Un problème de psychologie pédagogique

19/Oct/2010

La paresse et le caractère : Tel est le titre d'un travail — ou mémoire — que le C. F. Yves-Eugène, de la province de Saint-Genis-Laval, après la conquête de la licence en philosophie aux Facultés Catholiques de, Lyon, a présenté devant les Facultés de l'État pour l'obtention d'un Diplôme d'Études Supérieures.

Le problème de la paresse, qui est d'ordre psychologique et pédagogique et intéresse les parents et les éducateurs, y est étudié avec un sens du réel et une méthode logique qui font honneur à l'auteur de ce docte travail.

Par une intelligente exploitation des données de la science en devenir qu'est encore la caractérologie et des observations variées des éducateurs et des psychologues, il nous donne une pénétrante analyse des relations existantes entre la paresse chez les écoliers et les tendances profondes qui concourent à construire leur personnalité1. Ne pouvant reproduire le mémoire in extenso, nous en donnerons de larges extraits ou résumés au risque de mutiler parfois la pensée de l'auteur.

L'introduction vise à bien poser la question en examinant le contenu du terme « paresse » appliqué à des états bien différents. — « De même qu'il n'y a pas de maladies mais des malades, il n'y a pas de paresse mais des paresseux. Chacun présente un type distinct qui tient à sa nature même, à son équilibre physique, intellectuel, affectif et moral, au milieu dans lequel il vit, à la façon particulière dont il réagit vis-à-vis de ce milieu. C'est un état protéiforme : chez un individu, la paresse sera totale et continue ; chez un autre, elle sera intermittente, et cette intermittence répondra à des causes qui n'agissent que passagèrement. Chez un troisième, elle sera limitée à certaines parties du programme, à celles qui ne l'intéressent pas ou qui demandent pour être assimilées un travail qu'il ne peut pas donner. Chez un autre encore, elle sera une réaction de défense ; l'enfant, par ce moyen, lutte inconsciemment contre nos exigences, nos préjugés, les abus et les erreurs de nos méthodes pédagogiques. Et puis peut-on appeler paresseux l'enfant qui ne se montre tel que du fait d'une intelligence pauvre ou appauvrie ?

« Ainsi une psychologie objective oblige à distinguer les faux paresseux : — enfants à faible vitalité physique, morale, intellectuelle ou sociale ; paresse qui résulte d'une crise de croissance rapide, d'une crise de puberté douloureuse ou d'une infirmité ignorée ; enfants rendus paresseux, par la maladresse des éducateurs — des vrais paresseux ceux qui refusent habituellement l'effort qu'ils pourraient normalement fournir. C'est bien en effet à une telle définition que conduit l'analyse de la paresse : penchant habituel à rester dans l'inaction et à s'y complaire…

« Il importe de retenir que, sous ce vocable de paresse, le langage désigne des états nombreux et bien différents qui n'ont de commun que le résultat, et que, d'autre part, parler de paresse, en général de paresse à l'état pur, c'est parler d'une entité. La paresse sans raison, la paresse sans cause, sans circonstances atténuantes, la paresse voulue, délibérée, pour le seul plaisir de ne rien faire, c'est une chimère que l'on peut construire dans sa tête, mais qu'on ne trouve pas dans le monde des vivants… Mais il y a de multiples manières d'être paresseux. »

Un premier chapitre expose : la nécessité de la connaissance de la caractérologie pour découvrir les corrélations entre le caractère et la paresse ; les principes d'une classification de caractères et examine les critères et la valeur de la classification, généralement admise, des psychologues hollandais Heymans et Wiersma. Ces deux professeurs de Groningue ont ramené à trois les propriétés constitutives du caractère : l'émotivité ou la non émotivité, l'activité ou la non activité, la primarité ou la secondarité.

L'émotivité est l'intensité de l'ébranlement plus ou moins fort produit dans notre vie organique et psychologique par un événement ou une excitation- Cette émotivité se traduit par la facilité à rire ou à pleurer, à rougir ou à pâlir, par des anxiétés injustifiées ou disproportionnées à leur cause, par de brusques passages de l'excitation à l'abattement ou vice-versa.

L'activité est l'aptitude à mobiliser spontanément toutes ses énergies et ses facultés sans y être sollicité actuellement par l'intérêt. Cette fonction fondamentale préside à toutes les manifestations de la vie de relation : les attitudes, la mimique, le langage et, d'une manière générale, tous les modes d'expression, d'extériorisation et de réalisation. L'activité, c'est l'énergie qui tend à traduire la vie en actes.

La troisième propriété est le retentissement d'une représentation ou l'ensemble des effets physiologiques et psychologiques de cette représentation. Tous les effets produits pendant que la représentation occupe la conscience claire constituent la fonction primaire ou primarité. Tous les effets produits par une représentation, après qu'elle a cessé de se trouver dans le champ de la conscience, constituent le second retentissement, la fonction secondaire de la représentation ou secondarité.

Une analyse expérimentale permet de constater si un sujet est émotif ou non émotif, actif ou non actif, primaire ou secondaire. Il importe de noter que ces trois déterminants du caractère, isolés arbitrairement, n'existent que corrélativement les uns aux autres. C'est le tout, le complexe intégral qui est seul réel dans le caractère et non pas les facteurs analytiques.

Si, pour abréger, on désigne ces déterminants par les premières lettres

E = émotif ; A = actif ; P = primaire ; NE = non émotif ; NA = non actif ; S = secondaire, groupés trois à trois, on a la série suivante de types de caractères :

 

NE —NA —P = amorphe.          E —NA —P = nerveux.

NE —NA —S = apathique.        E —NA —S = sentimental.

NE — A — P = sanguin.           E — A —P = colérique.

NE —A —S = flegmatique.       E — A —S = passionné.

Des indications relatives à la paresse ressortent de l'enquête de Heymans et Wiersma. Des tableaux, dressés d'après les réponses faites à un questionnaire ad hoc, mettent en évidence la très grande supériorité de la puissance de travail des actifs sur les non actifs. C'est parmi les non actifs que se rencontrent la majorité des paresses avec les formes les plus profondes et les plus étendues. L'activité est nettement défavorable à la paresse, tandis que l'émotivité la favorise. L'examen portant sur la primarité ou la secondarité constate que cette dernière défavorise la paresse…

Donc, on devra caractériser un individu par son genre d'émotivité et d'activité, par sa primarité ou secondarité et par les combinaisons que ces propriétés donnent entre elles. Il se produit entre les tendances des échanges, des compromis d'ou elles sortent diminuées, perverties, ou sublimées et dans tous les cas modifiées…

Il convient d'étudier la paresse dans chacun des huit types de caractères pour faire ressortir l'influence des composantes elles-mêmes et dans leur rapport avec celles qui entrent dans la constitution des divers caractères.

Et l'auteur consacre quatre chapitres à l'étude de la paresse chez les amorphes, les apathiques, les nerveux et les sentimentaux, types caractérisés par la non activité.

 

La paresse chez les amorphes. — Des huit types de caractères, on note que l'amorphe est incontestablement le plus pauvre, étant un caractère à puissance zéro, ne possédant pas ou très peu d'émotivité et d'activité, il s'ensuit que la caractéristique essentielle est la paresse… Suit une analyse appuyée des citations probantes de psychologues.

La manifestation de la paresse chez l'amorphe est une forme pathologique, l'asthénie. L'enfant asthénique, loin d'exagérer son travail cérébral ou physique, ne lutte jamais pour donner plus qu'il ne peut. Il reste radicalement incapable de fournir un effort moyen parce qu'il est constitutionnellement asthénique, étant né fatigué… L'inactivité sous toutes ses formes caractérise l'asthénique et il ne ferait rien s'il n'était sans cesse stimulé…

 Les médecins qui ont bien étudié les causes de cet état : troubles fonctionnels, crise de croissance rapide, préconisent un traitement à la fois psychologique et physiologique. Des expériences nombreuses et concluantes ont montré qu'un traitement approprié pouvait avoir les plus heureuses conséquences et transformer parfois d'une manière merveilleuse tel écolier dont on désespérait…

 

La paresse chez les apathiques. — L'apathique présente une amélioration du type de l'amorphe ; en effet, c'est un caractère à une puissance : la secondarité. Étant non émotif et non actif, il sera comme l'amorphe un paresseux. Ses réactions sont lentes et faibles, tout semble glisser sur lui et n'avoir aucune prise. Ces enfants lassent vite tous les efforts éducatifs les plus dévoués. Cependant, ils ne sont nullement déprimés ; au contraire, ils ont l'air satisfaits de leur sort. Il y a, en effet, quelque chose de singulièrement étrange dans la magnifique indifférence qu'ils ne cessent d'afficher et le flegme avec lequel ils subissent les échecs et acceptent d'être les derniers de la classe…

Cependant, ils sont assez souvent intelligents comme le prouve l'enquête de Heymans. La secondarité favorise la justesse de l'intelligence, laquelle ne risque pas d'être faussée par l'émotivité nulle ou très faible. L'expérience montre que l'enfant apathique peut être très intelligent, mais ne témoigner aucune curiosité intellectuelle et rester passif. Il s'agit de tirer ces enfants de leur torpeur végétative ; ils n'ont pas mauvaise volonté, mais rien ne peut les mettre en branle ou alors ils s'arrêtent rapidement…

Des perturbations glandulaires amènent des troubles psychiques qui se manifestent sous la forme de dépression mélancolique, d'asthénie et d'apathie…

Cette faiblesse de tempérament, qui appesantit l'esprit, le rend indolent et rêveur, ne promet rien de bon et, de toutes les paresses, elle peut être la plus difficile à guérir, car, au dire de Locke, elle supprime les deux grands ressorts des actions humaines : la prévoyance et le désir. Atone, insensible aux excitants habituels, l'apathique n'est pas accessible à l'émulation ; ceci est particulièrement grave, car l'émulation est le principal ressort de l'écolier…

L'apathique, qui est secondaire, s'est rendu compte qu'en faisant effort il pourrait faire valoir ses dons, développer son intelligence, réaliser son moi, se conquérir en un mot. Mais il a jugé que, somme toute, cela n'en valait pas la peine ; alors, il se résigne à sa médiocrité plutôt que de consentir les sacrifices qu'exigerait l'abandon de sa paresse…

Pour guérir ce type de «résignés » de leur paresse consciente et délibérément acceptée, des médecins psychologues préconisent l'emploi de «chocs émotifs et moraux »…

On cite, en exemple, Ch. de Foucauld comme enseveli dans l'apathie et la mollesse et en qui l'annonce d'une expédition militaire en Tunisie, à laquelle vont prendre part ses camarades, amène un choc émotif qui le sort de sa torpeur psychique et morale.

 

La paresse chez les nerveux. — Le nerveux est un émotif, non actif primaire. Ces notes caractéristiques laissent entrevoir que la paresse sera fréquente dans sa catégorie. Chez les nerveux, l'activité faible par nature est encore affaiblie par la concurrence de l'émotivité. De plus, à cause de la primarité, les intérêts sont très variables ; ils ne peuvent inspirer une action persévérante… L'émotivité renforce encore cette tendance de la primarité, car elle cherche surtout satisfaction dans les intérêts directs. Aussi, ce qui caractérise les nerveux, c'est le besoin de changement qui leur fait rechercher, dans la nouveauté et le choc dont elle les ébranle, la puissance indispensable pour vaincre leur inactivité.

Les observations des psychologues relèvent chez les nerveux le peu d'empressement au travail, l'impulsivité, L'instabilité, la recherche de l'intérêt immédiat, la tendance au découragement. Autant de traits qui constituent le paresseux dont on trouve beaucoup d'exemples chez les nerveux.

La forme la plus aiguë de cette paresse se rencontre chez les instables que Ribot définit sévèrement « les déchets et les scories de la civilisation. Capricieux, changeant d'un instant à l'autre, tour à tour inertes et explosifs, incertains et disproportionnés dans leurs réactions, agissant de la même manière dans des circonstances différentes et différemment dans des circonstances identiques, ils sont l'indétermination absolue. »

On rencontre les instables sur les bancs de l'école plus fréquemment encore que les asthéniques… L'instabilité revêt deux formes : l'une est motrice, l'autre psychique… L'instable moteur ne tient pas en place, ne peut rester assis sur sa chaise, prend les positions les plus invraisemblables, on dit qu'il a la « bougeotte »… Il agit, mais à tort et à travers…

Le travail scolaire d'un tel enfant est nul et il passe dans son entourage pour un paresseux ou un cancre… Cependant l'instabilité motrice n'est pas toujours le signe d'une instabilité psychique et un élève qui ne peut tenir en place et remue constamment peut très bien suivre les explications… et on en cite des cas.

L'instabilité purement psychique se manifeste surtout dans le travail scolaire par une discordance dans l'effort intellectuel, par une impossibilité à produire un travail continu. Aux devoirs soignés succèdent des devoirs mal écrits, inachevés, etc. …,

L'enfant promet de s'appliquer davantage et, juste en pleine promesse, il se laisse emporter par son instabilité… Le moindre bruit extérieur, un simple jeu de lumière, une mouche suffisent à accaparer l'attention volage de ces enfants et à leur faire négliger complètement devoirs et leçons…

Les troubles de l'attention ressortissent à des troubles physiologiques… Pour combattre ce genre de paresse, il ne faut, en aucun cas, négliger le secours d'une thérapeutique médicale… Et l'auteur indique le moyen d'obtenir l'attention des instables en utilisant le besoin d'action de l'enfant…

Les méthodes éducatives modernes cherchent à offrir à l'enfant des activités qui l'intéressent…. Il s'agit d'éveiller l'attention, de la capter, de la retenir, cela demande que l'on s'efforce de lui rendre sensible tout ce qu'il apprend. Mais l'émotivité des nerveux, étant intense, les rend sensibles aux sentiments d'honneur et de loyauté, aux sentiments affectifs, nobles et délicats qui peuvent devenir de précieux stimulants. Ces enfants sont capables de former de grands projets, mais aussi, sont portés au découragement, ils ont besoin d'être soutenus.

La règle d'or est de ne jamais accepter d'actes incomplets, car c'est là le caractère le plus marqué d'une déficience.

 

La paresse chez les sentimentaux. — Le sentimental est le type le plus riche parmi les non actifs. Il tient du nerveux et du passionné. Le découragement qui peut être fréquent et profond, le peu d'empressement au travail, la passivité pendant les loisirs, le manque de confiance en soi et l'impulsivité caractérisent les sentimentaux… Ils se rapprochent des passionnés avec qui ils ont en commun l'attachement au passé, la fidélité aux vieux souvenirs et la faculté de ressentir pendant longtemps le retentissement des émotions pénibles. Ce qui accuse l'influence de la secondarité…

Les auteurs analysent le dégoût instinctif du sentimental pour l'action, sa lenteur à se mettre en train, son refus à l'effort… A cette catégorie de paresseux, appartiennent ceux qui s'enrichissent du bien d'autrui, recueillent les phrases et les mots mais laissent les pensées profondes. Ils sont incapables de repenser une page ou un chapitre et surtout de composer une œuvre personnelle…

Les prédispositions du sentimental à la paresse se manifestent déjà chez le tout jeune écolier. Sa timidité l'empêche de répondre, alors qu'il serait fort capable de le faire. Doutant de lui-même, il a toujours peur de se tromper et de devenir la risée de ses camarades. Il n'est pas prompt à se mettre au travail ; il a cependant compris ce qu'on lui demande, ce qu'il faut faire, mais dès que le travail est personnel, il éprouve déjà cette répugnance à se manifester dans une œuvre à tirer de soi, par l'effort, plus qu'il n'y a de prime abord ; alors il retarde le plus possible l'exécution… Il occupe le temps à rêver, puis pressé par l'horaire, il rédige à la hâte le travail qu'il présente le plus souvent inachevé… Le plus grand service à lui rendre est de n'accepter jamais des actes incomplets, des devoirs non terminés…

Ce qu'il faut surtout, c'est donner à ces enfants confiance en eux-mêmes et les encourager. D'ailleurs éduquer n'est-ce pas essentiellement encourager ? Ces enfants vivent dans un sentiment d'insécurité morale ; la vie scolaire pour eux est un sujet d'anxiétés et même d'angoisses perpétuelles ; les jours de compositions surtout sont des jours redoutés. Il semble qu'il soit aisé de leur donner confiance en eux-mêmes, car ce sont des esprits profonds, solides, nuancés ; il faut louer leurs efforts, leurs réussites, les leur faciliter au début afin d'arriver à les persuader qu'ils pourraient encore mieux faire…

Lorsque l'émotion s'hypertrophie au point de devenir nettement dominante, on a alors affaire à la « fausse paresse » de l'hyperémotif… L'émotivité extrême paralyse ce sujet et lui enlève ses moyens… Une défiance profonde de soi-même caractérise cet enfant ; mais en rétablissant chez lui le sentiment de valeur et de confiance en soi, on obtiendra un redressement qui remettra l'intelligence en marche et assurera les progrès scolaires…

Si le sentimental ne surmonte pas sa paresse, il gâchera les dons assez riches de sa nature et méritera le jugement sévère de W. James : « Le rêveur sentimental et sans énergie, qui passe sa vie dans le flux et le reflux d'un océan d'émotions, sans jamais aboutir à une action concrète et virile est bien le caractère le plus méprisable qui soit. »

 

La paresse chez les actifs. — L'observation des traits caractéristiques constate que les paresses les plus nombreuses et les plus sérieuses se rencontrent chez les non actifs. Cependant, les actifs n'en sont pas préservés.

a) Chez les sanguins. — Le sanguin s'enthousiasme facilement pour tout ce qui est nouveau, mais cet élan ne dure pas… Il commence avec ardeur, mais la difficulté abat son optimisme. La paresse se manifeste alors, il faut le suivre pour lui faire acquérir plus de persévérance et modérer son impulsivité.

b) Chez les flegmatiques. Le flegmatique ne doit pas se confondre avec l'apathique ou l'amorphe qui sont de francs paresseux… Une activité calme, mesurée, qui se dépense avec suite, ne se lasse jamais et possède le double avantage de la sagesse et de la fécondité : telle est la caractéristique des flegmatiques…

De l'enquête de Heymans, il ressort qu'ils sont empressés au travail, occupés même pendant les loisirs, ne différent pas ce qu'ils ont à faire, sont persévérants, ne se laissent pas détourner de la poursuite de résultats lointains. La méthode biographique leur donne le maximum d'intelligence.

c) Chez les colériques. — La formule du colérique favorise l'activité ; il aime par dessus tout l'action sociale. Chez les colériques, l'émotivité renforce l'activité qui, du fait de la primarité, se dépense sans cesse. L'émotif primaire ressemble à un moteur à explosion qui travaillerait sans interruption. Le colérique désire toujours jouer le rôle en vue, occuper le devant de la scène, remporter des succès ; aussi entreprend-il constamment. Son ardeur se communique aux autres ; il est un entraîneur, un meneur.

d) Chez les passionnés. — De tous les caractères, le passionné est le plus puissant, le plus riche, puisque c'est la seule formule à trois puissances : Émotivité, Activité, Secondarité. L'activité oriente le passionné vers la lutte contre les obstacles et la réalisation ; l'émotivité lui confère son énergie, la secondarité fait converger beaucoup d'impressions passées dans le présent et assure à l'action une puissance que l'improvisation ne possédera jamais… Le passionné est remarquable par sa puissance de travail ; il surmène et use ses secrétaires et collaborateurs… Il ne saurait être question de paresse chez les passionnés. Ils sont les inverses symétriques des amorphes qui personnifient la paresse.

 

Paresse ayant des causes psychologiques. — Ainsi les formes de paresse étudiées jusqu'ici ont un substratum organique. Elles sont le retentissement sur le plan psychique du tempérament et de ses modifications… Des observations scientifiques cherchent les corrélations entre le caractère et les tissus humains. Sous ce rapport on attache de l'importance à l'appareil glandulaire endocrinien…

Les parents et les éducateurs ne devraient pas ignorer que la paresse, l'atonie, l'inattention ou l'instabilité ont souvent des causes physiologiques que l'on peut combattre efficacement. Il est fâcheux que l'on persiste à employer uniquement des remontrances, des exhortations ou des punitions qui demeurent vaines dans le cas où un traitement médical est seul capable de produire un effet désirable…

Mais même en admettant que la paresse soit une maladie dont les causes doivent être cherchées par le médecin et soumises à un traitement approprié, il faut bien se garder de croire que seul le médecin a voix au chapitre en matière si grave et de se reposer entièrement sur lui des soins à donner à l'enfant dit paresseux. Des psychologues comme Alfred Binet déclarent : « Nous ne croyons pas utile que l'enfant paresseux se considère comme un malade ; nous n'admettons pas que l'instituteur lui-même le considère comme un malade dont on regarde les écarts avec sérénité ; surtout, nous n'admettons jamais qu'on supprime dans les milieux scolaires l'idée si féconde et si juste de la responsabilité morale ». Un médecin ajoute : « Jamais l'enfant lui-même ne doit sentir que l'on n'ose pas lui demander d'efforts. »

L'observation découvre des causes psychologiques, affectives et pédagogiques de la paresse.

a) Éducation insuffisante. — L'influence du milieu familial est décisive pour l'évolution de la personnalité. Beaucoup trop de parents gâtent outrageusement leurs enfants et les élèvent mal… Nombreuses sont les erreurs d'éducation commises par les parents, qui aboutissent à. dégoûter l'enfant de la vie d'étude, à lui donner l'impression que la vie n'est qu'une partie de plaisir…

b) Importance du milieu familial. —Cette importance est si grande que certains affirment même que la paresse relève presque toujours de conflits familiaux… L'enfant se désintéresse de son travail si personne, chez lui, ne s'y intéresse…

Le professeur Bourjade indique les conditions que doit réaliser le milieu familial pour que l'enfant se développe normalement. Il doit avoir part aux douceurs de la tendresse, aux appuis de la force et à l'expérience de la liberté…

e) Le complexe d'infériorité. — Parmi les troubles de caractère qui ont pour effet de paralyser l'intelligence et de provoquer la paresse, les psychologues font une place à ce qu'on nomme «le complexe d'infériorité » et qui serait caractérisé par la défiance, le doute de soi, l'incertitude, la peur d'être inférieur à sa tâche, l'insécurité, l'anxiété même parfois, le manque de vaillance et de courage, en un mot toutes les nuances du manque de confiance en soi et même du découragements… Ce sentiment d'infériorité est causé par l'influence de la famille et du milieu scolaire.

 

Autres causes de la paresse. — a) Les erreurs de pédagogie. — Des formes de paresse ont pour cause des erreurs pédagogiques, car les maîtres peuvent être, pour, une part, responsables de la mollesse, de la légèreté, de la paresse de leurs élèves, soit parce qu'ils ne les aiment pas assez, qu'ils ne s'intéressent pas à eux, soit parce qu'ils manquent de méthode et d'autorité, qu'ils n'enseignent pas d'une manière concrète et vivante, soit enfin par ce qu'ils ne savent pas s'imposer, se faire estimer, aimer et écouter de ce petit peuple insouciant et léger sur lequel la raison toute pure n'a guère de prise encore2….

Éveiller l'intérêt de l'enfant est le moyen de l'arrêter sur le chemin de la paresse. Le rôle du maître est de rendre intéressantes les matières qui ne le sont pas d'emblée pour les enfants…

Sur ce point se donnent carrière les partisans et les adversaires de l'école attrayante et de l'école nouvelle…. Comme en toute chose, il semble bien ici que la sagesse se trouve dans un juste milieu qui évite un double écueil : celui qui consiste à trop faciliter l'effort de l'enfant et celui qui consiste à se trop refuser à le faciliter. .

b) Les erreurs de base. — Ce sont celles des maîtres qui accumulent des connaissances sans que les premières, qui soutiennent toutes les autres comme les fondations soutiennent l'édifice tout entier, aient été suffisamment assimilées… Les enfants déroutés, ne comprenant plus leurs maîtres, se réfugient dans la paresse… Le maître n'est pas toujours responsable ; parfois, les parents s'obstinent à vouloir faire suivre à un enfant des cours au-dessus de ses possibilités… « En maintenant un enfant dans une classe trop forte pour lui, dit Binet, on méconnaît le grand, le plus grand principe de la pédagogie : il faut procéder du facile au difficile. D'où erreurs déplorables commises par des maîtres qui sont fort intelligents, mais qui ignorent complètement la pédagogie »…

Un enseignement prématuré ne permet pas d'apprécier la valeur des élèves… Des élèves peuvent paraître sots, inattentifs et paresseux lorsqu'il leur est impossible de comprendre un enseignement qui les dépasse….

c) Le problème du surmenage. — Le surmenage, qui est l'exagération de la fatigue, est accusé d'engendrer la paresse. Mais les uns affirment que l'enfant qui commence à se fatiguer, cesse d'écouter et ne se fatigue pas cérébralement. D'autres prétendent que la majeure partie des élèves, si l'on excepte ceux qui sont doublement doués sous le rapport physique et intellectuel, sont nerveux, pré-tuberculeux ou deviennent paresseux par défense de leur organisme…

S'il n'y a pas surmenage, on reconnaît unanimement qu'il y a un « malmenage, c'est-à-dire le manque d'aménagement sérieux dans l'effort scolaire, le papillotage, la fatigue nerveuse et le rendement insuffisant…

 

Conclusion. — Première constatation : chez trop d'éducateurs, le terme paresse ou paresseux se présente avec le caractère définitif d'une sentence consacrant un état de choses également définitif. Par un jugement trop facile, des enfants se trouvent abandonnés à l'insuffisance du moment. D'autre part, il est incontestable que tout le psychisme est étroitement conditionné par le tempérament et le caractère, d'où l'utilité d'une étude du caractère pour faire l'inventaire des facultés et dispositions d'un individu et en saisir les raisons… La connaissance exacte de soi-même permet de se rendre de plus en plus conscient de la place qu'on aura à occuper dans la vie et des tendances des dispositions à développer en soi afin de travailler avec le plus de fruit et de satisfaction possible…. Des efforts ont été faits par les psychologues et les caractérologues par l'étude des types pour arriver à la connaissance aussi concrète que possible de l'individu dont il n'y a pas de science au sens strict…

Des essais de classification des caractères fournissent le moyen d'approcher de plus près la personnalité de l'enfant en mettant en main une méthode pour comprendre chaque enfant en particulier… Une psychologie concrète permet de reconnaître que certains retards scolaires sont sous la dépendance de troubles caractériels et que l'effort physique favorise l'épanouissement intellectuel…

Il est des enfants qui ne peuvent s'intéresser à rien et qui deviennent trop souvent des hommes indolents et paresseux qui seront à charge de leur famille, de l'État… Ces individus ont souvent de bonnes qualités, des dispositions prometteuses, seule la paresse les empêche de les déployer. Il est malaisé d'en faire, par le dressage et l'éducation, des hommes énergiques conscients de leur but, travailleurs…. On appelle cette paresse une particularité du caractère d'origine congénitale et à laquelle il faut se résigner…

La médecine moderne a ouvert ici de nouvelles voies et jeté une lumière nette sur les enfants paresseux…

L'amélioration des mauvais élèves et des paresseux ne doit pas être exclusivement tentée dans le domaine intellectuel par des moyens d'ordre disciplinaire. Les manifestations de la vie scolaire obligent à considérer le paresseux comme un faible ou un déficient physique ou fonctionnel dans la plupart des cas ; comme tel, il peut et doit être amélioré par un système éducatif complet. Jusqu'à présent, on s'est attaché exclusivement à l'effet : l'insuffisance du rendement scolaire. Il convient de changer de voie et de s'attaquer à la cause du déficit : l'insuffisance du développement organique, fonctionnel ou le trouble caractériel…

La caractérologie qui s'efforce de cerner d'aussi près que possible la structure de chaque caractère, permettra de saisir les causes de la paresse dans chaque cas particulier et indiquera en même temps les moyens à mettre en œuvre tant sur le plan physiologique que psychologique afin, sinon de changer, du moins de modifier les déterminants d'un caractère et d'amener, par là même, la diminution et l'élimination de la paresse.

 

Bibliographie. — Parmi les nombreux auteurs cités, nous signalons les suivants :

A. Binet : Les idées modernes sur les enfants.

J. Bourjade : L'intelligence et la pensée de l'enfant.

A. Boutinaud : Parents et éducateurs modernes.

A. Burloud : Le Caractère.

E. et M.-B. Godechoux : Comment lutter contre la paresse de l'enfant intelligent.

Heymans : La classification des caractères.

W. James : Causeries pédagogiques.

Klages : Les principes de la caractérologie.

R. Le Senne : Le mensonge et le caractère.

Peillaure : Le caractère et la personnalité.

Dr G. Robin : La paresse est-elle un défaut ou une maladie?

Boven : La science du caractère.

 

Pour faire suite aux indications du Bulletin d'octobre 1949, p. 498 :

A. Rodriguez Vicente : Higiene de la edad scolar.

J. Zaragueta : Pedagogia fundamental.

E. Guerrero : Fundamentos de la pedagogia cristiana.

N. Pende : La scienza moderna della persona umana.

Dott. Giuseppina Pastori : Il substrato biologico della personalita.

A. Gemelli, G. Zunini : Introduzione alla psicologia.

G. Nebiolo : Centro di. Giovinezza.

E. Planchard : La pédagogie scolaire contemporaine.

Ch. Blondel : La personnalité.

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1 Les deux importants ouvrages de caractérologie de R. Le Senne et d'E. Mounier n'avaient pas encore paru au moment ou ce travail a été effectué.

2 A l'occasion d'un Congrès, la déclaration suivante de Mgr Calvet, recteur de l'Institut catholique de Paris, fit scandale: « En dehors des malades qu'il faut soigner et des anormaux qu'il faut rendre à leurs familles il n'y a pas d'élèves paresseux, il n'y a que des maîtres malades.

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