Vitalité des Provines

21/Jun/2010

Une chose est d'observer fidèlement les prescriptions proposées par la règle, une autre est toute l'activité concrète dans laquelle s'engagent les religieux pour avancer dans le chemin qu'ils se sont proposé de parcourir. C'est de cette dernière qu'il sera question dans ce chapitre. Elle comprend tout ce que les Frères entreprennent sur le plan communautaire, mais surtout provincial, et parfois régional soit en vue de promouvoir une vie religieuse plus authentique, soit pour mieux répondre aux besoins qui s'imposent à leur zèle apostolique. Ils témoignent par là de leur esprit d'initiative et d'entreprise, de leur confiance en l'avenir et de la valeur de leur vocation d'apôtres dans le monde d'aujourd'hui. Rien ne saurait mieux faire apparaître la vitalité qui les anime en tant que groupe, même si l'impulsion vient de telle ou telle personnalité plus audacieuse aux convictions plus intrépides.

Les aspects concernant ce thème qui se dégagent des historiques des Provinces sont nombreux. Procédant selon l'ordre habituellement choisi dans ce rapport allant du plus concret, du matériel, au spirituel, il faut parler d'abord des constructions, de l'amélioration de l'instrument qui nécessairement demande l'engagement de fonds de plus en plus considérables. Mais ce sont les œuvres apostoliques nouvelles qui mettent d'autant plus en évidence le souci pastoral des Frères que leur nombre n'est pas en augmentation. Sur le plan personnel enfin des efforts non moins grands sont entrepris en faveur de la formation continuée des Frères et même de leurs collaborateurs civils. Ces indications ne sont certes pas toutes très significatives, mais ce sont celles qu'on a pu recueillir dans les historiques des Provinces pour l'année 1980, complétées par des renseignements parvenus par ailleurs au Conseil Général.

 

LES CONSTRUCTIONS

 

La vie, c'est le mouvement, le changement, l'évolution; par contre, la stagnation n'est qu'une lente dégradation, surtout si l'apport d'énergies nouvelles ne compense plus l'inévitable usure du fonctionnement. Tel est le cas de nos institutions, même en les considérant du point de vue des instruments matériels que sont les bâtiments.

Vu sous cet angle, et considérant que souvent l'on n'attend pas d'avoir en main les moyens financiers pour se lancer dans les modifications souhaitables, on peut bien dire que l'Institut ne manque pas de vitalité. Dans l'espace d'une petite tranche que représente la durée d'une année par rapport à l'histoire de nos institutions, les extensions de bâtiments, les constructions nouvelles et les aménagements concernent plus du dixième des immeubles dont nous sommes propriétaires qui, d'après les statistiques de 1980, sont au nombre de 650. En effet, l'on signale au cours de cette année-là quelque 14 constructions qui sont, soit de nouveaux bâtiments scolaires pour remplacer d'anciens devenus vétustés, au nombre de 5, soit 6 résidences séparées des écoles pour des communautés ou pour des Frères retraités, soit encore 3 nouvelles maisons de formation.

Mais le plus souvent pour répondre aux nouvelles exigences, il suffit de compléter l'immeuble existant d'une extension. Cette opération s'est réalisée durant 'l'année considérée dans 26 endroits différents pour abriter, soit des classes supplémentaires, soit des laboratoires ou d'autres salles éducatives. Dans 5 autres cas, c'est par des installations sportives, des salles de sport ou gymnases et même d'une piscine, que l'on modernise l'établissement scolaire.

Une troisième série de travaux matériels concerne les aménagements. Dans 13 écoles on transforme ou rénove les locaux scolaires. Dans une bonne dizaine de résidences, le plus souvent dans celles qui sont destinées à des Frères à la retraite et les jeunes en formation, l'on crée des conditions de vie plus favorables. Une demi-douzaine de maisons font l'objet d'aménagements divers, et dans une Province, enfin, l'on exige de chaque communauté d'avoir une chapelle.

En chiffre absolu, c'est en Espagne que l'on a réalisé le plus de travaux de ce genre en l'année 1980, puis au Brésil, en France et au Mexique. Mais par rapport au nombre de maisons dont les Frères sont propriétaires, ces travaux ne concernent que les 18% des immeubles en Espagne, les 13% en France, 'les 12% au Mexique et les 8% au Brésil, tandis que dans d'autres Provinces ou pays l'on atteint le tiers ou le quart. Il est évident que l'importance des réalisations varie beaucoup d'un endroit à l'autre, même si le coût dépasse à peu près toujours l'équivalent de 50.000 dollars américains.

Dans le même temps l'on a conclu 21 ventes et 12 achats soit de propriétés entières (14 ventes et 6 achats), soit de parties de propriété seulement ou de terrain (7 ventes et 6 achats). Donc, en données brutes, de patrimoine immobilier de l'Institut s'est amoindri. Mais il semble que dans trois cas seulement la vente corresponde directement à la suppression d'une œuvre.

 

LES ŒUVRES

 

En ce qui concerne, non plus les bâtiments, mais les œuvres et les communautés, la situation semble à première vue s'équilibrer dans l'ensemble de l'Institut, car pour 19 fermetures on enregistre 21 ouvertures. Il importe cependant de voir ici les choses plus en détail, ces opérations revêtant une signification de témoignage d'une certaine orientation prise au niveau de la Province.

La pénurie de personnel religieux, comme motif général, auquel s'ajoute toujours quelque difficulté spécifique comme la diminution du nombre des élèves ou des désaccords avec d'autres instances, telles sont les causes du retrait total des Frères de 10 écoles. De plus, ils ont cessé d'apporter leur collaboration dans une école dirigée par d'autres, et liquidé une œuvre d'édition. Par ailleurs, on a supprimé 5 résidences et transféré 2 communautés dans d'autres maisons.

Par contre, 21 œuvres nouvelles ont vu le jour dans le même temps. Parmi celles-ci figurent 3 écoles ordinaires que les Frères prennent ou reprennent en charge. De plus, 5 communautés se destinent à des œuvres particulières qui sont, soit de petites écoles pour des pauvres et des marginaux, soit des écoles techniques spéciales ou d'apprentissage pour permettre à des jeunes, voire des prévenus, de s'insérer plus facilement dans la société. Dans 3 autres cas, il s'agit d'œuvres missionnaires dont l'une à Saint Domingue qui ne subsistera pas. Les 10 autres comprennent 4 nouvelles maisons de formation et 6 communautés dont plusieurs vont s'occuper surtout de pastorale.

Il est facile de constater tout d'abord que les Provinces s'orientent, non plus exclusivement vers des écoles au sens habituel du mot, mais vers une diversification des œuvres. Ensuite, il faut remarquer le souci des pauvres, des laissés-pour-compte dont témoignent les Provinces dans leur effort d'extension quand elles ont du personnel disponible, ou de réorganisation de leurs œuvres, ce qui se présente dans l'un ou l'autre cas. Certaines des communautés citées ci-dessus proviennent de l'éclatement d'une communauté jugée trop nombreuse pour permettre une authentique vie communautaire comme on la conçoit de nos jours, ce qui témoigne aussi d'un effort pour vivre une fraternité plus intense.

Enfin, l'on remarquera que la préoccupation missionnaire n'est pas oubliée. Car en plus des cas signalés précédemment, deux autres faits méritent d'être rappelés, savoir l'érection en District de la mission du Paraguay et la prise en charge officielle d'une école à Guam par la Vice-Province des Philippines. On peut ajouter encore les prévisions d'une fondation dans la République du Ghana par les Frères du Nigeria qui comptent parmi leurs novices 3 Ghanéens destinés à travailler, quand ils seront formés, dans leur pays d'origine où leur place est déjà retenue.

Sans doute ces faits ne concernent qu'à peine le tiers de nos Provinces. Mais il faut aussi considérer la diminution du personnel dans la plupart d'entre elles, en même temps qu'une croissance constante du nombre des élèves. Parmi celles qui ne sont pas concernées par les cas rapportés ci-dessus, plusieurs ont manifesté par ailleurs le désir de s'engager plus concrètement, soit dans une œuvre missionnaire, soit dans des œuvres nouvelles dans le pays même où de nouveaux besoins ne cessent de se faire sentir. Une Province en témoigne explicitement par cette remarque:

« Le manque de Frères nous empêche de nous lancer dans des œuvres nouvelles ».

Il faut donc aller plus loin que les activités matérielles pour déterminer la juste valeur de la vitalité de l'Institut, car, il est vrai que nous ne réalisons jamais tout ce que nous voulons. Les réalisations spirituelles sur le plan des personnes permettront de saisir cette dernière dimension.

 

LES PERSONNES

 

Sans doute parler d'œuvres et de constructions, c'est indirectement parler des personnes qui les suscitent et les organisent. Les réalisations matérielles ne sont que des signes extérieurs de la vitalité d'une Province dont la source n'est pas ailleurs que dans ses membres. Mais ceux-là, de leur côté, doivent entretenir cette source, renouveler l'élan spirituel et fortifier la foi dans leur vocation propre et dans la valeur de leur action d'évangélisation par l'éducation.

Cette préoccupation n'est pas absente, loin de là, dans l'effort pastoral des responsables. Le recyclage et la formation continuée sont à l'ordre du jour. Nos quatre Centres de recyclage spirituel: l'Escorial, Fribourg, Rome et le Centre Champagnat comptent près de 140 participants durant l'année 1980. De plus, on signale des cours organisés par les 7 Provinces d'Espagne pour la formation des Frères en catéchèse, théologie et spiritualité suivis chaque année par plusieurs Frères de ce pays. Plus nombreux encore sans doute, sont les Frères qui ont profité de cours ou sessions de recyclage en des domaines fort divers, organisés par quelque service ecclésial ou autre. Il arrive que des Frères soient réticents, pour des raisons personnelles à saisir ces occasions qui leur sont offertes, mais la plupart les utilisent à leur profit réel et leur grande satisfaction.

Du côté des Provinces nombreuses sont les rencontres de toutes sortes organisées tout au cours de l'année mettant à profit les vacances et les fins de semaine. Ce sont des réunions de supérieurs en vue d'une meilleure animation de leur communauté, des directeurs d'écoles et collèges pour se tenir à jour et défendre leur caractère propre, des formateurs pour harmoniser les programmes de formation. Parfois ce sont des assemblées où tous les Frères sont convoqués, le plus souvent dans le cadre du Chapitre provincial, afin d'accorder les efforts de tous en vue des mêmes buts que l'on se propose de poursuivre. Outre ces rencontres à l'intérieur de la Province, plusieurs Frères ont pris part à des réunions regroupant des participants de plusieurs congrégations religieuses. Enfin, l'on signale comme événements très importants pour leur répercussion spirituelle, des congrès comme le Congrès mariai national en Argentine et le Congrès eucharistique national au Chili. Ceci n'est, certes, qu'un aperçu de toute l'activité déployée dans ce domaine et dont on perçoit des échos dans les bulletins des Provinces.

Il ne faut pas négliger non plus les nombreux organismes mis en place au niveau des Provinces ou même d'un pays, voire d'un ensemble de pays voisins, car ce sont bien des signes de vitalité pour autant qu'ils fonctionnent effectivement. Au Brésil, par exemple, on ne compte pas moins de cinq de ces services interprovinciaux différents. C'est l'équipe interprovinciale de réflexion dont le but est de réfléchir sur la vie mariste en vue de proposer des suggestions aux Frères Provinciaux, c'est le Centre de spiritualité mariste CEMAR où durant les sept années de son fonctionnement tous les Frères se sont recyclés pendant trois mois; c'est aussi le Centre de spiritualité mariale (CEMA) offrant des retraites et des sessions de mariologie largement ouvertes aux autres congrégations, voire aux laïcs; c'est encore les journées éducatives maristes (JEMAR) dont le but est de former les professeurs laïcs à notre pédagogie et notre spiritualité; c'est enfin, le service interprovincial pour l'éveil et la pastorale des vocations. De plus, on peut citer la Fraternité mariste, mouvement pour les professeurs laïcs employés, parents d'élèves, élèves, dans le but d'approfondir la spiritualité mariste et de s'aider mutuellement, par la prière et l'échange, à vivre la vie chrétienne dans la ligne de notre esprit. D'autres Provinces ont établi, d'une manière peut-être moins systématique, différentes équipes ou commissions, notamment pour approfondir certains aspects de la vie religieuse, pour promouvoir la pastorale des vocations, pour la formation première et permanente des Frères, et d'autres encore. De la Colombie aux Provinces voisines de l'Amérique latine s'est répandu le mouvement REMAR. Rénovation Mariste, qui s'adresse aux Frères autant qu'à leurs élèves dans le but de promouvoir une rénovation mariste et de susciter des jeunes qui s'engagent dans leur milieu, non sans l'espoir d'éveiller en quelques-uns d'entre eux des vocations religieuses.

On peut voir encore un dernier signe de vitalité dans l'intérêt signalé par les Provinces aux études sur le Fondateur et sur les Constitutions. Certes, il faut bien convenir qu'il ne s'agit pas là d'un phénomène spontané, car l'année 1980 fut déclarée l'année Champagnat du fait qu'elle marque le 25ième anniversaire de sa béatification et l'étude des Constitutions n'est ni plus, ni moins que la résolution de la Conférence générale de 1979. Le fait pourtant que ces efforts se poursuivent bien au-delà de l'année, montre bien l'intérêt réel que les Frères y trouvent. Dans les historiques de Provinces, sept seulement mentionnent explicitement l'année Champagnat qui fut l'occasion pour les Frères de raviver la connaissance de leur Fondateur et de son esprit, puis de communiquer l'un et l'autre à leurs élevés, mettant l'accent sur l'actualité de son charisme et de sa mission dans l'Eglise. Dans l'une ou l'autre Province on a même associé d'autres congrégations lors d'un rassemblement de religieux. Maintes retraites ou sessions se sont déroulées sur le même thème. Une Province précise qu'un jour de la semaine est consacré journée mariste où l'animation des prières est centrée sur le Fondateur. « Un nouvel élan mariste, ajoute cette relation, un dynamisme accru seront les conséquences du renouvellement des Frères dans l'amour de leur père spirituel ».

Guère moins grand fut l'intérêt que suscita l'étude des Constitutions qui parfois fut rappelée par une prescription du Projet de vie communautaire, parfois par le Supérieur à l'occasion de ses visites dans les communautés. Souvent l'on en a fait le thème de la retraite annuelle. Dans d'autres Provinces, on organisa soit pour tous les Frères, soit pour les supérieurs de communauté des sessions spéciales pour les approfondir d'une manière systématique. Il est vrai qu'il ne suffit pas de connaître les Constitutions pour les mettre en pratique mais il est non moins certain qu'une connaissance plus exacte i»t une incitation de plus à la faire passer dans la vie de tous les jours, d'autant plus que, comme le mentionne une Province, « la bonne volonté ne manque pas ». Mais malgré cela, continue la même relation quelque peu désabusée, « les communautés restent très modestes dans leurs avancées spirituelles… et l'enthousiasme est à faire renaître sans cesse face à la tragique pénurie des vocations ». Bien sûr, il y a loin du but que l'on se propose à la réalisation, mais cette constatation déjà témoigne en faveur de l'existence d'une flamme toujours capable d'embraser l'âtre et de réchauffer toute la famille.

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