Un maître de pédagogie catéchistique

18/Oct/2010

Les Facultés Catholiques de Lyon ont organisé un Institut de Pédagogie et la chaire de pédagogie catéchistique y est confiée à M. l'abbé Joseph Colomb, prêtre de Saint-Sulpice, directeur diocésain de l'Enseignement religieux et grand animateur des œuvres catéchistiques.

En 1946, il publiait : la Grande pitié de l'Enseignement chrétien, petite brochure très dense dressant un examen lucide des déficiences de l'enseignement catéchistique. Tout en signalant les faiblesses, il suggérait, avec un sens très averti des possibilités, les améliorations réalisables.

En février 1947, les Études des Pères Jésuites donnaient sous sa signature l'article, « l'Enseignement religieux dans le secondaire », que de graves revues ont indiqué comme le thème, pour tous les éducateurs, d'une méditation sérieuse et d'un examen de conscience impitoyable. Disons, par parenthèse, qu'il ne sera pas inopportun que les lecteurs du Bulletin de l'Institut aient, quelque jour, plus ample connaissance de ce document intéressant les maîtres de nos classes secondaires.

Au cours de 1947 encore et en 1948, ont paru deux ouvrages de M. le Professeur Colomb qui méritent leur introduction dans nos bibliothèques.

 

I. AUX SOURCES DU CATÉCHISME

En trois fascicules, d'une incontestable richesse pédagogique1, l'auteur se propose de ramener le catéchisme ses deux sources traditionnelles essentielles : l'Histoire du Royaume de Dieu, telle qu'elle se développe dans les Saintes Ecritures et la Vie de l'Eglise, et la Liturgie qui est la pédagogie officielle de l'Eglise.

 

Présentation de l'ouvrage. — Rappelant d'abord quelques principes, il déclare que le catéchiste, pour être à la hauteur de sa tâche, doit subir une triple préparation. Une préparation morale, car la sainteté est la condition primordiale du catéchisme efficace. C'est l'amour de Dieu qui parle bien de Dieu Seule une vie spirituelle profonde donne à la parole du catéchiste la puissance de pénétration et de conviction désirables. La préparation pédagogique donne la connaissance de la psychologie de l'enfant aux divers âges de son éducation catéchistique et des méthodes d'enseignement religieux. Sous ce rapport, des progrès considérables sont réalisés dans la formation des catéchistes. Il s'agit seulement de savoir appliquer correctement les méthodes et d'en assimiler les procédés sans se laisser accabler par leur abondance même.

La préparation doctrinale est plus importante et plus difficile. L'auteur pense que, le catéchisme étant œuvre d'instruction, la pureté, la richesse, la profondeur de la doctrine sont l'élément essentiel et rien ne pourra y suppléer. Il insiste, avec raison, sur cette idée que la préparation doctrinale bien comprise est l'élément le plus excellent et le plus essentiel de la préparation pédagogique elle-même.

« Seul, dit-il, celui qui sait à fond est à même de présenter la doctrine simplement et concrètement, car l'élémentaire n'est pas le superficiel, mais le fondamental ; et l'abstrait, c'est l'inassimilé. Seul, celui qui sait beaucoup est à même d'adapter la doctrine à tous, sans la fausser, de la rapprocher sans crainte, par analogie, des événements les plus ordinaires, donc de la présenter de façon suggestive, pratique, pédagogique. Il est étonnant que l'on pense pouvoir improviser des catéchistes, alors qu'on n'aurait pas même l'idée d'improviser des professeurs de français ou de mathématiques dont l'enseignement est certes moins complexe et moins délicat. »

Se plaçant au point de vue doctrinal, l'auteur signale les principes de pédagogie dont s'inspire son essai de catéchisme. Ces Principes visent à permettre d'introduire, dans l'âme des enfants, la pleine doctrine chrétienne. De là, trois groupes d'indications pour une doctrine réelle ou incarnée, pour une doctrine juste et entière, pour une doctrine efficace ou vivante:

La doctrine sera réelle, incarnée, si on fait participer la leçon catéchistique à la note de sérieux dont jouit l'école profane, relativement aux locaux, au matériel scolaire, aux devoirs, etc. …, — si cette leçon est située dans le contexte des connaissances profanes de l'enfant : histoire, géographie, sciences, etc. …, — si elle donne le sens des réalités spirituelles Ame, conscience, attributs de Dieu, etc. …, qui sont la base naturelle nécessaire de l'enseignement religieux, si elle est saisie à partir d'une expérience personnelle vécue par l'enfant, — si, enfin, elle s'incarne dans l'action. L'histoire du royaume de Dieu ne doit pas laisser l'enfant dans le passé, mais toujours le conduire à des applications pratiques.

La doctrine sera juste, d'abord au sens de vrai, contraire de faux. L'auteur met en garde contre des explications puisées dans des commentaires insuffisamment compris, assimilés, vécus. Le catéchiste devra éviter les affirmations fausses, les erreurs en morale, en Écriture sainte, en histoire de l'Église, les suggestions d'idées fausses, incomplètes provenant d'images ou paraboles, de schémas sans critique. Elle sera juste au sens d'équilibre si elle dégage l'essentiel de l'accessoire ; si elle sait mettre eh relief les idées dominatrices, régulatrices, centrales autour desquelles les autres vérités se grouperont à titre de moyens, d'applications, etc. …

Une doctrine efficace est une doctrine comprise, que l'enfant a fait sienne, a fait rentrer dans sa vie et qui, atteignant l'affectivité, aboutit à une conclusion d'ordre pratique. Une leçon catéchistique doit être, comme une méditation, exercice de pensée d'où surgissent les affections et les résolutions.

 

Cycle liturgique et historique. L'abbé Colomb écrit qu'il est anormal que durant trois, quatre ou cinq ans on apprenne sans cesse le même manuel. Il est nécessaire de réaliser une progression partant de l'enseignement élémentaire jusqu'à l'enseignement représentant la science normale du chrétien ordinaire. Il envisage donc deux cycles dans la série de ses cours. Un premier cycle liturgique et historique qui est l'objet du présent ouvrage et un deuxième plus systématique les Centres d'orientation au catéchisme qui n'a pas encore été publié.

« La liturgie, dit l'auteur, est le catéchisme que, chaque année, l'Église fait aux grands… elle est la forme de vie spirituelle que l'Église propose aux fidèles pour toute la vie. Il faut donc préparer les enfants à comprendre la liturgie, à pouvoir vivre spirituellement selon ses saisons, ses prières, ses gestes. Sans cela, il y a coupure entre la formation au catéchisme et la vie chrétienne. Il se trouve que l'enseignement par a liturgie se met merveilleusement à la portée de l'enfant. Comprendre pour l'enfant, c'est prendre avec ses yeux, ses mains, tout son corps, avec son intelligence, ruminant, méditant, priant et appliquant l'enseignement reçu.

« Or la liturgie enseigne en nous faisant voir, entendre, marcher, jouer les mystères, prier et appliquer l'enseignement reçu selon le temps. Comme la liturgie suit l'histoire et tire l'enseignement des événements et personnages historiques centrés autour du Christ, il y a là le plan normal de l'enseignement de toute une année liturgique. »

Et voilà précisément indique le plan de l'ouvrage : Aux sources du catéchisme, sur lequel va se porter notre attention.

Le premier fascicule : Au temps de l'Avent étudie la « Promesse de la Rédemption » ou l'histoire du peuple juif. Il est difficile d'enseigner l'Ancien Testament aux enfants. Les manuels ne sont pas toujours au point. Par des notes substantielles sur le peuple juif, sur la Bible en général, sur l'interprétation des premiers chapitres de la Genèse, sur les manières de présenter l'histoire du monde avant Abraham, sur les prophètes, sur les enseignements essentiels de l'Ancien Testament, M. Colomb s'applique à faire ressortir, dans ce premier volume, que la Bible présente une histoire sainte, l'aurore et le développement d'une révélation qui s'épanouit en Notre-Seigneur Jésus-Christ. Événements, personnages, livres de la Bible sont expliqués dans cette perspective.

Le deuxième fascicule : De Noël à Pâques, dans les déroulements liturgiques de Noël, de l'Épiphanie et du Carême, doit étudier « la Vie de Jésus ». Une note générale avertit que la vie de Jésus se réfèrera sans cesse à l'histoire juive et à l'histoire de l'Église, car Jésus est non seulement un point d'arrivée, mais aussi un point de départ.

La vie de Notre-Seigneur comprend deux groupes de chapitres : groupe de la manifestation du Messie ou de l'Incarnation, se développant de Noël à la Septuagésime, pendant lequel doit grandir la foi joyeuse et admirative groupe de la Croix ou de la Rédemption qui se développe depuis la Septuagésime jusqu'à la Semaine Sainte, pendant que la liturgie inculque l'esprit de pénitence par la contemplation de Jésus souffrant.

En même temps que la vie de Jésus, c'est aussi la vie de Notre-Dame qui se déroule sous les yeux des enfants.

Pour le Nouveau Testament, l'auteur demande d'insister davantage sur les événements de la vie publique de Notre-Seigneur et sur ceux qui ont suivi la résurrection et de prendre le souci de montrer le Christ glorieux comme plus vivant, plus présent à l'humanité que durant sa vie terrestre le même Jésus mais épanoui et entré en sa puissance. Il faut marquer davantage l'unité interne qui relie les récits et qui est le mystère même de la Rédemption en train de s'accomplir.

Le troisième fascicule : De Pâques à l'Avent, étudie « le Christ glorieux » et « l'Histoire de l'Église ». Des remarques générales sur l'histoire de l'Église attirent l'attention sur le fait que la vie de Notre-Seigneur se continue et s'accomplit dans son Église. Jésus et les Chrétiens sont une même réalité. Toute étude bien faite de l'histoire de l'Église doit augmenter ce sentiment que le Christ et l'Église ne font qu'un.

Il ne s'agit pas tant de connaître une foule d'événements- extérieurs que de retrouver sous des formes multiples, revécus par des témoins innombrables les vertus et les enseignements de Jésus-Christ.

L'histoire de l'Église réalise les souhaits, les prédictions de Notre-Seigneur qu'il a faites dans l'Évangile à son sujet. Il a annoncé ce qui arriverait d'essentiel à son Église. Chaque chapitre de son histoire est l'illustration d'une parole de Jésus : « Allez, enseignez toutes les nations. Vous serez persécutés. Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. Soyez unis. Vous ne pouvez servir Dieu et l'argent, etc.» Mais les vraies réussites de l'Église sont les saints. L'histoire authentique de l'Église pour nos catéchismes se fera surtout par la vie des saints.

Sous ce rapport, les vingt-trois chapitres du troisième volume offrent, avec une magnifique synthèse historique, de belles possibilités d'instruire les enfants sur le rôle des saints dans l'Église de Dieu…

Ainsi les trois parties, de l'ouvrage esquissent une histoire du Royaume de Dieu, «mais dit M. Colomb, elle n'est une histoire que superficiellement ; elle présente une profondeur, qui n'est plus une histoire. Des deux sources que nous indiquons pour le catéchisme, c'est la liturgie qui est la plus importante : le cadre de notre catéchisme est essentiellement liturgique. A chaque période du cycle liturgique, nous présentons des événements qui, dans la liturgie, sont devenus des mystères, des mystères incomplets qu'il nous faut compléter en notre vie terrestre, selon la parole de saint Paul « J'accomplis en moi ce qui manque à la Passion du Christ», Ainsi projeté sur notre vie spirituelle, le cycle liturgique apparaît comme le sacrement d'une montée spirituelle, qui, du désir du Messie (Avent), à travers la foi confiante et la croix (Noël, Carême), s'épanouit dans l'union à Dieu et dans la charité (Après Pâques), »

 

Ce que contient cet ouvrage. — On ne trouvera pas dans ce livre des leçons de catéchisme toutes préparées pour des classes déterminées d'enfants. Il y a mieux : une mine abondante de matériaux à utiliser pour l'enseignement. L'adaptation est ébauchée seulement. L'ouvrage est une application de la méthode inductive. Il oriente vers les méthodes actives à suivre selon les possibilités. Il ne veut pas diminuer le travail personnel du catéchiste d'où vient l'efficacité de la leçon. Il incite au contraire à a méditation, à la réflexion, à la lecture des textes eux-mêmes de la Bible. Il dirige le travail personnel et lui assure une ossature doctrinale et une unité profonde à travers l'année entière. Ce qu'il y a d'important c'est l'idée qui préside à l'organisation de la série des leçons, qui domine chaque groupe et qui anime chacune d'elles. L'auteur poursuit à travers ces pages denses et extrêmement suggestives un progrès à la fois historique, liturgique, dogmatique et plus encore spirituel. Voilà pourquoi il insiste pour que les notes pédagogiques générales et spéciales, si riches d'aperçus, soient lues et relues pour bien se pénétrer de l'esprit dans lequel les leçons doivent se donner.

 

Le plan des leçons. — Tous les chapitres de l'ouvrage Aux sources du catéchisme sont construits sur un plan identique. Chacun d'eux renferme une note pédagogique et un développement.

La note pédagogique fixe d'abord l'idée essentielle à mettre en relief et vers laquelle tout doit converger pour la rendre vivante. Cette idée est exprimée en formules concises, bien rythmées et commentées.

En second lieu, vient un schéma de réalisation possible, résumant la leçon et qui peut être ébauché au tableau noir et complété par les élèves.

Dans un troisième point, sont indiqués les éléments de méthode active à mettre en œuvre : prières à faire, — chants à exécuter, textes à lire ou à méditer, — dessins variés à construire, — cartes à tracer, — en certains cas, mimes à animer, — tests de contrôle et devoirs à rédiger ; — Tout cela n'est donné qu'à titre de suggestion.

La seconde partie de ce pan est le développement du schéma on le catéchiste trouve d'amples matériaux à exploiter dans une ordonnance personnelle.

 

Questions et réponses à l'usage des enfants. Chaque chapitre ou leçon des trois fascicules de cet ouvrage comporte une série de questions et réponses à utiliser par les élèves. Elles sont imprimées sur des feuilles à distribuer au fur et à mesure de la marche des cours. Le catéchiste pourra s'en servir pour provoquer un travail personnel, faisant illustrer ces questions et réponses avec des textes, des dessins, des cantiques, des histoires, des paraboles, etc. …

 

II. POUR UN CATÉCHISME EFFICACE

A la fin du magnifique chapitre « Jeunesse de l'Église2 », parlant d'une des taches actuelles et essentiellement spirituelles de l'Église qui est le retour des masses populaires à la foi vivante, l'abbé Colomb écrit : « Il y a une grande tâche à faire, celle d'organiser le catéchisme aussi bien et mieux que l'enseignement profane. »

Et le zélé saint-sulpicien s'y emploie avec une admirable ardeur. Convaincu que le problème du catéchisme et de son organisation est un problème capital pour l'Église et constatant que « la mentalité profonde des fidèles et même des prêtres et des catéchistes est loin d'avoir pris conscience de la primauté du catéchisme ; que ni les convictions ne sont assez profondes, ni les volontés ne sont encore assez assurées pour aborder et poursuivre à fond les changements de structures nécessaires », il vient de publier3 deux brochures complémentaires l'une de l'autre.

La première : l'Organisation du catéchisme reprend le problème abordé dans La grande pitié de l'enseignement chrétien ; la seconde : la Vocation de catéchiste dit ce que doit être l'âme du catéchiste et montre la splendeur de sa vocation.

C'est surtout cette seconde brochure que tous nos Frères donnant l'enseignement religieux auraient profit à lire et méditer. Dans un premier chapitre : Un grand appel à entendre, c'est la voix des Papes disant la primauté de l'apostolat du catéchisme ; c'est l'appel des enfants demandant des -catéchistes plus nombreux et mieux formés ; puis c'est l'étude de a vocation de catéchiste avec ses obstacles et ses exigences.

Le deuxième chapitre : Une grande âme à acquérir est le plus riche de substance. En voici le sommaire : Le catéchiste doit acquérir les qualités et les attitudes de l'enfance spirituelle. Ces attitudes essentielles sont : le sens de la présence spirituelle, le sens de l'admiration, le sens du respect, de l'amour, du progrès, de la prière.

Le troisième chapitre s'intitule : Un grand message transmettre. Le message que le catéchiste doit transmettre est celui-là même qui faisait tressaillir d'émotion la grande Ame de saint Paul, c'est-à-dire le mystérieux dessein d'amour du Père, ce mystère du Christ autrefois caché en Dieu et que les prophètes d'abord, puis le Fils même ont révélé. (Col., in, 1-8 ; Hébr., 1, 1.) C'est-à-dire qu'il s'agit de montrer le déroulement, dans le temps, de cet unique mystère d'amour qui a sa source et son épanouissement hors du temps. La manière la plus traditionnelle de faire le catéchisme est de suivre ainsi le long de l'histoire, la réalisation du mystère du Christ.

Et le chapitre parle successivement du message de l'Ancien Testament, du message du Nouveau Testament, de l'histoire de l'Église, de la liturgie, de la théologie, reprenant d'une façon synthétique ce que l'auteur a exposé tout au long de l'ouvrage : Aux sources du catéchisme.

L'opuscule s'achève sur un pressant appel au recrutement et à la formation des catéchistes.

 

A la session catéchistique. — Du 16 au 22 août dernier, les Frères des Écoles chrétiennes, qui sont des spécialistes de l'apostolat du catéchisme, ont organisé à La Saulaie (dans les environs de Lyon) une session catéchistique à laquelle ont pris part un bon nombre de Petits Frères de Marie.

M. l'abbé Colomb donnait les leçons où il monnayait, pour ainsi dire, les principes qui lui ont dicté l'ouvrage Aux sources du catéchisme et les brochures : Pour un catéchisme efficace.

Conférences et travaux en équipe suivis de discussions ont permis aux participants de mieux voir les grandeurs et les responsabilités de la vocation de Frère enseignant dont l'objectif est de rapprocher les âmes de Dieu par une solide éducation chrétienne…

__________________

1 Aux Sources du Catéchisme: Histoire Sainte et Liturgie, Desclée, et Cie, Paris.

2 Aux Sources du Catéchisme, III, ch. XXII, p. 219.

3 Editions Emmanuel Vitte, Lyon. 383

 

RETOUR

Radio-message de S. S. Pie XII au Congrès I...

SUIVANT

Une enquête auprès de nos élèves...