Union de la Congrégation des Frères de Saint-François-Régis à notre Congrégation

26/Oct/2010

Le 21 novembre 1959 restera une date mémorable dans les annales de notre Institut : un nouveau rameau s'ajoutait au vieux tronc par l'union de la Congrégation des Frères de Saint-François-Régis avec la nôtre.

I. Aperçu historique de la communauté des Frères de Saint-François-Régis.

Cette méritante communauté célébrait son centenaire en juin 1950. Son berceau fut Roche-Arnaud, près de la ville du Puy, en France.

Leur fondateur fut le vénéré Père Maxime de Bussy, de la Compagnie de Jésus. Cet admirable missionnaire, surnommé le saint François-Régis de son siècle, se dévoua toute sa vie à l'apostolat auprès des pauvres, des orphelins, des enfants abandonnés.

En juin 1850 un jeune homme âgé de trente ans, se présente au saint missionnaire du Puy, envoyé par un autre Jésuite de la Louvesc où il était allé en pèlerinage au tombeau de saint François-Régis afin de connaître les desseins de Dieu sur lui. Jean-Baptiste Fabre, c'était son nom, avait eu à Saugues l'occasion de fréquenter l'école des Frères des Ecoles Chrétiennes dirigée par le Bienheureux Bénilde : c'était déjà une grâce de prévenance de la Providence à son endroit. Il aura dans la suite l'occasion de témoigner au procès informatif diocésain en vue de la béatification de son ancien maître.

Jean-Baptiste était devenu complètement orphelin à quatorze ans et, à titre d'aîné, chef de famille ; il commençait dès lors sans bien le savoir l'apprentissage de sa future mission. Devenu enfin libre, il était à la disposition du Ciel.

Justement, vers la mi-juin de cette année-là, le P. de Bussy avait suffisamment mûri son projet d'orphelinat et le jeune homme, pressenti une première fois à cet effet, est mandé auprès du Fondateur le soir du 22 juin. En ce suprême entretien, les derniers détails sont envisagés, et l'on s'entend pour que le lendemain Jean-Baptiste rejoigne le groupe des orphelins et leurs Patrons et Patronnesses à la Cathédrale pour une messe célébrée par Mgr de Morlhon, évêque du Puy. La cérémonie religieuse terminée, on s'achemine comme en procession vers le logis destiné aux orphelins, à Roche-Arnaud. Là, la culture était prometteuse et le site des plus charmants ; on avait sous les yeux tout le centre du Puy.

Ici se place un détail que l'on voudrait regarder comme symbolique pour le moins. Sur ce même plateau, peu de jours auparavant, des mains pieuses avaient épandu les cendres encore chaudes de « La Vierge Noire du Puy» que des mains sacrilèges avaient incendiée sur la place du Martouret. Sur ce même plateau devaient s'ériger peu après un Carmel et, un demi-siècle plus tard, un hôpital dit du « Bon-Secours ».

Ce qu'il fallut d'obéissance simple et de renoncement entier chez les premiers apôtres laïcs pour soutenir l'œuvre ! C'est que les débuts connurent toutes les pauvretés et les vicissitudes des créations providentielles. Après maints diocèses de France, en 1903, ce fut le tour de la Tunisie, de l'Espagne et de l'Italie de recevoir les religieux du bon P. de Bussy. Celui-ci cependant décédait deux ans à peine après la fondation de son œuvre. Dans son plus grand développement, la communauté compta une trentaine de maisons et soixante-cinq religieux. Il faut se hâter d'ajouter que quatre-vingt-un sont décédés dans leur vocation.

La tourmente qui passa sur la France, en 1903, lors de la persécution maçonnique qui s'intensifiait depuis une vingtaine d'années, frappa en tout premier lieu les Frères des Ecoles Chrétiennes et ceux de Saint-François-Régis. En un nombre de jours déterminé il fallut tout liquider et laisser locaux et propriétés à l'Etat. Des personnes charitables avancèrent aux religieux proscrits les fonds nécessaires pour s'exiler au Canada, en Tunisie et ailleurs. Le Ministère de la Colonisation de la Province de Québec cédait aux Frères une certaine étendue de terrain, à Péribonka, en vue de la culture. Mais quelle différence de glèbe avec celle de Roche-Arnaud dont on en avait apporté une urne remplie, en gage de bénédiction !

La réception du premier groupe des nouveaux venus eut lieu le 19 juin, à 3 heures de l'après-midi par le préposé du Ministère pour la région. Pendant un mois ils furent hébergés dans les locaux du Ministère, comme les autres immigrants encore sans logis. Pour le premier hiver, les Frères s'établiront plutôt mal que bien, chez eux. Le premier contact avec les Frères Maristes avait eu lieu le 28 juin, à Roberval, où ils furent reçus par le F. Aldrid, directeur d'alors, véritable papa pour tous.

Cet endroit de leur premier établissement s'avéra tout à fait impropre à la culture et au recrutement. Après plusieurs années de labeur surhumain et des dépenses considérables, ils profitèrent de ce que leurs terrains allaient être submergés par les eaux exhaussées du lac Saint-Jean, en faveur d'une compagnie d'électricité, pour faire l'acquisition d'une propriété de toute autre valeur, dans le rang Saint-Louis-de-Bagot, non loin de Chicoutimi. Les indemnités fournies par la compagnie « Duke Price » leur permirent cet échange sans déboursés additionnels.

La Providence semblait, entre temps, compléter les rapprochements des deux communautés presque sœurs depuis plus d'un demi-siècle. Nos Frères de la région de Chicoutimi affectionnaient ces véritables Ouvriers du Seigneur. Comme autrefois pour Saint-Paul-Trois-Châteaux et Viviers, il semblait évident qu'une union devenait de plus en plus possible et désirable. La journée inoubliable du 21 novembre dernier vit enfin le jeu de la Providence se dénouer.

 

2. La cérémonie de réunion.

Vu les difficultés dans lesquelles se trouvait leur Institut, les Frères de Saint-François-Régis, après entente avec S. Exc. Mgr M. Paré, avaient sollicité la permission de s'unir à notre Institut. Le Conseil provincial d'abord, puis le Conseil général s'étant montrés favorables à l'union, les Frères avaient adressé une demande officielle à la Sacrée Congrégation des Religieux. Par un Décret, daté du 24 octobre 1959, la Sacrée Congrégation répondait favorablement à la demande et décrétait l'union des deux Congrégations sous le nom et la règle des Frères Maristes des Ecoles. Le Décret devait entrer en vigueur au jour fixé par le Révérend Frère Supérieur.

Après entente avec Son Excellence et avec les Frères de Saint-François-Régis, le Conseil Général détermina que l'union se ferait le 21 novembre, fête de la Présentation de la Sainte Vierge.

La cérémonie, tout intime, se fit à la maison Saint-François-Régis (au rang) Saint-Louis, à Chicoutimi. S. Exc. Mgr M. Paré, auxiliaire de Chicoutimi, voulut bien en accepter la présidence et bénir cette union. Tous les Frères Directeurs de la région, la plupart des Frères de Chicoutimi et des environs, une importante délégation des anciens Frères de Roberval, le C. F. Marie-Stratonique et les Membres du Conseil provincial remplissaient la chapelle et la salle attenante. Grâce aux mains expertes du C. F. Sacristain, la chapelle avait pris ses airs des grandes solennités.

A 11 heures, Son Excellence offrait la sainte Messe que dialogua l'assistance. Après l'évangile, Son Excellence, s'inspirant de la fête du jour, expliqua les vertus dont Marie nous donne l'exemple dans ce mystère, pour faire ensuite ressortir la grande, l'unique joie de l'acceptation de la volonté divine. Il souligna que l'action posée par les derniers Frères de Saint-François-Régis demandait certainement du sacrifice. Mais de cette offrande, sortira une richesse de grâce pour chacun d'eux et pour le groupe tout entier. Il rappela la fréquence de ces exemples d'abnégation dans l'Eglise, par l'incorporation de communautés religieuses.

Après la messe, Son Excellence entonna le Veni Creator ; puis en présence de Son Excellence, M. l'abbé E. Gagnon, aumônier de l'institution, donna lecture, en latin d'abord, puis en français, du Décret de la Sacrée Congrégation proclamant l'union des deux congrégations. Le C. Frère Lorenzo, Assistant Général, fit lecture de la décision du Conseil Général, fixant la date de la mise en vigueur du Décret et les provinces auxquelles seraient affectées les maisons.

Les Frères, en commençant par le Rév. F. Jules Soulier, ancien Supérieur Général, signèrent l'acte d'incorporation à l'Institut, selon les prescriptions du Décret. Pendant ce temps, on chanta le Salve Regina, puis le C. F. Joseph-Edouard joua quelques pièces d'orgue. Les Frères renouvelèrent ensuite leurs vœux d'après notre formule habituelle, en ajoutant les mots « selon les Constitutions des Frères Maristes des Ecoles». Quatorze Frères s'ajoutèrent ainsi aux effectifs de la Province de Lévis. La cérémonie se termina par le Conserva me avec verset et oraison puis par le chant mariste, « Toujours, toujours».

A la sortie de la chapelle, on fit les légères modifications requises pour adapter le costume à celui de l'Institut. Puis les nouveaux Maristes se groupèrent autour de Son Excellence, du C. F. Assistant et des Membres du Conseil provincial et l'on prit une photo-souvenir.

Les membres de la communauté et les invités d'honneur se rendirent alors au réfectoire des orphelins pour le dîner qui groupait une cinquantaine de convives. La préparation du repas et le service avaient été confiés à une maison de Chicoutimi.

A la fin du dîner, le C. F. Assistant donna lecture d'une lettre par laquelle le Rév. Frère Supérieur Général souhaitait aux nouveaux Maristes, la plus cordiale bienvenue dans les rangs de l'Institut. Il rappelait les rapports amicaux qui ont uni nos deux congrégations depuis plus d'un demi-siècle de sorte que nous étions déjà presque de la même famille. Il assurait les nouveaux membres de l'affection fraternelle de tous les Frères et de l'entier dévouement des Supérieurs.

« Je suis convaincu, écrivait-il, que du haut du ciel, nos deux Fondateurs, le vénéré Père de Bussy et le Bienheureux Marcellin Champagnat, d'un commun accord, supplient Dieu par Marie, de réserver des grâces de choix à cette famille religieuse élargie dont ils restent les protecteurs. »

Le C. F. Assistant ajouta quelques mots personnels pour confirmer ces sentiments, souligna la présence d'une importante délégation des anciens Frères de Roberval et du C. F. Marie-Stratonique qui rappelaient différentes périodes des rapports amicaux et fraternels entre les deux congrégations. Il fit remarquer qu'une union est profitable aux deux parties car chacun apporte quelque chose qui enrichit le patrimoine commun : « C'est l'occasion d'un nouvel afflux de sève ; l'arbre tout entier en acquiert une vigueur plus grande. » Il remercia Son Excellence d'avoir daigné présider cette cérémonie et bénir lui-même cette union dont il avait été un des principaux artisans. Il fit ressortir la sympathie, la largeur de vue, la délicatesse et la volonté manifeste de procurer la gloire de Dieu et le bien des deux Instituts, dont Son Excellence fit preuve dans cette délicate occasion. Il offrit aussi les vœux de tous au Rév. F. Jules Soulier qui venait de fêter son 82e anniversaire de naissance.

Le Rév. F. Jules Soulier, ancien Supérieur Général, ajouta quelques mots pour remercier l'Institut des Frères Maristes de les accueillir dans son sein. Il rappela qu'il y a soixante-dix ans, il avait dû quitter le juvénat de Saint-Genis-Laval, pour cause de santé ; il se dit heureux de pouvoir être enfin reçu dans la Congrégation dans laquelle, étant jeune, il avait désiré vivre et mourir. Il demanda ensuite pardon à ses confrères de ses faiblesses et des mauvais exemples qu'il pourrait leur avoir donnés. Il termina en promettant attachement et fidélité à son nouvel Institut.

Le soir, on voyait tous les Frères de Chicoutimi et des environs, groupés autour des nouveaux Maristes pour une veillée de famille. Il régna durant toute la soirée, une atmosphère de franche et chaude fraternité. On avait l'impression que depuis toujours, l'on avait vécu ensemble. Les anciens se racontèrent plus d'un souvenir des temps héroïques.

Présentement, ces valeureux confrères sont répartis en trois groupes. Le premier, formé d'un certain nombre de Frères âgés, se trouve à Saint-Louis (Chicoutimi), sous la direction du C. F. Armand-Louis et la bienveillante société du F. Gervasi, vétéran de Roberval.

Un autre groupe réside à Château-Richer. Parmi eux se trouve le C. F. Jules Soulier, ancien Supérieur Général de la Congrégation, âgé aujourd'hui de 83 ans. Comme on l'a déjà noté il fut juvéniste à Saint-Genis-Laval en 1890. Par suite d'un trouble cardiaque, il fut rendu à sa famille. Son frère, Directeur d'alors, le C. F. Candide, est mort en Chine et le C. F. Jules aura sûrement encore quelques années pour guérir de ce trouble organique.

Quelques autres se trouvent à Bury, Compton ; et enfin, quatre Frères déjà bien âgés, résident à Roche-Arnaud, berceau de la Congrégation. Ces derniers ont été incorporés à la Province de Notre-Dame de l'Hermitage.

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