Un peu daviation

05/Oct/2010

Chacun connaît les jolies comparaisons dont se servent les auteurs spirituels, quand ils nous parlent du monde invisible et de la vie de notre âme.

L'une des plus célèbres est cette allégorie de St Paul, alors enchaîné, écrivant aux Ephésiens (Ch. VI) et décrivant notre armure spirituelle, en examinant celle du soldat qui le gardait : le bouclier de la foi, le casque du salut, l'épée de la parole, la cuirasse de la justice, la ceinture de la vérité, etc. …

Aux Grecs, passionnés pour les sports d'alors, il parlait des luttes du stade, comme son Collègue St Pierre décrivait aux fidèles de Rome, qui avaient contemplé les bêtes du cirque, ce lion rugissant qui tournoie autour de nos âmes, cherchant une proie à dévorer.

Nos pères du Moyen-âge, au pied peu marin, nous ont beaucoup parlé des écueils et des tempêtes de la mer orageuse, dont ils avaient gardé un mauvais souvenir depuis le temps des croisades. La vie est pour eux une traversée périlleuse vers le port du rivage céleste.

Un peu plus tard, sous les monarchies absolues, le ciel des prédicateurs ressemble fort à la cour de Louis XIV. Le bon Dieu est surtout un grand Roi; on nous décrit sa cour, on nous montre sa gloire, les élus sont rangés près de lui sur des trônes placés en bon ordre, son sceptre régit l'univers, attentif à sa parole.

Mais tour à tour ces belles comparaisons perdent de leur actualité. Ainsi nos petits élèves, à notre époque de démocratie et de républiques imaginent déjà moins facilement que leurs devanciers, les grandeurs de la cour céleste. Il faut donc sans cesse renouveler l'arsenal de nos comparaisons, si nous voulons êtres des catéchistes « à la page ». Celles des vieux livres n'ont parfois plus guère qu'uni intérêt historique, comme la céleste Sion dont s'amusait delà le P. Champagnat, morigénant le petit sot qui s'en était servi devant ses élèves.

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Aussi, non seulement les Novices, mais bien d'autres pourront profiter, à titre d'exemple, de la page suivante, extraite du carnet intime d'un novice, mort il y a peu de temps.

Il s'agit du célèbre Père Bourjade, une gloire de l'aviation, pendant la dernière guerre. Il avait à son actif, au jour de l'armistice, 67 combats, dont 28 victoires officiellement constatées, 40, disaient ses camarades. Auprès de ceux-ci, il prenait le surnom de pilote de Ste Thérèse, à laquelle il avait consacré son avion. La guerre finie, il lui porta, à Lisieux, une poignée de décorations et revint à Fribourg achever son noviciat interrompu par l'affreuse tourmente.

Rêvant sans doute à son ancien métier, il imaginait la vie spirituelle comme un beau vol d'avion.

« J'ai pour m'élever, écrivait-il sur son petit carnet, un moteur à toute épreuve, la profession religieuse, et trois hélices parfaitement robustes, bien faites pour prendre appui sur l'atmosphère de ma vie. Au centre, celle de l'obéissance. A droite et à gauche, celle de la chasteté et celle de la pauvreté.

Pour alimenter mon moteur, je possède une essence merveilleuse: la prière.

Pour pilote, je ne veux jamais avoir que vous, ô mon Dieu. Je veux être aussi obéissant au moindre de vos désirs, que mon avion de toile l'était au moindre de mes mouvements.

Vous me conduirez où vous voudrez, vers le soleil ou vers la tempête, travers les nuages, la pluie ou la neige. Avec vous j'irai sans crainte, et si quelque balle ou quelque éclat d'obus vient à m'atteindre et à me traverser, je ne m'en étonnerai pas ; je suis la faiblesse même : un peu de toile. Mais sûr la blessure, le mécanicien mettra une autre pièce de toile, et cet endroit deviendra plus solide qu'avant. Celui qui fait tout; c'est le pilote, c'est vous seul, ô Jésus ».

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Ajoutons que le divin Pilote a conduit le Père Bourjade, devenu missionnaire, jusqu'en Nouvelle Guinée. De là son âme héroïque, après quelques années d'obscur martyre, dans une des missions les plus pénibles du globe, s'est envolée, cette fois, pour ne plus redescendre, jusqu'en plein ciel.

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