Visite du C. F. Assistant

F. M. Odulphe

23/Sep/2010

Le dimanche 24 octobre 1920 eut lieu, pour la première fois, à la Maison Mère, une cérémonie de départ des "Délégués". Le T. R. F. Stratonique, le C. F. Flamien et moi-même, respectivement chargés de visiter le Brésil Cal, le Brésil Sept. et le Brésil Mal, primes place dans le chœur, à la Bénédiction du Saint Sacrement. Nous fîmes ensemble une Consécration à la Ste Vierge et les Prières de l'itinéraire avant de se mettre en voyage. Le R. P. Hillereau, après une allocution de circonstance, nous recommanda aux prières de la communauté. Je rappelle ce fait parce qu'en maintes circonstances nous avons éprouvé d'une manière visible l'effet de ces prières.

Le T. R. F. Stratonique et moi, partis de Grugliasco le 25 octobre 1920, avons fait une heureuse traversée sur le Massilia, comme le Bulletin l'a relaté dans son dernier numéro. Après une visite rapide à Rio, à Mendes et à São Paulo, je laisse mon vénéré compagnon de voyage à sa délégation du Brésil Central et je descends par Santos dans le Rio Grande, où j'ai le bonheur de visiter toutes les Ecoles et de présider les retraites.

Bientôt après, le T. R. Frère vient me rejoindre. Se rendant en Argentine il traverse le Brésil Sud. Accompagnés du C. F. Provincial nous visitons ensemble bon nombre de nos Communautés.

Impossible de donner ici une idée de l'élan, de l'enthousiasme pour le bien et surtout pour la culture des vocations que le T. R. F. a suscités partout! Son passage est un Sursum Corda! Il a gagné tous les cœurs par le prestige de sa bonté. 'A défaut de l'autorité, qu'il a passée à de plus jeunes mains, il exerce l'influence du conseil, de l'expérience, de la paternité. "Je ne me suis jamais senti plus le maitre que depuis que je ne le suis plus’’, peut-il dire avec un grand négociant du Nord de la France, retiré des. affaires et restant maître par sa direction et la déférence absolue de ses fils.

Le bon Dieu et le R. F. Supérieur Général font une faveur inestimable à nos provinces lointaines en permettant au T. R. F. Stratonique d'accomplir ce ministère qui va si bien à son tempérament, ce ministère de zèle apostolique dont il est écrit au livre de la sagesse :

"Voici que ma course s'allonge et que le fleuve de mes jours s'approche de l'Océan. C'est pourquoi je répandrai la doctrine plus abondante et je la porterai au loin et je ne cesserai pas jusqu'au jour éternel. Car sachez-le bien, ce n'est pas pour moi seul que j'ai travaillé mais pour tous ceux qui aiment la vérité et qui la cherchent" (Eccl., XXIV, 43 et seq.).

Non sans émotion, j'ai laissé le T. R. Frère en Argentine et suis rentré à Grugliasco pour le Dimanche des Rameaux.

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Invité à donner, pour le Bulletin, un court aperçu de nos œuvres au Brésil Sud, je commence par remercier Jésus et Marie des fruits de salut qu’ils ont accordés à nos frères de produire sur cette terre, depuis 20 ans qu'ils y travaillent.

Les 3 premiers champions maristes au Rio Grande, les FF. Weibert, Mie-Berthaire et Jean Dominici, arrivèrent à Porto Alegre le 1ier août 1900; mais ils ne s'arrêtèrent pas à la capitale. Pour leurs débuts, ils voulaient un théâtre plus modeste. Ils allèrent jusqu'à Bom Principio, petit village, presque inconnu dans l'État. Là ils trouvèrent une pauvre case ayant pour tout mobilier 3 chaises boiteuses et 3 lits empruntés. Ils baptisèrent cette .installation du nom de Lavalla. Quinze jours après, pour écrire aux Supérieurs, le F. Directeur fut obligé d'emprunter de quoi timbrer sa lettre.

C'était un bon Principio, un bon commencement. Bénie de Dieu, la province compte aujourd'hui 175 membres, dont 18 Fr. stables, 109 profès perpétuels, 23 profès temporaires, 6 novices, 7 postulants, 12 juvénistes.

Le personnel des 21 écoles est de 140 frères donnant l'enseignement à 3.620 enfants, dont 480 internes et 3.140 externes. Le Brésil méridional a été visité :

1° par le C. F. Augustalis en 1904

2° par le C. F. Climaque en. 1901

3° par le R. F. Diogène en 1908

4° par le R. F. Diogène en 1911.

Le compte rendu de ces visites ayant été donné dans la Circ. de 18 déc. 1905 et dans les Bulletins de l'Institut de janvier 1910 et de juillet 1911, nous ne donnerons ici qu'un aperçu de la situation actuelle de chacun de nos Etablissements.

 

I. — Rio Grande. – En 1914 notre Collège "Sao Francisco’’ remplaça le Collège "Sagrado Coração" que les RR. PP. Jésuites nous cédaient parce qu'ils manquaient de personnel. La matricule de la première année atteignit 144; en 1920 elle a été de 248.

Bon nombre d'anciens élèves ont trouvé d'excellentes positions dans les grandes maisons de commerce. D'autres continuent leurs études dans les Facultés de Porto Alegre ou de Rio de Janeiro; 77 élèves ont fait cette année leur première Communion. Deux ligues fonctionnent bien : 1° La ligue de l'Enfant Jésus de Prague dont les adhérents s'engagent à la communion un dimanche de chaque mois. 2° L'apostolat de la prière qui conduit à la sainte table au moins 100 élèves le 1ier Vendredi du mois.

Cette année, deux élèves sont entrés au Séminaire et un à notre Juvénat. Deo gratias !

 

II. — Pelotas. – Dans cette ville nous avions, l'an passé, 7 frères faisant les classes inférieures au Collège Gonzaga, tenu par les RR. PP. Jésuites. Leurs 300 élèves étaient tous agrégés à l'Apostolat de la Prière et pratiquaient avec zèle le Trésor du Sacré-Cœur.

 

III. — Porto Alegre. – Nous avons 3 écoles dans la Capitale : le Rosario, Anchieta et San José.

a) Gymnasio do Rosario. – Les 3 groupes du Gymnase : école gratuite, école payante, cours académiques sont en pleine prospérité.

A l'Ecole gratuite le frère Directeur, avec un jeune frère, a la charge de 70 élèves. Une partie de l'année, il est en voyage comme quêteur et recruteur.

L'Ecole payante a 350 élèves divisés en 7 classes.

Une grande chapelle étant dans la maison (antigo Seminario) et un Père Jésuite très zélé, faisant fonction d'aumônier, les frères et les élèves sont bien soignés au point de vue religieux.

Les Cours académiques sont des cours particuliers donnés aux grands jeunes gens de 20 à 30 ans qui préparent leur entrée aux facultés de Porto Alegre ou de Rio de Janeiro.

D'abord seul, le C. F. Weiber a obtenu un succès tel qu'il s'est vu obligé de s'adjoindre 4 aides. En 1920, le nombre des étudiants s'éleva à 325, accourus de tous les coins du Rio Grande do Sul. A la fin de l'année, 150 ont subi les examens officiels et se sont fait approuver pour 426 matières, 48 ont été admis à l'Examen vestibulaire (baccalauréat) exigé pour l'entrée aux Facultés.

Les frères jouissent d'une excellente réputation parmi les membres de l'Université et plus haut encore.

Cette année, un certain nombre de Candidats de notre Ecole et d'ailleurs, ayant échoué à l'Examen d'admission à la Faculté de Droit, ces jeunes gens se sont adressés au C. F. Weiber et l'ont prié de faire une démarche auprès du personnage qui joue là-bas le rôle de ministre de l’Instruction publique, pour en obtenir l'autorisation d'un nouvel examen.

Ces MM. faisant les frais du voyage, le F. Weiber a roulé deux jours en auto, a reçu l'accueil le plus bienveillant de la haute autorité officielle et est rentré à Porto Alegre, avec l'autorisation sollicitée.

Un cours d'apologétique, des causeries sur les questions religieuses, permettent de faire du bien à ces grands jeunes gens. Cette année 20 d'entre eux ont fait leur première Communion.

La réputation des Cours supérieurs a rejailli sur les Cours inférieurs et l'Ecole a pris le nom de "Gymnasio’’. Les 2 sections ont ensemble 675 élèves.

On trouve des anciens étudiants des Cours académiques dans toutes les administrations; on en rencontre sur tous les bateaux et sur tous les trains; ils sont fiers de leurs anciens maîtres et sont heureux de rendre service aux frères.

b) Gymnasio Anchieta. – C'est un Collège des RR. PP. Jésuites voisin du Rosario.

Cinq de nos frères y font les Cours inférieurs. Ils ont intronisé le Sacré-Cœur dans chacune de leurs classes. Les Pères sont enchantés des Frères, et ont fait, à l'occasion de mon passage, des instances réitérées pour en obtenir un ou deux en plus.

c) L'Ecole S. José et l’église du même nom, situées au centre de Porto Alegre, sont devenues comme le point de rendez-vous de la colonie allemande de la capitale.

Les 300 élèves sont répartis en 6 classes.

Beaucoup sont protestants; mais ils se soumettent sans difficulté au règlement. Une douzaine se sont convertis. Les catholiques fréquentent assidûment les sacrements.

Une association d'anciens élèves, dont les statuts sont approuvés par Mgr Becker, évêque de Porto Alegre, a son siège dans un local réservé à cet effet par le Comité. En janvier 1921, elle comptait 221 membres. C'est parmi eux que se recrutent une société chorale, utile pour la bonne exécution des chants d'église et une congrégation de la Ste Vierge, dirigée par M’le Curé.

Les frères assurent que 70 % de leurs anciens élèves persévèrent dans la pratique de leurs devoirs religieux el que beaucoup sont affiliés à l'Apostolat de la Prière et à la Confrérie du Saint Rosaire.

L'Ecole Saint Joseph répond à un besoin de Porto Alegre. Elle a fait beaucoup de bien et, avec la grâce de Dieu, en fera davantage encore dans l'avenir.

 

IV. — Santa Cruz. – Les 4 classes comprennent 182 élèves dont 48 pensionnaires. Les chants d'église sont très bien exécutés ; les enfants sont pieux. "Dieu, dit l'Abbé Guibert, à semé partout des germes de vocation : si dans votre école le sol reste aride et infructueux, défiez-vous de Vous-même et cherchez en quoi pèche votre ministère; mais si les vocations pullulent autour de vous, bénissez le ciel et soyez rassuré sur l'éducation que vous donnez1". S'il en est ainsi, heureux sont nos Frères de Santa Cruz, car 12 de leurs anciens ont été reçus au Séminaire, 12 sont entrés dans notre Congrégation et plusieurs autres vocations sont encore en vue.

Que cette Communauté vraiment mariste reçoive ici l'expression de la religieuse gratitude des premiers supérieurs de l'Institut.

 

V. – São Leopoldo. – Les Frères, d'abord dans la petite Ecole paroissiale annexée au célèbre collège des Jésuites, sont devenus indépendants. Ils font beaucoup de bien dans ce milieu mélangé de protestants. Ils ont dans leurs 5 classes 150 élèves dont 90 catholiques et 60 protestants.

 

VI. — Laceado. — En pleine colonie allemande mi-catholique, mi-protestante, notre collège S. José a 5 classes pour 164 élèves dont 80 pensionnaires. II cherche à s'agrandir.

Sept élèves ont pris jusqu'ici le chemin du Séminaire. Dieu soit béni!

 

VII — Hamburgo Veilho. – Le Collège São Jacob a 170 élèves dont 84 pensionnaires et 12 demi-pensionnaires. Le 1/3 des enfants sont protestants. Nos frères font œuvre très utile dans ce milieu plutôt difficile.

Lorsque nous sommes arrivés, les élèves sont venus à notre rencontre en groupe militaire bien discipliné, musique en tête et fusil sur l'épaule. Au Brésil, en effet, pour inspirer le patriotisme à la jeunesse, on organise dans les Collèges des Bataillons qui reçoivent l'instruction d'officiers ou sous-officiers nommés par le Commandant de la Région militaire. Un collège forme une Compagnie, et les élèves au-dessus de 16 ans, peuvent, après un an d'exercices, passer un examen devant une Commission d'officiers, et recevoir un "Livret" qui les dispense du séjour néfaste de la caserne. Voilà une pratique dont nos Etats d'Europe feraient bien de s'inspirer pour diminuer, si on ne peut les supprimer totalement, ces armées permanentes que le R. F. Supérieur Général appelle si justement "le plus grand fléau des temps modernes".

 

VII. — Bom Principio. – A eu son article spécial dans le Bulletin de juillet 1912.

Il reste la terre classique des réceptions enthousiastes. Comme les 3 premiers frères qui y sont arrivés, comme le C. F. Climaque, comme le R. F. Diogène, il a bien fallu que le T. R. F. Stratonique et moi ayons notre réception solennelle. Tandis que nous étions chez nos Frères de São Sebastiaõ, tout à coup nous entendons comme un régiment de cavalerie qui approche. C'est une partie de la population de Bom Principio qui vient à notre rencontre pour nous faire escorte.

‘Si nous ne connaissions leurs intentions bienveillantes, ce ne serait pas trop de la présence de nos Frères dans le cortège pour nous rassurer, car ces colons suivant l'usage du pays, ont à leur ceinture leur grand "facon" (coutelas) et un ou deux revolvers.

Tels des princes pacifiques, entrant en triomphe dans une ville en fête, nous avançons en voiture suivis d'une imposante cavalcade soulevant un nuage de poussière.

Pour nous rappeler que nous étions bien. de pauvres mortels, la Providence, au retour, nous ménagea un assez long voyage en diligence où nous fûmes tellement ballottés qu'un jeune Frère en prit le "mal de mer" et que les autres furent mis en assez piteux état.

L'esprit des élèves est excellent : 90 % s'approchent chaque jour de la sainte Table. Chaque année, ils font une retraite de 3 jours dans un silence et un recueillement dignes de pieux juvénistes.

Un certain nombre d'élèves sont entrés au séminaire. Sept sont dans notre Congrégation où ils font bonne figure, quarante-cinq autres sont employés comme instituteurs chrétiens et font la consolation de leurs curés par les précieux services qu’ils rendent.

Devant un tel résultat, comment ne pas laisser tomber de notre cœur ému, un mot de félicitation et de reconnaissance pour les Frères de cette communauté comme pour ceux de Santa Cruz ! Sans doute, c'est Dieu qui est l'auteur des vocations, niais il n'est pas moins vrai qu’il a résolu d'user de notre concours pour les faire germer et fructifier. "Celui qui sème est sorti pour semer" dit l'Evangile. Il a passé à travers le Collège de Bom Principio. Si les germes qu'il a répandus ont pénétré dans les âmes, c'est que des apôtres les ont cultivés les ont fait sortir de l'état latent et ont développé leur activité.

Le premier en date de nos Collèges maristes au Brésil Sud, restant digne de son nom de Bom Principio (bon commencement) a ainsi créé une tradition à laquelle lui-même, et les autres aussi sans doute, voudront rester fidèles.

Sur une plus modeste échelle, l’Ecole paroissiale, avec ses 50 élèves, fait aussi l'œuvre de Dieu.

 

IX. — Villa Garibaldi. – Nous sommes ici, en colonie italienne. Les élèves sont au nombre de 170 dont 85 pensionnaires. Le Collège a fourni à l'Institut cinq bons sujets qui ont persévéré jusqu'à ce jour. Deo gratias!

La propriété a produit cette année 1.200 Hl. de bon vin, surtout du vin de messe, à la grande satisfaction des prêtres qui des parties les plus reculées du Brésil en réclament, à cause de la garantie qu'il assure pour la validité du saint sacrifice.

Le F. Pacôme, viticulteur est aussi apiculteur; il a recueilli 1.200 Kg. de miel.

En résumé, le Collège produit de bons chrétiens, de bons juvénistes, du bon vin de messe et du bon miel. Cet éloge en vaut bien d'autres!

 

X. — Santa Maria. – A eu son article dans le Bulletin de février 1921. Nous passons donc outre, non sans regret, car il y a des choses bien belles qu'on aimerait répéter pour la gloire de Dieu et l'encouragement de ceux qui font si bien son œuvre !

Un fait cependant mérite ici sa place, car il montre à quelle hauteur d'âme savent se maintenir les anciens élèves du Gymnase et avec quelle fierté chevaleresque ils restent fidèles à l'idéal chrétien qui leur a été proposé.

Le 25 mai 1919, à huit heures et demie du matin, au magnifique autel N. D. des Victoires, dans le Collège saint Ignace, à Rio de Janeiro, fut chantée une messe solennelle, pendant laquelle eut lieu une cérémonie impressionnante et hautement significative: la bénédiction des épées des 3 aspirants: Amedeu Susini Ribeiro (ancien élève du Gymnase Santa Maria), Oswaldo Santo Dias et José Bina Machado: tous trois catholiques pratiquants.

Parmi l'assistance choisie, composée en majorité d'officiers des armées de terre et de mer, d'élèves de l'Ecole et du Collège militaire mêlés à de nombreuses familles, on remarquait les généraux Bento Ribeiro, Tasso Fragoso et Tenente Asorio, respectivement paranymphes de chaque aspirant.

Le R. P. Natuzzi, dans une belle allocution, fit ressortir la beauté de ce geste, le premier de ce genre, depuis la proclamation de la République brésilienne.

Plus d’une larme coula à la vue de ces jeunes officiers pleins d'enthousiasme, agenouillés aux pieds de N. D. des Victoires et, sans respect humain, la prenant pour leur Dame et lui offrant leurs épées encore vierges. (D'après les Echos du Gymnasio Santa Maria, 1920).

 

XI. — Tupaceretan. – De braves gens réunis en Commission ont construit une église, aménagé un bâtiment en Ecole et ont obtenu un curé et des frères (Décembre 1919).

Ces derniers employèrent quelques mois à arranger les locaux et le mobilier, et ouvrirent leurs classes en mars 1920.

Succédant à une dizaine de professeurs d'occasion, et notamment à un pasteur méthodiste, les frères eurent d'abord de la peine à gagner la confiance des parents, à dissiper les préjugés et à discipliner les enfants. Au bout de quelque mois, à la vue de la piété et du dévouement des professeurs, de la transformation des élèves, tout le village était plein d'admiration pour ses maîtres religieux.

A la clôture de l'année scolaire à laquelle nous avons eu le plaisir d'assister, il y avait 120 élèves.

A la Toussaint, tous s'étaient approchés de la sainte Table, la plupart pour la première fois.

Les frères ont pris sur le campo un grand espace dont ils ont fait un jardin qu'ils cultivent avec courage et succès; mais ils se livrent à une culture bien supérieure.

Tupaceretan, qui signifie "champ de la mère de Dieu'" promet de devenir, avec la grâce de Dieu et par leurs soins, une pépinière de Petits Frères de Marie. A la fin de cette première année, deux jeunes gens sont entrés au juvénat ou au postulat.

 

XII. — Sant'Anna. – Depuis son origine, cet établissement s'est distingué par son zèle pour la préparation des premières communions, comme en témoignent 2 articles déjà parus dans le Bulletin sur ce sujet, ainsi qu'une belle relation que l'on a faite à l'occasion de mon passage. Notre œuvre dans cette ville ne s'est cependant pas établie sans difficultés. Qu’il nous soit permis de rappeler ici un fait remontant aux débuts. Un franc maçon du pays voyant avec peine le bien déjà fait par nos frères, voulut diminuer leur crédit en les ridiculisant. A l'occasion du Carnaval il invita un certain nombre de jeunes gens à parodier notre costume religieux; et il acheta, à cet effet, une pièce d'étoffe noire. Tous, ainsi travestis, devaient prendre place dans le cortège du dimanche-gras, au moment où il passerait devant sa maison, vers cinq heures. Or il arriva que le Vendredi, cet homme mourut presque subitement, et le dimanche, à cinq heures, le cortège qui se formait à sa maison c'était celui de ses funérailles. La pièce de drap avait servi à faire, en toute hâte, des vêtements de deuil à sa famille.

Les Frères, tout à leurs enfants et à leur vie religieuse, n'apprirent l'incident que quelques jours après.

 

XIII. — Uruguayana. . L'esprit religieux de la population était tel à l'arrivée des frères en 1904, que l'on crut prudent de se contenter d'un simple signe de croix au commencement et la fin des classes. Peu à peu cependant on introduisit les principales prières du chrétien; on fit le catéchisme, et, petit à petit, les élèves assistèrent à la messe dimanches et fêtes. Depuis, 443 enfants ont fait leur première communion. Tous les élèves sont agrégés â la Confrérie du Scapulaire et beaucoup à l'Apostolat de la Prière.

Malheureusement, les anciens élèves ne constituent pas encore, comme on le voudrait, le noyau des braves, entraînant à sa suite la masse des tièdes et des timides.

 

XIV. — Alfredo Chaves. – Fondé en 1914, cet établissement a déjà, grâce à Dieu et au zèle de nos religieux, donné 7 bonnes Vocations maristes.

Loués soient ceux parmi nos Frères qui comprennent qu'une Congrégation doit vivre des œuvres qu'elle fait. La vie d'un Institut, c'est la multiplication des bons sujets, comme la vraie richesse d'une maison est dans le grand nombre d'enfants qui grandissent autour du foyer paternel.

On le sait à Alfredo Chaves, et ce Collège, d'ailleurs situé au milieu de bonnes colonies italiennes, promet de devenir une source à jet continu, de ferventes vocations.

Les autorités sont favorables à l'œuvre des Frères. M l'Intendant a envoyé son auto me chercher à la station de Bento Gonçalves distant de 43 Km. et m'a fait conduire à Antonio Prado situé à 40 km. A l’occasion de ma visite, après une adresse en français d'un ancien élève, M le Docteur Caruso a fait un beau discours en italien, et M. le Docteur Eduardo Duerte parlant en portugais, des bienfaits de l'éducation chrétienne, s'est élevé jusqu'à la véritable éloquence, évoquant la mémoire de V. Fondateur et le montrant, joyeux du haut du ciel, à la vue de ses fils spirituels, disséminés jusqu'aux confins les plus reculés de l'univers.

 

XV. — Antonio Prado. – Le Collège ''Sagrado Coraçao de Jésus" fut fondé le 13 janvier 1920 dans des circonstances où on se plait à voir le doigt de Dieu. Toute la population, très religieuse a contribué à cette fondation. A la fin de l'année, les élèves étaient 87. La dévotion au S. C. est en grand honneur dans la paroisse et au Collège. Très nombreuses sont les communions du dimanche et du premier Vendredi du mois. L'image du divin Cœur appelée "Sauvegarde'', est sur la porte de toutes les classes.

Confiants dans les promesses du S. C., les Frères espèrent que cette population italienne, aux familles de 10, 12, 15 enfants, fournira de bonnes vocations maristes.

 

XVI. —- Maison Provinciale. – On a acheté eu 1920 une magnifique propriété d'une vingtaine d'hectares à un quart d'heure. du terminus du. tramway de Porto Alegre. Les 23 de la construction projetée sont achevés. Le 2 février a été chantée dans la nouvelle chapelle une messe solennelle. C'était le 64ième anniversaire de la prise d'habit du T. R. F. Stratonique et on voulait fêter joyeusement le "Grand Père" arrivé deux jours auparavant. Les chants furent très bien exécutés. La chapelle bien sonore, s'y prêtait admirablement. A 11 heures ½, toutes nos Communautés de Porto Alegre, qui étaient à la sainte messe, se sont réunies de nouveau au fond de la propriété, où les attendait un "Churasco2" de fête. A l'occasion de l'aménagement de la maison provinciale, j'avais observé qu'on était venu des postes de la capitale, donner un coup de main avec un dévouement et un esprit de famille qui font honneur à nos chers missionnaires. Aussi ai-je été heureux de les voir à la joie, après les avoir vus à la peine.

A la fin du repas, le C. F. Provincial a tiré de son grand cœur, quelques paroles fort touchantes de piété filiale à l'adresse du T. R. Frère Stratonique.

 

XVII. — Le Juvénat et le Noviciat reçoivent leurs meilleurs sujets des Ecoles dirigées par nos Frères. Quelques-uns sont purs Brésiliens ; la plupart sont des fils de colons allemands ou italiens qui ont l'avantage, en arrivant, de parler deux langues: leur langue maternelle et le portugais. Ils y ajoutent bientôt le français conformément au désir exprimé par le Chapitre général de 1920.

Les premières années, les vocations furent peu nombreuses; mais elles étaient bonnes et sont encore aujourd'hui la consolation de la Province.

Depuis, il y a progrès aussi dans le nombre.

Le progrès, ira s'accentuant, du moins nous l'espérons, à la suite du transfert de la maison provinciale, dans une maison beaucoup plus centrale et de plus facile accès que Born Principio; et aussi, grâce au stimulant donné à l'occasion des retraites et du passage du T. R. F. Stratonique.

 

CONCLUSION.

 

Nous ne pouvons mieux faire pour terminer que de répéter ici en le détaillant l'éloge d'un éminent évêque qui résume les témoignages des membres de l'épiscopat que nous avons visités:

 

1. Depuis votre arrivée dans le Rio Grande, vous avez entièrement transformé l'Etat.

2. Vous avez obligé le clergé à plus de zèle

3. Vous avez, grâce à vos collèges, fait renaître des pratiques religieuses depuis longtemps oubliées.

4. Vous avez conquis à la religion catholique, l'estime et la sympathie des populations.

5. Presque partout, au Brésil, votre venue a été le plus précieux auxiliaire de l'épiscopat.

6. Vous avez contribué, pour une large part, à faciliter la création de nouveaux évêchés.

Pour nous tenir dans l’humilité après un tel éloge disons que la province du Brésil méridional est placé entre deux sœurs également très prospères: les provinces du Brésil Central et de l'Argentine.

Nous avons pu en juger, ayant débarqué à Rio de Janeiro et ayant pris, pour le retour, le bateau à Buenos-Aires. Des deux côtés il y a des œuvres admirables. Il va sans dire que ce qui nous a le plus intéressés ce sont les maisons de formation de Mendès et de Luján, magnifiques pépinières maristes, remplies, débordantes de jeunes plants superbes, trésor, espoir et bénédiction de leur province.

Laudetur Jesus Christus

Et Maria mater ejus. Amen.

                                                   F. M. Odulphe, Ass. Délégué.

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1 Guibert: La Culture des vocations. — De Gigord 15 rue Cassette, Paris.

2 On appelle " Churasco’’ un repas champêtre, composé presque uniquement d'un quartier de bête coupé en morceaux que l'on fait rôtir en les suspendant par des petites broches au-dessus de tranchées où l'on fait un feu de bois."

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