Une exposition Ă  Lausanne

L. P.

22/Oct/2010

Qui ne connaît ce beau pays parsemé de lacs bleus, dont le nom, Suisse, se couronne du terme plus poétique : La Belle Helvétie ?

Bien des Frères ont eu l'occasion de faire connaissance avec les paysages alpestres ou les rives enchanteresses du lac Léman, et d'apprécier l'esprit de famille qui fait le cachet do notre Institut en cherchant asile dans la communauté des frères de Lausanne. Oh ! il n'y a pas de luxe dans la maison : le réfectoire et la cuisine sont à la cave, mais l'accueil y est fraternel, et la bonne humeur est grande. Cette dernière est entretenue par la présence de deux vétérans, authentiques et vaillants Frères Maristes, dont plus de cinquante ans de dévouement au service de la jeunesse n'ont pas altéré la verdeur… Depuis, le Seigneur a appelé l'un d'eux à la récompense : F. Louis-Conrad ( Vannay).

Il y a quarante ans que les Petits Frères de Marie, succédant aux Frères Marianistes, ont pris la direction de l'établissement de Lausanne qui compte quelque 240 élèves répartis dans huit classes.

Mesurer le travail accompli est bien délicat ; cependant les 32 vocations sacerdotales et religieuses, les positions occupées par les anciens élèves dans les mouvements catholiques et dans la société sont un garant du sérieux de l'instruction et de l'éducation données en cette maison. Il faudrait ajouter que les conditions dans lesquelles les Frères travaillent sont assez délicates : sans parler de l'habitation vétusté des religieux, il y a lieu de signaler que les catholiques de Lausanne ne représentent que le quart de la population, soit 27.000 sur 103.000 habitants que compte la cité. Cette atmosphère qui garde encore un certain relent de sectarisme ne permet pas aux Frères le port du costume religieux.

Mais si le noyau catholique est petit, la foi est agissante : un simple regard à travers l'histoire religieuse locale le démontre :

En 1815 : une seule chapelle ouvre ses portes aux catholiques peu nombreux.

 En 1954, il y a 16 lieux de culte que se partagent 4 paroisses et qui souvent se trouvent trop exigus pour les cérémonies du dimanche.

Le 4 novembre 1816 : ouverture de la première école catholique avec quelques élèves seulement.

Aujourd'hui, près de mille enfants des deux sexes fréquentent les trois écoles gratuites paroissiales. Il faudrait ajouter deux collèges secondaires et primaires catholiques très florissants, tenus par des religieux et des religieuses.

Ce coup d'œil rapide démontre à l'évidence le développement que poursuit la pensée catholique en ce milieu protestant ou indifférent. Or, en un temps où la matière est reine, ne faut-il pas que la foi s'appuie toujours plus sur des convictions solides : l'École chrétienne a sa place dans ce travail d'approfondissement religieux. Les Supérieurs l'ont bien compris qui ont maintenu cette belle œuvre de Lausanne, ferment actif jeté en Suisse où, nous le souhaitons ardemment, des vocations germeront nombreuses pour des fondations nouvelles…

Pour marquer d'une manière tangible ces quarante ans de présence, les Frères, en collaboration avec leurs élèves et quelques anciens, ont organisé une exposition qui a remporté un franc succès. A cette exposition de nos œuvres s'en joignait une autre sur « La Vierge Marie a travers les âges », résultat d'une enquête des grands élèves.

Une salle était occupée par l'exposition mariste.

 Celle-ci se composait essentiellement d'une série de panneaux, disposés artistiquement le long des murs et portant des photos d'un peu tous les pays où nos Frères se dévouent. Quelques parchemins offerts à notre Révérend Frère Supérieur Général lors de ses visites, rompaient utilement la monotonie du noir et blanc des photographies. Chaque panneau était surmonté d'une carte en couleurs, dressée par les élèves, figurant une région du monde et portant les noms des maisons, des Frères, le nombre des novices, Frères et élèves et maisons. Ainsi, sans trop grand effort, l'on pouvait embrasser d'un coup d'œil l'ensemble des œuvres d'un pays. Un panneau central, portant dans un angle le portrait de notre Vénérable Fondateur et dans un autre la photo de notre Révérend Frère, donnait d'utiles renseignements sur l'Institut et étalait autour d'une mappemonde les noms des contrées où nous sommes.

Une place spéciale avait été faite à nos 180 martyrs de Chine et d'Espagne qui ne laissait pas du tout le public indifférent.

Des objets répartis judicieusement mettaient une note pittoresque et locale. C'est ainsi que des oriflammes chinoises étaient du plus heureux effet devant l'étalage chinois et japonais, tandis que des travaux de nos élèves de France montraient le fini des écoles techniques. Des éléphants d'ébène, importés de Ceylan, prouvaient l'habileté des indigènes de ces lieux. Des poufs, des lances, des sabres, des tapis, créaient un climat africain devant les cartes de l'Afrique du Nord et du Sud. Le centre de la salle était occupé par des vitrines garnies, l'une par des poteries moulées en colonies de vacances par les juvénistes, l'autre des médailles et des clés offertes à notre Révérend Frère et des coffrets en bois précieux ou objets de toilette des îles lointaines de Malaisie, tandis qu'une troisième vitrine contenait un tapis et une série de coquillages et coraux des îles Fidji et Hawaï, prêtés aimablement par les sœurs maristes missionnaires de Sainte-Foy-lès-Lyon. Une quatrième vitrine, debout, renfermait des bouddhas de toutes formes et dimensions un brûle-parfum japonais authentique ainsi que des poteries chinoises de valeur.

Toute la salle était parsemée de fleurs et de plantes vertes.

Une seconde salle de classe renfermait l'exposition mariale. L'on y pouvait se rendre compte de l'importance de Marie dans le monde. Des textes de l'Ancien et du Nouveau Testament avaient été illustrés par les élèves avec assez de bonheur. Une série de panneaux instruisaient le visiteur sur la place que Marie occupe dans la vie liturgique, les dogmes et les apparitions, dans la littérature, dans la musique, dans la sculpture et dans la peinture et même dans la philatélie. Toute une paroi de la salle était couverte par les cartes et les photos prouvant que la Suisse aussi aime la Sainte Vierge. Une carte du pays, peinte par un élève, portait les noms des sanctuaires dédiés à Marie.

Pour donner plus d'ampleur à cette manifestation en l'honneur de notre Mère du Ciel, nous avions fait appel aux Confrères. Il nous faut rendre hommage ici à l'amabilité, à la gentillesse dont on a fait preuve à notre égard et dire un merci spécial au Second Noviciat de Saint-Quentin, au Noviciat de la Province, aux Frères et élèves de Saint-Gingolph, qui ont mis à notre disposition certains de leurs travaux, non sans risques… Que soient remerciés aussi tous ceux qui.de toutes les parties du monde, nous ont permis de réaliser cette exposition mariale et mariste.

Durant une dizaine de jours, il y eut affluence dans les salles où le Frère Directeur se faisait un plaisir de donner toutes les explications désirées.

Mais une surprise était ménagée aux Frères et elle était d'importance. En effet, Son Exc. Mgr François Charrière, évêque de Lausanne, Genève et Fribourg, annonçait son intention non seulement de visiter l'exposition, mais de prendre part aux agapes des Frères. A l'issue du repas, auquel avaient été conviés Monsieur le Curé, quelques conseillers de paroisse et amis des Frères, ainsi que le Président du conseil communal de la ville, ancien élève, Son Excellence, avec sa bonhomie coutumière, s'attarda longuement dans les salles d'exposition, se prêtant de bonne grâce à tout ce que l'on désirait de lui. C'est ainsi que le photographe fixa sur la pellicule ces heures inoubliables dans les annales de l'Ecole. Monseigneur daigna même, apposer, sur le livre d'Or de la chorale, les lignes suivantes qui en disent long sur l'attachement de notre vénéré évêque à ses écoles catholiques en pays mixte :

« En souvenir d'une visite de reconnaissance, à l'occasion du quarantième anniversaire de l'arrivée des Chers Frères à Lausanne, et de l'exposition mariste si suggestive et éducative. » François Charrière, évêque.

Le « Courrier » périodique du pays, dans son numéro du samedi, 10 avril 1954, donnait un article élogieux, sous le titre : « Quarante ans d'enseignement. En voici quelques extraits.

« L'École catholique des garçons de Lausanne célèbre cette année un bel anniversaire, auquel nous sommes heureux de nous associer aujourd'hui. Il y a quarante ans que les Frères Maristes assument, avec un dévouement remarquable, une lourde responsabilité : l'éducation chrétienne. Il faudrait consacrer plusieurs articles à ces années de fécondité.

« Pour aujourd'hui, bornons-nous à relever l'effort accompli par la direction, qui a tenu à marquer cet anniversaire d'une manière spéciale et surtout hautement instructive et intéressante. Nous voudrions, par ces quelques lignes, engager tous ceux qui le peuvent à se rendre, samedi ou dimanche, à cette exposition. Nous sommes assurés qu'ils en sortiront enchantés, tant elle est vivante, suggestive et fort bien présentée.

« Pour bien des parents et même des anciens élèves, le travail accompli dans le monde par les Frères Maristes demeure inconnu. On ne sait pas que cette Congrégation a été fondée en 1817 par le Père Champagnat ; on ignore son évolution, son histoire, son action et son rayonnement sous toutes les latitudes. Qui se doute de l'importance de cette Congrégation enseignante en Amérique du Sud, en Asie, en Afrique ou même dans les pays voisins d'Europe ?

« Par des tableaux, des cartes, des images, des photographies, le visiteur se sent aussitôt pris par l'ampleur du travail de cette Congrégation à travers le monde. Ainsi qu'on peut le voir, elle atteint le chiffre extraordinaire de 13.000 membres, venant de cinquante nations différentes. L'Institut compte 32 Provinces, dont le tiers sont en pays de missions : Chine, Japon, Nigeria, Madagascar, Nyassa, Rhodésie, Ceylan, Malaisie, Fidji, Samoa, Nouvelle-Calédonie, Sumatra, lies Salomon, Nouvelle-Bretagne, Mozambique.

« Le goût avec lequel cette exposition a été mise sur pied mérite d'être relevé. La place a peut-être manqué pour mettre en évidence certains objets ou pièces de valeur, mais il vaut la peine de s'attarder un moment devant tous ces documents qui n'ont pas d'autre but que d'illustrer l'œuvre éducatrice des Frères Maristes. Nous pensons que l'objectif visé a été atteint.

« Mais que voit-on ? Il y a tant de choses dans cette salle de classe qu'il est malaisé de vouloir en donner ne serait-ce qu'un résumé. Nous pensons en ce moment aux cadeaux offerts par les indigènes, vases de Chine ou du Japon, à ces parchemins, relevant la valeur de l'enseignement des Frères Maristes, à ces petits objets fabriqués par des élèves de l'étranger, etc. … Une visite vous fera découvrir le reste.

« Mais là ne s'arrêtent pas l'imagination, l'initiative et l'esprit d'entreprise du Directeur. A l'occasion de l'Année mariale, il a voulu intéresser ses plus grands élèves à une exposition sur la Sainte Vierge. Elle est, sans doute, modeste et incomplète. Mais elle intéresse vivement le visiteur par ce souci de synthèse qui est à sa base. Cette exposition se propose simplement d'insister sur quelques aspects de la présence de la Vierge dans le monde.

«C'est, tout d'abord, la Sainte Vierge dans la Bible, puis dans la liturgie. Vient alors le rappel des dogmes. Après nous avoir évoqué la présence de Marie dans les arts, la peinture, la sculpture, dans la musique, la littérature et même la philatélie, l'exposition fait revivre quelques sanctuaires de la Sainte Vierge dans notre pays. C'est sobre et éloquent.

«Nous pensons que ce rappel engagera bien des personnes à visiter ces deux expositions, préparées depuis plusieurs semaines avec un zèle étonnant, par quelques élèves et le corps enseignant. Personne ne le regrettera et, ce faisant, on témoignera notre sympathie et apportera notre encouragement aux Frères Mariâtes, qui ont droit à toute notre reconnaissance. »

       L. P.

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