'Eglise, conduit les peuples de l'Europe sous la croix du Christ, elle leur a assigné comme demeure les plaies du Sauveur, d'où procèdent la rédemption et la réconciliation avec le Père ».

 

Conclusion. — L'Eglise reste dans une expectative pleine de prudente réserve. Cependant les fruits de salut se multiplient. Le monde, enlisé dans le matérialisme, doit convenir qu'il y a quelque chose de supérieur à la matière. Konnersreuth conduit à l'Église et au Sauveur, ce qui fait dire à l'Évêque de Petrolina (Brésil) que Thérèse Neumann est pour l'Allemagne une grâce extraordinaire.

La vue des souffrances de Notre Seigneur, dont Thérèse est l'image vivante, ramène à la dévotion à la Passion et aux plaies de Jésus crucifié.

Quant aux miracles de guérison ou de conversion opérés par les prières et les souffrances expiatrices de cette jeune fille qui s'est offerte comme victime, ils montrent la force surnaturelle de l'apostolat de la prière et de sacrifice.

Quand elle fut miraculeusement guérie de sa paralysie, Thérèse avait entendu une voix mystérieuse lui dire : Beaucoup plus d'âmes seront sauvées par la souffrance que par les plus brillantes prédications.

Pour nous, qui sommes voués au salut des âmes, ne pouvons-nous pas regarder cet enseignement comme un précieux message que nous envoie Konnersreuth, et souhaiter d'en faire notre profit.

RETOUR

Lécole dautrefois...

SUIVANT

Lécole de Hankeou, Chine...