Une fête à San Maurizio

F. J.-F.

18/Sep/2010

Le 13 décembre dernier restera pour toute la Communauté de San Maurizio comme une date mémorable.

Ce jour-là nous avions la grande joie de recevoir et de fêter notre très digne Pasteur, Teol. Cav. Alberto Coatto, à l'occasion de son Jubilé paroissial.

Le 3 décembre, fête de l'lmmaculée-Conception, ramenait le 25ième anniversaire de son arrivée dans la Paroisse de San Maurizio, qui en avait profité pour organiser en son honneur, de touchantes et significatives manifestations de reconnaissance et d'attachement.

Depuis longtemps, nous attendions cette occasion pour témoigner à celui que nous regardons comme notre cher et insigne Bienfaiteur, la très grande et affectueuse reconnaissance que nous éprouvons pour la sollicitude bienveillante dont il nous entoure et pour tout ce dont nous lui sommes redevables.

A l'annonce que Monsieur le Curé avait bien voulu accepter l'invitation du cher Frère Directeur, toute la maison tressaillit de joie : les brebis se sont doucement laissé gagner par la bonté du Pasteur, et elles sont avides de lui témoigner leur amour.

Aussi n'est-il personne qui ne tienne à faire sa petite partie dans l'affectueux concert qui se prépare. Décorateurs, poètes, musiciens : tous s'empressent à l'envi. Naturellement le cher Frère Directeur est prié de se réserver pour la pièce importante du programme, c'est-à-dire l'adresse qui doit être lue au vénéré Jubilaire ; car nul n'ignore avec quelle maîtrise il sait faire vibrer la langue française, quand il s'agit d'exprimer avec délicatesse les sentiments du cœur. .

Le matin du jour de la fête, au milieu du va et vient, il y eut bien quelques petits manquements au silence. Le temps est pluvieux, le ciel est bas, gris, morne, mais la joie rayonne dans tons les cœurs, et la joie est expansive… "C'est aujourd'hui !… Il est si bon Monsieur le Curé !… Il faut qu'il soit content de nous !…".

Les derniers préparatifs s'achèvent. La salle des Exercices de la Communauté est transformée en salle de réception. Banderoles, oriflammes, bannières, guirlandes, plantes vertes artistement emmêlées témoignent du bon goût des organisateurs.

Une estrade surmontée d'un gracieux baldaquin a été préparée. Les yeux se fixent avec complaisance sur un beau portrait dû au talent du cher Frère Virgilus. Bientôt celui qu'il représenté sera parmi nous.

Monsieur le Curé, suivi de son très sympathique et très dévoué Vicaire, Don Osella, arrive. La joie est peinte sur tous les visages. Elle éclate en vifs applaudissements. Un chœur vivement attaqué répand dans la salle l'énergique et harmonieuse impression de ses vivats cent fois répétés. Toute la jeunesse est là : Juvénistes, Novices et Scolastiques sont heureux de faire monter vers le ciel ces vivats enflammés. Le cœur chante en même temps que les voix, qui sont chaudes et vibrantes. Les derniers accords tombent. Un profond silence se fait. Le cher Frère Directeur s'avance.

Laudetur Jesus Christus. Et- Maria Mater ejus. Amen. On est joyeusement surpris. C'est un Mariste qui parle. Son premier mot, son premier salut est donc une louange à Jésus et à sa Mère. Heureuse inspiration. Puis, en termes délicats, il revendique pour la langue française un autre honneur que celui qui lui revient d'être la langue diplomatique ; elle veut être, spécialement en cette circonstance, la langue du cœur : Monsieur le Curé a tant de droits à notre reconnaissance ! Lorsqu'en 1903, l'orage grondait sur notre chère patrie, toujours bonne, mais enfiévrée par le virus maçonnique, c'est lui qui nous accueillit d'un cœur tout paternel. Il nous introduisit dans sa famille spirituelle, nous adopta, et dès lors nous aima comme ses enfants.

Et depuis ce premier bienfait, de combien d'autres sa sollicitude ne nous a-t-elle pas entourés ! Nos peines, nos joies, nos douleurs, nos deuils, il a tout voulu partager. Il n'a manqué aucune occasion de nous témoigner son dévouement, sa paternelle bienveillance. Nous avons été vraiment une portion choyée de son troupeau

Aussi les cœurs sont à lui. A lui le respect, l'amour dû à un Père vénéré, à un Bienfaiteur insigne. La reconnaissance fait monter des cœurs vers le ciel d'ardentes prières pour la conservation de jours si précieux, et pour qu'un ministère déjà si fécond soit de plus en plus béni de Dieu.

Le cher Frère Directeur termine en demandant au Pasteur et au Père de vouloir bien accorder à ses enfants deux faveurs une promenade extraordinaire et sa bénédiction paternelle.

De longs applaudissements éclatent. Ce sont bien là les sentiments dont, toutes les âmes débordent. On vit un moment délicieux. Monsieur le Curé, lui aussi, est ému. Après avoir invoque la Vierge Immaculée il fait descendre sur l'assemblée les bénédictions célestes. Comme le cœur se dilate ! Comme on est heureux de se sentir enfants de la grande famille catholique, religieux, donc membre choisi de ce grand corps qu'est notre Mère la sainte Eglise ! Partout, même sur la terre étrangère, elle nous fait trouver des pères en ceux à qui elle confie nos âmes.

On s'est relevé, l'attention est très vive. Monsieur le Curé parle un français très correct, mais pas assez facilement à son gré ; aussi après quelques mots, il nous dit combien il regrette de ne posséder que très imparfaitement "la langue du cœur" pour exprimer toutes les choses dont le sien est rempli. C'est pourquoi il demande la permission d'employer celle du beau pays que nous habitons.

Et alors, au milieu de l'attention de tous, notre Pasteur aimé nous dit combien il est touché de cette manifestation, combien son cœur est sensible à ces témoignages d'affection filiale. Cette journée sera pour lui inoubliable. On s'aperçoit bien vite que la douce et mélodieuse langue italienne est, elle aussi, "la langue du cœur". Monsieur le Curé nous a bien montré à que point elle sait en exprimer toutes les effusions et toutes les délicatesses.

Après nous avoir rappelé qu'en 1903 il fut très heureux de nous accueillir et qu'il le fit de tout cœur, comme une mère qui reçoit et serre entre ses bras encore avec plus d'amour Celui de ses enfants qu'un malheur a frappé, il veut bien nous affirmer que ces sentiments seront toujours les siens, d'autant plus, ajoute-t-il, avec une bienveillance vraiment trop grande, que nous avons toujours été sa consolation, l'édification de la paroisse sur laquelle nous attirons les bénédictions du Ciel. A l'entendre, c'est lui qui est notre obligé et il nous dit sa reconnaissance en termes si flatteurs qu'on n'ose les reproduire.

On est charmé par cette parole si délicate, si noble et si simple en même temps : langage inspiré par le cœur et les sentiments les plus élevés de la charité et de la tendresse pastorales.

Tout n'est pas fini. Monsieur le Curé nous réserve une surprise. Oui il veut bien nous accorder une promenade, mais il tient à faire cette promenade avec nous. Il existe, non loin d'ici, une vallée délicieuse, et dans cette vallée, "la fleur du Piémont", une sorte de paradis terrestre : ce coin de terre vraiment privilégié, c'est Viu, la patrie de Monsieur le Curé ; c'est là qu'il veut lui-même nous conduire lorsque la saison sera redevenue belle.

Les applaudissements éclatent. Et il y a de quoi. Car c'est une royale promesse à laquelle on était vraiment loin de s'attendre.

La jeunesse s'empresse pour la cantate finale dont les paroles de circonstance ont été composées par notre C. Frère Directeur. Elle se termine par cette prière à laquelle tous s'associent :

O Seigneur, d'un si tendre Père,

Daigne accroître et bénir les ans !…

Par les soins de son ministère,

Au ciel nous irons triomphants !… (bis).

Une image-souvenir de la Fête est ensuite distribuée à chacun par le Vénéré Jubilaire. Nous aimerons à répéter la prière qui y est inscrite :

"Benedici, o Gesù, al Pastore ed al Gregge e

l'uno e l'altro accogli nef Celeste Ovile’’.

On va se prosterner aux pieds de Notre-Seigneur et on le prie de bénir et de réaliser tous les voeux qui ont été exprimés.

Puis toute la Communauté se rend dans les classes du Noviciat et du Scolasticat transformées pour la circonstance en réfectoire magnifiquement décoré. Notre Révérend Père Aumônier et Don Osella, le Vicaire de Monsieur le Curé, veulent bien prendre part à cette fête de famille.

Pendant tout le repas la plus franche cordialité ne cesse de régner. Nous sommes heureux et Monsieur le Curé, aussi. En réponse au cher Frère Directeur et au Révérend Père Aumônier qui lui souhaite de vivre aussi longtemps qu'un Vénérable Curé alsacien qui resta cent ans à la tête de sa paroisse, il trouve encore des paroles pleines de délicatesse et d'à propos pour nous dire de nouveau sa joie, son affection paternelle et sa reconnaissance de la manifestation qui lui est faite en ce jour.

Un dernier chant pour exprimer les sentiments qui remplissent tous les cœurs et on se sépare. On se sent encore plus attaché à son Pasteur si c'est possible ; on est heureux, content d'être au service du bon Dieu qui veut bien nous donner de telles joies et chacun emporte de cette belle fête un souvenir inoubliable.

                                                                                                            F. J.-F.

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