Tricentenaire de saint Jean-Baptiste de La Salle .

20/Oct/2010

L'année 1951 va s'inscrire en lettres d'or dans l'Histoire des Frères des Écoles Chrétiennes. Dans toutes les contrées du monde où les fils de Saint Jean-Baptiste de la Salle travaillent avec un inlassable zèle à l'extension du règne de Dieu par l'éducation de la jeunesse, des fêtes d'une exceptionnelle solennité ont marqué et marqueront encore le tricentenaire de la naissance du grand saint, proclamé patron de tous les éducateurs des jeunes âmes, par le Souverain Pontife Pie XII, le 15 mai 1950.

Partout, sans doute, les Frères Enseignants, Frères puînés des Lassalliens se sont cordialement associés à la joie triomphale causée par ces hommages publics rendus au Fondateur des Écoles chrétiennes. Mais les manifestations organisées en France, en raison des luttes actuelles qui remuent l'opinion sur la question scolaire, devaient avoir un retentissement profond et montrer aux plus obstinés adversaires la gravité du problème à résoudre…

Par manière de prélude un pèlerinage pour la vénération des reliques du saint s'accomplit à Rome dans la Semaine de Pâques. Une coïncidence singulière réunit dans l'immense Salle des Bénédictions du Vatican des groupes de maîtres et professeurs de l'enseignement public et de renseignement congréganiste que le Saint Père salue et encourage dans une allocution « merveille d'affectueuse compréhension et de tact diplomatique »…

Un comité national organisateur où les Amicales des Anciens Élèves jouaient un rôle de premier plan a préparé des programmes de triduums à célébrer dans trois villes surtout qui furent le théâtre des travaux, des souffrances et des succès du Saint Fondateur : Reims, la ville des ancêtres, de la naissance et du berceau de l'œuvre providentielle ; Paris, témoin d'une germination et d'un développement dans l'incompréhension devenue persécutrice ; Rouen, où le génial Instituteur des instituteurs organise définitivement sa famille religieuse et part pour le ciel.

Les cérémonies, avec participation officielle des pouvoirs publics et la présence du Très Honoré Frère Athanase-Emile. Supérieur Général et des Frères Assistants Généraux, se sont déroulées avec de splendides variantes dans chacune de ces villes : solennités religieuses célébrées par d'éminents prélats, fêtes sportives, défilés, expositions, banquets, discours et panégyriques, inaugurations de monuments, rues ou places en l'honneur de Saint Jean-Baptiste de la Salle ont éveillé l'attention sympathique et provoqué l'enthousiasme des foules…

A la cathédrale de Reims, Monseigneur Roncalli, Nonce apostolique en France, célèbre la Sainte Messe, tandis que M. Robert Schuman, Ministre des Affaires Étrangères, la suit dans son missel à tranche rouge et d'autres Ministres y assistent.

A l'Hôtel de Ville de Paris, c'est M. Pierre de Gaulle, Président du Conseil Municipal de Paris, qui déclare saluer le glorieux Fondateur dans la personne du Très Honoré Frère Supérieur Général, son vingtième successeur !

A l'Aéro-club, M. Letourneau, Ministre des États Associés, bien qualifié pour apprécier le dévouement des Frères qui ne connaît nulle frontière, prononce un discours dont La Croix de Paris a donné des passages sur l'enseignement libre qui ont eu de la résonance dans le grand public.

A Notre-Dame de Paris, le Révérend Père Riquet, le prédicateur universellement connu de la station quadragésimale, dans le panégyrique du Saint, oppose, en un vigoureux contraste, la vie pauvre et souffrante de l'âge mûr à la vie douce et facile de la jeunesse. Il montre comment le Saint a pris à la lettre les paroles de Jésus au jeune homme riche de l’Evangile. A la pauvreté se sont ajoutées des souffrances qui l'ont fait ressembler à Jésus-Christ… Puis, après avoir fait allusion au retournement d'opinion qui se dessine en faveur des Frères, et rappelé que le monde sera toujours l'ennemi des apôtres du Christ, l'orateur s'écrie : « Eh bien ! qu'il soit béni, saint Jean-Baptiste de la Salle qui nous aide à mieux comprendre la parole de notre divin Chef, dite à ses disciples, au soir de sa vie : «Vous aurez à souffrir des persécutions, mais ayez confiance j'ai vaincu le monde ! »

Au grand hôtel Lutetia, où se fait une réunion des personnalités marquantes du monde ecclésiastique, politique, intellectuel, artistique, le Très Honoré Frère Supérieur Général exprime le délicat merci de la reconnaissance aux organisateurs et aux invités qui ont assuré la réussite de ces journées.

A Rouen, le Président National de l'Action Catholique. M. Jean Le Cour Grandmaison, offre à ses auditeurs le témoignage « d'une foi robuste dans l'avenir de l'école chrétienne », et M. le Ministre Letourneau exalte à nouveau l'œuvre du Saint à travers le monde et spécialement dans la capitale normande.

Dans une captivante étude historique intitulée : « Sur les pas de saint Jean-Baptiste de la Salle » le Bulletin des Frères des Écoles chrétiennes de juillet 1951 montre comment le saint Fondateur réalisa harmonieusement les divers genres d'enseignement dont le besoin se faisait vivement sentir à l'aurore du XVIII° siècle. « A Saint-Yon, nous voyons réunis l'école populaire, l'école normale, l'enseignement secondaire, l'enseignement technique, industriel et agricole si vivement réclamé de nos jours et les cours de rééducation et de redressement moral. » Puis l'auteur de l'article cite cette page où Mgr Touchet, évêque d'Orléans, qui fut en son temps un merveilleux orateur, se demandait ce que saint Jean-Baptiste de la Salle avait fait pour la langue française : « Ronsard disait-il, l'avait parfumée d'une onction de grâce attique, Corneille lui avait donné ses sonorités somptueuses, Racine lui avait appris à soupirer délicieusement, Molière et la Fontaine lui avaient dit comment on chante, on siffle, on pleure, on rit ; Bossuet l'avait élevée jusqu'à la majesté biblique. Tous avaient collaboré aux belles disciplines qui l’avaient faite la plus précise, la plus juste, la plus limpide, la plus magnifique des langues.

« Je vous salue, Maîtres ! De ma langue, vous avez été les législateurs, mais lui, le Saint, il en fut le vulgarisateur. C'est lui qui l’a mise aux lèvres des petits avec des règles, des alphabets, avec ses manuels de civilité, ses catéchismes. L’élite vous écoutait, la foule l'entendit. Vos deux œuvres se complètent. Et qui sait, supposé que la sienne eût manqué, ce qui eût été ravi à, la vôtre ? Maîtres, je vous salue dans la pourpre de votre génie, mais vous le souffrirez à côté de vous : je salue aussi profondément le pauvre Frère dans la bure de son humilité. »

Gaétan Bernoville, dans son éblouissante biographie du Saint, relève ce qui constitue sa gloire impérissable : « M. de la Salle pensait bien avoir réussi à descendre dans l'oubli, en abandonnant la supériorité. Or, le titre d'Instituteur des Frères des Écoles chrétiennes, qui lui demeure à, jamais, a marqué sa gloire. Il brille au sein des temps nouveaux comme un avertissement et un signal. Par un puissant et souple effort de synthèse, M. de la Salle a donné sa formule à un enseignement populaire, jusque là bégayant et informe. Bon gré mal gré les maîtres « laïques » des temps modernes en sont tributaires quant à la technique. S'ils l'ont affaiblie, déformée en la vidant de cet esprit du christianisme qui lui est consubstantiel et la nourrit d'une sève irremplaçable, elle continue de vivre dans sa plénitude heureuse chez les Frères des Écoles Chrétiennes. Quant à l'enseignement secondaire spécial qu'il a conçu et appliqué, il a devancé de plus d'un siècle les nécessités de l'âge industriel. C'est avec le titre d'Instituteur des instituteurs, qui est son auréole, que Jean-Baptiste de la Salle est entré dans la gloire des Saints. » (Saint Jean-Baptiste de la Salle, p. 277.)

«L'action du Fondateur, conclut L. Riboulet, se continue non seulement dans ses disciples mais dans les sociétés nombreuses qui se sont élevées à son ombre et comme nourries de sa sève : « Nous ne ferons point injure aux Congrégations françaises de Frères instituteurs, dit M. l'abbé Guibert, en affirmant que la flamme apostolique dont elles brûlent a été prise au foyer qu'alluma saint Jean-Baptiste de la Salle ». (Histoire de la Pédagogie, édit. 1935, p. 317.)

Les Petits Frères de Marie, en s'associant au concert universel d'admiration, d'éloges et de prières qui dans cette année triomphale, fait tressaillir de joie et de fierté les Frères des Écoles Chrétiennes, leurs aînés et leurs modèles, suivent religieusement les consignes que le Vénérable Marcellin Champagnat, leur Père et Fondateur, a laissées dans son Testament Spirituel. Le vœu suprême du mourant étant que la sainte charité règne parmi ses fils, il ajoute : « Je désire, Mes bien chers Frères, que cette charité qui doit vous unir tous ensemble comme les membres d'un même corps s'étende aussi à toutes les autres congrégations. Ah! je vous en conjure, par la charité sans bornes de Jésus-Christ, gardez-vous de jamais porter envie à personne et surtout à ceux que le bon Dieu appelle à travailler comme vous, dans l'état religieux, à l'instruction de la jeunesse. Soyez des premiers à vous réjouir de leurs succès et à vous affliger de leurs disgrâces. Recommandez-les souvent au bon Dieu et à la divine Marie. Cédez-leur sans peine. Ne prêtez jamais l'oreille à des discours qui tendraient à leur nuire. Que la seule gloire de Dieu et l'honneur de Marie soient votre unique but et toute votre ambition !

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