Visite de délégation à la Province du Mexique

F. Leoncio Martin

26/Oct/2010

Rien de plus intéressant sans doute, pour les lecteurs du Bulletin, que d'y trouver des nouvelles sur la marche de nos œuvres à travers le monde. Les comptes rendus publiés par les CC. FF. Assistants après leurs visites de délégation ont précisément pour but de donner satisfaction à ce désir si légitime de nos Frères. Ne pourrait-on pas aussi considérer ce récit comme un moyen très efficace de stimuler notre zèle apostolique, d'accroître l'amour pour notre chère Congrégation et de fomenter parmi nous l'esprit de famille ?

Cette fois-ci, c'est au Mexique qu'il revient de soulever le voile, en nous permettant d'admirer le vaste champ d'apostolat que la Vierge de Guadalupe nous a confié dans la grande nation mexicaine.

Le Mexique fut toujours l'objet d'une prédilection toute spéciale de la part de la Sainte Vierge. Sa Sainteté Benoît XV l'a confirmé quand, rempli d'admiration, il s'écria : Non fecit taliter omni nationi.

C'est Sans doute à la protection de la Vierge que les œuvres maristes doivent leur développement prodigieux dans ce pays ; la persécution religieuse elle-même, qui menaça de les anéantir, n'aboutit heureusement qu'à produire sur elle les heureux effets d'une taille bienfaisante. C'est ainsi qu'après l'épreuve, nous les avons vues surgir plus robustes et pleines de vitalité, comme sortit l'Eglise des obscures catacombes, après les grandes persécutions.

En 1949 la Province du Mexique était déjà si prospère qu'elle donna naissance à une nouvelle Province, celle de Cuba-Amérique Centrale, et dix ans après, elle s'est vue dans l'heureuse nécessité de se dédoubler encore pour donner naissance aux deux Provinces nouvelles : celle du Mexique Central et celle du Mexique Occidental.

Le Bulletin de l'Institut ayant parlé déjà, à plusieurs reprises, des œuvres maristes au Mexique, mon intention n'est pas d'entrer ici dans beaucoup de détails. Je me bornerai seulement à faire mention de quelques aspects qui présentent un intérêt particulier.

On est sans doute curieux de savoir si, en dépit des lois sectaires qui régissent toujours le pays, nos Frères peuvent accomplir leur mission essentielle de religieux éducateurs. On se demandera également si les pères de famille n'hésitent Pas à confier leurs enfants à des maîtres qui leur donneront, à l’encontre des lois, une éducation foncièrement chrétienne.

Les Frères, conscients de leurs obligations de religieux éducateurs, sont toujours restés fidèles à ce rôle essentiel, même pendant la sombre période de persécution religieuse, malgré une surveillance policière malveillante et tracassière. Citons un cas parmi tant d'autres, pour illustrer cette affirmation. C'était dans une capitale d'Etat. Les autorités scolaires, n'ignorant pas notre condition de religieux éducateurs, imposèrent à notre école un sous-directeur laïc, payé par l'établissement. C'était le moyen d'assurer la laïcité que la loi prescrit. Impossible d'éviter cet abus arbitraire. Mais ne trouverait-on pas le moyen de tromper la vigilance de cet indésirable et agaçant personnage ? Quand on veut absolument la fin, on en trouve les moyens. Dans cette école, la leçon de gymnastique se faisait habituellement sur une grande terrasse éloignée des classes. Le sous-directeur en question, ayant offert sa collaboration au travail commun, fut chargé de donner chaque matin cette leçon, circonstance dont on profita pour donner, pendant ce temps, l'instruction religieuse aux élèves des autres groupes de l'école. Et les enfants étaient fiers de garder le secret car ils n'étaient pas contents d'avoir un intrus dans leur école. L'anecdote suivante témoigne bien de ces dispositions. Ce même professeur adressa, un jour, la question suivante à un élève : « Quelle est la première chose que vous faites chaque matin en vous levant ? — Je fais le signe de la croix, répondit sans hésiter l'enfant. — Et qui vous a appris cela ? demanda-t-il malicieusement. — C'est ma maman. Est-ce que la vôtre ne vous l'a pas appris quand vous étiez petit ?»

Mais nous devons à la vérité de dire que ce professeur ne tarda pas à être gagné à notre œuvre. Il commença par admirer notre organisation et on peut dire qu'à la fin, il s'était constitué gardien de l'école, puisque, grâce à sa présence, nous n'avions plus à craindre les inspections si redoutées.

Actuellement, la situation est bien différente car si les mêmes lois existent toujours, on jouit cependant d'une complète tolérance, et si autrefois on nous imposait un inspecteur en permanence, aujourd'hui c'est un Frère Mariste qui vient d'être nommé Président national d'alphabétisation et d'extension éducatrice dont dépendent 78 écoles avec 200 professeurs et fréquentées par 14 200 élèves. Grâce à cette tolérance, la formation chrétienne de la jeunesse est actuellement en grand honneur dans nos écoles. Pour le montrer il suffira d'exposer le simple plan des activités apostoliques dans un de nos établissements : le Centre Universitaire Mexico.

a) Le cours de religion, chaque matin.

b) Messe quotidienne. Les élèves y assistent par groupes, à tour de rôle. La sainte communion est distribuée trois fois par jour. Trois prêtres sont chargés du service religieux : confessions, direction spirituelle et conférences.

c) L'Action Catholique, dont une branche s'occupe très activement de la catéchèse des enfants pauvres. Il est à remarquer, à ce propos, que nos écoles de la capitale contrôlent 19 centres catéchistiques, dirigés par 242 élèves et fréquentés par 5 508 enfants pauvres. Ce même apostolat est organisé dans toutes les écoles maristes du Mexique et le nombre d'enfants ainsi catéchisés s'élève à 9 958.

d) Pendant l'année on organise périodiquement, pour les élèves et les anciens élèves et même pour les pères de famille, des retraites fermées que l'on appelle : Cursillos de cristiandad (Cours de vie chrétienne).

Le zèle en faveur des missions n'est pas moins édifiant. Les sommes recueillies dans nos écoles pendant l'année dernière ont été de 69.800 NF.

Abordons maintenant la seconde question : Nos Frères jouissent-ils de la confiance de la société ?

La population mexicaine, catholique dans presque sa totalité, apprécie beaucoup l'éducation donnée par des religieux. C'est cela surtout qui explique l'énorme affluence d'enfants et de jeunes gens vers nos écoles. Chaque année, les Frères Directeurs se voient obligés de refuser un nombre considérable de demandes d'admission et, malgré tout, les classes restent trop chargées.

Actuellement, le nombre des élèves de nos écoles du Mexique s'élève à 18 675 dont 3 150 gratuits et 815 semi-gratuits.

Rien que dans la capitale de la République, nos Frères dirigent six écoles fréquentées par 6 777 élèves. La principale de ces écoles est le Centre Universitaire Mexico avec 1 218 étudiants qui suivent les deux années pré-universitaires, appelées, au Mexique « Enseignement Préparatoire». Elle est incorporée à l'Université Nationale et chaque année plus de 500 de ces élèves sont diplômés et passent aux différentes facultés universitaires.

Un fait remarquable à citer : en 1959, parmi les dix prix extraordinaires décernés par l'Université aux meilleurs élèves de l'année, sept furent attribués à des étudiants du Centre Universitaire Mexico.

Nous avons, au Mexique, deux autres écoles du même genre ; une à Monterrey et l'autre à Guadalajara. Tout dernièrement, dans celles de Mérida, de Morelia et de San Luis de Potosi, en vient d'ajouter aux cours existants, ces deux mêmes années de préparation à l'Université.

Etant donné le grand nombre d'étudiants universitaires provenant de nos écoles, on s'explique qu'il y ait tant d'anciens élèves occupant des postes importants dans les différentes branches de l'Administration et même dans les sphères gouvernementales.

Dans la visite que j'ai eu l'honneur de faire à M. le Président de la République, ancien élève, celui-ci n'a pas manqué d'y faire allusion et de me citer même une longue liste d'hommes occupant une haute situation et ayant, comme lui, fait leurs études dans les écoles des Frères Maristes.

Mais ce qui doit être surtout pour nous un motif de satisfaction, c'est le fait de compter parmi nos anciens élèves, trois archevêques, dont le primat du Mexique, trois évêques et une légion de prêtres et de religieux qui font honneur à la formation religieuse reçue chez nos Frères.

Cette mention que je viens de faire à propos de vocations, me perte à dire un mot du recrutement et des maisons de formation de la Province.

Les vocations maristes se recrutent de préférence dans nos écoles, et nos Frères, en général, se préoccupent de plus en plus de cet apostolat parmi leurs élèves, et le résultat en est très satisfaisant.

Nos juvénistes finissent, au juvénat, l'enseignement secondaire. Les études profanes sont interrompues pendant les deux années du noviciat et c'est au scolasticat que les jeunes Frères obtiennent le diplôme de Professeur d'enseignement primaire, le scolasticat étant reconnu officiellement comme Ecole Normale. Pour obtenir le titre de Professeur d'enseignement secondaire, nos Frères suivent ensuite des cours intensifs pendant les grandes vacances, soit à Guadalajara, où un de nos Frères dirige une Ecole Normale Supérieure autorisée à délivrer des diplômes officiels, soit à Mexico, dans une autre école qui jouit du même privilège.

Dans notre Centre Universitaire de Monterrey, fonctionne aussi la Faculté de Chimie exclusivement réservée à nos Frères.

 

Division de la Province.

Le nombre considérable de Frères et le grand développement des œuvres exigeait cette division pour en faciliter la direction. Comme la circulaire du 24 mai renseigne sur cet événement, je n'ajouterai ici que quelques mots.

Les deux nouvelles Provinces ont pris le départ dans des conditions excellentes. Chacune d'elles a devant soi un merveilleux champ d'apostolat et les vocations religieuses, au Mexique étant nombreuses, on peut espérer que, dans un avenir prochain, en pourra faire bon accueil aux nombreuses demandes de fondation de nouvelles écoles, lesquelles se présentent généralement dans des conditions financières extrêmement favorables. Dans la plupart des cas, en effet, les pères de famille se chargent de la moitié des frais de la construction des collèges qui restent cependant, notre propriété exclusive.

Divisées mais toujours unies, comme deux branches sorties du même tronc, les nouvelles Provinces continueront à être étroitement liées par les liens de la fraternité. Poursuivant le même but, employant les mêmes moyens, elles lutteront toujours ensemble sous le même drapeau, l'étendard glorieux de Notre-Dame de Guadeloupe, leur Reine, leur Patronne et leur première Supérieure.

F. Leoncio Martin, Vic. Gén.

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