Tristesses, consolations, espérances

12/Sep/2010

Les sujets de tristesse ne nous ont pas manqué, hélas ! depuis l'apparition du dernier numéro du Bulletin1. C'est d'abord la déplorable explosion de la guerre qui, non contente de faucher brutalement dans leur fleur des centaines de milliers d'existences humaines, d'accumuler sur la plus grande partie de l'Europe des ruines qu'il est a peine possible d'imaginer et de faire sentir plus ou moins son terrible contrecoup dans tout le reste du monde, a eu, pour nous en particulier, le malheureux effet, en appelant par centaines nos Frères sous les drapeaux, de désorganiser sinon d'anéantir nombre de nos œuvres les plus prospères. C'est, ensuite la fin presque soudaine du grand Pape Pie X, qui depuis onze ans gouvernait la Sainte Eglise avec une sagesse, une fermeté, une douceur et une sainteté de vie qui ont forcé le respect et plus d'une fois l'admiration de ses plus irréductibles ennemis eux-mêmes. En toutes rencontres, il se montra si bon, si accueillant, si paternel envers nos Supérieurs et si plein d'un sympathique intérêt pour tout ce qui regardait le bien et la bonne marche de notre Institut ! Et, connue s'il était vrai que les malheurs s'appellent les uns les antres, ce deuil si cruel pour l'Eglise et pour nous devait 'être si promptement suivi de celui rie S. E. le Cardinal Ferrata, notre bien-aimé Cardinal Protecteur ! Ce sont enfin les mesures de proscription dont vient, nous dit-on, d'être frappée par la révolution triomphante notre belle province du Mexique, si visiblement bénie de Dieu jusqu'ici, et à laquelle l'esprit religieux de ses membres non moins que la remarquable prospérité de ses œuvres de formation et le développement rapide de ses établissements scolaires semblaient promettre un avenir meilleur encore.

Tout cela sans doute pour nous rappeler une fois de plus, si nous avions pu l'oublier, qu'ici-bas il n'est rien de stable, que tout y est sujet à l'agitation, aux vicissitudes, aux bouleversements imprévus, et que, sur la mer tourmentée de ce monde, en dehors de quelques rares moments d'accalmie, c'est au milieu d'une lutte incessante contre tous les caprices des vents et des flots que doit se poursuivre l'œuvre du bien.

Mais, selon sa coutume, à côté de l'épreuve, la Providence a daigné placer aussi bien des sujets de joie, parmi lesquels il convient de citer en premier lieu l'inoubliable manifestation de foi, de confiance et d'amour qui fut faite à Notre Seigneur au Congrès Eucharistique de Lourdes, un des plus magnifiques et des plus réconfortants qu'il y ait eu. Il est vrai que plusieurs des précédents avaient trouvé dans les grandes cités où ils tenaient leurs pieuses assises un élément de splendeur que ne pouvait offrir la modeste localité pyrénéenne ; mais combien cet élément, si précieux soit-il, se trouvait abondamment compensé par l'incomparable décor d'une nature merveilleuse et par l'atmosphère de prodiges surnaturels dont on s'y sentait enveloppé et comme pénétré !

Nulle autre part, du reste, on ne vit une foi plus ardente, une piété plus délicieuse ; nulle autre part on n'eut l'impression plus vive que le Congrès était comme l'ante du peuple chrétien, associé dans un hommage commun d'adoration, de reconnaissance et d'amour envers la divine Hostie. Non seulement, en effet, sous la, présidence du Légat du Saint-Père, il comptait dans son sein une imposante représentation de l'épiscopat, du clergé, des ordres et congrégations de religieux et du peuple catholique de tous les pays ; mais il était de plus en communication étroite de pensées, de sentiments et de prières avec la multitude des fidèles qui, sur toute l'étendue de la chrétienté, se regardait comme personnifiée en lui.

Il semblait que, par son moyen, selon l'expression d'un éloquent prélat, la terre entière fût comme un vaste encensoir qui, et la même heure, aux mêmes jours, faisait monter le parfum de la même foi, du même amour, des mêmes adorations vers le même Dieu et le même Sauveur dans l'Eucharistie, au milieu d'une ovation simultanée de tous les peuples, confondus dans la même pensée, et offrant chacun, au nom de sa patrie respective, son hommage national au Cœur du Fils, roi et maître des nations, par les très pures mains de sa Mère immaculée.

A ce grand sujet de joie chrétienne et d'action de grâces vint bientôt s'en ajouter un autre auquel les circonstances donnaient un prix tout particulier. Ce fut de voir l'Italie échapper comme par miracle au fléau de la guerre qui semblait devoir presque inévitablement l'entraîner dans son tourbillon dévastateur, ce qui sauva d'une fatale désorganisation et peut-être d'une destruction complète nos chères œuvres de formation qui ont trouvé sur son sol hospitalier une liberté si précieuse et un accueil si sympathique.

Enfin, plus récemment, à la faveur de ce même providentiel état de paix, le Conclave, réuni à Rome sans aucune des difficultés que pouvait faire redouter la situation si troublée de l'Europe, put mettre fin très promptement, par l'heureuse élection de N. S. P. le Pape Benoît XV — que Dieu protège et conserve ! — au deuil cruel où avait plongé tout l'univers catholique la mort inattendue du vénéré Pie X.

C'est une preuve de plus que, si maternel de la Divine Providence veille toujours avec un soin attentif sur la Sainte Eglise et sur toutes ses œuvres, il y veille tout spécialement dans les temps difficiles ou calamiteux ; et c'est ce qui doit nous donner en Elle, quels que soient les événements, une confiance aussi illimitée qu'inébranlable. Dieu est notre père. Il nous aime d'un autour aussi étonnant que mystérieux, dont tout ce que l'amour paternel d'ici-bas peut avoir de tendre, de profond et d'ineffablement doux n'est qu'une pâle image. Si donc nous songeons que c'est son infinie sagesse qui préside à tous les événements pour les faire tourner à sa plus grande gloire, dont tout notre bonheur, en définitive, doit consister à souhaiter, vouloir et procurer la réalisation, quel motif pourrions-nous avoir de nous troubler et surtout de nous laisser abattre ? Le seul sentiment qui nous convienne, au contraire, n'est-il pas celui du saint roi David, qui s'écriait au milieu des préoccupations et des dangers les plus graves : "Le Seigneur est ma lumière et mon salut, qu'ai-je à craindre ? Le Seigneur est le protecteur de ma vie, quelle raison pourrais-je avoir de trembler ? Si des armées se dressent contre moi, je les affronterai d'un cœur ferme, et s'il me faut marcher au combat, je m'y résoudrai plein d'espoir’’ (Ps. 26).

Sans doute, comme à des soldats perdus, pour ainsi dire, au milieu de la mêlée et réduits et ne savoir que ce qui passe autour de nous dans un rayon très limité, il peut nous arriver de ne pas bien nous vendre compte de l'utilité, pour le gain général de la bataille, du rôle qui nous est assigné ; mais nous avons en Dieu un général en chef et la prévoyance et à la sagesse duquel rien n'échappe, et cette assurance doit nous suffire pour nous porter à nous acquitter de ce rôle avec courage et confiance, dans la pleine persuasion que le bien général de la cause que nous soutenons, auquel est invinciblement lié le nôtre propre, en résultera.

Que cette pensée ne nous abandonne jamais non seulement dans les circonstances présentes, mais dans tout le cours de notre vie. Elle sera notre consolation et notre force. Dans nos tristesses et nos alarmes, elle nous donnera la patience et l'espoir ; dans nos efforts vers la perfection, elle nous préservera du découragement aux heures d'aridité et de sécheresse ; dans les tentations, elle nous apportera lumière et courage. Le sentiment de piété filiale, qu'elle nous inspirera envers notre Père céleste nous calmera dans nos inquiétudes au sujet de nos péchés passés et nous portera à nous reposer sur lui avec une douce confiance même de la terrible décision de notre sort éternel ; et de là naîtra, "avec une tranquille liberté d'esprit mêlée du désir ardent de le servir, un facile oubli de nous-mêmes qui nous communiquera la douceur dans la prière, la patience dans le doute, la calme dans les difficultés, la joie dans l'épreuve et la résignation dans les douleurs’’.
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1 Ce dernier numéro est celui de juillet. Nous avons dû, pour cette fois, supprimer celui de septembre, la perturbation amenée par l'état de guerre dans le fonctionnement du service postal ne nous permettant pas d'espérer que ce numéro pût arriver régulièrement a sa destination.

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