Visite du R. F. Sup. en Espagne

07/Sep/2010

Depuis la mi-juillet, comme nous avons déjà dit, le Révérend Frère Supérieur était absent. Après avoir assisté pendant le mois d'août aux retraites qui avaient lieu en Espagne, il suivit, pendant la plus grande partie du mois de septembre, celles qui se succédaient alors en Belgique : à Péruwelz, à Pommerœul, à Arlon ; puis dans nos maisons de retraite de France : à Beaucamps, à N. D. de l'Hermitage et à Saint-Genis ; et enfin, le 29, fête de Saint Michel archange, nous eûmes la joie de le voir de retour à Grugliasco, un peu moulu par les fatigues du voyage et le surmenage qu'il irait dû s'imposer pendant ces deux mois et demi, mais bien portant par ailleurs, grâce à Dieu, et bien consolé et réconforté par ce qu'il lui avait été donné de voir dans la plupart des communautés où il s'était arrêté.

Il trouva celle-ci au complet et en pleine activité. Depuis bientôt un mois et demi, c'est-à-dire depuis le 20 août, le Grand Noviciat, composé de 38 Frères venus, comme de coutume, d'un peu tous les pays où la Congrégation a des établissements1, avait entrepris, sous la direction du R. P. Crespel, S. M., et du C. F. Marie-Odulphe, sa tâche semestrielle et la poursuivait courageusement à la grande édification de tous.

Les enfants du juvénat Saint-François-Xavier, dont les vacances venaient de prendre fin, étaient en train de se préparer pieusement, par une bonne retraite de trois jours, à une nouvelle année de sérieuses études et de généreux efforts pour avancer de plus en plus dans les vertus d'un Petit Frère de Marie. La Très Sainte Vierge et leur glorieux patron leur ayant envoyé, au cours de ces derniers mois, de nombreux et bons condisciples2, ils avaient vu leurs rangs s'élargir d'une façon inespérée, et leur nombre s'élevait à près de 80, bien que tout récemment une douzaine de leurs aînés leur eussent dit adieu pour aller commencer leur noviciat à Santa Maria (San Mauro, près de Turin).

Frères de la Communauté proprement dite, Frères du Grand Noviciat et juvénistes de Saint-François-Xavier, tous désiraient avec ardeur de se trouver un moment réunis pour exprimer au Père commun de notre chère famille religieuse leur joie filiale de le revoir, pour lui redire leurs sentiments de respectueuse vénération et pour entendre de nouveau sa parole aimée, toujours si réconfortante. Satisfaction leur fut donnée le dimanche matin à dix heures et demie. Tandis qu'ils se trouvaient tous dans la salle des exercices du juvénat, le Révérend Frère y fit son entrée, escorté des membres de son Conseil, et, après une salve de joyeux applaudissements, les Grands novices attaquèrent avec brio un hymne composé tout exprès pour la circonstance, et que nous sommes heureux de transcrire à l'intention de leurs devanciers et de leur successeurs : aux uns il rappellera d'agréables souvenirs et aux autres, qui sait ? il ouvrira peut-être des horizons heureux :

 

Nous accourons des plus lointaines plages :

L'appel de Dieu nous vint par votre voix.

Père, voici nos bras et nos courages ;

Nous sommes tous soldats du Roi des rois.

Et nous venons, pour plaire à notre Dame,

Nous recueillir, loin des bruyants combats,

En reforgeant l'endurance de l'âme

Sous les regards du Dieu qui né meurt pas !

 

A peine entrés dans l'auguste carrière

Où tant de preux brillaient par leurs exploits,

Nous voulons tous, pleins d'une ardeur guerrière,

Vous rappeler les gestes d'autrefois.

Recevez donc notre féal hommage

Et le serment qui jaillit de nos cœurs !

De votre amour, nous n'implorons qu'un gage :

Bénissez-nous !… Dieu nous fera vainqueur !

 

Et si parfois le vent de la défaite

Vient engourdir notre virile ardeur

Nous vous verrons, marchant à notre tète,

Sous l'étendard des chevaliers sans peur !

Alors sortant de ce honteux marasme

Où des héros meurent en apostats,

Autour de nous sentant l'enthousiasme,

Nous vous suivrons, vaillants, jusqu'au trépas.

 

Puis, quand nos cœurs, beaux de mâle énergie,

Après six mois d'un doux Excelsior,

Seront les fiefs de Jésus, de Marie,

A Votre voix, nous reprendrons l'essor.

Nous volerons vers les rives lointaines

De l'Equateur jusqu'aux pôles brumeux,

Comme d'antan les hardis capitaines.

Pour dilater le Royaume des Cieux !

 

REFRAIN :

Que nos accents jettent la flamme

De notre amour !

Chantons le Chef que l'on acclame

En ce beau jour !

D'un tendre père, c'est le retour :

Chantons le Chef que l'on acclame

En ce beau jour !

D'un tendre père, c'est le retour

En ce beau jour !

L'un d'eux se faisant ensuite l'interprète de tous, exprima au Révérend Frère, dans une belle adresse, avec leurs souhaits de bienvenue, leurs sentiments de reconnaissance pour les avoir appelés à bénéficier de la grande faveur qu'est le second noviciat, lui fit le plan détaillé de tout ce que, moyennant la grâce de Dieu, ils se proposaient de faire pour en bien profiter, et termina par le vœu que pendant longtemps le Seigneur le conserve et le rende heureux, pour le bonheur et la joie de ses nombreux enfants en Jésus et Marie.

Ce fut alors le tour du Révérend Frère, qui, après avoir dit toute sa satisfaction de se retrouver au milieu de la chère Communauté de la Maison-mère, bien agrandie depuis son départ, rappela en termes émus les douces et inoubliables impressions qu'il rapportait des diverses maisons qu'il venait de voir, et exprima sa ferme confiance, que non seulement le grand noviciat, le juvénat et les autres départements de la maison ne se départiraient point, cette année, de la piété, de la régularité et du bon esprit dont ils avaient donné l'édifiant spectacle les années précédentes, mais qu'ils tiendraient à réaliser dans une large mesure la maxime excelsior qu'on venait de rappeler. Puis il donna de cœur la bénédiction paternelle qu'on lui avait demandée.

Tout semblait terminé ; mais les juvénistes, qui jusqu'alors s'étaient contentés d'écouter gentiment et d'un air satisfait, tenaient encore un bouquet en réserve : c'était le souhait, le refrain, l'hosanna, la chanson, ou comme on voudra, des ‘’Tout- Petits’’. Pour un bon nombre, cette dernière expression était plutôt une antinomie, car leur taille plantureuse semble vouloir prendre, dès avant leurs quinze ans, de vraies allures de peuplier ; mais ils pensaient aux benjamins ; et, soit par réminiscence, soit par esprit de corps, soit surtout sans doute parce qu'ils ont déjà fait de marquants progrès dans l'esprit du V. Fondateur, ils n'en chantèrent pas moins avec eux, en toute conviction et de plein cœur,

 

La chanson des tout-petits :

Lorsque le printemps, au souffle des brises,

Ramène au ciel bleu le clair soleil d'or,

Dans nos bois en deuil naissent les surprises ;

L'espoir des beaux jours reprend son essor.

Lors, sous la verte feuillée

Encor fraîche de rosée,

Ecoutez, au fond des nids,

Le babil des ‘’Tout-Petits’’ !

 

Parfois le bonheur, pour un soir de fête,

Rassemble les fils sous l'œil paternel.

Au front des enfants, la gaité reflète

Un rayon béni des charmes du ciel.

Soudain la flamme pétille,

Le plaisir éclate et brille !

Ecoutez, parents chéris,

Les souhaits des ‘’Tout-Petits’’.

 

Dans les chemins creux de la Palestine,

Le long des flots bleus, des guérets en fleur,

En essaims bruyants, la foule enfantine

Accourait jadis près du Dieu Sauveur.

Pour son parfum d'innocence,

Jésus bénissait l'enfance :

Ecoutant, le cœur épris,

L'hosanna des ‘’Tout-Petits’’.

 

Contemplez ici, Très Révérend Frère,

Des cœurs enchantés de votre retour ;

Des enfants heureux de revoir leur Père :

Tous cueillent, joyeux, un bouquet d'amour.

Pour louer votre tendresse,

Que pourrait notre faiblesse ?…

Nous offrons… Nous, vos chéris,

La chanson des ‘’Tout-Petits’’.

 

Cela rappela au Révérend Frère qu'il avait été sur le point d'oublier quelque chose d'important ; et, aux applaudissements nourris de l'assemblée, il accorda, comme conclusion, un grand congé aux ‘’Tout-Petits’’ pour célébrer à loisir l'enterrement des vacances, et aux grands, un congé sans épithète, mais qu'il promit de présider.

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1 Il y en avait, comme il y en a encore : 6 de la province du Canada ; 4 de celle d'Espagne ; 4 de celle Syrie ; 4 de celle Mexique ; 3 de celle du Brésil Central ; 3 de celle de St. Paul-trois-Châteaux ; 2 de celle du Brésil Septentrional ; 2 de celle de Constantinople ; 2 de celle de Beaucamps ; '2 de celle de Chine ; 2 de celle des Etats-Unis ; 1 de celle de Lacabane ; 1 de celle de Colombie ; 1 de celle d'Aubenas et 1 de celle des Iles Britanniques.

2 La veille même, ils en avaient reçu 7, dont 4 leur venaient du juvénat d'Arceniega , dans la province basque d'Alava ; 2 du juvénat d'Anzuola, situé aussi dans les Pays Basques : et 1 de la catholique Bretagne, qui semble, elle aussi, vouloir donner son contingent à notre Institut.

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