Visite de Son Éminence le Cardinal Archevêque de Lyon

19/Mar/2010

Lundi 25 novembre 1946, la Maison-Mère de Saint-Genis-Laval était en liesse. Elle recevait la visite de Son Éminence le Cardinal Gerlier, archevêque de Lyon. Depuis le décès du Rév. Frère Diogène, cet événement ne s'était pas produit. Nous passons sur les détails d'une réception que l'on imagine facilement, pour nous arrêter au discours du plus haut intérêt que Son Éminence voulut bien adresser à toute l'assemblée littéralement conquise par une joyeuse et affectueuse condescendance. Après un rappel des premiers contacts avec les Supérieurs de l'Institut, Son Éminence exprime sa satisfaction de pouvoir répondre à l'invitation du nouveau Supérieur Général et de le féliciter.

Puis le Cardinal remarque qu'après les bouleversements effarants causés par la guerre mondiale, toutes les nations sont dans une agitation inquiétante. Les traités de paix ne sont pas encore bâtis et des rumeurs d'une nouvelle guerre circulent. Après la bombe meurtrière de quatre à cinq cents personnes, est venu l'engin atomique exterminant en quelques minutes trois à quatre cents mille victimes humaines et l'on prépare des armes plus destructives encore. On ne regarde pas quelle est la nation qui a raison, mais celle qui est la plus forte.

L'éminent orateur met le doigt sur la cause profonde du désarroi universel. Le monde est enfoncé dans un étouffant matérialisme. On a arraché aux peuples les principes mêmes de la civilisation chrétienne. Et le Cardinal Gerber d'affirmer énergiquement que nous avons créé le communisme en laissant subsister des injustices sociales criantes.

Alors s'adressant plus spécialement aux jeunes qui forment la plus grande partie de l'auditoire, il précise que c'est en infusant progressivement aux générations montantes les principes de justice et de charité chrétiennes que l'on retrouvera les assises de l'ordre et de la paix à instaurer dans le monde en convulsion. De là l'œuvre splendide, moment d'inégalable grandeur, qui s'offre au courage et à l'enthousiasme des futurs éducateurs…

« Vous devez remercier Dieu, s'écrie le Cardinal-Archevêque de Lyon, de vous avoir appelés à cette heure-ci… Et ce n'est pas à une partie de plaisir, mais à une lutte opiniâtre et à de rudes combats. » Alors, il rappelle une pensée de Montalembert : Si Dieu lui avait donné de vivre au temps du Christ et de choisir le moment de le voir… il n'aurait pas choisi l'heure où le Christ était applaudi, triomphant… mais plutôt celle de la montée au Calvaire… pour mieux lui prouver son amour.

Ainsi c'est à une œuvre difficile dans un temps troublé que Dieu appelle. Il y faut de la générosité, de l'abnégation et un renoncement total à soi-même. Dieu ne nous veut pas médiocres à son service. Il faut acquérir les sciences et étudier les meilleures méthodes… Les méthodes actives sont à encourager sans doute… Mais sciences et méthodes ne suffisent pas… Tant d'autres ont la science et l'habileté qui sont stériles pour le bien.

Et après avoir mis ses auditeurs en garde contre l'orgueil qui est le principe de décomposition de tout travail évangélique, et rappelé la pensée d'un éminent religieux que « l'on gagne les âmes plus par les vertus que par les arguments », Son Éminence insiste sur la nécessité d'être avant tout de saints religieux. Certes s'il est difficile d'être un bon chrétien, il l'est bien davantage d'être un saint religieux…. Mais les obstacles, loin d'effrayer les âmes généreuses, doivent les stimuler. Et citant le mot de sainte Thérèse : « Thérèse toute seule, c'est le néant. Mais Thérèse et Jésus, c'est tout », le Cardinal ajoute que pour les luttes sévères qui nous attendent nous possédons une arme toute-puissante : la prière ! Et il conclut en invitant à nous tourner comme notre Vénérable Père vers Notre-Dame de Fourvière dont il appelle sur le Rév. Frère Supérieur, sur l'Assemblée et sur tout l'Institut la maternelle et miséricordieuse bénédiction.

Ce discours entre autres leçons aura illustré, une fois de plus, cet enseignement que tant de voix autorisées, à la suite des Souverains Pontifes, ne cessent d'inculquer après le Maître des maîtres, Notre-Seigneur Jésus-Christ : Ce qui est requis de quiconque veut gagner des âmes à la vertu, c'est la sainteté de la vie d'abord et la doctrine ensuite.

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