Visite du Révérend Frère Supérieur Général à nos maisons de Frèce

F. J. E.

28/Sep/2010

Depuis longtemps, l'espérance de voir un jour le Révérend Frère Supérieur Général venir en Grèce faisait tressaillir de joie nos Communautés de Patras et d'Athènes Dans le cours de l'année se précisa la nouvelle qu'il viendrait assister à la bénédiction du nouveau Collège qui s'édifiait à Athènes, et l'on commençait à fixer l'époque du voyage, jusque-là incertaine, lorsque tout d'un coup la décision définitive fut prise, et des télégrammes joyeusement accueillis annoncèrent le départ un peu devancé.

Il y eut bien un peu de crainte de n'être pas prêts à temps pour recevoir dignement notre Supérieur Général, mais on se dit qu'un père apprécie surtout les bonnes intentions et l'on se hâta fiévreusement.

Le Révérend Frère ne partait pas seul. Le Cher Frère Louis-Marie, Econome Général, ancien Directeur du Lycée Léonin, à Athènes, se trouvait tout désigné pour guider en terres connues, Son auguste compagnon.

De fait, après une halte de quelques jours à Rome où ils eurent la faveur d'entretenir en audience privée le Souverain Pontife, nos deux voyageurs arrivaient à Brindisi par chemin de fer et le 13 au soir, montaient à bord du Mykali petite vapeur grec. Le 14 ils faisaient escale à Corfou et le 15, à l'aube, les principaux membres de la communauté de Patras, ayant à leur tête le Cher Frère Provincial accouru la veille, de Serbie, attendaient impatiemment, sur le môle, l'arrivée du bateau qui tardait à se montrer.

A Patras. – Vers six heures, un point paraît à l'horizon, et grossit rapidement en même temps qu'un jour radieux se lève. Demi-heure après, les voyageurs sont dans le port, et bientôt le Révérend Frère Supérieur, accompagné du Cher Frère Économe Général, met le pied sur la terre grecque.

La police des passeports et la douane se firent gracieuses et, au milieu des premières effusions, on se dirigea vers notre Ecole Saint-André.

L'heure matinale permettait d'assister à la messe qu'on n'avait eu qu'à retarder un peu et le premier contact avec la Communauté eut lieu devant l'autel, où la messe s'acheva par un Magnificat chanté de tout cœur.

Après la messe, présentation des Frères à la salle d'études. Le Cher Frère Marc, Directeur, exprima les sentiments de joie et de vénération de tous, et le Révérend Frère bénit ses enfants prosternés á ses pieds. Après quoi, on descendit déjeuner et causer familièrement. Le programme du voyage comportait deux journées consacrées à la communauté de Patras (10 Frères) et à leurs 400 Elèves. Ce temps rapide fut bien rempli et vite passé. Malgré la brièveté de la préparation, improvisée depuis le télégramme parti de Rome, les pavoisements, dont notre bon aumônier se chargea, les compliments, les fleurs, les applaudissements furent à la hauteur des circonstances.

Les enfants, comme devaient l'être leurs camarades d'Athènes, furent, au premier abord, conquis par la physionomie, la parole et le sourire de notre Révérend Frère Supérieur.

Un congé bien placé aida à la joie générale et permit, le lendemain, aux Frères de jouir entièrement, eux seuls, de la présence de leurs vénérés Supérieurs. Ils eurent chacun l'avantage d'une entrevue avec le Révérend Frère et les deux soirs que celui-ci passa avec la communauté, il lui adressa la parole avec l'à propos, la bonté et l'esprit surnaturel qui caractérisent tout ce qu'il dit.

 Le Révérend Frère eut même un peu de temps, après les visites officielles à Monsieur le Curé et à Monsieur le Préfet de la Province d'Achaïe1, de parcourir brièvement la ville de Patras, de voir de près les prêtres, églises et cérémonies de l'Eglise grecque, de vénérer le tombeau de l'apôtre saint André sur le lieu traditionnel de son martyre, et de monter jusqu'à la vieille forteresse vénitienne, d'où l'on jouit d'un très beau panorama an centre duquel est le théâtre de la bataille de Lépante. On redescendit par l'agréable bois de pins qui ombrage la colline. On y trouve tant de réglisse que les Frères en arrachèrent quelques racines et nos augustes visiteurs ne dédaignèrent pas d'en accepter chacun un petit fragment. Le Cher F. Econome Général faillit passer une commande à l'intention des Juvénistes du monde entier.

Le soir du deuxième jour amena déjà les adieux, car il fallait partir tôt le lendemain. La journée du 17 octobre fut occupée presque entière par le voyage, d'ailleurs agréable, qui conduit en train de Patras a. Athènes. C'est un des plus beaux qu'on puisse faire. La limpidité du ciel de Grèce, l'azur des flots qu'on longe, la célébrité des montagnes qu'on découvre à l'horizon: l'Œta, le Parnasse, l'Hélicon, ou des villes qu'on traverse: Corinthe, Eleusis, la richesse des vignobles interminables et des champs d'oliviers charmèrent le parcours.

Nous dinâmes à Corinthe, non sans avoir lu, en guise du nombre d'Imitation de Jésus-Christ que prescrit la Règle, quelques versets de la première Epître aux Corinthiens, et il va de soi que le dessert fit paraître quelques belles grappes du raisin de Corinthe les plus authentiques.

A l'arrivée à Athènes, vers quatre heures, comme le nouveau collège surgit tout d'un coup de derrière un mamelon à un détour de la voie ferrée, et produit à cet endroit un bel effet, on peut assurer que la première impression fut heureuse. Ce ne devait pas être la seule.

Au Lycée Léonin. – Mais le programme comportait d'abord la visite du Lycée Léonin, plus au centre de la ville. C'est là que l'auto conduisit avec le Révérend Frère Supérieur et son compagnon de voyage, les Frères qui étaient venus les saluer à la gare.

Tous les élèves attendaient, rangés dans l'étroit espace des corridors, escaliers et paliers qui conduisent à la chapelle. Comme les Elèves sont au nombre de 750, la communauté seule entra à la suite de nos chers Visiteurs et un heureux Magnificat remercia Dieu, par l'entremise de Marie de l'heureuse arrivée.

Les Frères se rendent ensuite à la salle d'études qui, comme la chapelle, a pris, sous son décor de guirlandes, un aspect ravissant. Là, adresse délicate du Cher Frère Marie-Brunon, Directeur; réponse heureuse, comme toujours, du Révérend Frère, et accolade fraternelle. Ajoutons-y la note de joie expansive de retrouver le Cher Frère Louis-Marie au milieu d'une communauté qui ne l'a pas oublié.

Ici aussi, le programme n'accordait que deux jours et là-dessus le Révérend Frère devait prendre le temps de voir en particulier chacun des membres de la nombreuse communauté, qui comprend une vingtaine de Frères.

Le 18, à trois heures, eut lien la réception préparée par les Elèves.

Aucune salle du Lycée Léonin ne peut, depuis longtemps, contenir tous les élèves. La cour elle-même peut tout juste suffire. Enfin on parvint à y grouper les Maîtres et les élèves et même tout l'orchestre. De beaux discours tant en français qu'en grec furent prononcés. Des chants, des concerts, des fleurs les accompagnaient. Le Révérend Frère, dans sa réponse, souleva l'enthousiasme des enfants, qui applaudirent à tout rompre. Ils avaient acheté, par une souscription commune avec leurs camarades du nouveau Collège, une très belle, peinture sur bois, représentant, sous les traits traditionnels des icônes byzantines, la Sainte Vierge tenant l'Enfant Jésus dans ses bras.

Le cher Frère Marie-Brunon l'offrit au Révérend Frère Supérieur, en rappelant combien la dévotion à Marie est encore vivace dans cet Orient chrétien où elle a reçu, dès le concile d'Ephèse, tout son éclat. Il ajouta que les élèves pensaient ne rien pouvoir faire de mieux en choisissant ce souvenir, que d'offrir au chef d'un lnstitut consacré à Marie, l'image de cette céleste Patronne des Maîtres et des Elèves.

Un congé souligna les remerciements du Révérend Frère et permit à la Communauté, le lendemain, de jouir de sa présence.

Le Cher Frère Econome Général, de son côté, revoyait avec plaisir l'ancien champ de ses labeurs et y reconnaissait de nombreux élèves joyeux de l'entourer.

Le dimanche fut occupé en partie par une brève visite à l'Acropole. Un professeur de l'Université avait bien voulu présenter lui-même à notre vénéré Supérieur, les Propylées, le Parthénon, l'Erechtéion et autres ruines célèbres. Un objectif s'étant trouvé là, fort à propos, nous pouvons offrir à nos confrères la vue ci-jointe qui représente le Révérend Frère au pied de la célèbre rangée d Cariatides. (V. ci-devant, face à p. 620).

Le soir, je passe sous silence les visites officielles, notre Révérend Frère Supérieur, ayant achevé d'entretenir les Frères en particulier, on se dirigea sur Patissia, vers le nouveau Collège du Sacré-Cœur qu'il venait inaugurer.

 A Patissia. – En effet, depuis quelque temps, devant la compression toujours plus grande du Lycée Léonin, le Conseil Général avait autorisé la construction à Patissia, un des quartiers les mieux situés d'Athènes, et sur un vaste terrain, d'un nouveau. Collège, où l'internat au moins serait dirigé et pourrait se développer.

Le 26 novembre 1923, la première pierre avait été bénite. Telle avait été l'activité des travaux, dirigés par le Cher Frère Marie-Florentien, tel le dévouement des Frères qui y travaillèrent pendant les vacances, non sans y suer de belles fois par des 35° et 40° de chaleur, qu'on avait pu y faire la rentrée au 1ier octobre.

A vrai dire, il y avait bien encore quelques détails inachevés même après trois semaines. Un perron était encore livré aux tailleurs de pierre. Trente menuisiers, dans une salle d'étude, restée leur chantier, tachaient de combler les lacunes du mobilier scolaire. Et les crépisseurs masquaient encore une façade de leurs échafaudages. Mais, on n'y regarde pas de si près quand les Maîtres sont à la joie d'inaugurer une maison, vaste et commode et que les élèves arrivent nombreux, tout heureux de loger dans un Collège neuf.

 Ajoutons ce détail. Les Frères venus récemment de Turquie n'étaient pas arrivés seuls et tout un mobilier les accompagnait, menues et grosses pièces, jusqu'aux tables de classe et au fourneau de la cuisine. Et tous ces vieux objets, éprouvés par le voyage, mais repeints et reverrais, faisaient finalement bonne contenance dans les classes neuves et les chambres, malgré tout, un peu vides.

Par un nouveau prodige de vitesse et d'adaptation, on avait improvisé non seulement la rentrée, mais une réception qui fut fort réussie. Celle de la communauté fut analogue aux deux autres précédemment racontées. Disons pourtant qu’après l'adresse particulièrement émouvante du Cher Frère Marie-Damien, Directeur, le Révérend Frère, touché jusqu'aux larmes, eut peine à contenir son émotion et que les cœurs se sentirent profondément remué; quand il nous exprima combien il avait ressenti nos épreuves de Turquie et combien il était heureux de nous apporter, par sa présence, le réconfort dont nous avions besoin. Il y ajoutait ses vœux pour la prospérité de cette maison, déjà d'ailleurs trop petite.

La visite de la maison eut lieu le lendemain, 20. Le Révérend Frère témoigna sa satisfaction, pour la bonne disposition des appartements, l'abondance de la lumière, la facilité de la surveillance et les autres qualités scolaires de l'établissement qui n'a d'ailleurs pas d'autre luxe.

A dix heures, dans l'une des grandes études les 360 élèves reçurent le Révérend Frère et eurent un souvenir particulier pour le Cher Frère Econome Général, ancien Directeur de la plupart des grands élèves. Compliments, bouquets, chœurs, musique, tout fut parfait.

Le soir, à 3 heures, se déroula la cérémonie d'inauguration civile. Sur une estrade adossée au centre du bâtiment tout pavoisé, le Révérend Frère présidait. Divers personnages l'entouraient, notamment, à sa droite, Monsieur Spiridis, Ministre de l'lnstruction Publique, et à sa gauche, Monsieur de Marcilly, notre distingué Ministre de France. Après une belle adresse lue par le Cher Frère Marie-Brunon et une admirable réponse du Révérend Frère, S. E. le Ministre de l'lnstruction Publique voulut bien hisser lui-même, pour la première fois, le drapeau grec sur le Collège. Quelques instants après, Monsieur le Ministre de France était invité à en faire autant pour le drapeau français. Inutile de noter longuement l'éclat des applaudissements et le chant des hymnes nationaux. (V. ci-devant, face à p. 621).

Une séance fort goûtée ou les sports, les exercices de gymnastique, alternaient avec les chants et les morceaux d'orchestre, intéressa ensuite les invités.

A la nuit tombée, une illumination décora l'établissement et des feux d'artifice furent tirés du haut de la terrasse, à la grande joie des enfants, évidemment.

Le lendemain, 21, c'était le tour de l'inauguration religieuse. Vers 11 heures arriva le clergé de la cathédrale entourant Monseigneur Mamos, qui remplaçait Monseigneur Petit, notre Archevêque, alors à Rome. La cérémonie consista en une consécration de la Maison au Sacré-Cœur, dont une statue fut bénite. Un salut solennel fut ensuite chanté par toué les élèves, tant catholiques qu'orthodoxes.

Le dîner qui suivit s'acheva par des toasts ou s'échangèrent des paroles aimables.

Entre temps, avaient eu lieu les diverses entrevues avec les Frères et la visite des classes, au nombre de 17, déjà installées et dont plusieurs sont déjà bien pleines, depuis les classes du baccalauréat français, jusqu'aux plus élémentaires de l'enseignement grec.

 

A Héraclée — Le mercredi, 22, fut consacré à la maison d'Héraclée. Tandis que le Lycée Léonin est au cœur de la ville et le Collège du Sacré-Cœur, distant de cinq kilomètres, placé à l'extrémité nord, Héraclée, six kilomètres plus loin, est entièrement à la campagne. Pour le moment, la petite communauté était un peu dans l'attente, à cause des répercussions que peut avoir sur les scolastiques probables, la réouverture possible des écoles de Constantinople.

En tout cas, on y ébauchait l'organisation d'un Juvénat, et ce n'était pas, à ce point de vue, la partie moins intéressante de la visite du Révérend Frère. Il y monta vers 11 heures, par un temps radieux. La réception fut simple, mais cordiale. Le Cher Frère François-Eubert, Directeur, lut un beau compliment vers la fin du repas. Le Révérend Frère charma tout le monde par sa réponse et les causeries familières qui l'accompagnèrent.

Il admira la beauté du site, la tranquillité de la maison, souhaita quelques agrandissements et, après avoir vu les Frères en particulier, il redescendit vers Athènes.

On arrivait ainsi, avec une vitesse vertigineuse, au moment de la séparation. Il n'y a qu'au ciel que le bonheur dure toujours. Au dîner d'adieu, dans le réfectoire décoré, fut exprimé le vœu qu'en compensation de la rapidité de la trop courte visite, il fût au moins bien admis désormais qu'Athènes et Grugliasco sont à une distance suffisamment courte pour permettre l'espoir de fréquentes visites des Supérieurs.

Le 23, à cinq heures, nos chers Voyageurs se remettaient en route pour les brumeuses régions du nord, et le Mykali qui les avait amenés les recevait de nouveau au Pirée.

A six heures, les saluts d'adieu s'échangèrent entre la barque qui ramenait les Frères et la passerelle du Mykali où se trouvaient le Révérend Frère et le Cher Frère Econome Général. Longtemps mouchoirs et chapeaux s'agitèrent et je crois bien qu'il y eut au bord des yeux quelques larmes qu'on tâcha de part et d'autre de dissimuler à travers des souhaits d'heureux voyage et de bon souvenir.

Le 24, à Patras, quelques Frères purent saluer de nouveau sur le paquebot qui faisait une courte escale, nos chers voyageurs toujours en bonne santé, voguant par une mer relativement tranquille et un temps superbe.

Après une courte traversée et un arrêt à Rome, nos chers Supérieurs sont rentrés à Grugliasco le mercredi, 29 octobre. Que Dieu leur rende tout le bien qu'ils ont fait ici.

                                                    F. J.E.2, Prov.

______________

1 M le Préfet rendit gracieusement la visite le même jour.

2 (Jean-Emile)

RETOUR

Grugliasco - Maison-Mère...

SUIVANT

Bénédiction du Juvénat St. Joseph à Tyngs...