Triduum pour la bĂ©atification du Bx. Fond – Triduum dArlon

F. M.

23/Oct/2010

L'Institut Sainte-Marie d'Arlon est sans contredit la plus importante maison mariste de Belgique. Avec ses sections primaire, moyenne et latine, avec son École normale qui prépare Frères et laïques au Diplôme d'Instituteur, et son École de Régents où se forment les professeurs d'École moyenne, avec ses 600 externes et ses 300 internes, cette institution se devait de faire en l'honneur du Bienheureux Marcellin Champagnat des fêtes grandioses. Elles eurent lieu dans la première semaine de mars, pour se clôturer le dimanche 4 mars.

Nous n'insisterons pas sur la présence de deux évêques, celui de Namur, S.E. Mgr Charue et celui du Luxembourg, S.E. Mgr Lommel, ni sur l'assistance d'un grand nombre de prêtres et de représentants des Congrégations religieuses, pas davantage sur l'affluence de centaines pour ne pas dire de milliers d'anciens élèves, de parents d'élèves et d'amis, ni sur la réussite des chants à l'église, ni sur l'éloquence du prédicateur, ni enfin sur cette chaude sympathie qui se dégageait de ces milliers d'assistants.

Ce qui fut plus remarquable que tout cela, ou du moins plus original et que l'on ne retrouvera sans doute nulle part, ce fut à cette occasion, la création d'un grand drame : L'Aventure du Grand Berger. Création est le mot juste, car il s'agissait d'interpréter pour la première fois, une œuvre du grand dramaturge belge, le R.P. Boon qui, séduit par la vie de notre Bienheureux Fondateur, voulut bien en faire le sujet d'une grande œuvre dramatique.

Avant de rapporter ce qu'en écrivait le lendemain le chroniqueur du journal l'Avenir du Luxembourg, disons que cette représentation coïncidait avec l'inauguration d'une nouvelle salle de fêtes très moderne, aménagée dans le nouveau pavillon à peine terminé que S.E. Mgr Charue devait bénir solennellement.

 

L'aventure du grand berger.

 

L'Aventure du Grand Berger — Œuvre du R.P. J. Boon, l'auteur du Jeu du Saint-Sang, est une vaste fresque dramatique qui évoque l'œuvre de Marcellin Champagnat et de ses disciples. Ce poème dramatique se déroule en trois parties.

La première est bâtie sur le thème des brebis égarées : la Révolution a bouleversé la France et les brebis sont sans pasteur. Qui les sauvera ? Jeanne d'Arc ? Geneviève ?

Leurs voix ne se font pas entendre ; alors, Dieu suscite dans son peuple Marcellin Champagnat, né l'année même de la Révolution.

« Espérer, espérer », chante le chœur ; ainsi, la naissance de Marcellin ranime l'espérance : Marcellin sera prêtre. Il ramènera les brebis.

La seconde partie évoque la naissance de l'œuvre. Marcellin a vu mourir un enfant dans ses bras ; cet enfant ignorait qu'il y a un paradis. Il est sauvé. Mais les autres ?

Les autres brebis ? C'est alors que ce jeune prêtre de vingt-huit ans fonde sa congrégation. La scène de l'engagement des tout premiers disciples, admirable d'élan et de promesse, est brutalement enchaînée par la scène des censeurs ; ceux-ci représentent les critiques — émanant surtout du rang clérical — que le fondateur a dû affronter.

A la logique calculatrice des censeurs s'oppose la foi sans calcul de l'homme de Dieu. Mais la vie de l'Institut se poursuit. Infatigable, Marcellin se donne tout à son œuvre de grand berger des âmes, admirable de zèle, de ténacité, d'enthousiasme, de charité aussi et ceci nous vaut la scène pathétique du « Souvenez-vous » dans la tempête : revenant la nuit après avoir assisté un Frère malade, Marcellin et Frère Stanislas sont surpris par la tempête de neige. Le Frère tombe exténué. Marcellin sent monter en lui l'affreuse tentation du désespoir : les censeurs de la veille taxaient de folie son entreprise ; n'ont-ils pas raison ? Cette scène de la prière à la Vierge dans l'horrible tentation est saisissante : tempête dans les airs, tempête surtout dans l'âme. Certes, il faut dire que le dramaturge a trop sacrifié au romantisme ; toutefois, la grandiloquence n'y est pas excessive et par ailleurs, cette séquence garde une remarquable vérité psychologique. Car on n'est pas fâché d'y voir un saint aux prises avec la tentation et gémissant sous son attaque.

Dans la troisième partie, la scène s'élargit aux dimensions du monde. Marcellin meurt, mené par les anges au ciel, tandis que la terre entière verra l'admirable croissance de l'arbre partir au grand large vers tous les continents.

Cette scène du départ, riche d'élan, comme la scène de l'engagement au deuxième acte est, elle aussi, violemment enchaînée par la scène des croque-morts. Que sont ces croque-morts ? Ce sont ceux qui se font fort d'enterrer l'œuvre de Dieu entreprise par Marcellin et par ses disciples. Comment s'y prendront-ils ?

Le ministre Combes les chassera de France en 1903 ; le Gouvernement mexicain les harcèlera, tandis qu'en Chine, les Boxers révolutionnaires décimeront leurs rangs.

En 1936, les communistes d'Espagne feront périr cent soixante-dix Frères. Cette scène cruelle est parmi les mieux réussies. C'est le secret du P. Boon de savoir mettre sous les yeux les temps et les espaces, de tracer le décor à la fois le plus burlesque et le plus douloureux.

Et voici le tableau final : Marcellin au ciel avec ses Frères qui ont peiné et souffert comme lui et avec les enfants sauvés, les brebis amenées au bercail. L'Aventure du Grand Berger aboutit et culmine dans une extase indicible.

Voilà quel est ce poème dramatique qu'ont applaudi vendredi, samedi et dimanche, trois mille spectateurs enthousiastes.

Mais il faudrait encore dire tant de choses, parler de la musique si bien adaptée d'A. Meulemans, de cette musique qui ponctue à merveille le déroulement des faits.

Parler de la couleur et de la lumière harmonisées au mieux avec les sentiments successifs. Mais insistons sur la qualité du jeu. Le sujet était austère, le texte souvent fort difficile, les mouvements de groupes requéraient une minutieuse attention. La synchronisation de la couleur, du son et des paroles devait être rigoureuse et puis, surtout, il s'agissait d'une création théâtrale. Or, tout fut donné sans bavure. C'est une prouesse telle que seuls pouvaient la réaliser quatre-vingt-treize acteurs d'une excellente bonne volonté et un régisseur d'un talent authentique, Albert Fassbender.

Arlon a vu hier, une création théâtrale. C'est chose vraiment peu banale mais ce qui est peu banal, surtout ce qui est prometteur, c'est que les jeunes interprètes de l'Institut Sainte-Marie ont conquis un nombreux et brillant publie.

Maître Fassbender, fondateur des Compagnons de Saint-Lambert, nous vous remercions d'avoir fondé « Les Compagnons de Sainte-Marie ».

                                                                    F. M.

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