Un Coup d?il sur le Brésil

08/Oct/2010

Fondation. — Un immense terrain, que la Providence avait ménagé à ses Petits Frères, pour parer aux malheurs de 1903, on ne contestera pas que ce soit l'Amérique du sud. On peut même dire, en plaisantant, que c'était une belle poire pour la soif, car l'Amérique du Sud en a la forme et le Brésil aussi, en particulier, qui est la grosse unité, avec, en bordure, une série de Républiques florissantes de langue espagnole : Argentine, Chili, Pérou, Colombie, Venezuela, où nous avons pris pied.

Il fallait s'implanter et s'enraciner. Nos Seigneurs les Evêques nous tendirent une main qu'on hésitait alors un peu à saisir. Frayeur bien naturelle, à considérer l'ampleur de la tâche. Mais nos saints du ciel, qui voient loin et clair, se mirent évidemment de la partie, et l'on vit un beau jour une demi-douzaine de rabats blancs qui faisaient voile vers le Brésil.

Faire voile, on le comprend, c'est la vieille expression de Cabral et de Christophe Colomb, d'Anchieta et de François Xavier, car en 1897 la vapeur mettait au service des apôtres ses précieuses ressources.

Aussi filaient-ils à vigoureux tours d'hélice, nos confrères émerveillés. Tous, moins un, ignoraient jusqu'à la langue du pays où ils émigraient. Mais ce pays était le Brésil, le joyau de Marie, qu'elle avait sauvé de la rage diabolique du marquis de Pombal, comme un peu plus tôt elle en avait écarté le virus protestant des Hollandais. Et Marie aussi, pour lui, avait longtemps préparé ses Petits Frères.

Ils n'eurent jamais au Brésil une heure de nostalgie. Ils voulurent toujours aussi s'y faire bien petits, laissant à la Sainte Vierge le soin de les approcher des trônes épiscopaux. Il y en a même qui prétendent que nous possédons au Brésil les Collèges d'Amérique les plus peuplés. Mais, laissons cette question de côté, et remercions Marie de l'aide qu'elle nous a donnée, en faisant croître trois belles Provinces sur cette terre brésilienne, où elle nous a dirigés.

Nous ne sommes pas jaloux d'ailleurs et admirons sans pouvoir rien montrer de semblable tout ce que les Numéros récents du Bulletin nous ont raconté de l'Institut Alvear, près Buenos-Aires. D'ailleurs, ce sont nos voisins du même hémisphère et la statue miraculeuse de Marie qui fit halte à Luján venait du Brésil, ce qui augmente nos sentiments fraternels.

 

L'Église et l'Etat. — Il est sûr, en tous cas, que nous avons depuis toujours, au Brésil tant septentrional que méridional ou central, bénéficié d'une estime encourageante de la part des autorités ecclésiastiques et civiles : deux pouvoirs avec lesquels nous devons collaborer et par conséquent, maintenir des relations étroites.

Que sont ces pouvoirs au Brésil, et d'abord, la puissance religieuse, l'Eglise ? Elle est née et a grandi dans la lutte, parfois sanglante, toujours héroïque. La mer, les anthropophages, le poignard calviniste ont donné ses premiers martyrs à l'Eglise du Brésil. Elle a passé ensuite par un fléchissement accusé, quand le fameux Pombal en eut expulsé les Jésuites et eut créé dans sa colonie un séminaire où il s'imposait. Plus tard, la réaction se fit, humble, cachée, sous couvert de patriotisme, d'émancipation; puis énergique, tenace, contre un empereur élevé dans les doctrines régalistes, et enfin, conquérante, irrésistible, à l'abri d'une République large, accueillante, bienveillante.

Elle compte aujourd'hui 16 provinces ecclésiastiques avec 68 diocèses ou archidiocèses et 20 prélatures apostoliques. Presque toutes ces provinces ont de nos Frères et Nos Seigneurs les Evêques veulent que ce soit bien près d'eux, le plus près possible, dans leur capitale. Il arrive même, comme à l'Evêché d'Uberaba, province ecclésiastique de Belo Horizonte, que l'Ange de l'Eglise confie à nos Frères la formation des Séminaristes.

La puissance civile, hélas, n'a point nulle part, on le sait, la sûreté de doctrine, la fermeté d'orientation de l'Eglise de Jésus-Christ. Elle souffre bien davantage des misères humaines : faiblesse et ambition. Mais, elle a trouvé chez nos Frères constamment et constamment reconnu, des serviteurs dévoués sans réserve à ses nobles desseins.

Qu'importent, après cela, les soubresauts qui de loin en loin et plus récemment, puisque la dernière révolution date des derniers mois, viennent de temps à autre agiter les esprits.

 

Dernières luttes. — Ne rappelons que pour mémoire la lutte qui mit aux prises l'État de Saô Paulo avec le reste du pays. Ce n'est pas à nous à prendre parti dans les raisons qui les opposaient. Rappelons seulement les beaux mouvements d'enthousiasme, les sacrifices héroïques consentis de chaque côté pour la cause qu'on croyait la meilleure. On vit des familles offrir les bijoux et des évêques jusqu'à leur croix pectorale. Aussi les armes déposées, la querelle entre enfants de la même terre finit par un essai de conciliation autour d'un remaniement de la Constitution.

Actuellement l'assemblée élue délibère à Rio de Janeiro. Il est bien sûr, hélas! que l'on entend des discours qui rappellent les mauvais jours où Waldeck-Rousseau et Combes, pour ne parler que des morts, excitaient les passions antireligieuses. Mais, en face, quelle élite de beaux talents rappellent O’Connell et Windthorst. Et il semble bien qu'une majorité imposante se montrera soucieuse des droits de l'Eglise.

Et c'est pour nous un sujet de consolation et d'espoir de voir dans cette élite un certain nombre de nos anciens élèves qui font honneur à leurs maîtres et arborent fièrement les principes religieux qu'ils ont reçus dans nos Collèges.

Que désirent les Petits Frères de Marie qui travaillent sous la Croix du Sud, dans le cadre ci-dessus? Comme leurs Confrères de partout, auxquels ils s'unissent autour du V. P. Champagnat, ils ne désirent qu'une seule chose, et ils le redisent à chaque instant

Adveniat regnum tuum.

Pour le moment le Brésil tout entier, en y comptant les effectifs des trois Provinces, comprend: 729 Frères, plus 409 juvénistes et postulants. Le voilà donc devenu l'un des plus beaux fleurons de l'Institut. Les vocations d'abord rares y ont été découvertes nombreuses, comme on va le constater dans les pages suivantes qui nous donnent des nouvelles de quatre juvénats sur six que compte le Brésil.

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Les Juvénats du Brésil Méridional. — Une Province qui ne manque pas de Juvénats, ni de Juvénistes, c'est le Brésil Méridional. Il y a pour le moment 167 Juvénistes dans ses trois juvénats: le Juvénat Champagnat à Porto Alegre, celui du Sacré-Cœur à Bom Principio et celui de l'Immaculée Conception à Passo Fundo.

Le plus ancien et, peut-on dire, le Père des deux autres, c'est le premier, celui de Porto Alegre. Il a en effet poussé deux rejets vigoureux dans nos terres si propices et un troisième s'annonce. C'est le cas de dire que ç'a été le grain de sénevé qui est devenu un grand arbre.

Qu'on en juge plutôt par ce qui suit: en février dernier sont passés au Noviciat, 30 juvénistes. C'est un joli chiffre.

Il reste maintenant, au juvénat Champagnat de Porto Alegre, 66 enfants, a celui du Sacré Cœur, de Bom Principio, 78 enfants et, à celui de Passo Fundo, ils sont encore 23.

 

Essai d'un quatrième. — Pendant ce temps, le Collège d'Antonio Prado, situé au nord-est de l'Etat, a vu son Frère Directeur prendre une initiative heureuse. Depuis l'année dernière il a essayé de recevoir comme pensionnaires, des enfants de bonnes familles de colons de l'intérieur qui se sont exercés à devenir juvénistes et qui, finalement, le sont tous devenus, sauf trois qu'on a rendus à leur famille. L'expérience était encourageante. Aussi, le C. F. Directeur compte bien, cette année, sur une bonne trentaine de pseudo-pensionnaires, ce qui évidemment va renforcer le nombre des recrues des autres juvénats.

 

Les études. — Il est à remarquer que le Juvénat de Bom Principio, bien, que très récent, et ne datant guère que d'un an, est le plus nombreux. Voici l'explication. Tous nos Juvénistes suivant les programmes officiels, ce qui est de plus en plus la règle partout, ils sont échelonnés au Juvénat Champagnat sur les classes qui vont depuis la 1ière  jusqu'à la 3ième année secondaire, de sorte que ceux qui n'ont pas encore pu y être admis doivent suivre les cours primaires dans les deux autres établissements.

Ce Juvénat Champagnat fait partie de notre maison provinciale et ses élèves vont conquérir leurs diplômes, année par année, à notre Gymnase de Notre-Dame du Rosaire de Porto Alegre. Une fois la 3ième année secondaire accomplie, ils passent au Noviciat. Quand ils en sortent, ils sont à même, en peu d'années d'arriver au titre de bachelier.

Le Juvénat de Passo Fundo, annexe du Gymnase de l'Immaculée Conception, y passe les examens jusqu'au cours d'admission, ou même jusqu'en le année secondaire, selon l'âge et les aptitudes des élèves.

Avec la fermeture du pensionnat, le Juvénat de Bom Principio, qui l'année passée n'occupait que la moitié de l'édifice, est maintenant au large, car il a hérité de toute la maison, ce qui lui permettra d'arriver à cent et au delà.

Si ces résultats consolants sont le fruit des bénédictions divines, nous en devons aussi reporter l'honneur aux Frères recruteurs, car, à leur zèle constant et dévoué; est dû, en bonne partie, l'afflux des nombreux et excellents éléments qui sont l'espérance des œuvres maristes de notre cher Brésil Méridional.

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Montons maintenant vers le nord.

Un des Juvénats du Brésil Central. — Quand fut fondé, il y a dix ans, le Juvénat de Curitiba, nul ne pensait aux développements que prendrait cette Œuvre nouvelle et pourtant, depuis quatre ans, il a atteint son plein et il suffit de maintenir ses effectifs, aussi complets que la maison peut en contenir.

C'est au point que l'on peut dire que sa croissance a été merveilleuse, et il faut en chercher la raison dans la protection spéciale de la Sainte Vierge et aussi de celui dont il porte le nom, notre Vénérable Fondateur.

Il parait déjà loin le temps où les Juvénistes de Curitiba étaient logés dans l'Institut Santa Maria. Mais finalement, on parvint à découvrir et à acheter le nouveau local qui a gardé le nom primitif de Bigorilho, et dans lequel on s'installa avec allégresse.

Bien qu'il soit donc assez récent, ce Juvénat a aujourd'hui la joie de compter déjà, parmi ses anciens, 54 jeunes Frères, soit au Noviciat, soit au Scolasticat, soit enfin dans les Etablissements.

La vie des Juvénistes n'y diffère évidemment pas suffisamment de celle des autres Juvénats pour valoir la peine de la décrire. On y est, comme ailleurs, joyeux, pieux et travailleurs. Les plus grands accidents sont ceux qui arrivent au jeu : un doigt tordu, un pied foulé, un coup reçu à la tête. On se croit un instant arrivé à ses derniers moments et puis tout se guérit et on recommence à jouer, avec un peu plus de circonspection toutefois.

 

Belles promenades. — Et quelle raison aurait-on d'être triste? Les études sont menées avec vigueur, c'est vrai, mais les délassements arrivent opportunément et les prières, le travail manuel, les belles promenades font un ensemble merveilleux. Les excursions parmi les campagnes environnantes donnent l'occasion d'admirer les œuvres du bon Dieu et la beauté du ciel d'azur de nos. régions tropicales. Le paysage n'est ni désertique ni monotone. Et puis, nous ne sommes pas si loin de la ligne de tram que nous ne puissions en profiter pour les congés. Nous avons visité en détail déjà une fabrique de bière, une fonderie, une manufacture d'allumettes.

Et chaque fois nous avons trouvé un accueil sympathique et de braves gens pour nous expliquer, de façon tout à fait technique, tous les secrets de la fabrication ou les détails intéressants. La Direction de la brasserie a même voulu que nous fassions connaissance, autrement qu'avec les yeux, avec les produits de l'établissement et nous sommes revenus rafraîchis de nos fatigues. Dans la fabrique d'allumettes nous avons vu faire des boîtes avec une rapidité inimaginable.

Nous avons aussi pu visiter le camp d'aviation de Bacacheri et admirer de près les évolutions des avions qui avaient lieu pendant notre visite.

Daigne la Sainte Vierge faire grandir notre nombre et notre ferveur, afin que nous puissions aller bientôt à Mendes nous préparer à travailler dans le champ du Seigneur, où il faut tant d'ouvriers pouf cueillir la moisson préparée par le bon Dieu.

Ajoutons que le Juvénat de Bigorilho. avec ses 62 enfants, n'est que le petit frère de celui de Mendes, où grandissent de leur côté 72 Juvénistes, ce qui donne 134 pour la Province du Brésil central.

 

L'ensemble du Brésil. — La Province du Brésil Septentrional est malheureusement un peu moins bien partagée et n'arrive avec son Juvénat d'Apipucos renforcé de celui de Tuy, au nord du Portugal, qu'à une soixantaine d'enfants, mais ses effectifs sont aussi plus réduits.

Enfin quoiqu'il en soit le Brésil à lui seul fournit un total d'environ 320 à 330 juvénistes et c'est pour le moment le pays presque en tête de l'Institut. Puisse le bon Dieu conserver ce qui existe, l'accroître même et donner à ces vocations en fleurs de produire des fruits de salut de toutes sortes.

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