Visite du R. Frère en Afrique

04/Nov/2010

La visite inter-capitulaire de juin 1968 est déjà bien loin mais comme elle reste importante pour l'avenir des missions, il est nécessaire d'en rappeler ici sommairement les étapes.

Commencée le 1ier mai, elle s'achevait le 18 juin. En 48 jours avaient été visités 11 pays. Course contre la montre mais qui allait permettre une première évaluation des situations et des possibilités et décider d'un effort qui commence maintenant à prendre forme ça et là.

Après une escale à Londres, on part directement pour l'Afrique du Sud, une de nos plus anciennes provinces, et qui n'en est donc pas au début de son effort missionnaire. Les Frères appartiennent à une douzaine de nationalités. Mais le recrutement local y est difficile, la population ne comptant que 5% de catholiques. L'apartheid y complique aussi le problème de l'école et des maisons de formation.

Cependant, depuis quelques années un collège a été ouvert pour les Métis. Partout, le travail est considérable et les Frères surchargés, car les écoles privées ne reçoivent aucune aide de l'Etat. Un premier contact a pu être pris avec le cardinal qui est ancien élève et s'intéresse beaucoup à nos œuvres.


Le 2 mai, départ du Cap pour Johannesburg, puis Tananarive. Notre mission de Madagascar est caractérisée par un souci de travail dans des milieux généralement pauvres, par exemple dans un bidonville de Tananarive, œuvre dont se déclarent très satisfaits et les autorités gouvernementales et les autorités religieuses et les Frères.

La situation économique est difficile et le personnel manque, bien que le recrutement local soit maintenant assez bien lancé. La Province vise à favoriser chez les Frères européens la possibilité d'apprendre le malgache pour leur permettre un plus grand engagement dans la pastorale.

Depuis longtemps déjà les Frères ont formé des catéchistes qui sont un des rouages les plus importants de la mission, car, en certains points, il y a jusqu'à 50 centres catéchétiques de brousse pour un prêtre.

La visite de Madagascar ayant duré du 2 au 7 mai, a permis beaucoup de contacts à Antsirabe, Betafo, Fianarantsoa, avec les Frères, les élèves, les Anciens Elèves et les autorités.

Il faut ensuite retourner à Johannesburg pour rejoindre le Mozambique à Lourenço Marquez. Là aussi les contacts ne manqueront pas avec les autorités politiques et religieuses, de mentalités diverses, grâce auxquelles il est possible d'acquérir une connaissance assez équilibrée des problèmes de pauvreté et de richesse, d'intégration des races, etc. …

 La vice-Province de Portugal fait un très gros effort missionnaire ayant le tiers de ses effectifs en mission. Les professeurs civils sont très attachés aux Frères et réalisent avec eux, entre autres efforts, celui d'un travail œcuménique très intéressant avec le protestantisme et l'orthodoxie.

 De Lourenço-Marquez et Beira on passe à Salisbury en Rhodésie. Là le travail des Frères d'Iberville est visible même dans l'aspect des bâtiments. Ceux-ci sont actuellement dans un excellent état, mais quand on regarde les photos des débuts de la mission, on s'aperçoit du travail gigantesque qu'il a fallu fournir pour arriver à ce résultat. Il y a là tout un art d'enseigner le progrès social par le travail aux élèves et aux gens.

 L'existence d'une immense ferme, pour faire vivre les collèges, permet à plusieurs Frères travailleurs manuels, de sentir que leur dévouement collabore réellement à la mission apostolique de leurs confrères.

Sauf dans la capitale, Salisbury, la ségrégation joue peu, et en tout cas, n'est pas ce que décrit trop souvent la presse internationale. Les Frères rhodésiens sont bien intégrés dans les communautés, mais pas encore assez nombreux.

La visite qui dure du 10 au 13 mai permet de voir Inianga, Kutama et Que Que.

De Salisbury on repart ensuite vers Victoria Falls où un entretien est prévu avec des missionnaires du Sacré Cœur de Burgos. Ces premiers contacts ne seront-ils pas une marche d'approche pour quelques Frères missionnaires d'origine espagnole, par exemple?

La visite des Chutes elles-mêmes est intéressante, mais pour qui veut s'approcher de trop près, il est recommandé d'avoir du linge de rechange et pas d'avion à prendre immédiatement! Tant pis, nous voilà embarqués pour Livingstone.

Là nous nous trouvons déjà en Zambie. Voilà Chassa, où l'on fait connaissance avec les élèves et aussi avec les serpents, car un Frère possède là un vivarium redoutable, disons plutôt possédait car depuis, nommé directeur du Juvénat, il essaye d'autres méthodes!

De Zambie, on passe au Malawi, où il est possible de visiter toutes les écoles. Dans cette chrétienté un peu neuve, on trouve déjà des vocations de Frères, et l'on forme aussi, et intensément, des catéchistes. Le gouvernement voudrait même que nous prenions en main la direction de l'Ecole normale officielle.

 C'est ici le domaine de Lévis, Province qui met fortement l'accent sur la vie communautaire. Son charisme est peut-être de rechercher comment, dans la vie et les formes de détachement, l'élément africain et l'élément canadien peuvent de la façon la plus parfaite, former un tout parfaitement homogène et parfaitement complémentaire.

 De Zomba (Malawi) on passe au Kenya, le 21 mai. L'accueil des Pères du Saint-Esprit est des plus chaleureux, et l'expérience qu'ils ont de la pastorale en Afrique, des plus instructives.

 

Le 23, ce sont les Irish Christian Brothers qui nous accueillent en Ouganda, à Kampala, où des Frères de Lévis suivent les cours de formation catéchistique. Cette école de formation est un modèle du genre, pour la formation à l'apostolat de l'Afrique. Il y a donc là une possibilité de dialogue très enrichissante.

Le 25, on est à Savé, au Rwanda. Ce pays plus petit que la Belgique, a une densité de population presque égale à celle de l'Italie. Malheureusement les débuts de l'indépendance ont vu une lutte sanglante entre Hutus et Tutsis qui est aujourd'hui heureusement bien finie. Le travail des Frères qui a su se situer hors de ces conflits, en est d'autant plus appréciable, car ils ont su s'adapter avec souplesse pour recevoir en outre des novices congolais, lors des troubles passagers qui ont précédé la paix actuelle.

Au pensionnat de Savé vivent côte à côte, sans difficulté avec des Frères blancs et des Frères noirs, des juvénistes, des postulants, des novices et des scolastiques.

De Savé, on passe à Byimana, où ont lieu des échanges de vues avec les Frères, l'archevêque et aussi une congrégation indigène: les Joséphites. Dans ces deux villes nous attendait le plus merveilleux spectacle de danse folklorique de toute l'Afrique.

Les relations Congo-Rwanda restant tendues, il était plus indiqué de repasser par l'Ouganda pour franchir la frontière du Congo.

 Comme on le sait, c'est la Province de Belgique qui a développé les œuvres du Congo jusqu'à pouvoir donner naissance à une Province indépendante: Congo-RWANDA, dont le recrutement avait pris un bon développement, un peu ralenti maintenant par les événements des dernières années.

L'action des Frères dans le passé a été extraordinairement féconde et a suscité de grands dévouements chez les Anciens Elèves. L'influence de ceux-ci reste importante. C'est au point que le ministre Nendaka a pu faire mettre à la disposition du Révérend Frère Paul-Ambrose le « jet » du président Mobutu pour abréger le voyage à Kinshasa où se trouvent nos Frères. Ce n'est que grâce à ce moyen qu'ont pu être visitées presque toutes les communautés du Congo.

 Le Président a pu, depuis lors, dire personnellement à Rome au Révérend Frère, son vif désir de voir reprendre toutes les œuvres qui, d'abord florissantes, ont dû être abandonnées ou qui ont été dévastées, comme à Bukavu par exemple (voir Bulletin mai 1968).

On peut bien penser en effet que le sang des Frères tués dans l'exercice de leur zèle, ne demeurera pas sans effet, dans un pays qui offre à l'éducation chrétienne des espoirs immenses pour l'immédiat et pour l'avenir, sur son territoire de plus de 2.300.000 km2, la population de 16.000.000 d'habitants peut se développer et s'ouvrir à l'immigration. Elle compte plus d'un tiers de catholiques et la proportion atteint presque la moitié si l'on parle de chrétiens.

Il faut faire une mention spéciale de Buta, où deux Frères seulement s'occupent d'un collège de 2.200 élèves, pour comprendre l'aide dont a besoin ce secteur missionnaire.

La visite allait donner aussi l'occasion de contacts avec les Frères Joséphites du Congo qui ont depuis envoyé quelques-uns de leurs Frères étudiants à notre maison généralice.

L'avion du Président va maintenant permettre de joindre rapidement Bangui, en Centre-Afrique, où des Frères de la Province de St. Genis-Laval sont établis depuis le Chapitre précédent, et font un travail apprécié pour la formation des professeurs.

Les jeunes Frères qui sont là au titre de la collaboration, en remplacement du service militaire, et les collaborateurs laïcs sont un précieux secours pour le travail scolaire.

Le christianisme est encore peut-être un peu récent, et en particulier la mentalité du peuple au sujet de la virginité et du mariage ne facilitera pas les entrées dans la vie religieuse.

Une rencontre entre congrégations avait été ménagée, qui s'est avérée très fructueuse, ouvrant des perspectives qui, si l'on sait travailler ensemble dans une pastorale organique, sont prometteuses, bien que ce soit surtout à longue échéance.

Chrétienté toute différente, celle du Cameroun où l'on arrive ensuite. Le Camerounais moyen consacre pratiquement tout son avoir à l'éducation de ses enfants. Aussi malgré des milieux très pauvres, on trouve des écoles chrétiennes florissantes partout. A Akono, les Frères de Desbiens sont très bien insérés dans la pastorale d'ensemble. Ils vivent dans la même maison que les Pères Blancs, et tout à fait en famille.

La visite a été marquée par un véritable événement: les vœux perpétuels du Frère Irénée Beaulieu, en présence de 3 évêques, des prêtres africains de l'endroit, des représentants de plusieurs congrégations et surtout du propre père du religieux, venu du Canada dire qu'il donnait son fils à l'Afrique.

Rien n'est plus émouvant que le geste d'une femme qui a fait un nombre impressionnant de kilomètres pour venir offrir en remerciement quelque chose: un œuf de poule, le plus simplement et le plus gentiment du monde. Il y a des « oboles de la veuve » plus éloquentes que tous les discours de cette journée, qui pourtant n'en a pas manqué. On imagine difficilement l'intérêt palpitant avec lequel une foule évaluée à 5.000 personnes, dans une église au milieu des forêts, a ressenti comme une offrande à l'Afrique ce don qu'un jeune faisait de lui-même, et que son père venait de si loin approuver de toute son âme.

Dans le Cameroun anglophone, la communauté britannique de Bamenda est très appréciée par les autres congrégations et le clergé diocésain qui la donnent volontiers en exemple.

Enfin on passe en Nigeria, mais il ne sera pas possible de pénétrer au Biafra. A Lagos une série de contacts permettront au Révérend Frère de recevoir sur nos Frères des témoignages extrêmement positifs. Ils sont à ce moment-là 60 au Biafra, 8 hors d'Afrique, et 1 dans la partie Nord du Nigeria.

Restait cependant un dilemme crucial: fallait-il laisser sur place les Frères ou les faire sortir? D'une part l'Afrique manque d'apôtres et on ne peut livrer inconsidérément au massacre ceux qui sont justement tout prêts à prêcher l'Evangile. D'autre part, comment laisser abandonnés à eux-mêmes des milliers de malades, de réfugiés, d'enfants qui ne vivent que grâce à leurs soins?

Personne ne put à Lagos résoudre convenablement ce dilemme, et le Révérend Frère devait retourner à Rome rongé par cette inquiétude. Mais il allait trouver là une réponse de l'évêque d'Uturu qui donnait la vraie solution.

« Vous n'avez pas le droit, disait-elle en substance, d'imposer l'héroïsme à des hommes qui ne sont pas capables de le vouloir, pas plus que vous n'avez le droit d'empêcher le dynamisme chrétien d'aller jusqu'à l'holocauste final. C'est donc à vos Frères de choisir et à vous de faciliter l'accomplissement de leur choix ».

Le conseil a été suivi à la lettre, et tous les Frères à une exception près, ont choisi le chemin de l'héroïsme. Certes, dans un cas de guerre civile, une mort éventuelle ne pourrait s'appeler martyre en rigueur de terme mais, comme le faisait remarquer l'évêque d'Uturu, « s'ils ne sont pas martyrs de la foi, ils le seront de la charité, plus grande que la foi ».

Au cours du voyage, l'antienne déjà passée brièvement au cours de la première session du Chapitre: « les pauvres et les missions » a trouvé déjà une partie de son texte: A quelles populations faut-il aller? Les plus marginales ou au contraire, celles où la pastorale est la plus organique? Comment faut-il préparer les missionnaires? Le plan missionnaire du Chapitre a depuis tenté de répondre de façon très nette.

Sans doute la mission existe partout, et tout Frère zélé trouve partout l'occasion de se donner à fond; mais il peut y avoir des priorités, ou au contraire des villes où l'on doit secouer la poussière de ses chaussures pour passer dans d'autres, et des vocations qui ressentent l'appel d'un secteur plus que d'un autre.

La visite du Révérend Frère à un ensemble de pays de mission devait ensuite amener la visite de divers Provinciaux, à quelques-uns de ces pays, et leurs décisions ultérieures. C'est à ce point que nous en sommes en juin 1969.

N.B. Deux pays n'ont pas pu être visités au cours de cette tournée si rapide: l'Angola et l'Algérie. Le Révérend Frère s'excuse auprès des Frères de n'avoir pu faire mieux, mais le Chapitre tout proche obligeait à faire très vite et c'est pourquoi même dans les pays visités il a bien fallu laisser de côte maintes écoles aussi méritantes que les autres.

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