Un grand méconnu

16/Oct/2010

Filius accrescens1 (Genèse, XLIX, 22). Les documents pontificaux signalent Joseph, fils de Jacob, comme une figure expressive du Père Virginal de Jésus. Le vieux patriarche mourant prophétise l'avenir de ses enfants ; il assimile Joseph à une tige qui pousse de vigoureux rejetons sur la muraille : filius accrescens, fils d'accroissement, traduit la Vulgate.

L'histoire du développement du culte de saint Joseph au cours de vingt siècles de christianisme nous montre la vérification de l'antique oracle dans le saint Époux de Notre-Dame.

« Chose remarquable. dit le Cardinal Lépicier, ce sont les Souverains Pontifes préposés à la garde de la foi qui ont encouragé ce mouvement2. » Pie IX, après la citation des actes de ses nombreux prédécesseurs3, ajoute ses propres imitatives à l'imposante série. Léon XIII, Pie X, Benoît XV s'emploient à sertir de nouveaux fleurons la couronne de gloire extérieure de saint Joseph. Pie XI continue le geste pontifical, disant : Allez à Joseph ! Le 19 mars 1928, dans la réunion consistoriale qui proclame l'héroïcité des vertus de la Vénérable Jeanne-Élisabeth Bichier des Ages, Pie XI compare entre eux pour leur mission et leur sainteté : saint Jean-Baptiste, saint Pierre et saint Joseph, et conclut par ces mots :

« Mission unique celle de veiller sur le Fils de Dieu, le Roi du monde ; celle de garder la virginité, la sainteté de Marie. Mission unique, celle d'entrer en participation du grand mystère caché aux yeux des siècles et de coopérer ainsi à l'Incarnation et à la Rédemption. Toute la sainteté de Joseph est précisément dans l'accomplissement de cette mission si grande et si humble, si haute et si cachée, si splendide et si enveloppé, de ténèbres4. »

En d'autres circonstances, le même Pape, considérant les ruines et les détresses d'ordre matériel et spirituel accumulées par les théories et les pratiques atroces du bolchevisme, recommande le recours à saint Joseph, encourage sa dévotion toute d'actualité… Et c'est la messe pontificale pour la Russie, célébrée sur le tombeau des apôtres, le 19 mars 1930, en l'honneur de saint Joseph… C'est l'encyclique «Divini Redemptoris », datée du 19 mars 1937, et s'achevant sur ces paroles :

« Pour hâter cette paix tant désirée de tous, la Paix du Christ dans le Règne du Christ, nous mettons la grande action de l'Église catholique contre le communisme athée mondial sous l'égide du puissant protecteur de l'Église, saint Joseph. Il appartient, lui, à la classe ouvrière ; il a fait la rude expérience de la pauvreté… Par une vie de fidélité absolue dans l'accomplissement du devoir quotidien, il a laissé un exemple à tous ceux qui doivent gagner leur pain par le travail manuel, et a mérité d'être appelé le Juste, modèle vivant de cette justice chrétienne qui doit régner dans la vie sociale5. »

 

Vues prophétiques réalisées. — Si l'on relit un texte de la Somme des dons de saint Joseph, publié en 1522, par Isidore de Isolanis6, comment ne pas constater l'actuel accomplissement des souhaits du célèbre théologien du glorieux Époux de Notre-Dame ? « Vraiment l'intervention du Vicaire de Jésus-Christ, sur l'inspiration du Saint-Esprit, en proclamant saint Joseph : « Protector sanctæ Ecclesiæ », le présente aux peuples qui l'invoquent comme un gage du ciel et d'innombrables bienfaits… »

A l'invitation des Souverains Pontifes, en effet, le culte de saint Joseph a reçu depuis un siècle d'étonnants développements. Et la piété des fidèles, guidée par de nombreux opuscules ou mois de mars, éclairée par de solides traités ou savants articles d'encyclopédies, stimulée par des publications périodiques telles que les Annales de saint Joseph, le Lis de saint Joseph, etc. …, s'est épanouie sous des formes variées.

Qui dira les sanctuaires érigés en l'honneur du grand saint : les uns, modestes comme d'humbles églises de village; les autres, grandioses à l'instar des basiliques comme celui de Mont Royal au Canada ? Qui comptera les confréries, les associations, les familles religieuses d'hommes et de femmes, les œuvres d'éducation ou d'assistance, de miséricorde corporelle et spirituelle qui, placées sous son vocable, travaillent à étendre le règne de Notre-Seigneur Jésus-Christ dans le monde ?

 

Que réserve l'avenir à la gloire de saint Joseph ? — La loi qui préside à l'expansion du christianisme est celle d'un progrès continu, lent, insensible, pourrait-on dire… Notre-Seigneur, lui-même, a indiqué le mode de croissance du royaume de Dieu dans le monde par certaines paraboles, par exemple, celles du levain, du sénevé, etc. L'Église catholique, éclairée et soutenue par le Saint-Esprit, garantie dans son infaillibilité par la prière du Verbe Incarné, d'une part, défend jalousement le « dépôt de la foi » contre les attaques des hérétiques et des mécréants ou contre les incompréhensions de ses fidèles7 ; elle maintient donc l'immutabilité substantielle du donné révélé ; d'autre part, elle souhaite que ses enfants prennent une connaissance toujours plus explicite, plus profonde, plus précis, des enseignements divins.

L'histoire des définitions dogmatiques des conciles et des souverains pontifes établit cette position traditionnelle de l'Église dans la garde du « dépôt de la foi ». Elle s'avère particulièrement intéressante dans le développement de la doctrine et de la dévotion qui ont pour objet la Très Sainte Mère de Dieu. De l'aveu de tous les grands serviteurs de Notre-Dame, l'ère des précisions n'est pas close dans ce qu'on appelle la théologie mariale… Mais les relations du Verbe Incarné avec sa sainte Mère, devenue la Mère des miséricordes divines, étant mieux connues, c'est tout l'ordre surnaturel de l'Incarnation et de la Rédemption qui s'éclaire dans ses profondeurs. Et le jaillissement de la lumière révélée s'étend sur les instruments providentiels qui ont coopéré secondairement aux mystères. C'est un fait notoire que les Pères, les Docteurs et les auteurs spirituels proclament le rôle, les vertus, la gloire de saint Joseph dans les périodes de l'histoire de l'Église où Notre-Dame est mieux étudiée et mieux connue. Par contre, on constate qu'en des circonstances moins favorables au culte de Marie, la dévotion à son chaste Époux en subit quelque contrecoup.

De ces remarques d'ordre historique, il n'est pas défendu de conclure que si l'avenir réserve encore à la gloire de la Reine du Ciel de magnifiques triomphes ici-bas, il en sera de même du Père Virginal de Jésus et de l'Époux de Notre-Dame. Il n'est pas dit que l'on ne reprendra pas un jour le postulatum présente au Souverain Pontife et qui comptait, sous Léon XIII parmi les signataires trente-deux cardinaux et plus de six cents archevêques, évêques et supérieurs d'ordres, demandant que l'on décerne à saint Joseph un culte spécial « non d'une espèce à part comme le culte d'hyperdulie réservé à Marie, mais seulement d'un degré supérieur au culte de dulie qui honore les autres saints, degré auquel seul de par sa mission et sa sainteté Joseph a accédé et sur lequel il restera seul à jamais placé8 ».

En désirant de toute la sincère ardeur de notre zèle que Jésus et Marie soient toujours mieux connus, mieux aimés et mieux servis, nous devons souhaiter que grandisse toujours plus la connaissance, l'amour et le service du Père nourricier de Jésus, du saint Époux de Marie et du Patron de l'Église universelle. Nous réaliserons ainsi le programme que, dès l'origine de l'Institut, le Vénérable Champagnat proposait à ses disciples : V. J. M. J.9 !

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1 Bulletin de l'Institut, n°' 118, 119, 120 et 122. [Renvoi relatif au titre "Encore le grand méconnu…]

2 Saint Joseph, Époux de la Très Sainte Vierge, p. 309.

3 Lettre apostolique Inclytum Patriarcham. 7 juillet 1871.

4 Lis de saint Joseph, avril 1939, p. 74. Garrigou-Lagrange. Mariologie, 2nde partie, ch. VII, p. 355.

5 Encyclique Divini Redemptoris, Circul., t. XVII, p. 660-661.

6 Cf. Bulletin de l'Institut, n° 120, p. 70.

7 Concile du Vatican: De Fide, c. 4 ; cf. Bulletin, XVI, n° 116, p. 361. –

8 Lépicier, Tractatus de Sancto Joseph, p. III a. 2, n° 13 ; cf. Lis de saint Joseph, 1939, p. 74.

9 Bulletin de l'Institut, XVI, n° 114, p. 205 ; n° 115, p. 302 ; n° 116, p. 355.

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