Visite de Délégation en Nouvelle Calédonie (fin)

07/Oct/2010

Quoi d'étonnant, après cela, si plusieurs élèves des Frères, de leur propre mouvement, vont frapper à la porte du C. F. François de Borgia et lui demandent ce qu'il faut faire, pour devenir Frères.

Que le Vénérable Fondateur veuille obtenir que les généreuses démarches de ces jeunes indigènes puissent aboutir un jour.

 

Saint-Maurice. On ne peut quitter l'île des Pins sans pousser jusqu'à Saint-Maurice, proche de la Mission.

C'est là, que l'année dernière, fut érigée une statue en bronze du Sacré-Cœur, pour rappeler la célébration de la première messe sur ce territoire entièrement adonné jadis au culte des pratiques les plus cruellement superstitieuses.

Une grossière palissade, faite de troncs d'arbres, entoure le socle d'où le Sacré-Cœur, aux traits finement moulés, invite à venir à Lui ceux qui plient sous le fardeau pesant des peines de la vie.

Trois tabous grimaçants paraissent encore menacer de peine de mort, les téméraires qui tenteraient de franchir la redoutable enceinte de ce terrain sacré.

Mais, rassurez-vous, les temps ont changé et ces écorces d'arbres, sculptées sans art, attestent seulement le triomphe du Christ sur les puissances infernales.

Au cimetière. — C'est un chemin montant, malaisé que celui du cimetière de Vao, frappante image de la route parfois pénible que le défunt a dû gravir, pas à pas, jour par jour, avant d'aboutir au terme bienheureux du ciel.

Au centre du champ de repos, une grande croix de bois : autour, les tombes des premiers missionnaires, les Révérends Pères Goujon et Rosier. Un motif, autre que la simple curiosité, engage à monter là-haut : prier pour les Frères qui dorment, à côté des Pères, leur dernier sommeil de missionnaires: les Frères Aristarque et Tarsice. Heureux doivent-ils s'estimer maintenant d'avoir tout quitté pour mieux servir le Maître et lui gagner des âmes.

Auprès des Frères, ou du moins à très peu de distance, on voit les tombes royales, très modestes. C'est le chef de Pouébo sur la Grande Terre, exilé pour sa religion; c'est le vieux chef Abel Sinicou, décédé à 85 ans, c'est Samuel Thoourou, mort en 1927.

 

Le retour. — Le retour s'effectua sans incident notable, le 13 janvier. Partis de bon matin, nous arrivions à Nouméa à la chute du jour.

Peu après, le départ du C. F. François de Borgia, prévu pour le 23 était brusquement devancé, le Destremeau appareillant le 19. Le C. F. Assistant quitta donc la Nouvelle Calédonie ce jour-la. Tous les Frère l'accompagnèrent jusqu'au bateau lui exprimant leurs meilleurs vœux de santé, d'heureux voyage et de fructueuse mission.

Puissent ces pages rapides démontrer une fois de plus que si le missionnaire fait généreusement, au jour de son départ, l'abandon de toutes les joies de la vie, le bon Dieu qui accepte le sacrifice, continue néanmoins à le faire participer au centuple promis dans l'Evangile. Il est des heures agréables, en Nouvelle Calédonie, comme ailleurs, par lesquelles la bonne Providence fait oublier les moments pénibles. Puissent quelques âmes généreuses venir en faire l'essai sur ces . terres que nos devanciers ont rendues chrétiennes et où nous tâchons de continuer le sillon qu'ils ont si vaillamment commencé.

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Fin du voyage du C. F. François de Borgia A. G.

(Extrait de ses notes, que le Bulletin aurait été heureux de publier in extenso, si elles n'avaient, répété le récit qu'on vient de lire jusqu'ici).

Sydney est la plus ancienne ville d'Australie, ayant été fondée, en 1788, sur la vaste baie, appelée alors Port Jackson. Elle est située sur le même parallèle que le Cap et Buenos Aires, le 34° de latitude sud. Au climat tempéré que lui vaut cette latitude, elle joint l'avantage d'un port excellent, dont la profondeur permet l'accostage aux plus grands navires.

La vue de cette immense rade est des plus impressionnantes avec ses coteaux boisés et parsemés de jolis cottages. La ville, qui compte 1.400.000 habitants, comprend le quartier commercial et un autre qui s'étend à perte de vue et déborde sur la rive nord de la rivière Parramatta, qu'il remonte. Un pont métallique gigantesque relie les deux sections. Il a été inauguré en 1932 et a coûté dix millions de Livres sterling. L'arche centrale est haute de 60 mètres et a un développement de 600 mètres. Le pont porte quatre voies de tramways, outre la voie carrossable, et deux larges trottoirs.

L'université, les Jardins botaniques, la gare attirent surtout l'attention des touristes.

Nos Frères, au nombre de 243, dirigent en Australie 32 Ecoles. Leur maison de formation est à Mittagong. C'est une vaste propriété, bien entretenue, de 400 Hectares où l'on récolte en abondance, pommes, cerises et poches. La ferme compte 200 bêtes à corne, de nombreux moutons et porcs. Les produits de la propriété suffisent amplement à l'entretien de la Communauté, qui compte 80 juvénistes, 13 novices, 21 scolastiques et 25 Frères.

Reçu à St Joseph's Collège, je passai la journée du 28 novembre à visiter ce grand établissement. Parmi les 2G grands Collèges de l'Australie, il est incontestablement le plus en vue. Les élèves reçoivent là une éducation très soignée où, sans nuire aux études, les sports sont en honneur.

 

En Nouvelle Zélande. — Le 2 février, je m'embarquai à Sydney sur le paquebot Arrangi pour le retour par Vancouver et le Canada. Nous avions quatre prêtres à bord. Le 6, le bateau faisait escale à Auckland, ce qui me procurait l'avantage et le plaisir de voir nos Frères de Nouvelle-Zélande. Le C. F. Benignus, provincial récemment élu, m'attendait au quai avec deux autres Frères. La matinée fut employée à visiter le Collège du Sacré-Cœur, l'école St. Columba et la tombe du C. F. Colombanus A. G., au cimetière de cette ville.

L'après-midi, j'étais conduit au Juvénat de Tuakau, situé à 40 kilomètres d'Auckland, et de retour à la capitale, j'eus l'immense bonheur de causer familièrement avec ces bons Frères sur nos Œuvres de N.-D. de l'Hermitage, du Canada, des Etats Unis et de Nouvelle Calédonie, que tous étaient heureux de connaître ainsi encore mieux…

 

Aux îles Fidji. – Après une heureuse navigation de quatre jours, notre bateau entra dans la belle rade de Suva, métropole de Fidji. Sur 200 îles que comprend le groupe, il y en a 80 d'habitées par une population de 170.000 habitants d'une race robuste.

Les Frères de Suva étaient au quai pour me recevoir, et à leur tête le C. F. Alphonsus-Mary, australien, qui est aux îles Fidji depuis 43 ans.

L'école Indienne à Suva date de 1897. Elle compte environ 300 enfants, dont plus de la moitié sont catholiques. Ils paraissent intelligents et parlent l'anglais, l'indien et le fidjien.

Naïlilili, sur les bords de la majestueuse rivière Rewa est le centre d'une des plus anciennes et des plus florissantes missions catholiques de Fidji. L'école que dirigent nos Frères fut ouverte en 1889. Grâce au bon Frère Marie-Claudius, qui l'a mise sur un bon pied, elle est florissante et compte 80 externes et 40 internes.

Le Collège Saint Félix est né de la progression du nombre des élèves dans les deux écoles précédentes, qui fit sentir la nécessité de bâtir un autre Collège auquel on a donné le nom de Saint Félix. On y fait de bonnes études préparatoires aux Cambridge Local Examinations. Ces six dernières années, sur 37 élèves présentés, 35 ont reçu leur diplôme. C'est un résultat magnifique qui témoigne de la compétence et du dévouement des Frères, ainsi que de l'application des élèves.

 

Iles Hawaï. — Le vendredi 10 février nous traversions le 180° degré de longitude. Le lendemain était de nouveau vendredi, 10 février. Et à la vitesse de 370 milles par jour nous passions l'équateur le 13. Le 18, nous étions aux îles Honolulu (Hawaï), avant poste de la grande république américaine. Honolulu est vraiment la Perle du Pacifique. La population est cosmopolite: Hawaïens, Japonais, Chinois, Philippins, Coréens, Portugais s'y coudoient. Les catholiques forment le tiers de la population et possèdent des œuvres très prospères.

Honolulu est un vrai paradis terrestre. La végétation y est d'une beauté et d'une abondance qui rappelle Ceylan. Les maisons sont ensevelies sous une profusion de fougères, de palmiers, de vignes et de plantes grimpantes, qui fleurissent toute l'année.

 

Au Canada. — Le 24 février, les côtes d'Amérique se montrent à l'horizon. Le détroit de Juan de Fuca franchi, nous arrivons à Victoria, en Colombie anglaise. Victoria, appelée parfois la Cité des Roses, a un cachet nettement anglais. Après un court arrêt le paquebot reprend sa course à travers de nombreuses îles verdoyantes, plantées de cèdres et de sapins Au loin apparait la ligne blanche des hautes montagnes dont la cime se découpe irrégulièrement dans un beau ciel d'azur. Pendant que nous contemplons ce cadre grandiose le navire se range au quai. Nous voici à Vancouver.

 

A travers le Continent. — Le train du Canadian National suit d'abord la rivière Fraser, montant vers le nord jusqu'au 53° parallèle, pour traverser les Rocheuses au parc Jasper, près du mont Robson.

En nous acheminant toujours plus à l'est nous arrivons à Edmonton, capitale de la Province de l'Alberta. Puis commencent les trois Provinces de prairies : Alberta, Saskatchewan, Manitoba, très riches en grains. Le train met exactement quatre jours, en marche continue, pour couvrir les 5.000 kilomètres qui séparent Vancouver de Montréal. En traversant Ottawa, la capitale du Dominion, nous pûmes admirer les magnifiques monuments qui en font une ville élégante. Les édifices du Parlement, en style gothique, forment une masse imposante qu'accentue encore la Tour de la Paix, s'élançant à 100 mètres dans les airs, et où chante le merveilleux et unique carillon de 54 cloches inauguré en 1927.

La dernière étape franchie en moins de quatre heures, nous arrivons à la gare Bonaventure où nous attendaient le C. F. Marie-Stratonique, provincial, et le C. F. Jules-Adrien, son prédécesseur. C'était le dimanche 5 mars.

Le lendemain, nous avions le bonheur de retrouver l'accent, l'esprit, le cœur et le nom même de l'Hermitage en notre maison provinciale d'Iberville, où le vénérable Frère Césidius, fondateur de la Province et son premier compagnon le F. Pierre-Chrysologue nous accueillaient chaleureusement au milieu d'une brillante jeunesse.

Tous, nous éprouvions le besoin de faire monter au ciel le cantique de la reconnaissance, par un joyeux Magnificat, qui, dans la chapelle neuve, aux lignes harmonieuses, monta vers la Sainte Vierge qui semblait sourire à ses enfants.

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