Triple jubilé à linstitut Sainte-Marie-Darlon

F. M. L.

20/Oct/2010

Le 26 décembre, journée grandiose, triomphale pour l'Institut Sainte-Marie d'Arlon qui célèbre avec éclat un triple jubilé : les 60 ans de l'École Normale, les 50 ans des Humanités Modernes, les 25 ans de l'Amicale Royale des Anciens Élèves de l'Institut Sainte-Marie.

Venus du Grand Duché de Luxembourg et de toute la Belgique, les Anciens ont répondu nombreux et avec enthousiasme à l'appel du Comité organisateur : Jeunes instituteurs qui manifestent bruyamment leur joie de se retrouver en pays connu, ingénieurs grisonnants, fonctionnaires blanchis sous le harnais, bourgmestres bedonnants qui représentent les temps héroïques et qui n'ont pas oublié les années passées en cette vaste maison toujours si accueillante…et qui a subi tant de transformations depuis…

Le premier contact, le premier salut des Anciens ont lieu dans la chapelle aimée, décorée avec goût par de jeunes frères artistes, sous le regard de l'Enfant Jésus et de Notre-Dame…Ce n'est pas sans émotion qu'ils se retrouvent sur les vieux bancs auprès du divin Maître…

Mais voici l'imposant cortège si coloré d'acolytes, de chanoines, de prêtres qui font escorte à Mgr Charue, Évêque de Namur, accompagné de Mgr Lommel, Évêque coadjuteur de Luxembourg, tandis qu'au Jubé s'élève le « Ecce Sacerdos ». La foule des anciens et des personnalités s'incline et se signe respectueusement au passage du Chef vénéré du Diocèse qui ne cesse de bénir…Une messe solennelle, présidée au trône par Mgr Charue, est célébrée par un vénérable ancien aux cheveux blancs : M. l'Abbé Poiré, Doyen de Messancy, assisté des curés Gilson et Bodeux, également anciens élèves. La schola, sous la conduite du C.F. Charles-Ignace, exécute avec brio les chants sacrés chargés de prière et de souvenir, chants de foi et de louange, d'imploration et de reconnaissance, repris comme jadis, par les anciens. Toutes les voix vibrent dans un sentiment de foi profonde bien propre à émouvoir tous les assistants.

Comment aujourd'hui, pourrions-nous ne pas prier la Sainte Vierge qui a béni 60 ans de travail et de dévouement, 60 ans de prospérité…Songeons aux services rendus, aux nombreux prêtres, frères, excellents chrétiens formés dans cette sainte maison…Que de grains jetés à la terre féconde… Et l'assistance implore le Ciel pour que l'Institut Sainte-Marie reste toujours digne de son glorieux passé…

Hommage aux héros. — Mais d'autres anciens attendent que l'on appelle sur eux la miséricorde divine…l]s veulent autre chose qu'une minute de silence…ou l'émotion de quelques secondes sur la terre nue d'une tombe…Voilà pourquoi, après la Messe, Anciens et Personnalités se pressent devant l'austère et sobre monument surmonté d'une croix de granit…Et pour le repos de l'âme des 69 professeurs et anciens élèves tombés en héros durant les deux guerres, Monseigneur l'Évêque récite le De Profundis auquel la foule recueillie répond pieusement.

Des fleurs sont déposées au pied de la stèle par des anciens élèves belges et grand-ducaux tandis que la musique militaire exécute les hymnes nationaux des deux pays… Des yeux se mouillent au souvenir du sacrifice de ces héros qui furent les professeurs ou les condisciples de cette foule d'anciens qui n'oublient pas…

Un moment de détente permet aux anciens de se reconnaître, de se saluer et d'évoquer quelques souvenirs devant les magnifiques panneaux riches en plans, graphiques et photos qui soulignent les activités nombreuses de la maison, les fêtes sportives, les sorties marquantes de l'Institut, les œuvres et missions du Congo, sans oublier ces vieux groupes de classes tout jaunis où d'honorables anciens se retrouvent gamins…

Mais une main discrète dirige tout ce monde joyeux et « rajeuni » vers le réfectoire où se tient la séance académique.

 

La séance académique. — Faute de place, résumons les remarquables discours qui exaltent le fécond travail des Frères Maristes, font voir toute l'importance 'de l'Institut Sainte Marie, évoquent la figure héroïque des morts glorieux, font revivre tout le passé de la maison, son rayonnement dans le Grand Duché et le Luxembourg.

Le C.F. Félicien, Directeur de l'Institut Sainte-Marie, souhaite, en termes émus, la bienvenue aux nombreuses personnalités civiles, militaires et religieuses présentes. Il souligne le développement croissant de l'Institut qui sous la protection de Notre Dame d'Arlon et de Luxembourg n'a cessé de prospérer en réalisant son double but : « Former des âmes et faire le bien ». Il exprime sa gratitude à Mgr Charue qui a donné à l'Institut tant de preuves de sa sollicitude, notamment en autorisant la création d'une section d'humanités anciennes. Le C.F. Directeur fait acclamer le nom du Lieutenant général d'aviation L. Leboutte retenu en Hollande par les devoirs de sa charge et qui a accepté la Présidence d'honneur de l’Amicale des Anciens Élèves.

Mgr Lommel apporte l'hommage affectueux de l'Evêque de Luxembourg aux Frères Maristes d'Arlon qui ont tenu bien haut depuis plus d'un demi-siècle le drapeau d'une cause qui leur est chère entre toutes puisqu'ils y ont consacré leur vie : celle de l'enseignement libre. Son Excellence forme les vœux les plus fervents pour la prospérité de l'Institut et exprime la gratitude aux Frères Maristes des insignes services rendus à la jeunesse catholique du Grand Duché.

Mgr Simon, secrétaire de l'Amicale, et le Sénateur Uselding, ancien des Humanités font revivre avec chaleur l'histoire de l'Institut de l'École Normale et des Humanités modernes dont voici quelques dates : 5 nov. 1888 : arrivée de Frères Maristes à Arlon et fondation d'un Noviciat. 1890 : Ouverture d'une École Normale pour les Frères. J892 : Autorisation officielle d'ouverture d'une école Normale agréée.—1895: Ouverture de classes professionnelles qui deviendront les classes d'Humanités Modernes. — 1908-1909 Construction de la chapelle actuelle. — 1913 : Ouverture du pensionnat et admission d'élèves laïcs à l'École Normale. 1936 : Fondation de l'Amicale des Anciens Élèves par le C.F. Henri-Gustave. — 1944 : Ouverture de l'École Normale moyenne (formation de régents). — 1947 : Inauguration du monument aux morts des deux guerres. — 1950 : Ouverture des classes d'humanités Gréco-latines.

M. Simon fait acclamer les noms de tous les directeurs de l'Institut qui ont apporté leur pierre à l'édifice et ont fait preuve du même zèle, du même dévouement. Plusieurs ont depuis longtemps reçu la récompense de leurs travaux. Du haut du Ciel, ils doivent contempler avec grande satisfaction que le sillon ouvert par eux s'est agrandi et que leur action n'a pas été inféconde. Hommage est également rendu à M. l'abbé Déom C. digne successeur des vaillants aumôniers qui ont contribué à la prospérité et au renom de l'Institut Sainte-Marie.

« Grâce au solide enseignement des Frères Maristes, souligne le Sénateur Uselding très applaudi, les Anciens forment une élite influente dans l'armée, dans l'administration, dans les carrières libérales. »

M. Tempels, le distingué Président de l'Amicale, fait à son tour l'historique de l'Amicale fondée il y a 25 ans, sous l'impulsion du regretté Frère Henri-Gustave, ancien provincial, et qui compte maintenant 1030 membres. Il exalte la solidarité qui existe entre les Anciens et souligne les buts poursuivis par l'Amicale :

« Promouvoir des idées chrétiennes parmi les membres et travailler à la prospérité des œuvres, surtout à celle de l'Institut Sainte-Marie ; établir entre les membres, à leur profit et pour leur agrément des relations amicales et des offices d'entraide, fonder des bourses d'études au profit des élèves bien doués dont les parents seraient sans fortune. »

M. l'Inspecteur général Hinnesdaele, représentant du Ministre de l'Instruction Publique, évoque la belle figure du vénérable Père Champagnat dont il a pu apprécier la valeur et le mérite grâce à ses contacts avec le regretté Frère Léon, pédagogue réputé qui proposa aux éducateurs des méthodes nouvelles « Hors des sentiers battus »…!! salue, en termes chaleureux, les Frères Maristes par ces mots chrétiens qui déchaînent les ovations de l'assemblée : « Heureux ceux-là qui pour soutenir leurs efforts et pour éclairer leur voie ont choisi l'apaisante ferveur de la foi ».

 

Des professeurs à l'honneur. — Avec l'aide de l'inspecteur Lepage qui exalte également l'excellent enseignement des Frères Maristes, il épingle sur la poitrine de plusieurs professeurs les décorations suivantes :

Le C.F. Élie-Victor, Directeur des Écoles Normales : Chevalier de l'ordre de Léopold. — Les C.F. Dorothée et Etienne-Marie, anciens professeurs de l'École Normale : Chevaliers de l'ordre de la Couronne.

Le C.F. Eugène-Marie : Chevalier de l'ordre de Léopold II. Les G.F. Marie-Gébuin Directeur de l'école Primaire et Hilaire-Joseph, pour plus de 40 ans d'enseignement : les palmes d'or de la Couronne.

Le C.F. Augustin: pour plus de 35 ans d'enseignement: la croix civique de première classe, ainsi que M. Urbain Orban, Instituteur, pour plus de 25 ans d'enseignement.

Des acclamations enthousiastes soulignent ces récompenses qui représentent une vie de labeur ardu, de prières ardentes, de sublime dévouement, de gai sacrifice, de fructueux apostolat, de protection providentielle pendant 20, 30, 40 ans et plus…

M. l'abbé Mottet, Président des services de renseignement et d'action du Luxembourg, remet la médaille de la Résistance et la médaille commémorative de la guerre 1940-45 aux Frères Eugène-Marie, Basile et à M. Orban qui font honneur à l'Institut Sainte-Marie pour les actions d'éclat accomplies au risque de leur vie. L'ovation de l'assistance relève le mérite de ces braves serviteurs de la Patrie.

 

La parole est au chef du Diocèse. — Chaudement applaudi, Son Excellence Mgr Charue, paternellement, avec cette simplicité affectueuse qui gagne et émeut les cœurs, magnifie le zèle, le dévouement admirable et inlassable des Frères Maristes, religieux éducateurs dont la réputation n'est plus à faire.

Son Excellence souligne l'Idéal de l'enseignement chrétien. Il salue la délégation Grand Ducale et se réjouit fortement de voir les deux Luxembourg étroitement unis.

Évoquant le Message de Noël de S.S. Pie XII, Mgr Charue rappelle qu'une des missions fondamentales de l'Église est d'être Messagère de charité et d'être tutrice des âmes, de maintenir parmi les peuples le sens de l'absolu et d'entretenir la vigueur des forces spirituelles dans le monde. L'Église remplit sa mission en prêchant la charité mais aussi en attirant les âmes vers le beau, en disant la vérité.

L'influence de l'Église dans le temporel est immense. Il est des hommes qui consacrent toute leur vie à cette mission : ce sont les éducateurs. Parmi ces derniers, dit le Chef du Diocèse, nous sommes heureux d'exalter les mérites de ceux qui travaillèrent à l'Institut Sainte-Marie. « Avec vos grandes qualités d'éducateurs, vous avez formé des chrétiens d'élite qui, par leur influence, souvent par les hautes fonctions qu'ils exercent, gardent à ce coin du Luxembourg un caractère particulier qui en fait au point de vue chrétien un des joyaux du Diocèse, la réserve saine qui doit alimenter l'avenir du Pays. Sur vous plane cette béatitude qui domine l'Évangile et qui bénit spécialement ceux qui veillent sur les enfants. A Vous va la gratitude du Diocèse et des anciens de toute la région » .

Son Excellence formule des vœux pour l'avenir de l’institut : « Que votre dévotion et votre dévouement soient animés par une filiale confiance à Marie. La dévotion mariale est la consigne des temps présents. L'attachement que les Frères Maristes témoignent à Notre-Dame est pour moi le meilleur garant que l'Institut Sainte-Marie agit dans la ligne de la vérité qui sauve et qui donne confiance dans l'avenir. Tenez bon. L'avenir continue le passé. Avec Marie, votre belle œuvre ne peut que se développer. »

Toute réunion qui se respecte se termine par un banquet… Les Anciens participent donc à des agapes fraternelles qui se déroulent dans une gaîté bruyante. Le menu est copieux et de qualité. Les exclamations fusent joyeuses, les vieux souvenirs renaissent. Des toasts sont prononcés en l’honneur de SS. le Pape, à S.M. le roi, à Son A.R. la Grande Duchesse de Luxembourg, au Révérend Frère Supérieur Général… Puis, quand on a bien bavardé on s'en retourne comme à regret, emportant au cœur ce baume si doux de l'amitié fidèle, bénie et protégée par Notre-Dame d'Arlon et de Luxembourg.

En résumé : très belle journée pour l'Institut Sainte-Marie et son Amicale d'Anciens. Journée triomphale pour l'enseignement catholique. Journée d'affectueuse sympathie à l'égard des Frères Maristes et de leurs œuvres.

Honneur à l'École Normale d'Arlon, vigoureuse sexagénaire, fière de son long passé et qui prépare un plus bel avenir en formant de nombreux maîtres chrétiens à toute la jeunesse.

Honneur aux Humanités Modernes qui fournissent l'élite de nos campagnes chrétiennes.

Honneur et merci au comité de l'Amicale des Anciens et à tous ceux qui furent à la peine pour préparer une fête si réussie. L'Amicale est devenue un organisme riche en nombre, riche en personnalités puissantes, capables de former autour de l'Institut Sainte-Marie comme une tour de protection matérielle et morale, capable par son union de constituer une force nationale effective.

Puissent les Anciens se retrouver souvent et toujours plus nombreux auprès de Notre Dame, à l'ombre de cette maison, qui est la leur, fruit de tant d'amour et de dévouements surnaturels.

                                                      F. M. L.

RETOUR

Juvénat San José...

SUIVANT

50 ans à Chicoutimi...